Stratégie de rétablissement de la population néo écossaise de tortues mouchetées au Canada [proposition] 2011 : Information sur l'espèce

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Date de l'évaluation : Mai 2005

Nom commun (population) : Tortue mouchetée (population de la Nouvelle Écosse)

Nom scientifique : Emydoidea blandingii

Statut du COSEPAC : En voie de disparition

Motif de la désignation : Les trois petites sous-populations de cette espèce se trouvant dans le centre du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse totalisent moins de 250 individus matures. Ces trois sous-populations sont génétiquement distinctes les unes des autres ainsi que des autres tortues mouchetées au Québec, en Ontario et aux États-Unis. Bien que la sous-population la plus importante se trouve dans une aire protégée, elle est toujours en déclin. Les autres sous populations sont également exposées à un accroissement de la dégradation de leur habitat, de la mortalité des adultes et de la prédation vis à vis de leurs oeufs et de leurs petits.

Présence au Canada : Nouvelle Écosse

Historique du statut du COSEPAC : L'espèce a été désignée « menacée » en avril 1993. Son statut a été réexaminé et elle a été désignée « en voie de disparition » en mai 2005. La dernière évaluation était basée sur un rapport de situation de mise à jour.

À l'échelle mondiale, l'aire de distribution actuelle de l'espèce s'étend de l'extrême sud du Québec et de l'Ontario jusqu'au centre du Nebraska vers l'ouest et jusqu'à l'Illinois et l'Indiana au sud (Cochran et Lyons, 1986 ; Ernst, 1973; Olson, 1987). Des populations locales isolées sont présentes un peu partout à l'intérieur de l'aire de distribution; la population de la Nouvelle Écosse est l'une des plus isolées (Herman et coll., 1995). Au Canada, les populations se limitent au Sud de l'Ontario, au coin sud ouest du Québec et au Sud Ouest intérieur de la Nouvelle Écosse. Environ 20 % de l'aire de distribution mondiale se situe au Canada et moins de 5 % de celle ci se trouve en Nouvelle Écosse.

La tortue mouchetée est classée au niveau G 4 selon le classement mondial (G-Rank) et au niveau N4 selon le classement national (N-Rank) (Nature Serve, 2010). La population de la Nouvelle Écosse, qui fait l'objet de la présente stratégie de rétablissement, est classée au rang sous national (S-Rank) S1. La population figure dans la liste des espèces en voie de disparition au titre de la Loi sur les espèces en péril du Canada (2005) ainsi que de l'Endangered Species Act de la Nouvelle Écosse (2000).

Figure 1 : Trois photos de tortues mouchetées. Dans l'ordre habituel : 1a) Photo d'une tortue mouchetée femelle adulte dans l'eau montrant le dessus de sa carapace bombée noire et tachetée de petits points jaunes. 1b) Photo d'une tortue mouchetée prenant un bain de soleil. Cette photo montre certains des traits les plus distinctifs de la tortue mouchetée,  son menton et sa gorge jaune clair. 1c) Photo d'une tortue mouchetée qui vient d'éclore. La photo montre que la carapace est uniformément grise.

Figure 1 : Trois photos de tortues mouchetées. Dans l'ordre habituel : 1a) Photo d'une tortue mouchetée femelle adulte dans l'eau montrant le dessus de sa carapace bombée noire et tachetée de petits points jaunes. 1b) Photo d'une tortue mouchetée prenant un bain de soleil. Cette photo montre certains des traits les plus distinctifs de la tortue mouchetée, son menton et sa gorge jaune clair. 1c) Photo d'une tortue mouchetée qui vient d'éclore. La photo montre que la carapace est uniformément grise.

Figure 2: Photo du dessous de la carapace (plastron) d'une jeune tortue mouchetée. La photo montre que le plastron est beige orangé et qu'il comporte des taches noires irrégulières. Chez les jeunes, les lignes annuelles de croissance sont visibles sur le plastron; on peut les apercevoir sur cette photo.

Figure 2: Photo du dessous de la carapace (plastron) d'une jeune tortue mouchetée. La photo montre que le plastron est beige orangé et qu'il comporte des taches noires irrégulières. Chez les jeunes, les lignes annuelles de croissance sont visibles sur le plastron; on peut les apercevoir sur cette photo.

