Allocution de la présidente Velshi au Harvard’s Belfer Center : Sommes-nous prêts à l’inconcevable? Veiller à la sûreté nucléaire après l’accident de Fukushima

Discours

Introduction

Bonjour à tous.

Merci Aditi pour cette aimable présentation, et merci aux organisateurs de m’avoir invitée.

Toutes les observations et les tables rondes ont été extrêmement intéressantes et j’espère pouvoir apporter une contribution semblable.

Alors que nous commémorons les personnes qui ont perdu la vie il y a 10 ans, et que nous pensons aux personnes qui sont encore touchées aujourd’hui, nous devons réitérer notre engagement à garantir la sûreté et la sécurité des installations nucléaires.

Je travaille dans le secteur nucléaire depuis 40 ans maintenant. Dans ce monde, peu importe le lieu d’un accident, les répercussions sont mondiales.

Fukushima. Tchernobyl. Three Mile Island. Chaque incident a transformé la perception du public et a accentué les préoccupations à l’égard de l’énergie nucléaire.

Nous ne devons pas tourner le dos à ces moments.

Mais plutôt affirmer clairement que nous en avons tiré des leçons.

Une bonne façon de rendre hommage aux personnes qui ont perdu la vie est de trouver des solutions pour améliorer la sécurité… et de renforcer la confiance du public dans la valeur, l’intégrité et la sûreté des installations nucléaires.

Notre mot d’ordre doit être la vigilance. Il faut examiner méticuleusement notre engagement en matière de sûreté et de sécurité.

Au Canada, nous avons tiré de précieuses leçons de la crise de Fukushima.

Dans de nombreux domaines, nous avons procédé à des réformes positives et notables. Dans d’autres, il y a encore du travail à faire, tant au Canada que dans la communauté internationale.

Réponse du Canada – qu’est-ce qui a changé?

En tant que pays à faible densité démographique et doté d’un vaste territoire, le Canada a dû se surpasser et faire preuve d’une grande efficacité dans l’industrie nucléaire.

Néanmoins, nous avons été des pionniers, comme ce fût le cas avec la création du réacteur CANDU. Aujourd’hui encore, un réacteur sur dix dans le monde est un CANDU.

En tant qu’État nucléaire mature de niveau 1, avec un passé d’excellence en matière de sûreté, nous avons pris des mesures rapides et complètes au lendemain de l’accident de Fukushima.

Notre centre des mesures d’urgence a été activé. Il est resté ouvert 24 heures sur 24 pour recueillir les meilleurs renseignements disponibles et en rendre compte au public.

La Commission canadienne de sûreté nucléaire, l’organisme de réglementation que je dirige maintenant, est devenue la source d’information incontournable sur Fukushima.

Des inspections furent immédiatement réalisées dans toutes les centrales nucléaires et autres installations nucléaires.

L’accent portait sur la préparation sismique, la lutte contre les incendies, l’alimentation de secours, la prévention de l’accumulation d’hydrogène et le refroidissement des piscines de combustible.

Deux importants organes d’examen ont également été créés : un groupe de travail interne et un comité consultatif indépendant.

Le groupe de travail a effectué un « test de résistance » qui a confirmé la nature robuste et l’exploitation sûre des réacteurs nucléaires canadiens. Il a également formulé des recommandations importantes afin d’apporter de nouvelles améliorations.

Il convient de noter que ces recommandations ont débouché sur des actions, notamment des améliorations pour répondre à une perte prolongée de l’alimentation électrique hors site et à l’impact potentiel d’inondations plus importantes que prévu et d’autres catastrophes naturelles.

Entre-temps, le comité externe, composé d’experts indépendants de l’industrie, ce qui était unique au Canada à ma connaissance, a été chargé d’examiner la réponse de la CCSN à Fukushima.

Il a conclu que la réponse était appropriée, et, une fois encore, des recommandations ont été formulées pour apporter d’autres améliorations.

Un certain nombre de ces recommandations concernaient les communications au public ainsi que le rendement organisationnel et humain.

Finalement, l’Agence internationale de l’énergie atomique a examiné la réponse canadienne et a conclu qu’il s’agissait d’une bonne pratique et d’une approche à suivre pour les pairs internationaux.

