Plan de gestion des réserves nationales de faune de l’Île-Scotch-Bonnet et de l’Île-Mohawk : chapitre 3


3 Menaces et défis relatifs à la gestion

3.1 Menaces pesant sur les oiseaux aquatiques coloniaux et leur habitat à l’échelle des Grands lacs

De nombreuses menaces importantes pèsent sur les populations d’oiseaux aquatiques coloniaux à l’échelle de la région du sud des Grands Lacs d’aval. Les oiseaux aquatiques coloniaux sont des espèces piscivores qui dépendent des ressources aquatiques des Grands Lacs. Parmi les principales menaces à la santé des Grands Lacs qui ont récemment eu des impacts sur les aires de nidification des oiseaux aquatiques, mentionnons le botulisme et d’autres maladies, diverses activités de gestion (principalement du côté états-uniens des Grands Lacs mais aussi du côté canadien), les espèces envahissantes exotiques (poissons), les conditions météorologiques défavorables et les perturbations anthropiques associées aux activités récréatives. Un certain nombre de facteurs plus classiques comme la pollution de source non ponctuelle, les substances toxiques et les pratiques de développement incompatibles menacent également les populations d’oiseaux aquatiques coloniaux.

3.2 Accès interdit et tourisme

Les eaux entourant l’île Scotch Bonnet et l’île Mohawk sont une destination prisée par les amateurs de voile et de motonautisme en été. Depuis la désignation de ces aires protégées, le nombre de visiteurs aux deux réserves nationales de faune(RNF) s’est accru sous l’effet de la croissance démographique dans les centres urbains avoisinants, l’intensification des activités récréatives et l’essor du tourisme. Le bruit et l’action des vagues causés par les embarcations et la présence d’humains peuvent inciter les oiseaux aquatiques coloniaux nicheurs à quitter et parfois même à abandonner leur nid, leurs œufs ou leurs jeunes, laissant les nids vulnérables à la prédation (Carney and Sydeman, 1999; Cuthbert and Wires, 1999). La présence prolongée de visiteurs ou la circulation d’embarcations à proximité du littoral durant la période de nidification peuvent également perturber les oiseaux qui nichent ou se reposent sur les îles (Carney and Sydeman, 1999).

Bien que l’accès à la RNF de l’Île-Scotch Bonnet soit interdit en tout temps et que l’accès à la RNF de l’Île-Mohawk soit autorisé seulement durant une partie de l’année, tout indique que des personnes ont visité les deux îles et y ont perturbé les oiseaux durant la période de nidification (Moore, communication personnelle, 2012). Diverses infractions comme la destruction de nids de Cormoran à aigrettes, le rejet de déchets, l’entretien de feux à ciel ouvert, des actes de vandalisme et l’endommagement de panneaux d’information ont aussi été signalées. Ces infractions perturbent les oiseaux qui y nichent et imposent des pressions additionnelles aux ressources en personnel.

Le matériel de promotion diffusé par les entreprises touristiques locales témoigne d’une méconnaissance générale de la Loi sur les espèces sauvages au Canada et du Règlement sur les réserves d’espèces sauvages et des interdictions touchant l’accès aux RNF et diverses activités. Par exemple, des visites de la RNF de l’Île-Scotch Bonnet et l’observation des colonies d’oiseaux aquatiques qui y nichent figurent parmi l’éventail d’activités proposées par les entreprises touristiques locales. La clientèle de ces entreprises semble provenir autant du Canada que des États voisins des États-Unis. Il est par conséquent difficile d’enjoindre une clientèle aussi diversifiée de se conformer à la loi et de respecter les règles de sécurité.

3.3 Caractéristiques physiques des lieux

Les caractéristiques physiques des deux îles en compliquent la gestion. L’accès des visiteurs autorisés aux îles est rendu difficile par le substrat rocheux exposé et le littoral accidenté. Les personnes autorisées à se rendre sur les îles pour y effectuer des inspections, des relevés ou des travaux de recherche doivent souvent affronter de forts vents et des conditions météorologiques défavorables. En l’absence de personnel à plein temps sur place, il est difficile de faire respecter la loi et le règlement et de s’assurer qu’aucune infraction n’est commise.

3.4 Santé et sécurité

Assurer la sécurité des visiteurs autorisés et mobiliser les ressources et l’expertise nécessaires pour assurer la conformité aux normes fédérales applicables aux bâtiments représentent un défi constant. Ces difficultés sont exacerbées par le caractère isolé des deux îles.

Les deux phares datant de l’époque victorienne présentent des signes de détérioration avancée et comportent des risques pour la santé et la sécurité des visiteurs autorisés. En 2009, des employés ont indiqué que d’importantes portions du phare de la RNF de l’Île-Scotch Bonnet étaient érodées : la structure encore en place et l’amoncellement de moellons tombés présentent un très grand danger et constituent une menace immédiate pour les visiteurs autorisés. La préservation ou la restauration de cette structure dans son intégralité ne sont plus envisageables. En 2010, des biologistes du Service canadien de la faune ont également rapporté que des portions du phare de l’île Mohawk étaient érodées et les fenêtres et points d’entrée qui avaient été bloqués ne le sont plus. La structure présente donc un risque potentiel d’accident pour quiconque pourrait tenter d’y pénétrer. La faisabilité de préserver cette structure demeure à évaluer. L’accès aux structures en pierre du phare aussi bien sur l’île Scotch Bonnet que sur l’île Mohawk est interdit.

