L'honorable Carla Qualtrough, ministre des Sports et des Personnes handicapées, à la Conférence sur l'équité de l'Université Queen's

Discours

Le 28 janvier 2017 – Kingston (Ontario)

Sous réserve de modifications. Ce discours a été traduit en conformité avec la Politique sur les langues officielles et révisé aux fins d’affichage et de distribution conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada.

Bonjour à tous et à toutes.

Je suis très heureuse d’être ici aujourd’hui.

J’aimerais tout d’abord reconnaître les Canadiens autochtones et souligner que nous sommes sur le territoire traditionnel des Premières Nations Anishinaabe et Haudenosaunee.

J’aimerais aussi remercier les organisateurs de m’avoir invitée à cette toute première Conférence sur l’équité de l’Université Queen’s.

Depuis que j’ai endossé le rôle de toute première ministre des Personnes handicapées au Canada, j’ai été interpellée et réellement inspirée par les jeunes qui, comme vous, sont déterminés à agir et à apporter de véritablement changements sur le plan de l’équité au sein de notre société. 

Avant d’entrer en politique, j’étais avocate spécialisée en droits de la personne. Et en tant que personne handicapée ayant consacré sa carrière juridique aux droits de la personne et au droit du travail, je peux vous assurer que les discussions comme celle d’aujourd’hui sont essentielles.

Quand nous améliorons les droits de la personne pour un groupe spécifique, tous les Canadiens en bénéficient. Cela renforce notre société. Cela favorise l’équité.

L’amélioration de l’accessibilité ne fait pas exception. Quand nous travaillons ensemble pour bâtir un Canada inclusif pour les personnes handicapées, tous les Canadiens en bénéficient.

Lorsque notre premier ministre dit que le Canada est « fort, non pas en dépit de nos différences, mais bien grâce à elles », cela inclut les personnes handicapées.

Équité et inclusion

Comme vous le savez probablement, notre pays possède un excellent système de droits de la personne. Lorsque quelqu’un se voit refuser d’emblée un emploi, un logement ou un service, nous disposons de lois antidiscriminatoires très strictes.

Mais le système actuel est en grande partie réactif. Une personne doit être victime de discrimination avant que nous puissions lui venir en aide. Et pour aggraver les choses, nous comptons sur des personnes en particulier pour ce qui est des plaintes généralisées. Ces efforts peuvent s’avérer épuisants, coûteux et, vous en conviendrez sûrement, indûment pénibles.

Vous l’ignorez peut-être, mais la moitié des plaintes déposées devant la Commission canadienne des droits de la personne sont fondées sur une déficience. Cela est assez extraordinaire si l’on pense à la myriade d’autres motifs possibles, comme l’ethnie, la religion, l’orientation sexuelle et le sexe de la personne.

Pour parler simplement, les Canadiens handicapés se heurtent encore à des obstacles systémiques pour ce qui est de leur inclusion.

Autrement dit, ils ne sont pas traités de façon équitable.

Un traitement équitable ne signifie pas traiter tout le monde exactement de la même manière. Et cela ne consiste pas non plus à créer des services et des structures qui fonctionnent pour la majorité des gens, et à essayer ensuite de les adapter aux besoins de tous. 

L’équité consiste à s’assurer que tout le monde est inclus dès le départ – que les besoins de chacun sont pris en considération dès le départ – que chacun, quels que soient ses signes caractéristiques, puisse participer pleinement à la société.

Accessibilité dès le départ

À mesure que je m’acquitte de mon mandat, ma priorité absolue est de veiller à ce que tous les Canadiens handicapés soient intégrés et aient un accès égal dès le départ.

Pour moi, il s’agit de cesser de parler de besoins et d’inaptitudes pour parler plutôt de participation économique, civique et sociale – ou de citoyenneté à part entière.

Il s’agit de reconnaître qu’en tant que société, nous devons aller au-delà de l’obligation de prendre des mesures d’adaptation pour discuter plutôt d’inclusion.

Mais comprenez-moi bien, la notion d’obligation de prendre des mesures d’adaptation est fondamentale et essentielle à notre régime de droits de la personne.

Nous devons toutefois en faire davantage – nous devons améliorer un système qui se caractérise par le réaménagement et la réflexion après coup – pour créer un système qui se caractérise par l’intégration, l’accès et la participation à part entière.