Nous avons répondu à tout cela dans un plan d’action intégré, unique en son genre parmi les organismes de réglementation, que nous avons soumis à l’examen du public.

Il a été approuvé par notre Commission et sa mise en œuvre a fait l’objet d’un suivi dans le cadre de séances publiques, en toute transparence et reddition de compte.

Ce plan a donné lieu à des réformes supplémentaires au cours des années suivantes, dans des domaines tels que la préparation aux situations d’urgence, les capacités d’intervention, la surveillance du rayonnement en temps réel, etc.

Voici ce que nous avons retenu de tout ce travail : comme de nombreux pays, nous pensions que nous faisions tout ce qui était en notre pouvoir pour assurer la sûreté nucléaire.

Nous pensions être parfaitement préparés à l’improbable, à l’inattendu et à l’inimaginable.

Mais, cette crise nous a fait découvrir que nous pouvions en faire davantage – que nous devons en faire plus – tant sur le plan de la prévention que de l’atténuation.

C’est une leçon fondamentale.

Nous ne pouvons relâcher nos efforts, pour rien au monde.

Nous ne devons pas attendre qu’une autre crise nous pousse à agir.

Nous ne devons jamais baisser la garde face aux menaces, et être déterminés à explorer et à mettre en œuvre des moyens nouveaux et encore meilleurs pour assurer la sûreté et la sécurité de nos installations.

C’est vrai pour le Canada, et c’est vrai pour tous les pays producteurs d’énergie nucléaire.

Au final, le Canada a largement contribué à l’élaboration du plan d’action de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur la sûreté nucléaire, et du rapport sur les leçons retenues de Fukushima.

L’établissement des priorités dans un monde post-Fukushima

Comme certains d’entre vous le savent peut-être, j’étais ingénieure dans l’industrie nucléaire au début des années 1980.

Peu après l’accident de Fukushima, j’ai été nommée à la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) et je suis devenue l’une des sept commissaires à prendre des décisions relatives à l’autorisation et à la réglementation des grandes installations nucléaires.

Fukushima a été une toile de fond omniprésente pendant toute la durée de mon mandat à la CCSN.

Lorsque je suis devenue présidente en 2018, bon nombre des leçons retenues de Fukushima avaient déjà été intégrées aux priorités et aux processus existants.

Il restait cependant du travail à faire.

Réglementation moderne du secteur nucléaire

J’ai commencé par donner la priorité à la modernisation de notre réglementation nucléaire.

Nous devons nous assurer que nos pratiques réglementaires et notre cadre de réglementation sont fondés sur la science et sur les risques, et tiennent compte de l’incertitude et des changements.

Là encore, nous ne devons rien tenir pour acquis.

Cette priorité nous guide dans notre adaptation face aux innovations en cours dans le secteur nucléaire. Pensons notamment aux drones, à la fabrication additive et à l’intelligence artificielle.

Elle nous aide aussi à nous préparer à l’introduction et au déploiement proposés de petits réacteurs modulaires.

Les fournisseurs proposent une variété de technologies, dont beaucoup présentent des différences importantes, et nous examinons actuellement 12 conceptions de réacteurs dans le cadre d’un processus préalable à l’autorisation.

Ce processus ne garantit pas la délivrance d’un permis. Toutefois, il donne aux fournisseurs une indication précoce des difficultés potentielles auxquelles ils pourraient faire face pour satisfaire aux exigences canadiennes.

Cet examen permet également au personnel de la CCSN d’acquérir une expérience et une connaissance indispensables des conceptions, qui sont différentes de la technologie CANDU que nous connaissons si bien.

De nombreux fournisseurs vantent la nature robuste et la résilience de leurs conceptions, y compris le recours aux systèmes de sûreté passifs.

Nos cadres de réglementation doivent suivre le rythme, afin qu’ils demeurent pertinents et essentiels au fur et à mesure que de nouvelles technologies apparaissent.

Ce qui est logique pour les grands réacteurs centralisés ne s’applique pas toujours aux petits réacteurs modulaires distribués.

Notre expérience de Fukushima nous aidera à examiner d’un œil critique toutes les affirmations faites, en particulier dans le contexte d’un climat changeant et de l’évolution des menaces pour la sécurité.

