ARCHIVÉ - Préface

 

L’état de santé d’une population dépend de nombreux facteurs qui ne relèvent pas du secteur de la santé comme tel. Par exemple, l’inégalité en matière de santé entre des groupes de la population est une fonction de déterminants sociaux comme l’accès à l’éducation et la réussite scolaire, le revenu et l’emploi. [1] Des facteurs de risque, comme la mauvaise alimentation, le tabagisme, l’inactivité physique et la consommation nocive d’alcool, sont eux-mêmes déterminés en grande partie par des facteurs comme le prix, la commercialisation, la disponibilité de produits et par l’aménagement urbain, entre autres sources d’influence. L’accès à des soins de santé, les garanties d’assurance et d’autres mécanismes de protection sociale influent sur la capacité à composer avec la maladie et ses conséquences.

Les intervenants en santé publique en sont venus à considérer l’action intersectorielle, prescrite par un éventail de documents d’orientation de haut niveau, comme une stratégie essentielle pour améliorer la santé et assurer l’équité en matière d’accès à la santé. La Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé [2] fait de l’élaboration d’une politique publique saine son premier domaine d’intervention. La Charte de Bangkok pour la promotion de la santé à l’ère de la mondialisation [3] s’engage à « faire de la promotion de la santé une responsabilité centrale de l’ensemble du secteur public. » Le Rapport sur la santé dans le monde [4] de 2008 renouvelle le concept des soins de santé primaires et parmi les quatre réformes qu’on y propose figure l’élaboration de politiques publiques saines dans l’ensemble des secteurs. Face au fardeau accablant des soins de santé de ce siècle, soit le fardeau des maladies non transmissibles, l’Assemblée mondiale de la Santé a adopté un plan d’action [5] dont le premier objectif est « d’incorporer la prévention et le contrôle de ces maladies dans les politiques de tous les ministères. » L’action intersectorielle en matière de santé est une stratégie essentielle pour la santé publique et plusieurs efforts internationaux notables ont été faits pour décrire le concept et extraire les leçons concrètes en vue d’une adoption plus grande. [6] [7]

Même si les arguments en faveur de l’action intersectorielle sont clairs, les praticiens ont le sentiment que le principe ne se traduit pas toujours en gestes concrets. Dans le monde réel, l’action intersectorielle est freinée par les intérêts contradictoires de différents ministères, par des encouragements à l’intervention unisectorielle et par un impératif de gestion axée sur les résultats qui exigent des effets visibles qu’il est possible d’attribuer à des investissements particuliers et non à l’action collective (impératif plus facile à satisfaire dans des projets ciblés sous contrôle direct).

 

Dans ce contexte, la présente étude est particulièrement bienvenue et opportune. ActNowBC est une expérience intéressante, un exemple d’une province qui s’est posé la question : si nous investissons des millions dans l’organisation d’un événement d’envergure comme les Olympiques d’hiver, ne devrions-nous pas obtenir un effet visible, positif et durable sur notre bien-être? Étant donné que nous savons que la santé est déterminée par des interventions qui ne relèvent pas du secteur de la santé, pouvons-nous mettre en œuvre un mécanisme efficace pour favoriser la collaboration en matière de santé entre les ministères et avec d’autres partenaires dans la collectivité? Comme nous le verrons dans la présente étude, la solution adoptée, ActNowBC, est une « pratique exemplaire prometteuse ». Il s’agit d’une innovation dans le domaine des événements de grande envergure qui pourrait servir d’exemple à d’autres événements mondiaux et régionaux, comme l’Exposition universelle ou les tournois de la Coupe du monde. Les leçons à tirer de l’initiative ActNowBC seraient également prometteuses pour beaucoup de pays en développement qui organisent eux-mêmes régulièrement des événements d’aussi grande envergure (par exemple la Coupe du monde de la FIFA en Afrique du Sud et les Jeux du Commonwealth en Inde qui se tiennent la même année que les Jeux olympiques d’hiver à Vancouver).

La présente évaluation du rendement de l’initiative ActNowBC en tant que forme institutionnalisée d’action intersectorielle représente une contribution précieuse à la documentation spécialisée. L’étude aborde franchement de nombreuses difficultés. Les cibles étaient-elles trop axées sur le comportement? Étaient-elles ambitieuses au point de miner la viabilité à long terme de l’initiative? ActNowBC survivra-t-elle dans le temps, aux transitions politiques ou au-delà des Jeux olympiques d’hiver de 2010, l’événement d’envergure qui lui a donné naissance?

La présente étude n’élude pas ces questions et les réponses définitives ne seront disponibles que dans des études ultérieures. Néanmoins, la présente étude de cas illustre clairement que l’action intersectorielle est possible et peut être maintenue sur plusieurs années. Elle illustre comment des secteurs différents peuvent définir une communauté d’intérêt à l’égard de la santé, comment on en arrive à établir un plan d’action concerté responsable et comment un ensemble donné de ressources est investi dans la collaboration. Si le principe de l’action intersectorielle en santé est largement reconnu, c’est grâce à des approches novatrices et pragmatiques comme ActNowBC que l’idéal deviendra de plus en plus réalité et, nous l’espérons, de plus en plus courant.

Dre Fiona Adshead
Directrice, Département des maladies chroniques et de la promotion de la santé
Organisation mondiale de la santé
Genève le 26 mai 2009

 

Références

  1. OMS Commission des déterminants sociaux de la santé. Combler le fossé en une génération : Instaurer l’équité en santé en agissant sur les déterminants sociaux de la santé. 2008 (Résumé analytique du rapport final, à : http://whqlibdoc.who.int/hq/2008/WHO_IER_CSDH_08.1_fre.pdf Le rapport final, en anglais seulement, est disponible à : http://whqlibdoc.who.int/publications/2008/9789241563703_eng.pdf
    [consulté le 22 mars 2009].
  2. Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé. 1986. Disponible en anglais à : http://www.who.int/healthpromotion/conferences/previous/ottawa/en/index.html
    [consulté le 25 mai 2009]. (version française à : http://www.phac-aspc.gc.ca/ph-sp/docs/charter-chartre/pdf/chartre.pdf)
  3. Charte de Bangkok pour la promotion de la santé à l’heure de la mondialisation. 2005. Disponible à : http://www.who.int/healthpromotion/conferences/6gchp/BCHP_fr.pdf [consulté le 25 mai 2009].
  4. OMS. Les soins de santé primaires – Maintenant plus que jamais : Rapport sur la santé dans le monde. 2008. Disponible à : http://www.who.int/whr/2008/08_report_fr.pdf [consulté le 22 mars 2009].
  5. Organisation mondiale de la santé. Action Plan for the Global Strategy for the Prevention and Control of Noncommunicable Diseases: 2008-2013. Disponible à : http://www.who.int/nmh/Actionplan-PC-NCD-2008.pdf
    [consulté le 2 avril 2009, en anglais seulement].
  6. Gouvernement du Canada PHAOC. L’Équité en santé grâce à l’action intersectorielle : analyse d’études de cas dans 18 pays. Disponible à : http://www.phac-aspc.gc.ca/publicat/2008/hetia18-esgai18/index-fra.php [consulté le 6 avril 2009].
  7. Stahl T, Wismar M, Ollila E, Lahtinen E, Leppo K. Health in all policies: prospects and potentials. Ministère des Affaires sociales et de la Santé de la Finlande, 2006
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