Nanoparticules fabriquées : Aspects liés à la santé et à la sécurité

Changements à venir aux règlements en vertu de la partie II du Code canadien du travail

Introduction des modifications aux règlements en vertu de la partie II du Code canadien du travail

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Le présent guide a pour but d'aider les spécialistes de la santé et de la sécurité, les employeurs et les employés à évaluer les expositions aux nanoparticules fabriquées et à mettre en place des mesures de contrôle, dans les milieux de travail soumis à la réglementation fédérale. On y examine les effets nocifs d'une exposition sur la santé, de même que les risques d'exposition constatés dans les milieux de travail soumis à la réglementation fédérale. Il constitue également un document d'orientation sur les procédures d'évaluation et de gestion des substances dangereuses liées aux nanoparticules. L'objectif du présent guide consiste à appuyer le mandat du Programme de travail, qui est de favoriser des environnements de travail sécuritaires et sains.

1.0 Introduction

Les avancées scientifiques de la nanotechnologie ont mené à une augmentation de l'utilisation et de la production de nanoparticules fabriquées. Il s'agit de matière sous forme de particules dont la taille est inférieure à un milliardième de mètre (10-9 mètres). Pour exprimer la taille de ces particules, on utilise le nanomètre (consulter la section Définitions). En raison de leurs propriétés uniques, les nanomatériaux sont utilisés dans diverses applications. Parmi les industries qui utilisent et produisent des nanoparticules, on compte la fabrication, les cosmétiques, l'énergie, la recherche, la biomédecine, et les ordinateurs. Toutefois, la vitesse à laquelle les nanomatériaux sont produits dépasse considérablement la vitesse à laquelle les limites d'exposition professionnelle sont établiesNote de bas de page 1. Malgré le fait qu'il existe très peu de données humaines et environnementales au sujet des effets possibles d'une exposition aux nanoparticules sur la santé, la documentation existante a établi un lien de causalité entre l'exposition aux nanoparticules et les effets nocifs sur la santé et l'environnement. Par conséquent, il est important d'évaluer l'exposition des employés et de prévoir les problèmes éventuels dans les domaines qui utilisent des nanomatériaux. L'objectif du présent guide est principalement d'aider les milieux de travail à évaluer l'exposition professionnelle aux nanoparticules fabriquées, les effets possibles sur la santé, les règlements pertinents, les évaluations d'exposition et les mesures de contrôle. Il peut aider les personnes qualifiées à qui les employeurs ont attribué le mandat d'enquêter les risques d'exposition aux nanomatériaux. Le présent document souligne les difficultés auxquelles sont confrontés une personne qualifiée lors de l'évaluation des nanoparticules

Les nanoparticules sont des substances chimiques dangereuses complexes. Pendant des décennies, des recherches en hygiène industrielle ont été consacrées à la mesure et l'analyse des petites particules de matière. La complexité vient du fait que ces particules ont des dimensions nanométriques. À cette échelle, les particules affichent de nouvelles propriétés chimiques et physiques, comparativement aux versions plus volumineuses de ces mêmes substancesNote de bas de page 2. Par exemple, les nanoparticules ont une faible solubilité et un rapport surface-volume (surface spécifique) très élevé. Les nanoparticules ont également tendance à afficher des comportements électromagnétiques uniques. Ces aspects, ainsi que d'autres caractéristiques uniques de nanoparticules, font en sorte qu'elles interagissent différemment avec les organismes vivants, souvent de façon nocive. Toutefois, ces différences sont aussi les raisons pour lesquelles ces particules améliorent les applications technologiques. Les produits qui contiennent des nanoparticules, ont des fonctionnalités améliorées. Les premières nanoparticules produites provenaient de métaux et d'oxydes de métaux; parmi les exemples courants, on compte l'oxyde de titane, l'oxyde de plomb, le zinc et l'argent. Elles comprennent maintenant des nanotubes de carbone, des fullerènes et des points quantiquesNote de bas de page 3. Les nanotubes de carbone sont formés d'au moins une feuille de graphène (un allotrope de carbone disposé en hexagones) roulée. Les fullerènes sont des arrangements sphériques, semblables à des cages, d'atomes de carbone. Les points quantiques sont des sphères de matériaux semi-conducteurs, elles figurent parmi les nanomatériaux les plus petits (leurs dimensions habituelles sont de 1 à 10 nanomètres). Généralement, les nanoparticules fabriquées semblent avoir d'innombrables applications.

En général, les nanoparticules présentes dans un milieu liquide ou solide sont inertes. Toutefois, l'aérosolisation des nanoparticules, au moyen de l'agitation mécanique (par exemple le meulage) ou d'autres moyens, fait en sorte qu'elles deviennent un risque d'exposition par inhalation. Les nanoparticules libres peuvent ainsi entrer dans le corps par l'inhalation, l'absorption dermique ou l'ingestion. Dans les milieux professionnels, l'inhalation représente l'exposition la plus fréquente le plus fréquent d'exposition. Les nanoparticules ont la capacité de pénétrer dans la région alvéolaire profonde des poumons, là où se produisent les échanges gazeux. Les absorptions dermiques ou oculaires sont problématiques pour les barrières sans protection ou compromises que les nanoparticules peuvent passer. La petite taille des nanoparticules leur permet de contourner des défenses immunologiques auxquelles d'autres contaminants se heurtent, entre autres elles peuvent traverser la barrière hémato-encéphaliqueNote de bas de page 4.

La nanotechnologie est un domaine qui évolue rapidement, les renseignements du présent document reflètent donc les connaissances du moment. On recommande aux spécialistes de la santé et de la sécurité, aux employeurs et aux employés de se tenir au courant au sujet des nanoparticules afin d'assurer une protection optimale de la santé. Il est important d'adopter une approche préventive face aux nanoparticules fabriquées. L'objet de la Partie II du Code Canadien du travail étant de prévenir les accidents, les incidents de harcèlement et de violence et les blessures et les maladies, physiques ou psychologiques.

Lorsque les données relatives à une nouvelle substance sont insuffisantes ou non concluantes, il est important d'appliquer le principe de précaution qui consiste à considérer le plus haut niveau de risque possible que les connaissances scientifiques ne peuvent éliminer.

2.0 Définitions

Cette section fournit la terminologie pertinente au présent guide. Pour obtenir d'autres définitions ou abréviations, il faut consulter le document de référence Guide canadien concernant l'échantillonnage professionnel de conformité relatif aux agents chimiquesNote de bas de page 5.