Organisme de réglementation fiable

La deuxième priorité sur laquelle je me suis concentrée visait à faire de la CCSN un organisme de réglementation fiable, reconnu pour son indépendance, sa compétence, sa force, son ouverture et sa transparence, et comme une source d’information crédible.

C’est pourquoi nos séances sur les demandes de permis sont ouvertes au public, et se tiennent souvent dans les collectivités d’accueil. Nous offrons même un soutien financier aux personnes qui veulent participer à notre processus.

Et nous avons mis l’accent sur l’établissement de relations significatives et à long terme, entre les audiences sur les permis, afin que les gens restent informés et mobilisés.

De façon plus générale, le Canada et le Royaume-Uni collaborent, sous l’égide de l’Agence pour l’énergie nucléaire de l’OCDE, à l’établissement des particularités qui suscitent la confiance à l’égard des organismes de réglementation nucléaire, et nous espérons organiser un atelier à ce sujet l’an prochain.

Il est particulièrement important d’établir des relations avec les peuples autochtones du Canada.

Notre gouvernement fédéral s’est engagé sur la voie de la réconciliation avec les peuples autochtones, et c’est un engagement que nous partageons de tout cœur à la CCSN.

Dans ce rôle de réconciliation, j’ai eu l’honneur de rencontrer les chefs autochtones canadiens et les membres des communautés autochtones, et ils continuent de m’apprendre beaucoup de choses.

L’établissement de toute relation peut être difficile.

Nous avons encore du travail à faire pour rehausser la confiance du public à notre égard.

Néanmoins, nous sommes fiers de notre indépendance et de notre engagement en faveur de la transparence. Et nous sommes convaincus que cet engagement continuera à bien nous servir.

Organisation agile

Ce qui m’amène à la troisième priorité que j’ai définie : faire en sorte que la CCSN soit une organisation agile.

Une organisation agile est une organisation flexible et inclusive, où le personnel se sent habilité et outillé, et où les gens sont capables de s’adapter rapidement à un environnement de travail en évolution.

Fukushima a mis en lumière l’importance de disposer d’une main-d’œuvre habilitée, c’est-à-dire une main-d’œuvre qui est libre d’exprimer une opinion dissidente.

La pensée de groupe peut conduire à des résultats indésirables.

J’encourage mon personnel à formuler des conseils et des commentaires avec ouverture et franchise – je leur dis que s’ils voient ou savent quelque chose, de me le dire!

Il est important de créer ce type de culture, en particulier dans le contexte de la transition démographique que nous vivons.

Il est impératif que nous conservions l’expérience et les connaissances de notre personnel sortant et que nous les transmettions aux nouveaux membres du personnel, qui apportent bien sûr leurs propres expériences et compétences avec eux.

Nous devons être diversifiés et inclusifs, et nous efforcer d’assurer la pluralité des genres, parce que nous sommes plus intelligents, plus innovants et que nous prenons des décisions davantage réfléchies et acceptées lorsque nous réunissons autour de la table les points de vue et le bagage de chacun.

Nous faisons des progrès dans le monde entier – l’industrie est très différente de ce qu’elle était à mes débuts, mais elle est encore loin de refléter nos sociétés.

Notre personnel doit être mobilisé, car Fukushima nous a appris que la culture de sûreté – soit les aspects humains et organisationnels qui définissent la façon dont nous abordons la sûreté – peut avoir une incidence énorme sur les résultats.

Cela est vrai pour les organismes de réglementation aussi bien que pour les exploitants.

Influence mondiale

Notre quatrième priorité est d’avoir une influence mondiale.

Comme je l’ai déjà mentionné, le Canada se distingue par sa longue histoire, fière et positive dans le domaine nucléaire.

Nous sommes fiers d’avoir joué un rôle de premier plan sur la scène internationale au lendemain de Fukushima.

Aujourd’hui, nous nous efforçons de montrer la voie de la collaboration internationale dans l’intérêt de la sûreté, de la sécurité et de la non-prolifération nucléaires, y compris le soutien aux missions d’examen par les pairs.

Il n’est jamais mal vu de demander à des experts du monde entier d’examiner de près ce que nous faisons, et de cerner les domaines à améliorer.