Les 14 pour cent de membres de la population canadienne qui souffrent d’une forme quelconque d’incapacité ne méritent rien de moins.

Nous devons avoir des attentes élevées relativement au type de Canada que nous désirons – un Canada qui est véritablement inclusif pour toutes et pour tous.

Remédier aux lacunes sur le plan législatif

Le premier ministre Justin Trudeau m’a chargée de prendre les mesures nécessaires pour réaliser ces changements et pour améliorer notre système.

Nous avons amorcé ce travail il y a plus d’un an, alors que nous avons commencé à consulter les Canadiens à l’échelle du pays au sujet d’une loi sur l’accessibilité visant à régler les problèmes se rattachant aux limites de notre système de droits de la personne – ou à remédier aux lacunes sur le plan législatif.

Cette nouvelle loi comportera essentiellement les deux objectifs suivants :

Premièrement, accroître la participation et l’inclusion de tous les Canadiens dans la société.

Deuxièmement, favoriser l’égalité des chances en éliminant les obstacles dans les domaines de compétence fédérale.

L’objectif sous-jacent est très clair – créer un Canada accessible et inclusif.

Si nous le faisons bien, quand nous aurons terminé, nous serons en mesure de réduire certaines des discriminations actuelles, tout en montrant le rôle de premier plan que le gouvernement fédéral peut jouer dans l’amélioration de la vie des personnes handicapées.

Nous avons effectué une tournée afin de connaître l’opinion des Canadiens en ce qui concerne le contenu de cette loi.

En juin dernier, nous avons lancé un processus ambitieux de consultation publique qui nous a mené partout au pays, à la rencontre des Canadiens et des intervenants, pour parler de ce que signifie un Canada accessible pour eux. Et nous l’avons fait en tenant compte le plus possible de l’accessibilité, notamment en offrant l’interprétation simultanée en langue des signes et le sous-titrage en direct.

Nous avons tenu des tables rondes sur des points de compétence fédérale et sur des sujets bien précis, comme l’approvisionnement et le service à la clientèle.

En novembre, aux côtés du premier ministre Trudeau, j’ai animé un forum national d’une journée pour les jeunes Canadiens handicapés et les intervenants engagés dans les questions d’accessibilité. Les jeunes ont ainsi eu la possibilité de faire part de leurs idées sur l’accessibilité, de présenter leurs réalisations et d’inspirer d’autres personnes.

Nous avons aussi consulté nos homologues provinciaux et territoriaux, des groupes autochtones et des dirigeants d’entreprise.

Nous avons examiné des pratiques exemplaires à l’échelle internationale, et nous avons la possibilité de tirer parti du travail d’autres secteurs de compétence, ici au Canada et à l’étranger, qui ont promulgué leur propre loi sur l’accessibilité.

Commentaires utiles provenant des Canadiens

Des milliers de Canadiens ont participé et ont échangé leurs points de vue pour ce qui est de savoir à quoi devrait ressembler un Canada accessible.

J’ai pu avoir une bonne idée du vaste éventail d’obstacles qui se posent.

On m’a parlé des obstacles physiques et architecturaux qui empêchent les gens de se déplacer librement dans les environnements bâtis, d’utiliser les transports publics, d’accéder à l’information ou d’utiliser des technologies courantes.

J’ai entendu parler des mythes, des attitudes, des croyances et des idées fausses au sujet des personnes handicapées et de ce que celles-ci peuvent et ne peuvent pas faire.

J’ai entendu parler des politiques et des pratiques désuètes.

Les Canadiens handicapés m’ont, à maintes reprises, transmis le même message :

Nous ne sommes pas une préoccupation secondaire.

Nous sommes des citoyens qui méritent les mêmes droits et qui ont les mêmes responsabilités que tout autre citoyen.

Nous sommes des membres compétents et précieux de la société.

Nous ne voulons pas être considérés comme des personnes qui ont besoin de « mesures d’adaptation », et nous ne voulons pas être traités comme si nous étions un fardeau.

Nous voulons être intégrés!

Il s’agit du changement dont je parlais précédemment…

Je peux vous affirmer que notre élan a continué à prendre de l’ampleur.

Partout au pays, j’ai été inspirée par la passion et le sens de l’innovation démontrés par les personnes qui ont participé à nos consultations. Les gens ont manifesté leurs préoccupations et ont présenté leurs idées.