Diamètre aérodynamique équivalent : Diamètre d'une sphère de densité unitaire hypothétique qui a la même vitesse limite de sédimentation que la particule en question

Rapport de forme : Rapport entre la longueur et la largeur d'un objet

Nanotubes de carbone : Feuilles cylindriques de graphène, un allotrope de carbone disposé en hexagones; il peut s'agir de nanotubes monoparoi ou de nanotubes multiparoi.

Nanofibre : Particule fabriquée dont au moins une dimension mesure entre 1 et 100 nanomètres et qui présente un rapport de forme d'au moins 3:1

Nanomatériau (Groupe CSA) : Matériau dont les dimensions externes sont mesurées à l'échelle nanométrique, ou dont la structure interne ou la structure de surface sont mesurées à l'échelle nanométrique.

Nanomatériau (Santé Canada) : Corps ou produits fabriqués, ainsi que les composantes, ingrédients, dispositifs ou structures qui respectent une des conditions suivantes :

Nanomètre (nm) : Un milliardième de mètre (1 nanomètre = 10-9 mètre).

Nanoparticule : Particule fabriquée dont au moins une dimension mesure entre 1 nanomètre et 100 nanomètres et dont le rapport de forme est inférieur à 3:1.

Nanoparticules (d'origine naturelle) : Particules qui ne sont pas fabriquées, par exemple les particules des cendres volcaniques, les particules émises lors des incendies de forêt ou les gouttelettes nanométriques (de l'océan, de la pluie, etc.).

Nanoparticules (d'origine anthropique) : Particules « de fond », produites de façon involontaire ou des produits dérivés des processus industriels, par exemple les gaz d'échappement des moteurs diesel ou d'autres moteurs ou les fumées de soudage.

Nanopoudre : Ensemble ou agrégat de nanoparticules.

Échelle nanométrique : Dimensions entre 1 et 100 nanomètres.

Nanotechnologie : Utilisation et manipulation des nanomatériaux pour la recherche ou pour diverses applications pratiques.

Particule ultrafine : Particule dont le diamètre aérodynamique équivalent atteint tout au plus 100 nanomètres.

Principe de précaution : Le principe de précaution consiste à mettre en œuvre des mesures afin de protéger les travailleurs malgré l'absence de preuve scientifique absolue que le risque existe. Le niveau de risques considéré est abaissé lorsque la preuve scientifique démontre que le risque est absent.

3.0 Voies de pénétration

Les nanoparticules deviennent dangereuses pour la santé humaine lorsqu'il existe une voie d'exposition, qui comprend une source (par exemple l'entreposage de nanoparticules), un receveur (par exemple un employé) et au moins une voie de pénétration qui permette à l'agent d'entrer dans le corps humain. Les 4 voies de pénétration possibles pour les substances chimiques dangereuses sont l'inhalation, l'ingestion, l'injection et l'absorption dermique (qui comprend les yeux).Note de bas de page 6,Note de bas de page 7 De ces voies, l'inhalation est la voie d'exposition la plus fréquente pour les nanoparticules fabriquées, et celle qui représente le risque d'exposition le plus commun dans la plupart des milieux de travail. Une voie de pénétration secondaire est l'absorption dermique, qui permet aux nanoparticules de traverser la peau ou les membranes des yeux non protégées. L'ingestion accidentelle peut également se produire, si les mains deviennent contaminées par la substance chimique; habituellement, on attribue cette exposition à une hygiène personnelle inadéquate. Enfin, l'injection accidentelle de nanoparticules peut aussi se produire, si des objets tranchants sont souvent présents dans les milieux de travail où sont manipulés ces contaminants. Pour obtenir des renseignements plus détaillés, il faut consulter le guide du Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail, Comment les produits chimiques des lieux de travail pénètrent dans l'organismeNote de bas de page 8, qui présente la façon dont les substances chimiques du milieu de travail pénètrent dans le corps humain.

3.1 Effets sur la santé

Lorsque les nanoparticules entrent dans le corps, elles empruntent le système cardiovasculaire et réussissent de cette façon à atteindre tous les autres systèmes. On associe l'exposition aux nanoparticules à de nombreux effets indésirables sur les systèmes pulmonaire, immunitaire, cardiovasculaire et nerveux, et à certains cancers. De plus, on présume que les nanoparticules ont les mêmes propriétés toxiques que les particules plus volumineuses des mêmes matériaux (par exemple les effets cancérigènes et les effets de sensibilisation).Note de bas de page 9 La figure 1 présente les maladies associées à l'exposition aux nanoparticules fabriquées, mais la liste est plus longue.Note de bas de page 10 Par exemple, les nanoparticules peuvent se dissoudre dans la membrane externe et humide des yeux, la cornée et causer une inflammation locale (une kératite). Lors de l'étude des effets que l'exposition cause sur la santé, il faut évaluer les facteurs suivants : les propriétés et la toxicologie du nanomatériau, les niveaux d'exposition des employés, la durée et la fréquence de l'exposition et l'efficacité des mesures de contrôle.Note de bas de page 11 La présente section porte surtout sur l'inhalation et sur l'absorption par la peau et les yeux, qui représentent les principales voies de pénétration des nanoparticules. La présente section examine aussi les données toxicologiques liées à l'exposition aux nanoparticules, et fait état d'importants résultats cliniques relatifs aux effets nocifs sur la santé.

Figure 1 : Voies de pénétration et principales maladies associées à l'exposition aux nanoparticules, selon les résultats d'études épidémiologiques et cliniques (Buzea et al., 2007)Note de bas de page 10

Voies de pénétration et principales maladies associées à l'exposition aux nanoparticules, selon les résultats d'études épidémiologiques et cliniques (Buzea et al., 2007)
Figure 1 - Version textuelle

Les nanoparticules peuvent s’internalisées dans les cellules humaines dans la mitochondrie, le noyau, le cytoplasme, la membrane et la vésicule lipidique. Elles peuvent entrer dans le corps par trois voies principales: l'inhalation, l'ingestion et l'absorption cutanée. Une fois que les nanoparticules sont inhalées par le nez et la bouche, elles se diffusent via le système cardiovasculaire. Les organes suivants peuvent être affectés lorsque la personne est exposée aux nanoparticules: cerveau - conduisant aux maladies neurologiques, telles que la maladie de Parkinson ou d'Alzheimer; poumons - conduisant à l'asthme, la bronchite, l'emphysème ou le cancer; système circulatoire - conduisant à l’athérosclérose, à la vasoconstriction, à la thrombose ou à l'hypertension artérielle. Une fois que les nanoparticules atteignent le système circulatoire, elles peuvent également être distribuées au cœur - provoquant l'arythmie, la maladie cardiaque, ou la mort; d'autres organes - causant une maladie d'étiologie inconnue dans les reins ou le foie; et le système lymphatique - provoquant l’élephantiasis, la podoconiose, ou le sarcome de Kaposi.