Les tortues mouchetées sont des tortues d'eau douce de taille moyenne à carapace semi articulée. Elles vivent très longtemps (plus de 80 ans) et il leur faut beaucoup de temps pour atteindre la maturité (une vingtaine d'années) en Nouvelle Écosse (Congdon et coll., 1993; Herman et coll., 1999; McNeil, 2002). L'un de leurs traits les plus distinctifs est la couleur jaune vif de leur menton et de leur gorge (figure 1b). Leur carapace fortement bombée varie du gris au noir et est mouchetée de jaune (Caverhill et Crowley, 2008). Les mouchetures sont habituellement plus vives sur les plus jeunes tortues et elles sont plus visibles lorsque la carapace est humide (figure 1a). Le dessous de la carapace (le plastron) est jaune orangé et est taché de sections noires irrégulières, Les lignes de croissance annuelles sont visibles sur le plastron des jeunes tortues (figure 2). Une fois qu'elles ont atteint la maturité, les lignes commencent à disparaître et le plastron finit par devenir uni.

En Nouvelle Écosse, les carapaces des adultes ont une longueur variant entre 18 et 25 cm (base de données sur les tortues mouchetées de la Nouvelle Écosse de 2010). Les mâles adultes sont généralement plus gros que les femelles; on peut les distinguer par leur plastron concave, la base épaisse de leur queue et leur lèvre supérieure gris uni. Les tortues nouvellement écloses, les nouveau nés, ont environ 4 cm de longueur (la dimension d'une pièce de deux dollars) et elles sont coiffées de carapaces d'un gris uniforme (figure 1c).

En Nouvelle Écosse, les tortues mouchetées semblent restreintes au Sud Ouest intérieur de la province, même si des découvertes récentes ont élargi l'étendue de leur aire à l'intérieur de cette région (Caverhill, 2006; McNeil, 2002) (figure 3). Des études des déplacements et de la distribution des tortues, de concert avec une évaluation génétique, ont révélé que le complexe des populations de la Nouvelle Écosse est spatialement structuré et comprend plusieurs populations distinctes (Caverhill, 2003; McNeil, 2002, Mockford et coll., 1999; Mockford et coll., 2005; Toews, 2004). On a jusqu'à présent documenté la présence de trois populations génétiquement distinctes, séparées l'une de l'autre par au moins une quinzaine de kilomètres (figure 3). Ces populations présentent des différences biologiques importantes dans leur comportement, leur morphologie, leur fréquentation de l'habitat et leur fécondité (Caverhill, 2006; McNeil, 2002; Mockford et coll., 2005). Même à l'intérieur des populations, une structuration génétique peut être évidente parmi les lieux de concentration (Toews, 2004).

Figure 3. Carte de l'aire de répartition de la tortue mouchetée en Nouvelle-Écosse montrant les signalements confirmés au moyen de différentes couleurs, selon la population ou la concentration. Les points jaunes représentent les signalements confirmés qui n'ont pas encore été rattachés à des populations particulières. La carte montre des concentrations à l'intérieur du parc national du Canada Kejimkujik (points verts) et des secteurs du lac McGowan (points rouges), de la rivière Pleasant (points bleus), du ruisseau Dexter (points bleu pâle) et de l'aire de nature sauvage de Tobeatic (points roses). La carte montre également que les populations les plus importantes se trouvent dans le parc Kejimkujik et que les populations du lac McGowan et de la rivière Pleasant sont un peu plus modestes. Les concentrations du ruisseau Dexter et de Tobeatic ont seulement fait l'objet de quelques signalements.

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Figure 3. Carte de l'aire de répartition de la tortue mouchetée en Nouvelle-Écosse montrant les signalements confirmés au moyen de différentes couleurs, selon la population ou la concentration. Les points jaunes représentent les signalements confirmés qui n'ont pas encore été rattachés à des populations particulières. La carte montre des concentrations à l'intérieur du parc national du Canada Kejimkujik (points verts) et des secteurs du lac McGowan (points rouges), de la rivière Pleasant (points bleus), du ruisseau Dexter (points bleu pâle) et de l'aire de nature sauvage de Tobeatic (points roses). La carte montre également que les populations les plus importantes se trouvent dans le parc Kejimkujik et que les populations du lac McGowan et de la rivière Pleasant sont un peu plus modestes. Les concentrations du ruisseau Dexter et de Tobeatic ont seulement fait l'objet de quelques signalements.

