Pleurobème écarlate (Pleurobema sintoxia) évaluation et rapport de situation du COSEPAC : chapitre 5
Rapport de situation du COSEPAC
sur le
pleurobème écarlate
Pleurobema sintoxia
au Canada
2004
Information sur l'espèce
L’ouvrage de Turgeon et al. (1998) fait autorité en matière de classification des mollusques aquatiques des États-Unis et du Canada. La classification actuelle du pleurobème écarlate est la suivante :
Parmalee et Bogan (1998) fournissent la liste complète des synonymes de cette espèce. Jusqu’à tout récemment, le Pleurobema sintoxia était connu sous le nom de P. coccineum. Le nom de Pleurobema sintoxia a été réintroduit comme nom scientifique du pleurobème écarlate lorsqu’on a découvert que le nom de sintoxia avait été proposé comme désignation de l’espèce par Rafinesque en 1820. Cette réintroduction de sintoxia permet une nomenclature plus juste (Oesch, 1995). Ortmann (1919) identifie deux sous-espèces du pleurobème écarlate – une forme de rivière (coccineum) et une des Grands Lacs (pauperculum).
La taxinomie du genre Pleurobema fait l’objet de discussions. Pour Strayer et Jirka (1997), le P. sintoxia fait partie du complexe d’espèces P. cordatum, qui regroupe des espèces ou écophénotypes qui lui sont étroitement apparentés – comme le P. plenum et le P. rubrum – et qu’on retrouve dans tout le bassin hydrologique de la rivière Ohio et certaines parties des bassins du Mississippi et des Grands Lacs. D’autres taxinomistes considèrent que le P. sintoxia est une espèce unique. Les experts s’entendent par contre sur le fait qu’on ne pourra vraiment établir le statut de ces taxons qu’à la suite d’études génétiques, anatomiques et conchyliologiques rigoureuses (A. Bogan, comm. pers., septembre 2002).
Le pleurobème écarlate (figures 1a et 1b) est une mulette de taille moyenne à grande dont la morphologie varie grandement selon le type d’habitat. La forme de rivière est comprimée, aplatie, ramassée et d’habitude plutôt rectangulaire, mais elle est aussi souvent ovale ou allongée. Le Pleurobema sintoxia a été décrit pour la première fois par Rafinesque, en 1820. Sa localité-type est la rivière Mahoning, près de Pittsburgh, en Pennsylvanie. La description suivante de l’espèce est fondée sur Clarke (1981), Oesch (1995), Strayer et Jirka (1997) et Parmalee et Bogan (1998). Les sommets (umbos) sont comprimés, légèrement élevés, projetés vers l’avant et ils dépassent légèrement la charnière. La sculpture des sommets consiste en quelques bourrelets grossiers et irréguliers qui font une courbe vers le haut le long du sommet. L’extrémité antérieure est arrondie, l’extrémité postérieure tronquée et la crête postérieure est arrondie et se termine en pointe émoussée. Il y a deux dents pseudo-cardinales fortes et rectangulaires aux bords dentelés dans la valve gauche et une dans la valve droite, qui est également munie, antérieurement et dorsalement, d’une dent linéaire basse et rugueuse. Les dents latérales – deux dans la valve gauche et une dans la droite – sont droites, modérément hautes et finement dentelées. L’interdentum est large, la cavité ombonale très peu profonde et les impressions musculaires profondes. Le périostracum est rugueux, avec des bourrelets de croissance concentriques. Chez les juvéniles, il est de couleur havane terne, avec des rayons verts distincts qui s’estompent à mesure que la surface fonce avec l’âge, pour devenir noire ou d’un roux foncé. La nacre est blanche ou de différentes teintes de rose.
Figure 1A : Dessin au trait des caractéristiques externes de la coquille du Pleurobema sintoxia
Reproduction autorisée tirée de Burch (1975).
Figure 1B : Spécimens vivants récoltés en 1999 dans la rivière Sydenham près de Dawn Mills, en Ontario.
Photo de J.L. Metcalfe-Smith, INRE.
Selon Parmalee et Bogan (1998), le P. sintoxia atteint, dans des rivières de taille moyenne, une longueur maximale de 110 mm à 120 mm. Clarke (1981) mentionne une longueur maximale de 90 mm au Canada; toutefois, les rédacteurs du présent rapport ont régulièrement récolté des individus mesurant plus de 100 mm dans des rivières du sud-ouest de l’Ontario. La forme des Grands Lacs du P. sintoxia est en règle générale plus petite, sa longueur dépassant rarement 75 mm (Strayer et Jirka, 1997). La forme de lac est aussi plus renflée et ses sommets sont pleins, élevés et projetés vers l’avant bien au-delà de la charnière.
Au Canada, il est possible de confondre le pleurobème écarlate avec le fusconaia jaune (Fusconaia flava) (figure 2). Le F. flava se distingue du P. sintoxia principalement par un sommet moins élevé et plus centré, un sillon latéral plus profond et une cavité ombonale plus profonde (Clarke, 1981; Oesch, 1995; Strayer et Jirka, 1997). La forme de lac du P. sintoxia est quelque peu similaire à l’Obovaria olivaria, mais ses valves sont plus plates, son periostracum plus terne et il est moins probable qu’elle possède des rayons colorés (Strayer et Jirka, 1997). On remarquera le sillon latéral plus profond du F. flava. Les deux spécimens ont été récoltés en 2002 dans la rivière Sydenham près de Croton, en Ontario (photo de D. Zanatta, INRE).
Figure 2 : Pleurobema sintoxia (en bas à gauche) et Fusconaia flava (en haut à droite)
Les deux spécimens ont été récoltés en 2002 dans la rivière Sydenham près de Croton, en Ontario (photo de D. Zanatta, INRE).