Une fois ingéré, les nanoparticules passent dans le système gastro-intestinal, ce qui peut entraîner la maladie de Crohn ou le cancer du côlon.

Les nanoparticules peuvent également être absorbées par la peau, ce qui peut entraîner des maladies auto-immunes ou une dermatite. L'exposition par la peau peut également affecter le système lymphatique conduisant à des maladies telles que l’élephantiasis, podoconiose ou le sarcome de Kaposi.

L’usure des implants orthopédiques ou la dégradation de débris de projectile balistique peuvent entraîner la libération des nanoparticules et générer des maladies auto-immunes, des dermatites, des urticaires ou des vascularites.

Pour plus d'information consulter l'article Voies de pénétration et principales maladies associées à l'exposition aux nanoparticules, selon les résultats d'études épidémiologiques et cliniques peuvent être trouvés dans la publication par Buzea et al., 2007.Note de bas de page 10 Pénétration de nanoparticules dans les cellules (en anglais seulement).

3.2 Exposition par inhalation aux nanoparticules fabriquées

Parmi les voies de pénétration possibles, l'inhalation est la principale voie d'exposition aux nanoparticules, en ce qui concerne les employés. Durant un quart habituel de travail, soit 8 heures, les poumons traitent de 2 800 à 10 000 litres d'airNote de bas de page 8. La gravité de l'exposition par inhalation est déterminée en fonction des concentrations de nanoparticule présentes dans le milieu de travail et en fonction du travail respiratoire des employés concernés. Par exemple, un employé qui exécute du travail physique respire de plus grandes quantités d'air, comparativement à un employé sédentaire, et par conséquent, il est exposé à de plus grandes concentrations de nanoparticules. De plus, le travail physique cause la respiration par la bouche, ce qui change la configuration des dépôts de particules inhalées sur les voies respiratoires. La configuration des dépôts d'un contaminant a des effets sur la santé. La distribution de nanoparticules dans le système respiratoire s'effectue surtout de manière bimodale, et les plus grands dépôts s'effectuent dans les régions nasopharyngiennes (nez et pharynx) et alvéolaires (où se produisent les échanges gazeux). Dans la région nasopharyngienne, les mécanismes, comme l'impaction, emprisonnent les nanoparticules. Dans les régions plus profondes des poumons, les nanoparticules s'accumulent sur les surfaces alvéolaires, principalement par diffusion. Les mécanismes de filtration sont des éléments essentiels en ce qui concerne l'échantillonnage; ce sujet est abordé dans la section 6.3.

Les mécanismes de défense du système respiratoire humain diffèrent selon la région des poumons : la salive, dans les régions nasopharyngiennes, l'escalier mucociliaire, dans la région trachéobronchiolaire (trachée et bronchioles) et les macrophages, dans la région alvéolaireNote de bas de page 11. L'escalier mucociliaire est formé de cellules ciliées et de mucus, qui recouvrent les bronchioles. Les cellules ciliées sont de petites cellules, qui ressemblent à des poils et qui balayent les contaminants vers le haut, et qui effectuent donc une élimination inversée des contaminants, par la trachée. La salive et le mucus bronchiolaire sont avalés, et sont ultérieurement éliminés par le système digestif. La région des échanges gazeux, formée de millions d'alvéoles, n'est pas revêtue de cellules ciliées. À cet endroit, on trouve plutôt des cellules immunitaires spécialisées, nommés macrophages alvéolaires, qui engloutissent les contaminants et se déplacent vers le bas de l'escalier mucociliaire. Dans l'ensemble, le rôle de ces mécanismes consiste à détruire ou à contrôler les agents potentiellement nuisibles au corps.

Lorsque l'emprisonnement complet n'est pas réalisable, comme dans le cas des nanofibres très longues, de graves problèmes de santé peuvent survenir. Parmi les facteurs qui influencent la toxicité des nanofibres, on compte la composition, la longueur, le diamètre, la forme et la persistance. Lors des essais sur les modèles de rats et de souris, les études ont démontré que les nanotubes de carbone monoparoi et multiparoi causent l'inflammation et la fibrose des poumonsNote de bas de page 12,Note de bas de page 13. Malgré le fait que les études sur l'exposition respiratoire aux nanomatériaux fabriqués aient été menées principalement sur des modèles animaux, de nombreux chercheurs s'accordent pour dire que les résultats de ces études peuvent être extrapolables aux humains. D'ailleurs, la documentation dans ce domaine a comparé les effets des nanofibres à ceux de l'amianteNote de bas de page 14. En 2008, une étude pilote a démontré que la longueur est le facteur dominant qui cause la toxicité des nanofibres; les nanotubes de carbone plus longs ont un effet plus prononcé que les nanotubes de carbone plus courts. On peut attribuer cette réaction au fait que les macrophages ont de la difficulté à engloutir les particules longues. Les nanofibres compromettent la membrane des cellules macrophages et la font lyser (éclater). Par conséquent, le contenu des cellules est relâché dans l'environnement immédiat. Une grande quantité de ce lysat est constituée de molécules de signalisation, comme les cytokines (protéines qui dirigent le mouvement cellulaire) et le fibrinogène (une glycoprotéine qui provoque la formation des caillots) qui peuvent déclencher une réponse inflammatoire. Une succession de réactions inflammatoires aléatoires s'en suit. Les neutrophiles et les macrophages se rendent à l'endroit de la lyse, dans le but de contenir le corps étranger, en l'occurrence, le nanomatériau. Toutefois, l'activation excessive de macrophages cause la production de dérivés réactifs de l'oxygène qui peuvent blesser les tissus. Un état prolongé de déséquilibre immunitaire détériore progressivement la santé et ainsi, au fil du temps, la fibrose pulmonaire (cicatrisation) réduit l'efficacité des échanges gazeux et les fonctions pulmonaires générales.