La population de Kejimkujik est présente le long du bassin versant de la rivière Mersey, presque entièrement à l'intérieur des limites du parc national et lieu historique du Canada Kejimkujik (Kejimkujik). Les populations du lac McGowan et de la rivière Pleasant sont présentes dans des paysages fonctionnels le long du bassin versant de la Medway.

Deux concentrations plus restreintes ont également été repérées au sein du complexe des populations, l'une à l'intérieur de l'aire de nature sauvage de Tobeatic dans le bassin versant de la Sissiboo (quatre tortues) et l'une près du ruisseau Dexter dans le bassin versant de la Medway (trois tortues). De plus, plusieurs signalement isolés et comptes rendus non confirmés le long de la Mersey, de la Medway et de bassin versant adjacent laissent supposer qu'il pourrait exister des populations non découvertes.

Nous croyons, d'après notre connaissance actuelle de l'aire de répartition de l'espèce que l'ensemble du complexe démographique des tortues mouchetées de la Nouvelle Écosse compte environ 350 adultes. Des chiffres estimatifs sur la taille actuelle de chacune des populations connues sont présentés dans le tableau 1. Une modélisation démographique initiale de deux des trois populations laisse supposer que ces deux populations pourraient se trouver en déclin (Bourque et coll., 2006). Même si on connaît peu de choses au sujet du passé de la tortue mouchetée en Nouvelle Écosse, des données estimatives sur sa diversité génétique révèlent qu'il est possible que les populations aient jadis été plus nombreuses et plus répandues qu'à l'heure actuelle (Herman et coll., 2003). Des données estimatives sur le flux génétique permettent de supposer qu'au cours des dernières générations, la population du lac McGowan est passée d'une population source à une population en déclin, tandis que l'opposé est survenu dans e secteur de la rivière Pleasant (Howes et coll., 2009).

Population / concentration Années des données Population estimative/adultes totaux marqués Bassin-versant Principaux propriétaires
Kejimkujik 1969 à 2010 Population estimative : 63 -132 1 146 adultes marquésd Mersey Gouvernement fédéral
Lac McGowan 1969 à 2010 Population estimative : 79 (60-116) 2 63 adultes marqués Medway Gouvernement provincial / propriétaires privés
Rivière Pleasant 1997 à 2010 82 adultes marqués Medway Propriétaires privés / gouvernement provincial
Ruisseau Whitesand 2007 à 2010 3 adultes marqués Sissiboo Gouvernement provincial
Ruisseau Dexter 2004 à 2005 3 adultes marqués Medway Propriétaires privés

1 La population estimative de Kejimkujik est basée sur deux estimations distinctes : 1. une estimation annuelle moyenne de Jolly Seber à l'aide de données de 1987 à 2002 (Bourque et coll., 2006); 2) une estimation binomiale Schnabel basée sur des intervalles de dénombrements de 1969 à 1988 (Herman et coll., 1995). Les nombres réels d'adultes comprennent tous les adultes marqués de 1969 à 2010 et ne tiennent pas compte des individus qui pourraient être morts pendant cette période

2 L'estimation de la population de McGowan est basée sur des données de 1996 à 2002 obtenues au moyen de la méthode Schnabel.

Des études ont révélé que le degré de variation génétique au sein de la population de la Nouvelle Écosse est semblable, ou même supérieur à celui des populations de l'aire de répartition principale de l'espèce (Mockford et coll., 1999; Ruben et coll., 2001). La population de la Nouvelle Écosse a par ailleurs divergé substantiellement du point de vue génétique des populations de l'aire de répartition principale (Mockford et coll., 1999; Mockford, 2007; Ruben et coll., 2001) et il a été avancé qu'elle pourrait avoir constitué un chaînon important de l'évolution de l'espèce (Mockford, 2007).

En guise de préambule à la présente section, il faut considérer deux points importants. Premièrement, cette stratégie de rétablissement doit, selon que l'exige la LEP, respecter les directives exposées dans la Loi. Deuxièmement, la section 3.3 fait part des points de vue des Autochtones sur le rétablissement de la tortue mouchetée d'après les contributions des membres micmacs de l'équipe de rétablissement et une consultation auprès du Native Council.

