Pas de deux : Maguire à la conquête de la planète chaussures

Intérieur d’une boutique avec étagères présentant des chaussures et sacs, un comptoir et une personne marchant vers le fond.

Elles ont parcouru, roulé, foulé des milliers de kilomètres ensemble – du Plateau-Mont-Royal aux manufactures d’Europe en passant par les quartiers de New York – portées par une vision commune : créer durablement les meilleures chaussures au meilleur prix. Pour les Belzile-Maguire, la complicité entre sœurs n’est pas une patente marketing : c’est carrément un mode de gestion. Portrait.

Sommaire

Entreprise : Chaussures Maguire inc.
Nombre d’employés : 25
Région : Grand Montréal
Programme : Croissance économique régionale par l'innovation (CERI) – Commercialisation et exportation

Cet appui de DEC a permis : de mettre en œuvre une stratégie de commercialisation à l’international, soit : embaucher des ressources marketing, réaliser une campagne publicitaire ciblée, participer à des événements commerciaux et à des visites de prospection, et recourir à des services professionnels directement en lien avec la commercialisation internationale.


Romy et Myriam Belzile-Maguire, fondatrices de la marque de chaussures Maguire. tout sourire, assises sur un tabouret.
Romy et Myriam Belzile-Maguire, fondatrices de la marque de chaussures Maguire.

Quand les deux font la paire

Dans la plupart des duos d’affaires, et surtout dans les entreprises familiales, la tension n’est jamais loin. Chez Chaussures Maguire (Maguire), la chimie est différente. Pas parce que les sœurs Belzile-Maguire se ressemblent; plutôt parce qu’elles se complètent. La répartition de leurs forces est presque chorégraphiée : l’une, visionnaire, experte du design, démontre une compréhension profonde de l’industrie de la mode et pose un regard instinctif sur le produit; l’autre, polyvalente, analyse et optimise, jongle avec la logistique, le service client, les finances, les ressources humaines, les communications. Et, si leur duo fonctionne, c’est que chacune reconnaît l’expertise de l’autre, et que leurs valeurs communes servent de boussole.

Myriam, c’était l’enfant qui dessinait déjà des chaussures sans vraiment savoir ce que cela impliquait. Celle qui rêvait d’Italie, de matériaux nobles, de découpes, de couleurs, d’objets à la fois fonctionnels et beaux qui traversent le temps. Elle étudiera à Londres, travaillera chez Aldo, apprendra l’italien pour discuter avec les artisans. « Quand elle a décidé de lancer Maguire, c’était juste… logique », se rappelle Romy qui, elle, arrive avec un tout autre bagage : communications et gestion de projets dans le milieu du cinéma, notamment, et une capacité à faire beaucoup avec peu. Une polyvalence qui deviendra précieuse dans une entreprise en démarrage. « Romy est structurée, elle est efficace, elle organise tout. Moi, je suis dans le produit, les tendances, le long terme », résume Myriam.

« On n’a pas besoin de se séparer les tâches. Ça se fait naturellement », lance Myriam, la créative assumée. « On n’est pas bonnes dans les mêmes affaires, alors on ne se pile pas sur les pieds. » Romy éclate de rire en l’entendant. « Elle, c’est la vision. Moi, je suis plus dans les opérations. Myriam, elle voit loin; moi, je vois clair. »

Dans la voiture entre Montréal et New York, dans les chambres à lits superposés louées pour réduire les coûts, dans les visites d’usines européennes, au cœur des ouvertures de boutiques ou des séances de remue-méninges qui finissent en fou rire, leur dynamique reste la même : confiante, instinctive, ancrée dans une affection sans fla-fla. Elles débattent, oui, « mais c’est pour arriver à la meilleure solution, pas pour gagner », précise Romy.