Les preuves épidémiologiques humaines ont révélé des effets similaires. Les employés exposés aux particules ultrafines, comme les fumées de soudage, obtiennent des résultats de spirométrie (test des fonctions pulmonaires), comme le volume maximal expiré pendant la première seconde d'une expiration forcée, sous la moyenne. Les études sur la production européenne de noir de carbone ont démontré que les employés exposés présentent des symptômes respiratoires (par exemple la toux) et une augmentation de l'incidence des maladies pulmonairesNote de bas de page 15.

Les recherches ont permis de constater des cas fréquents des maladies suivantes parmi les personnes exposées aux nanoparticules :

Les études cliniques ont démontré que l'exposition produit des effets nocifs au niveau cellulaire. Par exemple, les chercheurs ont prouvé que l'exposition aux nanoparticules de carbone cause la rétention de leucocytes sanguins dans les poumonsNote de bas de page 16. Les résultats de cette recherche sont importants, car ils indiquent que l'exposition aux nanoparticules, au moyen de l'inhalation, peut produire des effets négatifs sur le système cardiovasculaire. Le mécanisme précis demeure inconnu, toutefois, les preuves suggèrent que l'inflammation chronique cause de la vasoconstriction et une tension artérielle élevée.

L'obstacle qui se dresse devant les études épidémiologiques provient du fait qu'il est difficile de distinguer les concentrations ambiantes de particules ultrafines (par exemple les gaz d'échappement des moteurs diesel) des concentrations de nanoparticules fabriquées présentes dans le milieu de travail. Par conséquent, il est impossible d'attribuer, avec une certitude absolue, les effets que les nanoparticules causent sur la santé aux expositions professionnelles. À l'exception des études sur le dioxyde de titane et le noir de carbone, aucune étude épidémiologique n'a été menée pour évaluer les effets que l'exposition aux nanoparticules produit sur la santéNote de bas de page 17,Note de bas de page 18. On recommande que la prochaine étape à suivre soit de multiplier les recherches dans ce domaine et d'accorder une attention particulière à l'exposition des employés.

3.3 Exposition par absorption dermique et oculaire aux nanoparticules fabriquées

L'absorption par la peau représente une autre voie de pénétration significative, en plus de l'inhalation. La peau est la première ligne de défense naturelle du système immunitaire et elle est formée de trois couches : l'épiderme, le derme et l'hypoderme. La documentation révèle qu'en raison de leur petite taille, les nanoparticules fabriquées peuvent facilement traverser la peau et les barrières muqueusesNote de bas de page 19. Toutefois, la taille n'est pas le seul déterminant de la capacité à pénétrer la peau. Par exemple, une étude sur les nanoparticules de dioxyde de titane (fabriquées pour la préparation de crème solaire) a démontré que les particules en suspension dans une solution huileuse pénètrent plus profondément et plus rapidement dans la peau, comparativement aux particules submergées dans une solution aqueuseNote de bas de page 20. Habituellement, les composés lipophiles pénètrent mieux la peau que les composés hydrophiles. Le pouvoir de pénétration des nanoparticules semble être limité par la couche cornée, soit la couche kératinisée externe de l'épiderme. Toutefois, une pénétration plus profonde est possible, en raison du grand nombre de terminaisons nerveuses, de vaisseaux sanguins et de vaisseaux lymphatiques qui se trouvent dans la peau. Les éléments qui compromettent les barrières dermiques, comme les abrasions et les lésions, causent des préoccupations supplémentaires relatives à l'absorption dermique de nanoparticules. Les follicules pileux facilitent également le transfert de nanoparticules de surface dans les couches sous-cutanées de la peau, ainsi, les parties pileuses du corps, comme les avant-bras, deviennent une autre source de préoccupationNote de bas de page 21.

La surface des yeux, bien que petite comparativement à la surface de la peau, offre aux nanoparticules une voie unique de pénétration. Lors d'un essai sur des lapins, les chercheurs ont démontré que les nanoparticules de dioxyde de titane appliquées sur la surface oculaire causaient des dommagesNote de bas de page 22. On a constaté une diminution notable du nombre de cellules mucipares de la conjonctive, ce qui affaiblit l'immunité des yeux et permet une plus grande absorption de substances chimiques dangereuses par la surface oculaire. On a aussi mentionné des préoccupations en ce qui concerne l'exposition neuronale causée par l'exposition oculaire. Il a été démontré que les nanoparticules fabriquées peuvent atteindre le système nerveux central (le cerveau et la moelle épinière) par translocation inversée, le long des neuronesNote de bas de page 23. En somme, on continue à déployer des efforts pour classer la peau et les yeux parmi les voies de pénétration pour les nanoparticules. Les effets sur la santé de ces types d'expositions demeurent méconnus, toutefois, on les associe à la dermatite, la sensibilisation et l'irritation.

4.0 Limites en matière d'exposition professionnelle

Pour protéger la santé des employés dans le milieu de travail, les hygiénistes industriels et les responsables des politiques ont fixé des limites en matière des limites de l'exposition professionnelle à diverses substances dangereuses. L'objectif des limites de l'exposition professionnelle consiste à fournir des limites réglementaires d'exposition aux contaminants en suspension dans l'air. Selon le paragraphe 10.19(1) du Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail, les employés doivent travailler sans être exposés à une concentration d'agent chimique en suspension dans l'air qui dépasse les valeurs adoptées lors de la conférence américaine des hygiénistes gouvernementaux et industriels (American Conference of Governmental Industrial Hygienists)Note de bas de page 24. Autrement dit, les limites légales d'exposition aux substances chimiques dangereuses dans les milieux de travail canadiens sous réglementation fédérale correspondent aux valeurs limites d'exposition (Threshold Limit Values) fixées lors de l'American Conference of Governmental Industrial Hygienists, à l'exception de quelques matériaux qui ont leurs propres limites de l'exposition professionnelle. Les Threshold limit values sont des valeurs sanitaires qui représentent les concentrations que presque tous les employés peuvent supporter, au cours de leur carrière, sans subir d'effets nocifs sur la santé. La création de Threshold limit values est un processus long et complexe.

On peut attribuer plus d'un type de Threshold limit values à une substance dangereuse, et il n'exista pas de Threshold limit values pour tous les contaminants chimiques. Les nanoparticules fabriquées en sont un exemple. À l'échelle mondiale, on constate un manque de limites en matière de l'exposition professionnelle propres aux nanoparticules, malgré le besoin de contrôler les expositions des employés à ces substances dangereuses.Note de bas de page 25 L'hétérogénéité de la composition des nanomatériaux, leurs propriétés chimiques et physiques uniques ainsi que le peu de données toxicologiques représentent les obstacles liés à la création des limites de l'exposition professionnelle. L'American Conference of Governmental Industrial Hygienists (ACGIH) a établi une valeur limite d'exposition (threshold limit values) respiratoire pour les particules ultrafines d'oxyde de zinc à 2 mg/m3 pour la moyenne pondérée dans le temps (TWA) et 10 mg/m3 pour une exposition de courte durée (STEL). L'ACGIH a établi une limite moyenne pondérée dans le temps (TWA) pour le dioxyde de titane à 10 mg/m3.Note de bas de page 26 Ces oxydes métalliques servent dans diverses industries, comme celles de la peinture ou de la crème solaire.