L'habitat de la tortue mouchetée se trouve à l'intérieur de Kespukwitk, l'un des sept districts traditionnels des Micmacs. C'est pourquoi il est primordial de chercher activement à obtenir et d'encourager la participation des Micmacs vivant sur ces terres et partageant celles ci. La présence continue des Micmacs à l'intérieur de Kespukwitk commencera à mettre au jour, par l'entremise de leurs sages, d'entretiens et de marches, certains aspects au sujet de la tortue mouchetée. Les Micmacs peuvent contribuer de façon importante au rétablissement des tortues par leurs enseignements traditionnels, qui révèlent l'importance des pratiques traditionnelles et font part de la vision écologique du monde des Autochtones. L'utilisation coutumière de la biodiversité par les Micmacs donne corps au principe micmac du netukulimk, une façon de récolter les ressources sans compromettre l'intégrité, la diversité ou la productivité de notre environnement naturel (Native Council of Nova Scotia, 1994). Une approche plus inclusive de gestion basée sur l'écosystème pourrait s'avérer particulièrement utile pour le rétablissement de la tortue mouchetée ainsi que d'autres espèces rares et en péril rattachées à des habitats semblables dans les bassins versants du Sud de la Nouvelle Écosse. La présente stratégie de rétablissement ne peut illustrer la totalité des connaissances des Micmacs. On pourra modifier la planification du rétablissement au fil du temps au fur et à mesure qu'augmentera la participation des Micmacs.

Pour intégrer les connaissances traditionnelles des Autochtones aux autres types de connaissances, il est essentiel que les planificateurs du rétablissement comprennent de quelle façon la vision du monde des Micmacs peut différer des visions du monde des autres Autochtones et du milieu scientifique. Les connaissances traditionnelles micmaques ne sont pas nécessairement consignées par écrit, évaluées par des pairs ni publiées. Les CTA constituent des connaissances vivantes, mémorisées dans la culture et la langue orale, qui sont fortement propres à un endroit et à une époque. Il s'agit du ki de Mi'kma'ki. Lorsque les Micmacs font part de leurs CTA, ils terminent souvent en mentionnant tan teli kji'jitu (d'après ce que je sais), reconnaissant que les connaissances évoluent. En d'autres termes, les connaissances façonnées par les lieux, p. ex. celles au sujet de la tortue mouchetée, enregistrées et transmises différeront de celles vécues sur les lieux à des époques différentes. Elles peuvent changer en raison d'une autre action ou d'où du point de vue de quelqu'un d'autre.

Les Mikjikj, nom micmac des tortues, sont l'objet de plusieurs légendes et histoires. Ces dernières varient des histoires de la création aux légendes sur la façon dont la tortue a hérité de sa carapace. Certaines décrivent la façon dont la tortue était utilisée par les Micmacs et d'autres décrivent de quelle façon et pourquoi on a attribué des noms particuliers à des tortues (Speck, 1923). La vaste diversité d'histoires et de légendes témoignent d'un lien spirituel profond entre les Micmacs et les tortues, qui laisse supposer que nous pouvons apprendre beaucoup de leurs connaissances collectives.

On ignore si les Micmacs possèdent des connaissances particulières au sujet des tortues mouchetées, mais ils détiennent vraisemblablement des connaissances au sujet de l'habitat de la tortue et on n'a pas encore eu accès à cette information. Par exemple, les CTA pourraient nous éclairer sur les changements qui sont survenus dans l'aire de répartition des tortues et nous permettre de comprendre si les changements survenus dans leur distribution pourraient être liés à des changements dans l'habitat. La vision micmaque du monde prévoyant une planification pour sept générations au cours de l'avenir nous serait par ailleurs avantageuse pour comprendre et justifier la nécessité d'une planification durant les longues périodes nécessaires sur le plan biologique à l'espèce longévive de la tortue mouchetée (dix générations de tortues mouchetées correspondent par exemple à 400 ans).

La présente stratégie de rétablissement reconnaît les connaissances micmaques et les incorpore dans le rétablissement des tortues mouchetées et de leurs habitats.

Les tortues mouchetées fréquentent divers habitats au cours de leur cycle vital; vu leur longévité, les individus peuvent avoir à changer de secteurs pour réagir aux changements survenant dans l'habitat au cours de leur vie. On ignore pour le moment quels sont les facteurs limitants de l'habitat. Le sommaire qui suit sur les habitats fréquentés connus vise à mieux définir l'habitat vital.

