Lettre de COSEPAC à Ministre McKenna concernant des évaluations d'urgence (2018-02-13)
COSEPAC
Comité sur la situation
des espèces en péril
au Canada

COSEWIC
Committee on the Status
of Endangered Wildlife
in Canada
Le 13 février 2018
L’honorable Catherine McKenna
Ministre de l’Environnement et du Changement climatique
200, boul. Sacré-Coeur
Gatineau (Québec) K1A 0H3
Madame la Ministre,
Pour donner suite à ma lettre du 7 décembre 2017, je vous informe que, le 10 janvier 2018, le Sous-comité des évaluations d’urgence du COSEPAC a effectué une évaluation d’urgence de la truite arc-en-ciel anadrome (Oncorhynchus mykiss) de la rivière Thompson et de la truite arc-en-ciel anadrome de la rivière Chilcotin, et les deux unités désignables ont été désignées « en voie de disparition ». Le Sous-comité recommande d’émettre un décret d’urgence afin d’inscrire ces espèces sauvages à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril, conformément au paragraphe 29(1).
Le Sous-comité a conclu que le déclin sans précédent de la truite arc-en-ciel anadrome de la rivière Thompson et de la truite arc-en-ciel anadrome de la rivière Chilcotin, attribuable aux prises accessoires liées à la pêche commerciale du saumon du Pacifique et au faible taux de survie en mer, représente une menace grave et imminente pour leur survie. Les taux élevés de mortalité due aux prises accessoires sont particulièrement préoccupants dans le contexte du faible taux de survie en mer qui persiste. Une justification du décret d’urgence pour chacune des unités désignables est fournie ci-dessous.
Le Sous-comité a conclu que la survie de la truite arc-en-ciel anadrome de la rivière Thompson est menacée de façon imminente pour plusieurs raisons. Premièrement, en date du 23 novembre 2017 (le relevé final pour 2017), le nombre estimé d’individus de la population de la rivière Thompson qui se reproduiront au printemps 2018 n’était que de 177, alors que la taille de cette population était de plusieurs milliers d’individus au début des années 2000. La population a connu un déclin de 79 % au cours des trois dernières générations. Si cette tendance, qui a commencé au début des années 2000, se maintient, on estime que la population ne comptera plus que 2,0 % des effectifs qu’elle comptait avant le déclin en aussi peu de temps que 15 ans (trois générations) et qu’elle ne survivra probablement pas. Deuxièmement, les causes de ces déclins ne sont comprises que partiellement. On estime qu’un taux de mortalité annuel minimal de 15 à 25 % est attribuable aux prises accessoires liées à la pêche commerciale du saumon du Pacifique. Malheureusement, il y a un fort chevauchement spatial et temporel entre ces truites arc-en-ciel anadromes et le saumon du Pacifique, qui est la cible de divers types de pêches commerciales. Même s’il n’est pas permis de garder les truites arc-en-ciel anadromes, le respect de ce règlement est mal surveillé et, même lorsque les poissons sont relâchés, on estime que le taux de mortalité après la remise à l’eau varie entre 15 et 25 %. Troisièmement, le taux de survie en mer de la truite arc-en-ciel anadrome présente une tendance à la baisse persistante dans l’ensemble de la région côtière (et c’est aussi le cas pour plusieurs espèces de saumon du Pacifique), liée au changement des conditions océaniques. Même si on ne comprend pas tous les mécanismes en jeu, on présume que le réchauffement des températures océaniques joue un rôle important. Cette incertitude, combinée au manque de mesures d’atténuation évidentes visant les changements des conditions en pleine mer, accroît l’importance de la mortalité due aux prises accessoires. Des prévisions selon lesquelles la température continuera d’augmenter dans le Pacifique Nord portent à croire que ces problèmes vont persister.
Le Sous-comité est d’avis que la survie de la population de la rivière Chilcotin est menacée de façon imminente pour les mêmes raisons que la population de la rivière Thompson, l’effectif et les tendances à la baisse de la population de la rivière Chilcotin étant même encore plus alarmants. Selon l’estimation la plus récente, le nombre de reproducteurs de la population de la rivière Chilcotin est de 58 individus seulement, alors que, dans ce cas-ici aussi, la population comprenait des milliers d’individus au milieu des années 1980. La population a connu un déclin de 81 % au cours des trois dernières générations. Si cette tendance persiste, on estime que la population ne comptera plus que 0,9 % des effectifs qu’elle comptait avant le déclin en aussi peu de temps que 18 ans (trois générations) et qu’elle ne survivra probablement pas.
De plus, les effectifs estimés de reproducteurs des populations de la rivière Thompson et de la rivière Chilcotin sont répartis dans plusieurs affluents (quatre dans le réseau de la rivière Thompson et trois connus dans le réseau de la rivière Chilcotin). Par conséquent, le nombre d’individus présents dans un seul affluent de fraye, quel qu’il soit, est nécessairement beaucoup plus bas que le nombre total d’individus pour chaque unité désignable. Même si on ne sait pas quel sera l’effet de cet effort de reproduction « dilué », les déclins soudains de la qualité de l’habitat d’eau douce et les changements dans le comportement des poissons ayant une incidence sur le succès de reproduction prennent un nouveau sens lorsque les effectifs sont peu nombreux.
En résumé, les prises accessoires liées à la pêche commerciale du saumon du Pacifique et les mauvaises conditions océaniques causent une forte mortalité des deux unités désignables de la truite arc-en-ciel anadrome, ce qui a entraîné des déclins marqués dans le passé et qui, selon les projections, entraînera aussi des déclins marqués à l’avenir. Le déclin continu projeté de la qualité de l’habitat océanique indique que les déclins abrupts de la truite arc-en-ciel anadrome se poursuivront, à moins que la mortalité due aux prises accessoires liées à la pêche commerciale du saumon du Pacifique ne soit éliminée.
Aujourd’hui, le COSEPAC publiera un communiqué de presse afin d’informer le public des évaluations d’urgence de ces unités désignables de la truite arc-en-ciel anadrome et de sa demande d’inscription d’urgence.
Si vous avez besoin de renseignements supplémentaires, n’hésitez pas à communiquer avec moi.
Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de mes sentiments très respectueux.
Eric B. (Rick) Taylor
Président, COSEPAC
Department of Zoology,
University of British Columbia,
Vancouver, BC
V6T 1Z4
c.c. Robert McLean, Directeur général, Évaluation et affaires réglementaires Service canadien de la faune
c.c. CCCEP