ARCHIVÉ – Notes en vue d’une allocution de l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme

Discours devant le Empire Club

Hôtel Royal York
Toronto (Ontario)
Le 25 mai 2012

Tel que prononcé

C’est un honneur pour moi de prendre la parole devant l’illustre Empire Club, qui a plus d’un siècle d’histoire, 109 ans plus exactement. Par comparaison, le Canadian Club donne l’impression d’être tout récent, pas vrai?

Ce club garde bien vivante une partie de notre identité et de notre histoire. Cela revêt une signification particulière pour moi à titre de ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme, car c’est le génie de ce que beaucoup appellent l’impérialisme libéral britannique qui a mené à l’approche du Canada à l’égard du pluralisme, de l’acceptation de la diversité et de l’ouverture sur le monde.

Votre club porte le nom d’un empire véritablement mondial mêlant les gens, les cultures et les coutumes dans le respect du cadre de la primauté du droit et de la démocratie parlementaire. D’une certaine façon, il préserve une identité et une tradition qui ont maintenu l’ouverture du Canada en tant que terre d’avenir pour les nouveaux arrivants venus de partout au monde.

C’est de cela que je vais vous parler aujourd’hui. Nous pouvons être très fiers d’avoir su maintenir un niveau d’immigration inégalé dans le passé – en fait, le niveau soutenu d’immigration le plus élevé de toute l’histoire du Canada. Au cours de chacune des six dernières années, nous avons laissé entrer plus de 250 000 nouveaux résidents permanents, augmentant notre population de près de 0,8 % chaque année grâce à l’immigration. Nous l’avons fait sans débat public mesquin au sujet de l’immigration, tout en gardant parmi la population un consensus large et profond en faveur de l’immigration et de la diversité qu’elle apporte.

Mais je ne crois pas qu’on puisse tenir le consensus populaire pour acquis. Nous devons, me semble-t-il, éviter délibérément les débats fractionnels sur l’immigration, l’intégration et la diversité que nous avons observés dans d’autres démocraties libérales occidentales. La montée de la xénophobie dans certains pays d’Europe, ainsi que l’hostilité à l’égard des immigrants malheureusement assez généralisée dans le discours public aux États-Unis, nous montrent à quel point il est difficile pour une société d’avoir un débat ciblé et approfondi sur l’immigration. Nous devons faire en sorte que cela n’arrive pas au Canada.

Cela dit, on entend de plus en plus de chercheurs et de commentateurs parler du concept de l’acceptabilité sociale dans des domaines comme la mise en valeur des ressources. Il est important que les entreprises du secteur des ressources aient l’appui de la population pour exploiter les ressources naturelles. J’aimerais appliquer cette notion aux niveaux d’immigration parce qu’il serait irresponsable, selon moi, de maintenir un programme d’immigration qui ne bénéficie pas d’un appui soutenu des Canadiens. Il s’agit d’un des principes directeurs des réformes que nous avons entreprises.

Qu’entends-je par acceptabilité sociale? Pour avoir assuré la liaison entre le gouvernement et les différentes communautés culturelles au cours des dernières années, je pense que les nouveaux Canadiens – comme d’ailleurs la plupart de leurs concitoyens – sont fermement convaincus que nous ne pouvons maintenir des niveaux élevés d’immigration qu’à deux conditions : d’une part, que notre système se distingue par son équité et son intégrité, autrement dit, par l’application uniforme de règles équitables, et d’autre part, que nous veillions à ce que l'immigration serve les intérêts du pays, et donc aussi ceux des nouveaux arrivants.

Je crois que les Canadiens s’attendent à juste titre à ce que nos programmes d’immigration mènent à la réussite de l’intégration économique, culturelle et sociale des personnes qui viennent ici de partout dans le monde. Je pense aussi que les Canadiens, et en particulier les nouveaux venus que j’ai rencontrés ces dernières années, estiment que l’intégration fonctionne dans les deux sens et que, pour citer l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, les nouveaux arrivants ont le devoir de s’intégrer. La société d’accueil et les Canadiens que nous sommes avons aussi pour obligation de faire tout notre possible pour établir une société accueillante où l’égalité des chances n’est pas une simple façon de parler ou un cliché, mais une réalité concrète pour les nouveaux arrivants en quête de possibilités économiques.

Je souhaite donc aborder deux thèmes : l’intégrité du système et l’application équitable de règles uniformes d’une part, et la façon dont nous créons un système d’immigration qui mène à une réelle égalité des chances d’autre part.