En général, on constate, partout dans le monde, un manque prononcé de règlements propres aux nanoparticules fabriquées, pour obtenir d'autres détails, consulter l'Annexe.

5.0 Risque d'exposition pour les employés des milieux de travail sous réglementation fédérale

Au Canada, le Programme du travail est l'organisme responsable de la santé et la sécurité au travail des milieux de travail sous réglementation fédérale, en vertu de la partie II du Code canadien du travail. Les milieux de travail sous réglementation fédérale emploient environ un million de Canadiens (environ 10 % de la main-d'œuvre nationale), dans les secteurs comme la fonction publique fédérale, le camionnage interprovincial, les chemins de fer, les compagnies aériennes, les banques, les télécommunications, les silos à grains et les minoteriesNote de bas de page 27. La nanotechnologie offre des applications dans un grand nombre d'industries, il est important d'évaluer et de contrôler les expositions des employés. À la suite d'une étude de documents, l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail a déterminé que des employés ont été exposés de façon notable aux nanoparticules, dans les secteurs suivants : les soins de santé, l'énergie, les transports et la fabrication de produits chimiquesNote de bas de page 28. La présente section examine les possibilités d'exposition des employés dans les milieux de travail sous réglementation fédérale.

Le risque que présente les nanoparticules fabriquées est moins grand pour les travailleurs dans la phase finale de production ou lors de la fin de vie du produit manufacturé, mais elles demeurent un danger important pour l'environnement. Par conséquent, les employés des milieux de travail où les nanoparticules sont produites ou utilisées courent de plus grands risques d'exposition, contrairement aux employés des milieux de travail subséquents. Le potentiel d'exposition aux nanoparticules dépend en grande partie du type de travail effectué : il faut savoir si dans ces installations on fabrique, on utilise ou on élimine des nanoparticules. Dans un milieu de travail où des nanomatériaux ou des nanoproduits sont présents, l'exposition des employés peut, en théorie, se produire à tout endroit dans les installations. Toutefois, les chercheurs ont découvert que certains processus produisent des concentrations notables de nanoparticules en suspension dans l'airNote de bas de page 29. Tous ces processus font partie des différentes activités dans les milieux de travail sous réglementation fédérale, notamment :

Les nanoparticules sont produites lors du meulage des matériaux en vrac, jusqu'à l'échelle nanométrique (approche descendante) ou lors de la condensation des nanoparticules en noyaux (approche ascendante). Le confinement des nanoparticules est difficile pour les 2 approches, mais plus particulièrement pour la production descendante, car elle comporte des activités de meulage et de broyage. À l'opposé, l'utilisation de réacteurs fermés lors de la fabrication ascendante offre peu d'occasions d'exposition, mais elle se produit tout de même lorsque les cuves sont ouvertes.

La nanotechnologie est maintenant commune à plusieurs secteurs de l'industrie. Malgré l'aspect pratique de la nanotechnologie, le risque d'exposition demeure une menace pour la santé des employés. Dans le secteur de la fabrication, les employés peuvent être exposés à des nanoparticules durant l'ouverture des emballages, le meulage et les processus de pulvérisation.Note de bas de page 30 Les employés peuvent également être exposés lorsqu'ils sont près des cuves de mélange, où les nanopoudres sont combinées à d'autres substances pour créer des matériaux composites. Ces processus peuvent disperser des nanoparticules dans l'air, ce qui représente un risque d'exposition par inhalation et par absorption dermique ou oculaire. Les nanoparticules emprisonnées constituent un risque minime pour la santé, mais tout processus abrasif, par exemple le ponçage, peut disperser ces particules.

De façon générale, on trouve très peu de renseignements au sujet des expositions aux nanoparticules dans les secteurs fédéraux canadiens. La nanotechnologie est de plus en plus présente, il est donc important d'étudier la nature de l'exposition des employés dans les milieux de travail fédéraux. Il incombe aux employeurs d'évaluer les risques, afin de protéger la santé des employés. Pour obtenir de plus amples renseignements au sujet des règlements nord-américains et internationaux pertinents à la gestion des nanomatériaux, il faut consulter le document préparé par le Conseil de coopération Canada-États-Unis en matière de réglementation, intitulé « Initiative sur la nanotechnologie - Rapport final », plus particulièrement les tableaux 1, 2 et 14.Note de bas de page 31Les deux prochaines sections traitent des façons d'évaluer et de contrôler les expositions des employés aux nanoparticules.

6.0 Méthodes d'évaluation de l'exposition

Conformément à l'article 10.4 du Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail (consulter l'Annexe), les employeurs sont tenus de confier à une personne qualifiée l'évaluation des risques. Elle doit mettre au point une stratégie d'échantillonnage, effectuer une enquête sur place, puis rédiger un rapport qui inclut les résultats et les recommandations. L'objectif de ces évaluations d'hygiène industrielle consiste à évaluer de façon qualitative et quantitative le contexte d'exposition. L'évaluation de l'exposition des employés nécessite une grande expertise technique. Aucun instrument unique n'est en mesure d'assurer l'échantillonnage adéquat de toutes les substances chimiques dangereuses, donc, une des plus importantes décisions que doit prendre la personne qualifiée concerne le choix des instruments d'échantillonnage. Les méthodes traditionnelles d'échantillonnage de particules très petites peuvent ne pas convenir aux nanoparticules. La présente section traite de ce point en détail et présente les difficultés liées à l'échantillonnage des nanoparticules, les façons d'effectuer l'évaluation des risques en ce qui a trait à l'inhalation et l'exposition dermique aux nanoparticules.