Le Service canadien de la faune entend collaborer avec ses partenaires et le public à la recherche d’options respectueuses du caractère patrimonial des deux phares permettant d’accroître la sécurité des lieux pour les personnes autorisées à visiter les deux îles.

3.5 Intensification du développement

La région bordant les lacs Érié et Ontario a connu une forte croissance démographique et un intense développement au cours des dernières années. À mesure que la population continue de s’accroître, on s’attend à ce que les pressions liées au développement qui pèsent sur les îles et la terre ferme, l’utilisation de la zone littorale et la navigation de plaisance s’intensifient. Les activités de développement le long du littoral des Grands Lacs au nord des deux RNF pourraient avoir des effets négatifs sur les espèces sauvages qui fréquentent ces deux aires protégées et leur habitat. Par exemple, l’ajout de nouvelles installations récréatives pourrait mener à une intensification de la circulation navale, et la construction d’éoliennes pourrait avoir des impacts sur les oiseaux migrateurs et, possiblement, sur les oiseaux qui s’alimentent dans la région.

L’augmentation du transport de marchandises sur les Grands Lacs accroît également le risque de déversements d’hydrocarbures et de produits chimiques et de contamination de l’eau.

3.6 Scénarios de changements climatiques

Selon les modèles de changements climatiques courants, l’amincissement de la couche de glace et l’augmentation de l’évaporation qui s’ensuivra devraient entraîner une hausse de la température de l’air, une baisse du niveau d’eau des lacs et une hausse de la température de l’eau. Bien que leurs répercussions sur les oiseaux aquatiques coloniaux demeurent inconnues, les changements climatiques devraient provoquer une modification des aires, de la répartition et du comportement reproducteur des diverses espèces qui fréquentent ces RNF.

Tableau 3 : Approches de gestion pour les réserves nationales de faune de l’Île-Scotch Bonnet et l’Île-Mohawk
Menaces et défis de gestion Buts et objectifs Approches de gestiona (actions, y compris le niveau de priorité)b
  • Menaces pesant sur les populations d’oiseaux aquatiques coloniaux à l’échelle des Grands Lacs
  • Caractère isolé et caractéristiques physiques des lieux

But 1 : Conservation et gestion des espèces sauvages et de leur habitat. 1.1 Sous-but : Préserver les populations nicheuses d’oiseaux aquatiques coloniaux et leur habitat et celles de diverses espèces d’oiseaux migrateurs. Objectifs :

  1. Laisser les processus naturels et la succession naturelle suivre leur cours en intervenant de façon minimale en se fondant sur les résultats des activités de surveillance, des relevés et des travaux de recherche (section 5.1).
  2. Gérer l’habitat ( p. ex., élimination des espèces envahissantes) uniquement de manière à préserver la quantité et la qualité des habitats existants pour les populations nicheuses d’oiseaux aquatiques coloniaux ou les oiseaux migrateurs saisonniers, selon les besoins révélés par les activités de surveillance, les relevés ou les résultats des travaux de recherche.

Surveillance, relevés et recherche

  • Tenue du Relevé décennal des oiseaux aquatiques coloniaux des Grands Lacs et du Relevé décennal de la sauvagine migratrice de la région du sud des Grands Lacs d’aval (lower decadal Great Lakes Migrant Waterfowl surveys). (3)
  • Poursuite des activités de surveillance de la contamination des populations d’oiseaux aquatiques coloniaux par des substances toxiques et du succès reproducteur de ces populations. (2)
  • Visites des lieux à des fins d’évaluation de l’intégrité écologique, d’examen des mesures de gestion et des activités publiques et de détermination des menaces potentielles pour les espèces sauvages et leur habitat. (1)
  • Évaluation de l’étendue et des conditions actuelles des sites de reproduction, de nidification et de repos utilisés par les oiseaux aquatiques coloniaux. (1)
  • Suivi des changements touchant l’habitat dans le temps. (2)
  • Étude de l’utilisation saisonnière de l’habitat (incluant les eaux littorales et les structures bâties) par les oiseaux aquatiques, la sauvagine, les oiseaux de rivage et les oiseaux terrestres. (2)

Gestion des espèces sauvages

  • Selon les besoins révélés par les activités de surveillance, les relevés et les travaux de recherche.
  • À moins d’indications contraires, on laissera les processus naturels suivre leur cours.

Gestion de l’habitat

  • Selon les besoins révélés par les activités de surveillance, les relevés et les travaux de recherche.
  • À moins d’indications contraires, on laissera les processus naturels suivre leur cours.