Habitats estivaux : Les tortues mouchetées de la Nouvelle Écosse se retrouvent dans divers habitats, par exemple des tourbières basses, des anses de lacs peu profondes, des étangs vernaux, et des ruisseaux et des rivières au débit lent. Elles fréquentent généralement ces habitats d'avril à la fin septembre. À l'intérieur de ces habitats, les tortues mouchetées ont tendance à se tenir en eau peu profonde (moins de 2 m de profondeur) à végétation abondante, comportant souvent des sédiments organiques profonds (Ernst et Barbour, 1972; Gilhen, 1984; Graham et Doyle, 1979; McMaster et Herman, 2000; Power, 1989; Ross, 1989; Ross et Anderson, 1990). Les endroits où sont présentes les tortues sont habituellement bordés de myrique baumier (Myrica gale) ou de carex (espèce Carex) surplombant les berges et ils présentent peu de roches (Bourque, 2006), des eaux de couleurs moyennes, un sol tourbeux (Bourque, 2006; Power, 1989) et des tapis de sphaigne vivante (McMaster et Herman, 2000). Une activité marquée des castors est également visible dans la majorité des emplacements de tortues mouchetées en Nouvelle Écosse. Les juvéniles sont généralement présents dans les mêmes habitats généraux que les adultes, mais ils peuvent fréquenter des micro-habitats différents à l'intérieur de l'ensemble du milieu humide (McMaster et Herman, 2000; McNeil, 2002). L'habitat estival des tortues récemment écloses et des très jeunes juvéniles peut varier. Même si on a rencontré certaines jeunes tortues dans des habitats estivaux traditionnels de la tortue, on a repéré par radio d'autres juvéniles dans des secteurs humides des bois ou dans de petites fosses avant leur déplacement vers des milieux humides plus vastes (données inédites).

Habitats hivernaux : Les tortues mouchetées adultes et juvéniles se regroupent souvent densément dans leurs sites d'hivernage aquatiques et ils retournent aux mêmes endroits année après année (Caverhill, 2006; McNeil, 2002; Power, 1989). Elles arrivent habituellement dans ces endroits en septembre et en octobre et elles partent peu après la fonte des glaces en mars et en avril. Les caractéristiques et l'emplacement des sites d'hivernage varient. Il peut notamment s'agir de fosses ou de chenaux boisés, de tranchées ferroviaires et de tronçons particuliers de ruisseaux ou de milieux humides (McNeil, 2002; Newton et Herman, 2009; Power, 1989). Ces endroits ont en général un fond organique profond et des berges sapées (Newton et Herman, 2009). Le profil des températures, le niveau d'oxygène dissous, le débit de l'eau, la profondeur de l'eau et la composition de la végétation varient considérablement parmi ces emplacements (Newton et Herman, 2009). On observe souvent l'accouplement dans les sites d'hivernage, en particulier pendant l'automne (McNeil, 2002) et les tortues se prélassent au soleil dans les secteurs voisins, en particulier le printemps. Des études récentes de surveillance des jeunes tortues révèlent que leur habitat d'hivernage diffère de celui des adultes, car elles passent l'hiver dans divers habitats comme l'eau envahie par la végétation ou elles s'enfouissent dans des substrats humides en milieu terrestre (Camaclang, 2007).

Habitats de nidification : Les tortues mouchetées nichent dans divers habitats, tant naturels qu'anthropiques, notamment les plages de galets lacustres, les affleurements d'ardoise, les bordures de chemin de gravier, les zones d'emprunt, les potagers, les résidus miniers et les pistes d'excursion (Caverhill, 2006; McNeil, 2002; Power, 1989; Standing et coll., 2000). Les endroits fréquentés doivent être exposés à un gain de chaleur solaire adéquat pour permettre l'incubation des œufs et ils font souvent face au sud ouest (Power, 1989; Standing, 1997). Les sites de nidification peuvent être proches de l'eau ou se trouver à des distances considérables à l'intérieur des terres. Les femelles peuvent nicher densément dans un secteur donné ou être seules. Beaucoup de femelles, mais pas toutes, font preuve d'une haute fidélité à l'égard de sites de nidification particuliers (Standing et coll., 2000). Elles ont toutefois montré qu'elles peuvent changer d'endroit au besoin. La couvaison a habituellement lieu en soirée en juin ou au début de juin et les femelles peuvent passer plusieurs jours à l'endroit envisagé ou à proximité avant la nidification. Les femelles ont seulement une nichée par année et elles peuvent ne pas en avoir toutes les années. L'éclosion des jeunes tortues de la nichée survient généralement entre la fin août et la mi octobre. Pendant l'éclosion, les jeunes tortues peuvent demeurer à proximité du nid pendant plusieurs jours avant de se disperser (Camaclang, 2007; McNeil et coll., 2000; Smith, 2004; Standing et coll., 1997). On a observé dans de rares cas des jeunes tortues qui ont hiverné dans la cavité du nid (base de données sur les tortues mouchetées de la Nouvelle Écosse, 2010).

