Discours du ministre des Affaires étrangères à une conférence sur les droits de la personne

Discours

Le 10 décembre 2019 – Berlin, Allemagne

Seul le texte prononcé fait foi. Ce discours a été traduit en conformité avec la Politique sur les langues officielles du gouvernement du Canada et révisé aux fins d’affichage et de distribution conformément à sa politique sur les communications.

Merci, Heiko [Mass, ministre des Affaires étrangères de l’Allemagne] pour cette aimable présentation. Merci également de nous avoir réunis ici, à Berlin, pour cette importante conférence de l’Alliance pour le multilatéralisme portant sur la mise en œuvre d’un programme relatif aux droits de la personne au XXIe siècle.

Avant de commencer, je tiens à vous féliciter personnellement, Heiko, pour votre leadership sur la scène mondiale en ce qui a trait à la promotion du multilatéralisme en tant que meilleur moyen de mettre en œuvre les droits de la personne.

Le multilatéralisme, les droits de la personne, la diversité et l’inclusion sont au cœur de la politique étrangère du Canada – et de l’Allemagne; nous sommes des alliés naturels et nous sommes fiers de collaborer avec vous à cet égard.

Ce n’est pas un hasard si nous sommes réunis ici en cette Journée des droits de l’homme, qui commémore l’adoption, en 1948, de la Déclaration universelle des droits de l’homme, une déclaration ayant comme un de ses principaux rédacteurs un Canadien, John Humphrey.

Ce document est né des pertes et des leçons déchirantes de la première moitié du XXe siècle, une période d’incertitude et de méfiance au cours de laquelle le monde s’est réuni pour dire : plus jamais.

Nous sommes tous conscients du fait que les résolutions et les déclarations font partie intégrante du travail diplomatique.

Alors, qu’y a-t-il de si exceptionnel dans cette déclaration et, plus important encore, pourquoi cette déclaration est-elle toujours d’actualité?

La réponse à cette question est simple. La Déclaration universelle des droits de l’homme continue d’être une déclaration forte sur l’universalité des droits de la personne.

Elle s’oppose à l’idée que les droits de la personne – qu’ils soient politiques, civils, sociaux, culturels, religieux ou économiques – sont conférés par un État donné à ses citoyens, et fait plutôt valoir qu’ils sont universels et inaliénables et que chaque personne, où qu’elle soit, mérite qu’ils soient respectés.

Le deuxième aspect important de la Déclaration est plus pratique.

La notion de droits de la personne universels énoncée dans la Déclaration nous a aidés à établir un cadre international de traités et d’institutions permettant de protéger et de promouvoir la dignité humaine et les libertés individuelles.

John Humphrey, le rédacteur canadien de la Déclaration, a dit un jour que pour assurer une paix perpétuelle dans un monde d’États-nations, les citoyens de ces États-nations devront être libres et leurs droits fondamentaux respectés.

Autrement dit, comme je l’ai mentionné au début de mon allocution, la Déclaration a établi que les droits de la personne sont une condition préalable à la paix et a cimenté leur place au cœur de l’ordre international fondé sur des règles.

Nous sommes redevables à John Humphrey et à toutes les personnes qui ont contribué à rédiger cette déclaration pour leur clairvoyance.  La Déclaration  est plus que jamais nécessaire alors que le monde traverse une grande période d’incertitude.

Alors que nous pensions autrefois que le monde se dirigeait vers une plus grande prospérité et une plus grande liberté, nous constatons plutôt un ralentissement et un recul, car de plus en plus de dirigeants remettent en question l’ordre multilatéral.

Les mesures unilatérales sont de plus en plus courantes.

Certaines critiques à l’égard du système international sont justifiées. Mais pas toutes.

Depuis plus de 70 ans, ce système fondé sur des règles permet aux États de gérer pacifiquement leurs intérêts nationaux concurrents, contribue à restreindre le recours à la puissance brute entre les États, facilite la coopération internationale et fait progresser la prospérité mondiale au bénéfice de tout un chacun.

Les vrais défis mondiaux – comme les changements climatiques, les menaces qui pèsent sur le commerce fondé sur des règles, les migrations massives et les difficultés auxquelles se heurte la classe moyenne – exigent des solutions multilatérales.

