ARCHIVÉ – Notes en vue d’une allocution de l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme

Lors d’un repas d’affaires à la conférence sur les politiques d’immigration intitulée Competition for Global Talent Immigration Conference, organisée par l’Institut C.D. Howe et la Haskayne School of Business de l’Université de Calgary

Université de Calgary

Calgary (Alberta)
Le jeudi 28 juin 2012

Tel que prononcé

Je suis absolument ravi d’être ici à Calgary, ville où j’ai grandi, pour vous entretenir d’un sujet qui m’interpelle profondément et qui est intrinsèquement lié à l’avenir de notre pays. Et quel bonheur de pouvoir le faire en présence de Neil Yeates, sous-ministre de Citoyenneté et Immigration Canada, qui comme moi est originaire de la Saskatchewan. Par sa présence à Ottawa, il a insufflé à la fonction publique le bon sens et l’éthique professionnelle qui caractérisent le monde des Prairies, ce qui est fort apprécié, je vous l’assure. Je dois dire que Neil s’est révélé un partenaire remarquable tout au long des changements que nous avons apportés pour que notre système d’immigration profite au Canada et à son économie.

Je dois avouer que, pour mettre de l’avant cette réforme d’envergure, nous avons, au cours des dernières années, travaillé à la vitesse de la lumière – comme on dirait dans le jargon de la fonction publique. Pourtant Neil, Perrin Beatty me disait ce matin que nous n’allions ni assez loin ni assez vite. Donc dès ton retour à Ottawa, fini le temps de te la couler douce… Sérieusement, les représentants de mon ministère sont d’excellents partenaires, de véritables professionnels qui accomplissent un travail phénoménal. Nous comptons d’ailleurs cultiver cet esprit de partenariat et tisser davantage de liens avec le secteur privé, les employeurs et la société civile.

Lorsqu’il est question d’immigration – et franchement de n’importe quel autre sujet – le gouvernement n’a pas toujours la science infuse et c’est pourquoi bon nombre des changements que nous effectuons visent à permettre au secteur privé et aux employeurs de participer à la sélection des nouveaux arrivants présentant les plus grandes chances de réussite. C’est également pourquoi le thème de la conférence, « attirer les meilleurs éléments du monde entier », est tellement logique.

Bien entendu, l’immigration fait désormais partie de notre identité. Contrairement à ce qu’avance le National Post, je suis loin de prétendre être le meilleur ministre de l’Immigration. Je crois que Clifford Sifton me devance largement en tant que visionnaire qui, devant les régions alors inexplorées des Prairies, a compris que le pays avait besoin de personnes dotées d’une éthique au travail qui accepteraient de venir s’y établir pour y travailler la terre vierge et fonder une nouvelle société, cette nouvelle partie du Nouveau Monde. Grâce à son esprit d’ouverture et d’entreprise, des nouveaux arrivants y sont venus, vague par vague, certains à titre d’immigrants économiques, d’autres à titre de victimes de persécution ou de réfugiés, comme ces victimes de l’histoire que sont les Irlandais ayant vécu la grande famine – mes ancêtres –, les habitants des Highlands écossais, les loyalistes de l’Empire-Uni et les esclaves venus par le chemin de fer clandestin.

Tous ces nouveaux arrivants venus par vague, que ce soit simplement en quête d’une vie meilleure ou pour échapper à la persécution, ont fait de l’immigration un élément central de notre identité nationale et ont contribué à forger ce mythe, dans le bon sens du terme, qui entoure le rôle de l’immigration dans notre pays. En tant que gouvernement, nous avons perpétué cette approche positive et unique de l’immigration et de l’intégration. En fait, depuis son arrivée au pouvoir il y a de cela six ans, le gouvernement Harper a maintenu, en chiffre absolu, le niveau soutenu d’immigration le plus élevé de toute l’histoire du Canada, accueillant plus d’un quart de million de nouveaux arrivants chaque année. Il a également maintenu, par habitant, le niveau d’immigration le plus élevé parmi les pays développés. Nous sommes parfois à égalité avec la Nouvelle-Zélande, mais nous devançons largement la plupart des autres pays développés.

Je crois d’ailleurs que nous, les Canadiens, tenons peut-être un peu trop pour acquises la prospérité et la stabilité économique que nous connaissons actuellement. Nous tenons beaucoup de choses pour acquises. J’espère que nous prendrons quelques instants, le 1er juillet, pour apprécier tous les bienfaits de vivre ici. Je pense notamment au fait que nous avons réussi à maintenir de très hauts niveaux d’immigration tout en évitant les débats fractionnels et les manifestations de xénophobie et d’hostilité à l’égard des immigrants que nous avons observés dans presque toutes les autres démocraties occidentales.

Et je considère que préserver ce consensus large et relativement profond au sein de la population, lequel est essentiellement en faveur de l’immigration, est une de mes principales responsabilités. Mais dans cet esprit, je dois admettre que malgré le mythe positif et malgré que notre pays demeure une terre riche en possibilités pour les nouveaux arrivants, nous ne pouvons tenir pour acquis le succès que nous connaissons au chapitre de l’immigration et de l’intégration. Je crois que nous devrions peut-être tenir un discours plus franc qui véhiculerait cette mise en garde. On pourrait qualifier notre succès de partiel. À bien des égards, parce que nous n’avons pas toujours choisi les plus aptes à réussir et parce que trop de nouveaux arrivants se sont vus marginaliser dans notre économie au lieu de profiter de sa prospérité, nous avons assisté à un gaspillage de capital humain, de talents et de possibilités.