Gestion des plantes exotiques et envahissantes

  • Selon les besoins révélés par les activités de surveillance, les relevés et les travaux de recherche.
  • Accès interdit durant la période de nidification
  • Perturbations causées à la sauvagine et aux oiseaux migrateurs par la navigation de plaisance
  • Caractère isolé et caractéristiques physiques des lieux
  • Incompréhension et méconnaissance des activités interdites et de la protection accordée aux espèces sauvages dans les RNF
  • Risques pour la santé et la sécurité

But 2 : Contrôle des activités interdites 2.1 Sous-but : Prévenir le déroulement d’activités non autorisées et assurer la conformité à la Loi sur les espèces sauvages au Canada et à la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs et le signalement rapide de toute situation dangereuse ou infraction aux dispositions des lois susmentionnées. Objectifs :

  1. Veiller à ce que les visiteurs autorisés comprennent bien les interdictions énoncées dans le Règlement sur les réserves d’espèces sauvages.

Relevés

  • Visites des lieux à des fins d’inspection et d’entretien des panneaux d’information, de recherche d’éventuels éléments présentant un danger le long des rives et sur les îles et de documentation d’éventuels changements de l’état des lieux ou d’infractions. (1)
  • Réexamen du statut des accords de collaboration et des permis existants et reconduction des accords et renouvellement des permis, le cas échéant. (2)

Évaluation et atténuation des risques

  • Remplacement ou installation de panneaux d’information décrivant les utilisations interdites et fournissant les noms des personnes et services à contacter en cas d’incident ou de situation dangereuse. (1)
  • Documentation et signalement du nombre et de la nature des incidents liés à des activités illégales dans les RNF à la Direction de l’application de la loi sur la faune d’Environnement et Changement climatique Canada et, au besoin, mise en place de mesures correctives. (1)

Information et éducation du public

  • Diffusion d’information sur les utilisations interdites, les mesures de gestion et les pratiques sûres et communication des procédures aux visiteurs autorisés (p. ex., employés d’autres ministères fédéraux, détenteurs de permis de recherche), au grand public et aux partenaires. (1)
  • Rappel du statut protégé des RNF aux exploitants d’entreprises touristiques locales et au ministère des Richesses naturelles de l’Ontario et des impacts environnementaux cumulés possibles de la présence de visiteurs non autorisés sur les populations d’oiseaux nicheurs et migrateurs. (1)
  • Caractère isolé et caractéristiques physiques des lieux : le littoral rocheux et les conditions météorologiques défavorables rendent souvent difficile l’accès aux îles.
  • Risques pour la santé et la sécurité

But 3 : Promotion de la santé et de la sécurité 3.1 Sous-but : Réduire ou atténuer le plus possible les risques pour la santé et la sécurité des visiteurs autorisés. Objectifs :

  1. Les risques ont été évalués, et des mesures ont été mises en place pour assurer la sécurité des visiteurs autorisés, notamment aux points de débarquement et de mouillage, et réduire les risques d’accident associés aux structures en place ( p. ex. brise-lames en béton à la RNF de l’Île-Scotch Bonnet, ruines du phare).
  2. Conformément aux dispositions de la Loi sur la protection des phares patrimoniaux, aucune mesure active ne sera prise pour freiner le processus de détérioration naturelle des phares à moins que ces structures présentent des risques pour la santé et la sécurité des visiteurs autorisés.

3.2 Sous-but : Informer les visiteurs autorisés des risques pour la santé et la sécurité. Objectifs :

  1. Les clientèles cibles et les collaborateurs sont adéquatement informés des risques pour la santé et la sécurité auxquels s’exposent les visiteurs autorisés ( p. ex. panneaux d’information, avis et feuillets de renseignements).
  2. Le statut des accords de collaboration existants et des permis a été examiné et les accords et permis ont été renouvelés, le cas échéant.

Évaluation et atténuation des risques

  • Rencontre avec Pêches et Océans Canada et l’Agence Parcs Canada, propriétaires et gardiens des structures bâties, en vue d’évaluer l’état des structures bâties (tour de navigation en acier, brise-lames en béton, ruines des phares en pierre) et les dangers qu’elles présentent et élaborer et mettre en place des plans afin de réduire les risques immédiats pour la santé et la sécurité des visiteurs autorisés. (1)
  • Reconduction des accords de collaboration avec d’autres ministères fédéraux (p. ex. Pêches et Océans Canada) et application de lignes directrices régissant l’accès aux RNF en vue de prévenir ou de réduire les perturbations imposées aux oiseaux nicheurs coloniaux. (1)

Information et éducation du public

  • Diffusion d’informations sur les pratiques sûres pour les visiteurs autorisés, y compris le grand public ( p. ex. pour la RNF de l’Île-Mohawk). (1)

a Les stratégies de gestion mentionnées dans le présent document s’appliquent aux RNF de l’Île-Scotch Bonnet et de l’Île-Mohawk, à moins d’indication contraire.

b Niveau de priorité : 1 (0 à 3 ans); 2 (4 à 6 ans); 3 (7 à 10 ans).

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