Voies de déplacement : Les tortues mouchetées peuvent parcourir des distances considérables tant en milieu terrestre que le long des cours d'eau. Elles se déplacent régulièrement entre les habitats saisonniers et peuvent réaliser des migrations sur de longues distances à l'occasion (Kydd, 2010; Power, 1989). On a constaté que les tortues se déplaçant à destination et en provenance des sites de nidification empruntaient le même chemin pendant plusieurs années (Kydd, 2010). Les jeunes tortues nouvellement écloses effectuent souvent de longues randonnées sur terre lorsqu'elles quittent leur nid et recherchent un site d'hivernage convenable (Camaclang, 2007; McNeil et coll., 2000; Smith, 2004; Standing et coll., 1997).

Les tortues mouchetées de la Nouvelle Écosse ont une capacité limitée de réagir aux menaces et aux changements survenant dans l'habitat en raison de leur temps prolongé de génération, de leur physiologie, de la taille restreinte des populations et de leur isolement géographique du territoire principal de l'espèce.

Espèce longévive dont la maturation est infiniment lente (20 ans), les tortues mouchetées sont spécialement vulnérables aux hausses de la mortalité des adultes. Même les hausses légères de la mortalité adulte peuvent mener les populations à une extinction locale (Congdon et coll., 1993; Heppel, 1998). Vu sa longévité et sa maturation lente, l'espèce présente un temps de génération extrêmement long (une quarantaine d'années), ce qui peut retarder sa capacité de réagir rapidement aux menaces et ce qui entraîne des décalages importants dans le rétablissement. Ces décalages limitent également notre capacité de détecter les changements dans la population pendant longtemps après qu'un phénomène s'est produit.

Les degrés jours de croissance limités et la faible productivité limitent infiniment les tortues mouchetées en Nouvelle Écosse. Il faut des degrés jours de croissance suffisants pour une incubation fructueuses des œufs et l'éclosion des jeunes tortues (Gutze et Packard, 1987). Les années où les températures sont plus froides, on constate souvent un succès modeste de la survie des jeunes tortues, des taux élevés de troubles de croissance et une léthargie chez les petits (Standing et coll., 2000). Les habitats à faible productivité peuvent limiter la densité de la population et, conjointement à des saisons de croissance brèves, altérer les taux de croissance individuels. La maturation semble en conséquence substantiellement retardée; de fait, les tortues mouchetées de la Nouvelle Écosse présentent l'âge de maturité le plus élevé signalé pour l'espèce (McNeil, 2002).

Les tortues mouchetées de la Nouvelle Écosse sont, en tant que complexe de populations isolé, vulnérables aux phénomènes stochastiques (probabilités) (COSEPAC, 2005). Les perturbations locales comme une prédation exceptionnellement élevée, des conditions climatiques extrêmes ou la maladie, qui auraient peu d'effets sur une population nombreuse, pourraient être dévastatrices. La tendance de l'espèce à se regrouper densément dans des emplacements saisonniers, comme les sites de nidification et d'hivernage, amplifient ce risque.

Malgré les recherches à long terme réalisées, des lacunes subsistent dans les connaissances. Vu la longévité et la maturation tardive des tortues mouchetées, une évaluation précise de la situation de la population représente un processus à long terme. Tous les efforts de recherche et de rétablissement cités ci après en 6.1 nous aident à comprendre la population, mais la majeure partie de ce travail a touché moins de la moitié d'une génération de tortues, estimée à une quarantaine d'années (Herman et coll., 2003).

Des questions importantes demeurent sans réponse :

3 On entend par « encadrement » l'élevage des jeunes tortues en captivité pendant une période pouvant atteindre deux ans.

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