J’aimerais vous parler ici de Thomas Friedman, chroniqueur au New York Times, libéral et favorable à l’immigration. Il a écrit plusieurs livres à succès et a rédigé il y a quelques années une chronique fort intéressante sur l’immigration et la politique aux États-Unis, qui a attiré mon attention. Thomas Friedman affirmait que pour établir et maintenir l’acceptabilité sociale à l’égard des immigrants, il faut que le système d’immigration soit muni d’une barrière robuste dotée d’une grande porte. C’est une métaphore intéressante qui signifie qu’en l’absence de règles et d’intégrité, il n’y a pas de porte. Si nous n’avons pas de système réglementé, certaines personnes qui n’ont pas l’intention de s’intégrer pourront resquiller et abuser de notre générosité pour venir trop facilement au Canada.

Si nous voulons conserver la confiance de la population, nous devons maintenir l’intégrité du système afin d’assurer une application équitable de règles uniformes. Je sais que les nouveaux Canadiens sont profondément convaincus de cela et je dois avouer que je ne le comprenais pas très bien lorsque je suis devenu responsable de l’immigration en 2008. Il se peut que, comme bon nombre de mes prédécesseurs, je comprenais mal le point de vue de bien des nouveaux Canadiens à l’égard de notre système d’immigration. Mais en parlant avec des milliers de personnes qui luttent pour réussir dans notre pays, j’ai su qu’elles voulaient un système d’immigration qui fasse passer les intérêts du Canada en premier et qui soit fondé sur l’intégrité et l’application équitable de règles uniformes. La plupart des nouveaux Canadiens ne tolèrent pas qu’on abuse de la générosité de notre pays ou qu’on viole nos règles équitables.

Je m’explique. Je vais vous présenter quelques exemples et les mesures concrètes qu’a prises notre gouvernement pour renforcer l’équité du système. Les mariages frauduleux à des fins d’immigration en sont un très bel exemple. Chaque année, nous accueillons de l’étranger entre 50 000 et 60 000 nouveaux résidents permanents parrainés à titre d’époux ou leurs enfants à charge. C’est sans compter ceux qui accompagnent les demandeurs principaux de la catégorie des immigrants économiques à leur arrivée, mais il s’agit d’un très grand nombre d’épouses ou époux qui viennent au Canada.

Or, mon ministère refuse dans les faits environ deux demandes de parrainage conjugal sur dix et, malheureusement, il existe dans certains pays une industrie très répandue du mariage frauduleux à des fins d’immigration. Ce problème est de notoriété publique et, en fait, une véritable honte dans certaines communautés immigrantes. J’ai été informé de ce problème non par mes fonctionnaires, nos organismes d’exécution de la loi ou les médias grand public, mais par des représentants de la communauté sud-asiatique en particulier, qui sont venus me trouver en disant que nous devions mettre fin à l’utilisation frauduleuse du parrainage des époux. Et j’ai appris certaines situations scandaleuses.

Un cas bien connu à Brampton est celui d’une jeune femme paraplégique qui avait parrainé un homme originaire de l’Inde. À son arrivée à l’aéroport, il a été admis comme résident permanent, puis a disparu dans la nature sans même la rencontrer. Nous connaissons des milliers de situations comme celle-là qui ont été source de honte, de souffrance et d’exploitation pour des Canadiens. Il y a aussi les mariages de nature commerciale, où des gens vendent le droit de venir au Canada en échange d’un parrainage par un résident ou un citoyen canadien.

Nous avons décidé d’intervenir, vu la gravité du problème. Après avoir mené de vastes consultations, nous avons instauré une nouvelle période de résidence permanente conditionnelle de deux ans pour les époux parrainés à l’étranger – comme la Grande-Bretagne, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande l’ont fait avant nous – afin qu’une personne qui arrive à l’aéroport ne puisse pas être admise immédiatement comme résident permanent. Nous devons vérifier au préalable s’il s’agit d’un époux authentique. Les personnes susceptibles de se trouver dans une situation de violence familiale font exception, mais cela tombe sous le sens.