C’est l’un des moyens les plus efficaces d’éviter la complaisance et d’inculquer une culture d’amélioration continue de la sûreté et de la sécurité.

Oui, les conclusions et les recommandations de ces missions peuvent parfois être contestées. Tout cela fait partie d’un processus utile.

Le débat et la discussion expliquent en partie pourquoi il est crucial que ces rapports soient transparents.

Les évaluations par les pairs ont été renforcées depuis Fukushima, mais il n’existe toujours pas de mécanisme permettant de demander des comptes aux pays et aux gouvernements si les recommandations ne sont pas prises en compte.

Le Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique pourrait jouer un rôle plus important à cet égard.

Nous continuerons à défendre rigoureusement l’importance des évaluations par les pairs et à encourager tous les pays producteurs d’énergie nucléaire à participer aux missions et à publier les rapports.

La collaboration internationale devient plus essentielle à mesure que de nouvelles technologies nucléaires novatrices voient le jour.
Aucun pays n’est susceptible d’avoir toutes les réponses, ou le monopole de la connaissance ou de la prévoyance.

Néanmoins, ensemble, notre intelligence et notre expérience collectives peuvent nous aider à naviguer ce terrain nouveau et inconnu.

Et, puisque les organismes de réglementation nucléaire ont pris un engagement envers la sûreté, il est logique de collaborer afin de faire le meilleur usage possible de notre temps et de nos ressources collectives.

Les petits réacteurs modulaires, ou PRM, en sont un excellent exemple.

Pour un grand nombre des réacteurs que nous examinons, le personnel de la CCSN ne possède pas d’expérience directe de ces conceptions, contrairement aux experts d’autres pays.

La collaboration avec d’autres organismes de réglementation est un moyen d’accroître la diversité des évaluations de la sûreté afin d’obtenir de meilleurs résultats en matière de sûreté.

C’est pourquoi je suis ravie de dire qu’au cours des deux dernières années, nous avons signé des ententes avec les organismes de réglementation des États-Unis et du Royaume-Uni pour orienter nos efforts de collaboration à l’égard des PRM.

Grâce à notre leadership collectif, je suis certaine que nous instaurerons progressivement la confiance et arriverons à un point où les processus d’autorisation et d’approbation pourront être harmonisés dans la mesure du possible.

Pour l’instant, nous nous efforçons d’établir des normes internationales harmonisées qui sont équivalentes aux risques présentés et qui répondent à tout le moins aux besoins de tous les pays.

Mes collègues de la Commission des normes de sûreté de l’Agence internationale de l’énergie atomique, que j’ai l’honneur de présider, ont accepté de donner la priorité à cette question, et j’en suis ravie.

Leçons qui n’ont pas encore été tirées, les travaux sont toujours en cours

Nous avons tous retenu des leçons importantes de la crise de Fukushima. L’industrie est ainsi plus sûre aujourd’hui.

Cependant, notre apprentissage à l’égard de certains domaines reste incomplet et des efforts doivent continuellement être déployés.

1. Débutons par ce qui, à mon avis, mérite notre attention immédiate et permanente : la culture de sûreté.

Il ressort clairement de la catastrophe de Fukushima que la culture de sûreté peut avoir une incidence directe sur la sûreté et la sécurité nucléaires.

La culture de sûreté est fondamentale et s’applique à tout ce que nous faisons, qu’il s’agisse des organismes de réglementation ou des exploitants.

Son champ d’application est très large; il ne se limite pas seulement aux exploitants et aux organismes de réglementation.

Les principes de la culture de sûreté peuvent être appliqués plus largement à tous les décideurs du secteur nucléaire, y compris les conseils d’administration des entreprises nucléaires et les responsables politiques des gouvernements.

Nous avons constaté de réels progrès à cet égard, mais il est possible de faire beaucoup plus pour assurer une forte culture de sûreté, car elle a une incidence sur tout ce que nous faisons à chaque instant.

Je pense que nous avons tous beaucoup à apprendre de la culture de sûreté et beaucoup de travail à faire à ce sujet, et nous bénéficions tous d’un soutien.