6.1 Évaluation des risques et gestion des risques

Lorsqu'il existe au moins une voie d'exposition par laquelle une substance dangereuse peut entrer dans le corps, il existe un risque pour la santé des employés (risque = danger x exposition)Note de bas de page 32. Pour déterminer la gravité du risque, on procède à une évaluation exhaustive des risques, conformément au paragraphe 10.4(2) du Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail. Pour obtenir de plus amples renseignements, il faut consulter le Guide de bonnes pratiques favorisant la gestion des risques liés aux nanoparticules de synthèse (PDF, 3,4 MB) préparé par l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail, ou l'article sur la gestion des risques professionnels associés aux nanoparticules (Occupational Risk Management of Nanoparticules) (en anglais seulement).

Vous trouverez davantage d'informations concernant l'évaluation des risques liée aux substances dangereuses dans le Guide de gestion des substances dangereuses. De plus, la publication « Mesure, contrôle et caractérisation des nanoparticules : Procédure appliquée à l’usinage et au frottement mécanique (PDF, 3,1 MB) » publié par l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) fournit les informations pertinentes relativement au contrôle des risques présentés par les nanoparticules.

6.2 Difficultés liées à la méthode d'échantillonnage de nanoparticules

Les nanoparticules présentent des complications lorsqu'il est question d'échantillonnageNote de bas de page 33. Compte tenu de l'hétérogénéité et des propriétés chimiques et physiques uniques des nanomatériaux, il n'existe aucun consensus scientifique quant aux échantillons à prélever, à la façon d'effectuer les prélèvements et à la façon d'interpréter les résultats. Il faut toutefois tenir compte de 3 difficultés lors de l'évaluation des nanoparticules, dans l'optique du risque professionnel :

1) De quels paramètres faut-il tenir compte lors de l'échantillonnage

Il est possible d'utiliser plusieurs méthodes de mesure pour caractériser les nanoparticules, notamment : la concentration massique, la superficie, la concentration numérique, la chimie de surface et la taille ou la forme des particules. Traditionnellement, on se sert des concentrations des substances dangereuses en suspension dans l'air pour quantifier les expositions des employés. En ce qui concerne les corps solides ou en gouttelettes, on mesure les concentrations presque toujours en unités de masse par volume d'air (par exemple milligramme/ mètre3). En général, il s'agit d'une méthode simple et efficace pour mesurer les aérosols, car la plupart des substances ont une masse appréciable. À l'opposé, les nanoparticules ont une masse si faible que l'analyse gravimétrique cesse d'être une méthode appropriée d'échantillonnage. Les limites recommandées d'exposition aux nanoparticules sont très basses (par exemple pour les nanotubes de carbone, le National Institute for Occupational Safety and Health suggère une moyenne pondérée dans le temps de 1microgram/mètre3 pour 8 heures) et les méthodes d'analyse actuelles offrent rarement une sensibilité suffisante pour détecter des concentrations aussi faiblesNote de bas de page 1. À l'exception des agglomérats de nanoparticules (des rassemblements de plusieurs particules), les concentrations massiques ne sont pas des unités idéales pour l'échantillonnage de nanoparticules. Les experts se tournent alors vers la superficie et la concentration numérique. La superficie semble être une mesure adéquate, car le rapport élevé entre la surface et le volume des nanoparticules cause leur toxicité biologique. Toutefois, les instruments capables de détecter la superficie réussissent à détecter des particules dont le diamètre atteint au moins 1 000 nanomètresNote de bas de page 1. Puisque la superficie d'une particule dépend de son diamètre carré, les particules microscopiques seront les premières à être détectées, contrairement aux nanoparticules.

La concentration numérique est une troisième mesure qui peut servir à quantifier les nanoparticules et qui est exprimée en unités de particules par volume d'air. Lorsqu'il s'agit de mesurer les nanoparticules, la concentration numérique est généralement préférée à la concentration massique. Les lois de la physique ont une incidence sur l'efficacité de l'échantillonnage de toutes ces méthodes de mesure. Par conséquent, on utilise habituellement une combinaison des paramètres pour réussir à obtenir des renseignements au sujet de la quantité de nanoparticules dans un milieu de travail. Le Conseil de coopération Canada-États-Unis en matière de réglementation a mis au point un algorithme qui permet de déterminer les mesures voulues de différents types de nanomatériaux et qui peut servir aux spécialistes de la santé et de la sécurité (consulter la figure 2 de l'annexe).

2) Quelles sont quelques limites pratiques de l'échantillonnage

L'échantillonnage des nanoparticules présente plusieurs limites, et certaines ont une incidence sur les évaluations de l'hygiène industrielle en général. Premièrement, l'équipement d'échantillonnage est souvent encombrant et ne permet pas d'enregistrer les données relatives aux concentrations pendant une période donnée. Les instruments nécessitent un calibrage et un entretien périodiques, qui peuvent coûter cher. Deuxièmement, il existe très peu de laboratoires autorisés qui peuvent analyser les échantillons de nanoparticules, en raison d'un manque de matériel technologique, d'expertise ou des deux aspects. Troisièmement, les processus de travail qui concernent les nanoparticules peuvent être rares (par exemple se produire 2 ou 3 fois par semaine, pour quelques heures à la fois). Il devient donc difficile d'obtenir des mesures d'exposition représentatives des expositions typiques, ce qui rend difficile la comparaison de ces données aux valeurs de référence. Enfin, la majorité des équipements et des méthodes d'échantillonnage ne sont simplement pas assez sensibles pour détecter des concentrations très faibles de produits chimiques. Les nanoparticules ne sont devenues un risque professionnel que récemment, donc il faudra du temps pour adapter les instruments actuels à l'échantillonnage de nanoparticules.

3) Comment faut-il mesurer les niveaux naturels et les nanoparticules anthropiques

Il est difficile de différencier les niveaux naturels de nanoparticules (d'origine naturelle et d'origine anthropique) (consulter la section Définitions) des nanoparticules qui sont produites délibérément. Une option consiste à obtenir un échantillon dans le milieu de travail, lorsque les processus de fabrication de nanoparticules ont cessé. Une autre option consiste à obtenir un échantillon des concentrations de nanoparticules de l'extérieur, mais les 2 approches comportent des lacunes qui leur sont propres. La méthode habituelle pour déterminer les niveaux naturels consiste à obtenir un échantillon d'une zone « propre », dans les mêmes installations où les nanoparticules sont préparées. Par exemple, la personne qualifiée peut prélever un échantillon dans le bureau de l'administration.