Nous avons aussi mis fin à ce que nous appelons la porte tournante de cinq ans, où une personne vient au Canada à titre d’époux parrainé à l’étranger après avoir payé un Canadien pour qu’il la fasse venir ici, puis s’empresse de divorcer pour parrainer à son tour une autre personne moyennant paiement afin de récupérer son investissement initial dans la proposition de mariage frauduleux. Dorénavant, les époux parrainés devront attendre cinq ans avant de pouvoir eux-mêmes parrainer quelqu’un. De cette façon, nous avons mis fin à ce système de la porte tournante. La manière dont nous avons amélioré l’intégrité du système afin de répondre à la demande générale des nouveaux Canadiens est intéressante. Je vous dirai franchement que cette politique n’emballait guère mes fonctionnaires, car ils croyaient qu’elle ne ferait qu’entraîner plus de formalités administratives, ce que je peux comprendre. Mais les nouveaux Canadiens se sont réjouis que nous ayons finalement pris au sérieux le privilège de parrainer un époux étranger pour le faire venir au Canada.

De même, à l’époque où je suis devenu ministre, nous avons appris l’existence d’un secteur d’activité formé de représentants en immigration « fantômes » et véreux qui exploitaient d’éventuels immigrants et visiteurs en leur faisant de fausses promesses par lesquelles ils leur garantissaient un visa et le statut d’immigrant au Canada. Ils extorquaient parfois des dizaines de milliers de dollars en espèces à des immigrants qui ne savaient probablement rien du fonctionnement de notre système, puis ils disparaissaient avec l’argent ou, pis encore, ils présentaient des demandes frauduleuses fondées sur de faux documents, créant ainsi de véritables problèmes pour l’intégrité de notre système. Nous avons donc sévi contre les auteurs de ces abus généralisés.

Nous avons adopté la Loi sévissant contre les consultants véreux, dont le titre, bien que provocateur, décrit parfaitement l’intention, et nous avons criminalisé le fait d’exercer, à titre de consultant en immigration ou d’avocat spécialisé en droit de l’immigration non autorisé ou agréé, des activités consistant à représenter une personne en matière d’immigration et à l’aider à immigrer ou à venir en visite au Canada. Nous avons fait de ce dossier une priorité d’exécution, veillé à ce que beaucoup plus d’accusations criminelles soient portées et créé un nouvel organisme de réglementation responsable de la profession de consultant en immigration qui est transparent et bien géré, et qui prend très au sérieux son rôle disciplinaire. L’an dernier, cet organisme s’est occupé de plus de cent affaires de mesures disciplinaires, alors que le précédent, discrédité, n’en avait traité aucune pendant sept ans.

Voilà un autre exemple de situation où nous avons renforcé l’intégrité du système, comme le demandaient les nouveaux Canadiens, et fait d’énormes progrès à cet égard. J’ai aussi exercé des pressions auprès de gouvernements étrangers. Je me suis entretenu avec les premiers ministres de l’Inde et du Pakistan, le président des Philippines et le ministre de la Sécurité publique de la Chine afin qu’ils incitent leur gouvernement à collaborer davantage avec le Canada dans la lutte contre ces obscurs criminels qui se font passer pour des consultants en immigration partout dans le monde.

Troisièmement, nous avons pris des mesures pour mieux protéger les travailleurs vulnérables comme les aides familiaux, également appelées bonnes, qui viennent au Canada au titre du Programme des aides familiaux résidants et du Programme des travailleurs étrangers temporaires. Nous avons créé une nouvelle liste noire de sorte que si de mauvais employeurs ne respectent pas les droits de leurs employés, confisquent leur passeport, les font travailler pendant un nombre excessif d’heures ou leur imposent des conditions de vie inacceptables, nous les inscrivons sur la liste afin qu’ils ne puissent plus embaucher de travailleurs. Nous avons également apporté des modifications à notre programme de bonnes afin d’obliger l’employeur à payer les frais de recrutement, les frais de déplacement et les coûts associés à un régime privé d’assurance-maladie, et de nous assurer ainsi que les travailleurs à faible revenu ne paient pas pour avoir le droit de travailler. Cette mesure a été très bien accueillie, elle aussi.

La fin de l’utilisation abusive et fort répandue de notre généreux système d’octroi de l’asile est un autre aspect du renforcement de l’intégrité du système qui prête peut-être plus à controverse. Le Canada perpétue sa merveilleuse tradition de terre d’asile auprès de ceux qui ont connu la persécution, la violence, la guerre et les conflits ethniques. Cette tradition remonte aux loyalistes de l’Empire-Uni, qui ont été victimes de persécution pendant la Révolution américaine et sont venus au nord afin de se réclamer de la protection de la Couronne dans notre pays, aux loyalistes noirs et à ceux qui se sont rendus au Canada par le chemin de fer clandestin, ainsi qu’au million de réfugiés et plus que nous avons accueillis depuis la Seconde Guerre mondiale.