L’Agence pour l’énergie nucléaire et l’Association mondiale des exploitants nucléaires offrent un forum sur la culture de sûreté propre à chaque pays afin d’aider les pays à évaluer l’état de leur culture de sûreté.

Ces forums permettent aux pays d’engager le dialogue et de réfléchir à la manière dont les particularités nationales d’un pays peuvent influencer la culture de sûreté nucléaire.

Cet automne, le Canada sera le troisième pays à accueillir l’atelier et j’espère que de nombreux autres pays en feront autant dans un avenir rapproché.

2. Un deuxième domaine qui mérite une plus grande attention est celui du rétablissement après un accident.

Fukushima a montré que des normes et des orientations internationales et nationales en matière de rétablissement étaient nécessaires.

Bien que le Canada ait depuis établi des directives, il reste encore du travail à faire, notamment en ce qui concerne la sécurité des populations qui retournent sur les sites touchés.

Une partie de ce travail consiste à mieux comprendre les effets du rayonnement à faible dose sur la santé.

J’ai été surprise d’apprendre récemment que deux conventions de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur la gestion des urgences – l’une sur la notification et l’autre sur l’assistance – ont été adoptées moins de six mois après Tchernobyl et n’ont pas été modifiées depuis.

La mise en œuvre de ces conventions doit être renforcée, afin que nous puissions tous mieux comprendre les risques et la réalité.

Il est particulièrement important, lors d’une intervention d’urgence, de s’assurer que les meilleures données scientifiques sont prises en compte et que les décisions vont au-delà des considérations de risque à court terme.

C’est pourquoi il est si important de mener des exercices d’urgence réalistes qui incluent la transition vers le rétablissement, même si les événements déclencheurs peuvent parfois sembler improbables.

Les exercices de ce type permettent de renforcer les connaissances, l’expérience et l’excellence en exploitation. Ils nous aident à faire face à l’inconnu.

3. L’amélioration de la communication, en particulier la communication des risques, est un autre domaine d’intérêt et de travail continu.

D’une part, nous disposons de plus de moyens que jamais pour communiquer avec le grand public, et avec des communautés spécifiques.

D’autre part, il peut être difficile de faire entendre sa voix et de nouer un dialogue avec les gens sur des questions qui sont souvent de nature technique.

Par conséquent, les défis de la communication demeurent, et nous devons continuer à rechercher des méthodes et des tactiques qui résonnent et ont un impact.

Il s’agit d’un processus continu qui doit s’adapter à l’évolution constante du paysage social et médiatique.

4. La robustesse et la fiabilité de nos infrastructures sont un autre domaine qui requiert notre attention, qu’il s’agisse de télécommunications, d’accès à l’électricité et à l’eau, etc.

Nous vivons à une époque où les catastrophes naturelles se produisent plus fréquemment et ont des conséquences plus graves.

Nous devons constamment remettre en question nos hypothèses et nos préparatifs en fonction des preuves actuelles et en évolution.

Laissez-moi vous donner un exemple. Les pannes de courant dans le sud des États-Unis, au Texas en particulier, il y a quelques semaines, ont pris les autorités de court et ont eu des conséquences terribles.

Normalement, au Canada, nous ne nous inquiéterions pas du risque de froid extrême. Ni de chaleur extrême. En raison de notre climat, nos installations et infrastructures sont construites selon des normes rigoureuses.

Mais notre climat est en train de changer. Les événements graves et les fluctuations sont de plus en plus fréquents.

J’ai donc demandé à mon personnel de porter un regard neuf sur les risques climatiques et de se pencher sur une question : la possibilité de nouvelles données probantes devrait-elle susciter une nouvelle façon de penser de notre part?

Que ce soit les organismes de réglementation ou les décideurs politiques qui prennent la décision finale, nous devons être prêts à étudier la nécessité d’améliorer les infrastructures qui ne sont peut-être pas directement liées au nucléaire, mais qui peuvent néanmoins renforcer la sûreté et la préparation nucléaires.

Il s’agit de prendre des décisions fondées sur des données et des connaissances scientifiques actualisées, qui tiennent compte du risque et qui respectent les principes de la défense en profondeur.