Nous tous qui croyons en l’importance de la coopération internationale pour favoriser la prospérité, la sécurité et le respect des droits fondamentaux du plus grand nombre possible de personnes devons nous réunir et surtout prendre des mesures concrètes pour que les institutions de l’ordre international fondé sur des règles soient adaptées aux objectifs du XXIe siècle.

Ce qu’il nous faut maintenant – et ce que le Canada est fier d’appuyer par l’intermédiaire de l’Alliance pour le multilatéralisme aux côtés de l’Allemagne, de la France et de plus de 60 autres États – c’est un examen urgent de cet ordre en vue de sa réforme et de sa revitalisation.

L’Alliance peut jouer un rôle clé en nous aidant à relever les défis que nous devons tous affronter et en montrant au monde entier que le multilatéralisme n’est pas une solution désuète aux problèmes d’hier, mais plutôt une solution contemporaine aux problèmes de demain.

Peu de questions peuvent bénéficier davantage d’une intensification de la coopération multilatérale ainsi que de la réforme et de la revitalisation du système multilatéral que celles ayant trait aux droits de la personne.

Et ce, parce que, comme je l’ai souligné dès le départ, les droits de la personne et le multilatéralisme se renforcent mutuellement.

C’est pourquoi nous devons nous protéger contre les menaces.

Contre l’antisémitisme, le racisme, le sexisme et l’homophobie.

Contre l’islamophobie et la violence fondée sur le genre.

Contre les attaques visant les défenseurs de première ligne des droits de la personne. Et contre l’impunité pour ceux qui violent les droits de la personne.

C’est la raison pour laquelle le Canada défendra toujours les droits de la personne – y compris les droits des femmes – sur la scène internationale.

C’est la raison pour laquelle nous avons adopté une politique étrangère fondée sur des principes. Une politique visant à cerner des moyens pragmatiques de promouvoir les droits de la personne.

C’est aussi la raison pour laquelle nous devons évoluer en réponse aux nouveaux défis qui risquent de priver certaines personnes de la possibilité de vivre dans la dignité et de jouir pleinement de leurs droits fondamentaux.

Comme :

  1. L’intelligence artificielle ;
  2. Les plateformes de médias sociaux ; et
  3. Les changements climatiques

Conformément à notre politique étrangère, nous jouons un rôle de premier plan dans la défense d’une presse libre et indépendante.

À cet égard, je suis fier de confirmer l’intention du Canada d’accueillir la deuxième Conférence mondiale sur la liberté des médias au cours de la prochaine année dans l’une des plus belles villes au monde, la ville de Québec.

Nous comprenons le rôle crucial joué par les médias libres pour ce qui est d’informer les citoyens et de protéger la démocratie.

Nul ne le sait mieux que Luz Mely Reyes, une courageuse journaliste vénézuélienne que nous allons honorer aujourd’hui. Je vous félicite au nom du Canada, ainsi que les autres lauréats du Prix franco-allemand des droits de l’Homme et de l’État de droit, pour votre courage et votre détermination.

Mais alors que nous soulignons le travail de ces personnes, permettez-moi d’attirer l’attention du monde entier sur le cas de deux Canadiens qui sont injustement emprisonnés en Chine.

Michael Kovrig et Michael Spavor sont détenus arbitrairement depuis exactement un an aujourd’hui.

Ils se sont vu refuser l’accès à un avocat ainsi que tout contact avec les membres de leur famille.

Nous continuerons à travailler sans relâche pour obtenir la libération immédiate de nos citoyens.

Nous sommes reconnaissants aux nombreux pays qui ont exprimé leur soutien à l’égard de M. Kovrig et de M. Spavor.

Nous continuerons à travailler avec nos partenaires pour dénoncer d’une seule voix ces détentions arbitraires maintenant et pour toujours.

Le Canada collaborera avec ses alliés dans le cadre de l’Alliance pour le multilatéralisme afin de protéger et de préserver les normes, les institutions et les accords internationaux qui sont le fondement de notre épanouissement et de notre prospérité.

J’espère que la conversation que nous aurons ici aujourd’hui pourra établir les bases de futures réunions de ce genre pour discuter de nos défis collectifs. J’espère aussi que nous nous reverrons bientôt. La prochaine fois, au Canada!

Merci.


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