Mais il est vrai également que certaines personnes essaient d’abuser de notre générosité. Environ deux demandes d’asile sur trois présentées à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) sont considérées comme non fondées. On assiste à une vague croissante de demandes d’asile presque toutes sans fondement qui sont déposées par des ressortissants de pays démocratiques et respectueux des droits de la personne faisant partie de l’Union européenne. Croyez-le ou non, nous recevons plus de demandes d’asile de l’Union européenne que de l’Afrique ou de l’Asie. J’ai fait cette observation lors de la Conférence du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés l’an dernier à Genève. J’entendais des murmures de stupéfaction dans l’auditoire tant c’est insensé.

Presque aucun de ces demandeurs d’asile européens ne s’est donné la peine de se présenter à son audience devant la CISR. Plus de neuf sur dix retirent leur demande ou s’en désistent, admettant de leur propre gré qu’ils ne sont pas des réfugiés authentiques. Mais dans l’intervalle, ils ont droit à l’aide sociale, aux avantages sociaux offerts par le gouvernement fédéral, au très généreux programme fédéral d’assurance-maladie, au logement social et à un permis de travail ouvert. Je me rappelle avoir interrogé l’un de ces demandeurs d’asile européens afin de savoir pourquoi il était venu au Canada et il a énuméré certains de ces avantages sociaux. Je lui ai dit : « Venez-vous comme réfugié ou simplement pour bénéficier de ces avantages sociaux? » Il m’a répondu : « Eh bien, vous nous le permettez, alors pourquoi ne pas en profiter? ». Très bonne question. À ce moment-là, j’ai compris.

C’est en partie pour cela que nous proposons des améliorations fondamentales au système canadien d’octroi de l’asile. Soyons clairs : les réformes proposées dans le projet de loi C-31, ou Loi visant à protéger le système d’immigration du Canada, actuellement à l’étude au Parlement, respecteront notre tradition consistant à offrir une protection à toute personne, sans exception, qui vient au Canada et craint avec raison d’être persécutée par un pays donné, quelle que soit la façon dont elle est arrivée. Chaque demandeur d’asile continuera d’être soumis à une évaluation complète, équitable, objective et indépendante dans le cadre d’une audience devant un décideur extrêmement compétent de notre Commission de l’immigration et du statut de réfugié, un organisme quasi judiciaire où les demandes sont traitées selon les principes de l’application régulière de la loi et de la justice naturelle d’une manière qui dépasse les exigences de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Convention de 1951 sur les réfugiés. Et je dis bien chaque demandeur d’asile, indépendamment de son pays d’origine ou de la façon dont il est arrivé.

Toutefois, le système sera beaucoup plus rapide. Il sera équitable, mais rapide. Nous enverrons un message à ceux qui viennent ici dans le seul but d’abuser de notre générosité et nous leur dirons qu’ils ne pourront plus rester des années au Canada à profiter de notre généreux système. Actuellement, il faut généralement cinq ans ou plus pour renvoyer les personnes dont la demande d’asile est manifestement infondée, y compris celles qui ont retiré leur demande ou s’en sont désistées, car elles ont recours à une procédure administrative d’appel très lourde, lente et redondante. Nous allons donc éliminer ces appels administratifs et les remplacer par un appel complet fondé sur les faits devant la nouvelle Section d’appel des réfugiés à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié.

Ces réformes m’ont valu des critiques de la part de certains de mes amis de l’Opposition, mais je leur rappelle qu’aucun des gouvernements précédents n’était prêt à créer une Section d’appel des réfugiés complète et objective à la CISR. Il s’agit là d’une amélioration sur le plan de l’application régulière de la loi et de la justice naturelle. Nous dirons toutefois aux demandeurs d’asile venant de pays que nous désignerons – des pays pour lesquels, par exemple, le taux de refus de la CISR est supérieur à 80 % – qu’ils ne bénéficieront pas d’un appel. Ils auront droit à une audience complète fondée sur les faits, indépendamment de leur pays d’origine, mais ils feront l’objet d’un renvoi si leur demande est rejetée.