J’ai été franche. J’ai été attentionnée. J’ai été directe.

Et chez moi – cela a créé un réel sentiment d’urgence – un sentiment que nous sommes à un moment crucial de notre histoire.

Nous avons la chance de faire partie de l’histoire.

La prochaine étape consiste à transformer ce que nous avons entendu en une loi. Quelle que soit la forme que cette loi finira par prendre, mon objectif est de créer une série d’attentes ou de normes pour les employeurs, les fournisseurs de services, les agents de programmes et les entrepreneurs qui relèvent de la compétence fédérale. Nous viserons à éliminer les obstacles afin que les Canadiens handicapés soient intégrés et deviennent des participants à part entière à la société.

2016 : une année charnière

Avec ces discussions et ces consultations en toile de fond, nous avons été occupés à prendre d’autres mesures pour rendre le Canada plus accessible et inclusif.

Je suis fière d’affirmer que l’année 2016 a marqué un tournant pour le Canada en ce qui concerne l’accessibilité.

Permettez-moi de vous donner quelques exemples…

À l’échelle fédérale, nous avons adhéré au Traité international de Marrakech, qui permet la production de livres en gros caractères, réduit les restrictions applicables à l’exportation d’œuvres en formats accessibles et protège le marché commercial des œuvres en formats accessibles. Il s’agit d’un grand pas en avant pour les quelque 800 000 Canadiens atteints d’une déficience visuelle et les quelque trois millions de Canadiens incapables de lire les imprimés.

Avec le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, nous avons également lancé le service de relais vidéo au Canada. Ce service améliore la capacité des personnes dont la langue première est la langue des signes américaine ou la langue des signes québécoise à participer pleinement au système de communication canadien et à la société canadienne dans son ensemble.

Et le mois dernier, nous avons commencé le processus d’examen de l’adhésion au Protocole facultatif se rapportant à la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées. Le Protocole vise à renforcer la mise en œuvre et le suivi de la Convention. Et dans le budget de 2016, nous avons annoncé que nous affecterons quatre millions de dollars additionnels sur deux ans au Fonds pour l’accessibilité afin d’aider à financer les travaux de construction et de rénovation visant à améliorer l’accessibilité et la sécurité des personnes handicapées dans les collectivités canadiennes. Cette somme s’ajoute aux 13,65 millions par année que le programme alloue déjà aux projets qui permettent de renforcer la sécurité et l’accessibilité dans les collectivités et les lieux de travail canadiens. La semaine dernière, j’ai d’ailleurs annoncé le lancement de certains de ces projets importants.

Outre ces initiatives, nous nous affairons en coulisse à créer une approche plus systématique à l’égard de l’accessibilité dans la prise de décisions gouvernementales, l’idée étant d’implanter une optique liée à l’accessibilité pour les politiques, les programmes et les services du gouvernement fédéral. Nous nous efforçons également de faire de la fonction publique fédérale un modèle pour l’emploi inclusif.

Ces mesures et bien d’autres sont des éléments précurseurs nécessaires au succès de notre législation sur l’accessibilité.

Changer notre façon de penser à mesure que nous avançons

Mais le plus gros changement surviendra lorsque changeront en permanence les sujets de notre conversation.

Lorsque nous changerons de façon radicale notre façon de penser et de parler lorsqu’il sera question d’invalidité et d’accessibilité.

Lorsque nous agirons de façon équitable et que nous intégrerons pleinement tous les Canadiens ayant une incapacité.

Je crois que nous avons entrepris notre cheminement vers ce changement de culture.

Je vous invite toutes et tous, à mesure que vous avancez dans la vie, au travail et au sein de vos collectivités, lorsque vous continuerez de discuter de l’équité avec les autres étudiants... Je vous invite à participer à ce changement de culture.

Je vous mets au défi d’envisager les questions liées à l’accessibilité sous un angle différent.

Car, lorsque nous parlons de l’accessibilité pour les personnes handicapées, ce que nous évoquons réellement est la création d’une société inclusive où tous les Canadiens ont des chances égales de réussir et où tous sont des participants égaux.

Voilà l’essence même d’un Canada accessible.

Ensemble, nous pouvons y arriver.

Je vous remercie et j’attends vos questions et vos commentaires avec intérêt.

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