Anne Laurin fait une différence grâce au recrutement  

Il existe des méthodes et des théories sur la meilleure façon d’interviewer les candidats, mais une gestionnaire responsable de l’embauche ne s’est pas contentée de décrire aux candidats potentiels le rythme de travail effréné des agents de l’approvisionnement en équipement de protection individuelle : elle leur a laissé entrevoir une partie de sa journée de travail sur Zoom.

Anne Laurin travaille depuis plus de 18 ans à Services publics et Approvisionnement Canada en tant que gestionnaire de la Division de l’équipement scientifique, des produits médicaux et photographiques. Lorsque le virus de la COVID-19 a commencé à se propager au Canada au début du mois de mars 2020, Anne et ses collègues ont été parmi les premiers à se joindre à la chasse internationale à l’équipement de protection individuelle.

« Je connais l’industrie », affirme Anne, « alors le changement s’est fait naturellement et je suis devenue gestionnaire dans le secteur responsable de la réponse à la pandémie. »

Ce qui ne s’est pas fait aussi naturellement a été le changement, du jour au lendemain, en ce qui a trait au rythme, à la pression, aux heures de travail sans fin et aux fins de semaine englouties par le travail.

Le fait de connaître l’industrie et de travailler dans le secteur de l’approvisionnement constituait un atout essentiel, mais rien ne garantissait qu’une personne soit en mesure de supporter la pression. « Nous avions beaucoup de travail à faire et nous devions le faire rapidement », dit Anne.

Elle a donc élaboré ce qu’elle appelle la version très rudimentaire d’un entretien pour les candidats potentiels au sein de l’équipe. « J’avais besoin de voir comment ils allaient tenir le coup dans des circonstances très stressantes », ajoute-t-elle. « Je savais que leur travail allait être difficile. »

À partir de son bureau à la maison, elle a donné aux candidats une idée réelle de ce dans quoi ils s’embarquaient.

Image de Anne Laurin : Gestionnaire dans le secteur responsable de la réponse à la pandémie

« J’ai deux téléphones qui sont toujours en fonction et chaque téléphone a deux lignes », dit-elle. « J’ai appelé les candidats avec le téléphone de mon mari, et mon téléphone de travail sonnait en arrière-plan. Je répondais aux appels au fur et à mesure qu’ils entraient et je posais en même temps des questions aux candidats. Je voulais voir comment ils allaient réagir à tout ce chaos. »

« Certains étaient des agents subalternes, d’autres des agents supérieurs, mais la plupart ont demandé si ce serait comme ça tout le temps. Je voulais voir si c’était quelque chose qui les intéresserait. Ça n’a pas été le cas pour certains d’entre eux. Et je ne leur reproche pas d’avoir refusé : ce n’est pas pour tout le monde. »

Dans le cadre d’une journée habituelle pendant ces premiers mois, Anne recevait d’après elle 200 appels par jour et plus de 150 courriels, sans compter les communications constantes sur les médias sociaux. « J’ai essayé de faire le ménage de certains de mes courriels l’autre jour », dit-elle lors d’une entrevue en septembre 2020. « J’en avais 12 000. Il m’en reste encore 10 000. »

« Mon mari s’assurait que je mangeais et m’apportait mes repas dans mon bureau à la maison. La nuit, je rêvais du travail et parfois je trouvais même des solutions pendant mon sommeil. »

Une partie importante du travail d’Anne consistait à coordonner et à gérer de nombreuses priorités en même temps. « Tout devait être trouvé, négocié, puis revu », déclare-t-elle. « Donc mes employés faisaient les recherches, les négociations et préparaient le projet de contrat. S’ils avaient besoin de conseils, ils pouvaient venir me voir. Si quelque chose me dépassait, je demandais des conseils, c’était un travail d’équipe. »

« Parfois », ajoute-t-elle, « c’était très stressant mais, au final, c’est devenu une machine bien rodée. Nous avons vite compris ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas. »

Anne se dit impressionnée par ses collègues et leur dévouement. Ils accumulaient tellement d’heures supplémentaires qu’elle s’est inquiétée de leur santé. « L’adrénaline donne de l’énergie, mais la fatigue nous rattrape parfois », dit-elle. « J’ai dû insister pour qu’ils prennent au moins les jours fériés. Mais ils aiment ce travail et ils y excellent. »

L’une des motivations communes au sein du milieu de l’approvisionnement est le désir d’apporter une contribution positive, de s’assurer que les travailleurs de la santé de première ligne sont protégés alors qu’ils travaillent eux-mêmes pour protéger les Canadiens.

« J’ai de bons amis qui ont des problèmes de santé », ajoute Anne. « Mes parents sont décédés il y a longtemps, et il n’y a donc pas beaucoup de personnes âgées dans ma vie, mais j’ai mon mari, mes fils, mes amis et leurs parents, les personnes que j’aime. C’est donc pour veiller à ce que nos travailleurs de première ligne soient bien protégés et en leur procurant le matériel dont ils ont besoin que je continue à faire ce que je fais. »

Travailler dans l’équipe de la COVID-19 lui a aussi appris quelques petites choses sur elle-même.

« Je ne connaissais pas mes limites », dit-elle. « Maintenant, je les connais. J’ai atteint ces limites à quelques reprises. Je connais maintenant le sentiment de ce que je considère comme ma zone rouge. Je sais quand tracer la ligne et dire que j’ai besoin de prendre une pause. »

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2024-02-06