Si nous voulons que la population continue d’avoir confiance dans notre tradition en matière de protection des réfugiés, nous devons montrer aux Canadiens que notre système n’encourage pas le recours abusif à notre générosité. Nous croyons que ces réformes équilibrées renforceront l’appui de la population tout en respectant nos obligations humanitaires.

J’aimerais aussi faire deux ou trois autres observations concernant l’intégrité. Nous sommes en train de combattre ce fléau qu’est le passage de clandestins. Vous pouvez lire aujourd’hui en première page du National Post un article sur un grand navire de pêche qui a été détenu par les autorités canadiennes au large de la côte du Ghana. Il a fait l’objet d’une enquête complexe de nos organismes de renseignement et d’exécution de la loi menée l’an dernier dans les pays de l’Afrique de l’Ouest, où nous avons repéré un gang de dangereux criminels impliqués dans le passage de clandestins qui cherchaient à se procurer un navire pour transporter un millier de personnes de la Thaïlande et de l’Inde par l’Éthiopie jusqu’en Afrique de l’Ouest, où ils espéraient les faire embarquer sur un navire de pêche délabré afin de les amener sur la côte est du Canada.

Mes amis, chaque année, des milliers de personnes partout dans le monde perdent la vie dans des activités liées à l’immigration clandestine, la forme la plus dangereuse de migration. Nous devons faire tout ce qui est légalement possible pour dissuader les passeurs de cibler le Canada et les clients, de payer jusqu’à des dizaines de milliers de dollars à des réseaux de passeurs qui ciblent notre pays. Voilà pourquoi le projet de loi C-31 prévoit des mesures énergiques visant à modifier le mode de fonctionnement des passeurs. Selon l’un des éléments les plus contestés du projet de loi, si une personne vient clandestinement au Canada et est considérée par la suite comme un réfugié authentique, nous respecterons notre obligation de lui offrir une protection, mais sans lui accorder la résidence permanente pendant cinq ans parce que celle-ci s’assortit du droit de parrainer des membres de la famille. Nous savons par nos services de renseignement et nos recherches que les personnes qui versent à des passeurs une somme allant jusqu’à 50 000 $ pour venir au Canada le font parce qu’elles la considèrent comme un coût qu’elles amortiront par la suite en parrainant des membres de leur famille.

Les mesures que nous proposons dans ce projet de loi ne sont donc pas arbitraires, mais plutôt fondées sur une analyse approfondie de ce qui s’est produit en Asie du Sud-Est et en Australie. Nous sommes convaincus que ces mesures, au même titre que les opérations d’exécution fermes et efficaces que nous menons en collaboration avec les pays de l’Afrique et de l’Asie du Sud-Est, anéantiront l’influence des passeurs ou, du moins, la réduiront de façon importante. J’ajouterai qu’après l’arrivée de deux grands navires clandestins au large de la côte ouest il y a deux ou trois ans, nous avons constaté une forte baisse de l’appui de la population envers l’immigration légitime. J’en reviens donc à ce que j’ai mentionné plus tôt : afin de maintenir l’acceptabilité sociale de l’immigration et de l’asile, nous devons lutter contre ceux qui veulent abuser de notre générosité.

J’aimerais soulever deux ou trois autres points. Nous renforçons considérablement nos mesures de sécurité de l’immigration, notamment dans le contexte du Plan d'action « Par-delà la frontière », signé l’an dernier par le président Obama et le premier ministre Harper, au moyen duquel nous mettrons en œuvre un nouveau programme de visa avec renseignements biométriques, prévu encore une fois dans le projet de loi C-31 présentement à l’étude au Parlement. Dans le cadre de cet effort, comme c’est le cas en Australie, aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans d’autres pays, les visiteurs – d’abord les personnes originaires de pays à risque élevé et, ultimement, les ressortissants de tous les pays soumis à l’obligation de visa – devront fournir leurs empreintes digitales afin que nous puissions les identifier.

Vous vous demandez peut-être si tout cela est bien nécessaire. Eh bien, j’ai un cahier d’information rempli d’exemples d’étrangers reconnus coupables d’actes criminels qui ont été expulsés du Canada, mais sont revenus, certains jusqu’à treize fois, avec de faux documents. En effet, tant que nous dépendrons de documents biographiques papier – documents qui, de nos jours, sont faciles à falsifier – ce sera comme si nous les invitions à revenir au Canada. Le programme de visa avec renseignements biométriques sera l’amélioration la plus importante que nous allons apporter à la sécurité de l’immigration dans l’histoire de notre système.