6.3 Évaluation de l'exposition par inhalation

Avant de procéder à l'évaluation de l'exposition sur les lieux, la personne qualifiée doit préparer une stratégie d'échantillonnage. Il faut prendre des décisions en ce qui concerne les contaminants qui feront l'objet de l'échantillonnage, les emplacements d'échantillonnage et la durée de l'échantillonnage. Ces facteurs déterminent la sélection de l'équipement et des méthodes d'analyse. Le Guide canadien concernant l'échantillonnage professionnel de conformité relatif aux agents chimiquesNote de bas de page 5 décrit les procédures à suivre lors des évaluations des risques dans un milieu de travail. Après l'échantillonnage, on compare l'exposition des employés aux nanoparticules aux limites de l'exposition professionnelle correspondantes (Threshold limit values de l'Amercian Conference of Governmental Industrial Hygienists) si elle existe. Si aucun TLV n'est existant, la personne qualifiée détermine la limite d'exposition en fonction des plus récentes données scientifiques disponibles en appliquant le principe de précaution. Afin de contrôler les risques en absence de limite d'exposition établie, la méthode de gestion graduée des risques est souvent appropriée. La gestion graduée des risques permet de prendre en charge le contrôle des risques lorsqu'aucune limite d'exposition n'est déterminé. Cette méthode est définie dans le guide de gestion graduée des risques de Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail (CCHST).

Il existe une vaste sélection d'instruments d'échantillonnage des substances dangereuses en suspension dans l'air. Ils permettent d'obtenir des échantillons de matières dans différents états et peuvent distinguer les particules de tailles différentes. En hygiène industrielle, on obtient souvent des échantillons de particules très fines au moyen de dispositifs d'échantillonnage adaptés à la taille des particules. Ces dispositifs détectent des granules de particules, en fonction de leur diamètre aérodynamique équivalent. Cette caractéristique est très utile à connaître, car les particules de tailles inférieures se logent dans différentes régions des voies respiratoires humaines, comparativement aux particules de tailles supérieures. Les 3 tailles de granules que les dispositifs actuels permettent de prélever sont les suivantes :

National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH) a publié un rapport technique : « Occupational Exposure Sampling for Engineered Nanomaterials (en anglais seulement, PDF, 1,8 MB) » concernant les méthodes d'échantillonnages visant à mesurer l'exposition professionnels aux nanoparticules fabriqués.

Une liste d'instruments qui servent actuellement à surveiller les expositions aux nanoparticules se trouve dans le Tableau C.1 du document Z12885 préparé par le Groupe CSA.

6.4 Évaluation de l'exposition par absorption dermique

L'ACGIH a créé une mention dermique de Threshold limit values à inscrire sur les substances qui pénètrent facilement par la peau. L'exposition dermique aux substances dangereuses peut se produire de 3 façonsNote de bas de page 34 :

Il n'existe aucun consensus scientifique sur la meilleure façon d'effectuer les évaluations de l'exposition dermique. Une méthode non quantitative consiste à utiliser la détection fluorescente. On ajoute des produits traceurs à la substance concernée, puis on détecte sa présence sur les surfaces contaminées. Des lampes spécialisées peuvent également servir à observer les particules en suspension dans l'air et à évaluer l'efficacité du système de ventilation local. Une méthode quantitative consiste à retirer les substances de la peau avec des solutions nettoyantes ou des lingettes, puis à analyser les échantillons par la suite. Une autre méthode consiste à procéder à un test cutané, soit d'appliquer un tampon de coton sur une partie des avant-bras, pour évaluer l'exposition. Une méthode plus invasive consiste à effectuer de petites biopsies de la peau, puis à analyser les dommages que causent les nanoparticules. La peau est un organe important lorsqu'il est question d'accumulation de nanoparticules, et les biopsies de la peau peuvent servir lors des évaluations quantitatives des expositions. L'American Industrial Hygiene Association (AIHA) a créé un outil pratique pour estimer les expositions dermiques aux substances dangereuses, ce logiciel est intitulé Industrial Hygiene SkinPerm (en anglais seulement).

7.0 Mesures de contrôle

Les substances dangereuses, comme les nanoparticules fabriquées, sont régies par la partie X du Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail. La partie X prévoit la manière dont les substances dangereuses doivent être entreposées, manipulées et utilisées, ainsi que la manière d'effectuer l'évaluation des risques. Il est important de noter que les mesures de prévention du paragraphe19.5(1) décrivent la façon dont les mesures de contrôle doivent être mises en œuvre pour réduire l'exposition des employés aux substances dangereuses. Il peut être pratique de consulter le Guide de gestion substances dangereuses, publié par le Programme de travail, pour effectuer l'évaluation de substances dangereuses dans les milieux de travail. Les enquêtes doivent se dérouler en avec la participation du comité local de santé et sécurité au travail ou du représentant en matière de Santé et sécurité (consulter les alinéas 135(7)e) et 136(5)g) du Code canadien du travail). Après une évaluation des risques, il peut être nécessaire d'appliquer des mesures de contrôle afin de réduire l'exposition des employés aux substances dangereuses. Les situations de surexposition mènent certainement à l'application des mesures de contrôle, mais il demeure tout aussi important de réduire les concentrations qui respectent les limites légales, afin de protéger du mieux possible la santé des employés. La sélection et l'application des mesures de contrôle nécessitent une expertise particulière de la part du professionnel en santé et sécurité, ainsi que la rétroaction des employeurs et des employés pour des raisons de fonctionnalité.

Il faut appliquer les mesures de contrôle dans un ordre hiérarchique. Par ordre de priorités, les mesures de contrôle qui servent à réduire les expositions des employés comprennent les éléments suivants :

Ces mesures de contrôle correspondent à des exigences qui traitent des substances dangereuses, à la partie X du Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail (pour obtenir des détails, consulter l'Annexe). Lorsque les niveaux d'exposition approchent les limites d'exposition professionnelles ou les valeurs recommandées, il est nécessaire d'adopter des méthodes de contrôle plus rigides. Habituellement, il faut employer l'équipement de protection individuelle en dernier recours pour protéger les employés des risques professionnels. Toutefois, dans certaines situations où, par exemple, il est impossible d'appliquer les mécanismes de contrôle techniques pour prévenir les expositions des employés, il devient nécessaire d'utiliser des appareils de protection respiratoire. La loi exige que les employeurs respectent la norme Z94.4, Choix, utilisation et entretien des appareils de protection respiratoire du Groupe CSA, lorsqu'ils utilisent les programmes de protection respiratoire. Un survol des équipement de protection individuelle utilisés pour la protection contre les nanomatériaux se trouve dans le document intitulé « L'équipement de protection individuelle contre les nanoparticules fabriquées » (Personal Protective Equipment for Engineered Nanoparticles), publié par l'American Industrial Hygiene Association.Note de bas de page 35 Cette ressource peut servir aux employés qui souhaitent mieux connaître les façons dont ils peuvent réduire les expositions aux nanoparticules dans le milieu de travail.