Un pied devant l’autre

En 2019, une première boutique ouvre à Montréal, deux ans après la mise en ligne de Maguire sur le Web. Flanquées d’une poignée d’employées et d’une stagiaire, assises à un petit bureau au fond du local sur le boulevard Saint‑Laurent,  angle Maguire (pur hasard, apparemment!), les sœurs sont entourées de boîtes et de promesses. Romy se souvient : « On a tout bâti "from scratch" : un produit à la fois, avec beaucoup de préventes, beaucoup de risques. » L’entreprise grandit vite, jamais trop. Une croissance organique, maîtrisée, par conviction autant que par lucidité.

Montréal, 2019, donc. Suivront : Toronto, 2020; New York, 2022; Brooklyn, 2024. Chaque ouverture de boutique constitue un jalon important, un moteur. « On a réalisé que pour réussir dans un marché, il faut être présent : rencontrer les gens, les écouter, tester », s’enthousiasme Romy. C’est ce qu’elles ont fait à Toronto avant d’ouvrir; idem aux États-Unis.

Présentoirs avec chaussures et objets décoratifs, un canapé à gauche et une plante en pot à droite, dans une boutique lumineuse au style minimaliste.
Photo : Jonathan Hokklo

Cette présence physique et ce souci de la clientèle nourrissent les ventes, aujourd’hui réparties à parts presque égales entre les boutiques et le site Web. Mais cette croissance s’accompagne de défis. « Le financement et les ressources humaines, c’est les deux gros morceaux », reconnaît Romy. Recruter les bonnes personnes au bon moment, gérer l’augmentation des stocks, structurer les activités… Tout cela demande temps, vision et flexibilité. C’est là que DEC entre en scène.


Une croissance bien chaussée

Le financement accordé à Maguire est arrivé à un moment charnière, alors que l’entreprise marchait dans un entredeux pas très confortable : déjà une trop grande pointure pour les programmes d’aide au démarrage, mais encore trop petite pour les appuis d’envergure destinés aux grandes entreprises. Au-delà des chiffres, les sœurs soulignent l’approche humaine qu’elles ont rencontrée à DEC. « L’aide de DEC, c’est concret, flexible et humain », résume Romy. « Eux, ils comprennent que les projets changent. Ils s’ajustent. Ils ne font pas juste prétendre qu’ils sont là pour nous aider à grandir. Ils nous soutiennent pour vrai. »

Judith Malenfant, la conseillère du bureau d’affaires Grand Montréal qui les accompagne, parle avec fierté de ce dossier :

« On ne fait pas que financer, on offre de l’accompagnement! Et ça se traduit par des conseils, des suivis de près, des mises en contact et en relation avec des partenaires potentiels de l’industrie. »

Pour elle, Maguire représente exactement le genre d’entrepreneuriat féminin que DEC veut soutenir : ambitieux et durable.


Réparer le faux pas de toute une industrie

Intérieur de la boutique Maguire avec étagères de chaussures
Photo : Jonathan Hokklo

Parmi les aspects différenciateurs de l’entreprise, le désir de résoudre une anomalie persistante, voire systémique. « Dans les shows partout dans le monde, je voyais des hommes acheter des chaussures pour femmes à d’autres hommes qui les avaient fabriquées... alors que personne ne les avait jamais essayées! Ça n’a pas de bon sens », raconte Myriam.

Alors, chez Maguire, on fait autrement. Les modèles sont dessinés à Montréal et fabriqués à la main dans des manufactures haut de gamme en Italie, au Portugal et en Espagne, notamment. Et chaque paire est testée sur plusieurs types de pieds avant sa mise en marché pour s’assurer que les chaussures offrent un bon ajustement : LE meilleur ajustement. C’est ainsi que le talon d’Achille de toute une industrie deviendra leur ultime plus-value.

Aujourd’hui, Maguire s’apprête à se tremper les orteils sur la côte ouest et lorgne l’Europe. Avec une production de quelque 30 000 paires par année et une quarantaine de modèles chaque saison, Myriam et Romy avancent avec l’assurance tranquille de celles qui savent où mettre le pied, jamais dans la même bottine, il va sans dire.

Détails de la page

2026-01-05