Par la suite, nous mettrons aussi en œuvre un système d’autorisation de voyage électronique, qui est un genre de visa virtuel en ligne facile et rapide à obtenir pour les personnes venant de pays dispensés du visa. Les États-Unis et l’Australie l’ont déjà fait. Puis nous instaurerons, en collaboration avec les États-Unis, un système de données sur les entrées et les sorties afin d’être mieux en mesure de repérer les personnes qui se trouvent illégalement et sans statut sur le continent ou au Canada, ce qui améliorera considérablement nos efforts au chapitre de l’intégrité.

Nous élaborerons aussi sous peu des dispositions législatives visant à accélérer et à rationaliser la procédure de renvoi des étrangers reconnus coupables d’actes criminels. Dans certains cas, il nous a fallu plus de dix ans pour renvoyer du Canada de tels criminels dangereux. À mon avis, même s’ils doivent avoir droit à un procès concernant leur condamnation au criminel et à une audience devant la CISR relativement à leur renvoi, ils ne devraient pas bénéficier de reports allant jusqu’à dix ans. Ces personnes abusent de notre générosité.

En outre, nous avons sévi contre la fraude en matière de citoyenneté. Je vous fais la liste des faits que nous avons découverts ces dernières années, et il s’avère que des représentants en immigration sans scrupules fournissaient, croyez-le ou non, de fausses preuves de résidence au Canada à des personnes souhaitant acquérir la citoyenneté. Ainsi, ces personnes vivaient à l’étranger et ne payaient pas d’impôts au Canada, mais demandaient la citoyenneté au moyen d’une fausse preuve de résidence au Canada. Nous avons repéré des milliers de cas de ce genre contre lesquels nous sévissons actuellement. Ce sont là des exemples de nos ambitieux efforts pour renforcer l’équité et l’intégrité du système.

Quant au deuxième élément du maintien de l’acceptabilité sociale de l’immigration, il consiste à démontrer que l’immigration fonctionne pour le Canada et son économie, et qu’à titre de société d’accueil nous ne ménageons aucun effort pour créer l’égalité des chances afin que les nouveaux arrivants puissent entrer dans le cycle de prospérité de notre pays. Il y a six semaines, j’ai tenu une conférence de presse tout de suite après l’allocution que j’ai prononcée devant le Canadian Club, dans cet hôtel. La première question est venue du rédacteur en chef d’un journal sud-asiatique, qui m’a dit : « Monsieur Kenney, pourquoi continuez-vous de faire venir des immigrants alors que ceux-ci sont aux prises avec un taux de chômage supérieur à 10 %, alors que mon fils, ingénieur, ne trouve pas de travail au Canada? »

On me pose cette question de plus en plus souvent parce que le taux de chômage des immigrants est environ le double de celui de la population en général et que le taux de chômage des immigrants titulaires d’un diplôme collégial est trois fois supérieur à celui de leurs homologues nés au Canada. De plus, pendant trois décennies, le revenu des nouveaux arrivants n’a cessé de diminuer alors que leur taux de chômage était en hausse. Les gens posent donc tout naturellement cette question. Comme Jean Augustine, commissaire à l’équité de l’Ontario, je ne sais pas combien de fois des professionnels de haut niveau ont fondu en larmes devant moi, disant qu’ils étaient venus de leur pays d’origine, où ils jouissaient d’un statut socio-économique très élevé, pour se retrouver pris dans un travail de survie au bas de l’échelle dans le marché du travail canadien.

Nous les laissons tomber. Cela doit cesser. Bill Clinton a dit un jour qu’une définition de la folie consiste à répéter sans cesse la même chose dans l’espoir d’obtenir un résultat différent. Il se trouve que nous avons répété la même chose pendant trop longtemps et que trop de professionnels étrangers de haut niveau se sont retrouvés pris dans des emplois de survie, se sentant frustrés et souvent honteux face à leur famille qu’ils avaient emmenée dans ce pays. Un trop grand nombre d’entre eux ont d’ailleurs quitté le Canada. J’ai rencontré récemment à Vancouver une radiologue iranienne qui m’a dit qu’après trois ans, elle et son mari, chirurgien, ne sont pas près d’obtenir leur permis d’exercice. Ils ont renoncé à l’idée de rester au Canada et vont retourner en Iran afin de pouvoir au moins gagner de quoi payer les études de médecine de leur fils à l’Université de la Colombie-Britannique. Nous avons laissé tomber cette femme.