8.0 Conclusion

L'évolution de la nanotechnologie, ainsi que les nombreuses preuves au sujet des effets néfastes pour la santé humaine et l'environnement, rendent nécessaire l'utilisation du principe de précaution pour gérer les nanomatériaux. Il est connu que l'exposition aux nanoparticules est toxique pour les systèmes cardiovasculaires, nerveux et pulmonaire. Puisque les employés sont les premiers à être exposés aux nanoparticules fabriquées, il faut accorder la priorité aux efforts pour gérer les substances dangereuses dans le milieu de travail.

9.0 Annexe

Articles du Code canadien du travail et du Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail pertinents à l'évaluation des risques et à la gestion relatives aux nanoparticules selon le Code Canadien du Travail

Mesures de prévention - Code canadien du travail article 122.2

Passage pertinents : La prévention devrait consister avant tout dans l'élimination des risques, puis dans leur réduction, et enfin dans la fourniture de matériel, d'équipement, de dispositifs ou de vêtements de protection, en vue d'assurer la santé et la sécurité des employés.

Mesures de prévention - Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail paragraphe 19.5(1)

Passage pertinents : Afin de prévenir les risques, y compris ceux liés à l'ergonomie, qui ont été recensés et évalués, l'employeur prend toute mesure de prévention selon l'ordre de priorité suivant :

Substitution de substances - Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail article 10.16

Passage pertinents :

Aération - Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail article 10.17

Passage pertinents :

Contrôle des risques - Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail article 10.19

Passage pertinents :

Nonobstant le paragraphe 10.19(1), l'employeur doit veiller à ce que l'exposition des employés aux substances énumérées par l'ACGIH® et reconnues comme étant carcinogènes ou soupçonnés de l'être soit maintenue au plus bas niveau, dans la mesure du possible.

Enquête sur les risques - Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail article 10.4

Passage pertinents :

Enquête sur les risques - Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail article 10.6

Passage pertinents :

L'employeur doit conserver le rapport visé à l'article 10.5 pendant les trente ans qui suivent la date de sa signature par la personne qualifiée.

Nanoparticules

Passages pertinents :

Nanomatériaux fabriqués - nanomatériaux conçus pour une utilisation ou une fonction spécifique

Nanomatériaux anthropiques - nanomatériaux produits involontairement, qui sont des sous-produits d'un processus

Lorsque des nanomatériaux fabriqués sont présents dans le milieu de travail, l'employer doit veiller à ce qu'une personne qualifiée procède aux activités suivantes :

Lorsqu'une opération génère des sous-produits qui sont des nanomatériaux anthropiques, l'employeur doit effectuer une évaluation et mettre en place des mesures de contrôle, conformément aux sections 10.4 à 10.6 de ce règlement.

La personne qualifiée doit déterminer les mesures à mettre en œuvre afin de réduire l'exposition à son plus bas niveau, sans dépasser le niveau d'exposition permettant de protéger le travailleur en tenant compte des connaissances à jour relatives aux nanomatériaux examinées.

Figure 2 - Algorithme pour définir les préoccupations relatives à l'exposition aux nouvelles nanoparticules se trouve dans la publication par le Conseil de coopération Canada-États-Unis en matière de réglementation, 2015.

Algorithme pour définir les préoccupations relatives à l'exposition aux nouvelles nanoparticules se trouve dans la publication par le Conseil de coopération Canada-États-Unis en matière de réglementation, 2015.
Figure 2 - Version textuelle

En ce qui concerne l'exposition humaine aux nanoparticules, l'algorithme a été développé pour déterminer si des tests supplémentaires sont nécessaires pour évaluer cette exposition.

S'il n'y a pas d'exposition aux nanoparticules, il n'y a pas d'exigences d'essai supplémentaires.

Cependant, si une exposition humaine aux nanoparticules se produit ou s’il y a une probabilité qu’elle se produise, il peut être nécessaire de satisfaire à certaines exigences de tests supplémentaires.

Les nanoparticules peuvent entrer dans le corps par trois voies principales d'entrée : l'inhalation, l'ingestion (orale) et l'absorption cutanée (dermique). Si la voie orale est déterminée, la solubilité des nanoparticules doit être considérée. Elle est liée à solubilité en milieu biologique et à la dissolution à pH faible.

Si la solubilité est faible, la taille des particules et la chimie de surface auront leurs importances. Des plus petites particules seront absorbées plus facilement que les grosses molécules et la chimie de surface affecte l’efficacité de l’absorption. Lorsque ces caractéristiques sont présentes, des essais supplémentaires sont nécessaires.

Si la solubilité est élevée, la molécule peut subir une dissociation ionique et elle présente, alors, une toxicité élevée. Si suffisamment d'informations est disponible concernant les produits de dissolution moléculaire ou ionique, aucun autre essai n’est nécessaire. Dans le cas contraire, des essais supplémentaires sont requis.

Si la voie d'entrée par inhalation est déterminée, il est nécessaire de considérer la forme de la particule. Si la forme de la particule est une fibre, le rapport d'aspect doit être déterminé. Pour le rapport d'aspect égal ou supérieur à 3:1, la taille et la solubilité de la fibre doivent être prises en compte, et si elle est soluble et qu'une toxicité respiratoire et systémique est déterminée, des tests supplémentaires sont nécessaires. De plus, si la solubilité est jugée médiocre ou insoluble (biopersistante), les principales préoccupations tournent autour de la fibrose pulmonaire, des granulomes et du cancer, et des tests supplémentaires sont donc nécessaires.

Si le rapport d'aspect est inférieur à 3:1, une taille de particule doit être déterminée. Pour les particules supérieures à 2,5 μm (microns), la voie orale d'exposition humaine doit être suivie pour déterminer si des tests supplémentaires sont nécessaires. Pour les particules égales ou inférieures à 2,5 μm (microns), la voie d'inhalation doit être suivie et la solubilité, ainsi que les considérations de surface doivent être prises en compte pour déterminer les exigences de tests supplémentaires.

Enfin, si la voie cutanée de l'entrée des nanoparticules est considérée et que l’absorption cutanée est probable ou inconnue, des tests supplémentaires sont nécessaires. Si l'absorption cutanée est improbable, il n'y a pas d'exigences de tests supplémentaires.

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2026-02-11