5. Enfin, je voudrais mentionner un dernier domaine où les travaux post-Fukushima se poursuivent.

Au fur et à mesure de l’introduction de nouvelles technologies novatrices, nous devons poser un regard critique sur notre fonction en tant qu’organisme de réglementation et nous assurer que nous ne constituons pas un obstacle inutile à leur adoption.

Nous devons toujours nous rappeler que nous existons pour protéger les gens contre les risques et non contre le progrès.

Je suis sûre que mes homologues conviendront que nous n’avons aucun intérêt à empêcher l’efficacité et l’innovation.

Nous ne devons jamais compromettre la sûreté, mais il est toutefois de mise de se demander si nous mettons vraiment l’accent sur le niveau optimal de sûreté.

Nos exigences, nos approches et nos cadres de réglementation sont-ils adaptés aux technologies qui nous sont proposées et aux technologies émergentes?

Nous devons continuer de déployer des efforts pour trouver le bon équilibre.

Dans le cadre de ce travail, il est essentiel que les organismes de réglementation soient compétents et disposent de ressources suffisantes.

Nous n’avons pas besoin d’aller chercher loin pour comprendre à quel point il est essentiel d’avoir un organisme de réglementation rigoureux et efficace, il suffit de penser aux enquêtes sur le Boeing 737 Max ou à l’expérience des équipements contrefaits dans les installations nucléaires en Corée du Sud.

Si les organismes de réglementation n’ont pas le temps, les connaissances et les ressources, ni l’indépendance nécessaire pour examiner ce qui leur est présenté et prendre des décisions fondées sur les faits et la science, alors les conditions sont réunies pour l’approbation de conceptions ou d’approches qui ne sont pas entièrement comprises.

Ça, c’est courir droit au désastre.

Mettre en application les leçons de Fukushima dans un monde innovant et interconnecté

Avant de conclure, j’aimerais examiner brièvement l’efficacité avec laquelle le secteur nucléaire a réagi à la pandémie de COVID-19.

Les centrales nucléaires ont continué de fonctionner et ont fourni l’électricité et la stérilisation des équipements de protection dont on avait tant besoin.

Au Canada, les exploitants se sont mobilisés et ont offert leur soutien aux travailleurs de première ligne et aux communautés.

Les plans d’urgence et de continuité des activités ont été activés. Des mesures de santé et de sécurité ont été déployées pour assurer un effectif minimal et une exploitation sûre.

Les organismes de réglementation sont passés à une surveillance à distance et ont toujours maintenu le cap pour assurer une étroite surveillance de la sûreté.

De part et d’autre, des approches innovantes en matière d’inspection et de communication ont été utilisées pour maintenir une surveillance constante et un contact sûr.

Des pratiques exemplaires ont été échangées entre les exploitants et les organismes de réglementation pour s’aider mutuellement à répondre à une situation qui évolue rapidement.

Et la collaboration internationale s’est en fait améliorée. Je sais que je ne suis pas la seule à dire que j’ai participé à plus d’événements internationaux cette année que jamais auparavant, sans l’inconvénient du décalage horaire.

Cela montre la force de notre travail préparatoire et l’efficacité de nos mesures d’urgence.

Parallèlement, la pandémie nous a obligés à examiner encore plus attentivement nos hypothèses sur notre capacité de réaction.

Alors que l’information et la technologie rendent la planète plus accessible, que notre climat change, que de nouveaux risques apparaissent et que des risques connus perdurent, nous devons être plus vigilants que jamais.

Nous devons être prêts à remettre en question nos hypothèses – et à changer d’avis.

Nous devons être à l’affût de l’évolution des tendances et des nouvelles menaces.

Nous devons nous concentrer sur la prévention et l’intervention, sur l’anticipation et, si nécessaire, sur l’atténuation.

Et nous ne devons jamais perdre de vue le fait que la sûreté est notre priorité et que la collaboration est notre force.

Je remercie Harvard et Belfer Center d’avoir organisé et animé cet événement.

Et en tant que membre du Comité directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique pour la conférence sur Fukushima, qui est maintenant reportée au mois de novembre et qui est organisée conjointement par le gouvernement japonais, je vous invite tous à participer à cette conférence.

Je vous remercie et il me fera plaisir de dialoguer avec Aditi et de répondre à vos questions.

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