Nous avons laissé tomber trop de gens de cette façon. Pourtant, nous avons besoin d’eux. Voilà le paradoxe. Malgré que notre économie soit aux prises avec des pénuries de main-d’œuvre énormes et croissantes, bon nombre des 250 000 nouveaux immigrants et plus que nous faisons venir chaque année se retrouvent au chômage ou sous-employés. Cela n’a aucun sens, ni pour eux ni pour le Canada. Nous devons remanier ce système, d’où notre programme de transformation pour la réforme de l’immigration. Nous pourrons ainsi passer de notre ancien système, qui est lent, rigide, passif et marqué par la dégradation des résultats économiques des nouveaux arrivants, à un système rapide et souple qui met les nouveaux arrivants en contact avec les emplois disponibles. Il y a en ce moment 250 000 emplois vacants au Canada et ce nombre devrait tripler d’ici la fin de la décennie en raison des pénuries aiguës de main-d’œuvre.

Nous devons régler partiellement ce problème en remaniant le marché du travail national, par exemple au moyen de la réforme de l’assurance-emploi annoncée hier, mais nous devons aussi améliorer radicalement la mise en contact des nouveaux arrivants avec les emplois disponibles. C’est pourquoi notre nouveau système permettra aux employeurs de collaborer de plus en plus avec nous afin que nous puissions sélectionner les nouveaux arrivants qui, selon les employeurs, peuvent exercer un emploi à la mesure de leurs compétences dès leur arrivée au pays, se réaliser pleinement et apporter leur contribution à l’économie canadienne. Ce ne sont pas de simples idées en l’air, mais des constats qui reposent sur des données et de nombreuses recherches.

Les données nous montrent par exemple que les immigrants ayant un emploi qui les attend à leur arrivée gagnent en moyenne 80 000 $ par an après trois ans, soit le double du salaire de ceux qui n’avaient pas d’emploi réservé en venant au pays. C’est simple, le milieu des affaires est mieux à même de déterminer quelles personnes pourront exercer un emploi à la mesure de leurs compétences dès leur arrivée. Le nouveau système sera rapide, si bien que les employeurs pourront faire venir plus rapidement des travailleurs. Il sera souple – nous allons créer par exemple un volet des métiers spécialisés afin que les gens qui ne possèdent pas de diplôme universitaire de cycle supérieur ou qui ne connaissent pas parfaitement le français ou l’anglais puissent venir ici pour nous faire bénéficier des compétences dont nous avons besoin.

Le nouveau système répartira mieux les immigrants sur le plan géographique grâce à l’élargissement du Programme des candidats des provinces. Il permettra au Canada de retenir de plus en plus d’étudiants étrangers au moyen de notre catégorie de l’expérience canadienne. Par le passé, nous leur demandions de quitter le pays après qu’ils avaient obtenu leur diplôme. Maintenant, nous les encourageons à rester. Ce changement entraînera, j’en suis sûr, un revenu et un niveau d’emploi plus élevés pour les nouveaux arrivants, de sorte que nous pourrons affirmer que notre pays est en train de réaliser sa vocation de terre d’avenir pour des personnes venant de partout dans le monde.

Je vous remercie de votre intérêt pour ces enjeux. Comme vous voyez, ils me tiennent à cœur. Le poste qui m’a été confié par le premier ministre il y a maintenant trois ans et demi est pour moi un énorme privilège. Tant de ministères traitent de choses et de systèmes, de concepts et de programmes, alors que le mien s’occupe d’êtres humains. Je m’en vais de ce pas participer à une cérémonie de citoyenneté et comme c’est le cas chaque fois, je vais probablement être ému à la vue de l’auditoire et des personnes qui entrent pleines d’espoir dans la famille canadienne. Lorsque je regarde les jeunes enfants en particulier, je me rends compte que malgré les problèmes que j’ai décrits, tout est possible pour ceux qui viennent ici avec l’intention de travailler fort et de respecter les règles.

Nous voulons garder vivant cet espoir pour les générations futures, comme nous l’avons fait depuis toujours. Une fois encore, merci de votre intérêt. Ensemble, nous ferons tout pour que le Canada soit une terre d’avenir pour ceux et celles qui nous arrivent du monde entier avec l’intention de nous aider à bâtir notre pays et à poursuivre son épopée des plus brillants exploits.

Merci.

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