Ce qui m’amène à aborder l’idée d’appliquer le concept de l’acceptabilité sociale à la politique d’immigration. Lorsque je regarde les résultats des sondages d’opinion, je constate qu’environ seulement 10 à 15 p. 100 des Canadiens sont effectivement en faveur d’une hausse des niveaux d’immigration. Je suppose qu’ici, aujourd’hui, le consensus serait probablement très différent, car la plupart des employeurs saisissent la gravité de la pénurie de main-d’œuvre à laquelle nous faisons face. Ils comprennent également ce que veulent dire les tendances dont vous avez entendu parler plus tôt aujourd’hui si bien qu’ils abordent la question sous un angle économique essentiellement et, du coup, affirment que nous avons besoin de niveaux d’immigration plus élevés, qu’il nous faut plus de nouveaux arrivants pour composer avec le vieillissement de notre société.

Or Bill et le C.D. Howe Institute nous ont aidés à montrer que, de façon réaliste, l’immigration ne peut être la solution au vieillissement de notre société. En effet, il nous faudrait quadrupler le nombre d’immigrants et accueillir plus d’un million de résidents permanents par année pour tout juste parvenir à maintenir la moyenne d’âge de la population. Même si certains des participants au débat se réjouiraient peut-être à l’idée de cette perspective, je pense notamment à Andrew Coyne, peu, très peu de Canadiens y seraient favorables. Pourquoi? Parce que les Canadiens, et particulièrement les nouveaux Canadiens d’après mon expérience, analysent de manière plutôt pragmatique nos limites à intégrer les nouveaux arrivants. Ce n’est donc pas surprenant de constater que les nouveaux Canadiens sont moins enclins à appuyer une hausse des niveaux d’immigration que les Canadiens de souche.

Je suis très attentif à ces perceptions du public. Je veux maintenir une approche positive de l’immigration donc je ne veux pas compromettre l’acceptabilité sociale. Thomas Friedman, chroniqueur libéral au New York Times et défenseur de l’immigration, a exprimé ce concept d’acceptabilité sociale et d’immigration lorsqu’il a dit qu’un système d’immigration idéal est un système doté de murs très hauts et d’une porte très large. Autrement dit, un système doté de règles à respecter, un système encadré, caractérisé par la primauté du droit, mais qui offre tout de même de nombreux débouchés réalistes aux gens de partout dans le monde qui souhaitent venir au Canada. En revanche, si le système est dépourvu de murs, de limites; s’il n’est pas administré avec intégrité; s’il devient ce système que l’on caractérise de passoire, où quiconque entre au pays illégalement, sans égard à la primauté du droit; si le système commence à crouler, c’est alors que l’appui du public diminue à son tour.

À bien des égards, c’est exactement ce que nous avons observé aux États-Unis, dans le débat actuel sur l’immigration. Je dirais aussi que, dans une certaine mesure, nous avons observé la même chose en Australie. Et il y a l’Europe de l’Ouest, où, franchement, l’échec considérable de l’intégration des nouveaux arrivants a malheureusement fait naître un sentiment anti-immigrants assez généralisé. Nous devons agir sciemment pour ne pas compromettre l’acceptabilité sociale afin de préserver notre ouverture d’esprit à l’égard des nouveaux arrivants. C’est pourquoi je tiens à prouver deux choses aux Canadiens.

Premièrement, prouver que notre système est caractérisé par la primauté du droit, par l’application cohérente de règles justes, de sorte que les personnes savent que si elles observent les règles, elles auront une chance raisonnable de venir au Canada et de prendre part à sa prospérité. Deuxièmement, prouver que l’immigration fonctionne pour le Canada, qu’elle sert effectivement nos intérêts économiques. Malheureusement, de nombreuses données indiquent que l’expérience des trois dernières années n’a pas été positive à ce chapitre.

Si vous le permettez, j’aborderai maintenant notre réforme de la politique d’immigration. Je commencerai par un sujet qui n’est pas au programme de la conférence, mais qui est pertinent : le renforcement de l’intégrité de notre système, et j’enchaînerai avec les changements touchant l’immigration économique. Nous avons pris certaines mesures pour renforcer la confiance du public dans notre système et dans son intégrité. En fait, d’ici quelques heures, le gouverneur général donnera l’assentiment royal au projet de loi C-31, ou Loi visant à protéger le système d’immigration du Canada, dernière importante concrétisation de nos efforts à ce chapitre.

Ce projet de loi renforcera davantage les modifications déjà apportées au système d’asile du Canada, lequel ne fonctionne vraiment pas bien. Il faut quelques années aux demandeurs d’asile de bonne foi pour obtenir une protection et il nous faut, à nous, plusieurs années pour renvoyer les demandeurs d’asile, même si leur revendication est manifestement non fondée. Cette situation a attiré les personnes à venir au Canada, sous de fausses déclarations, puis à y rester plusieurs années – se prévalant souvent des avantages sociaux – et à s’intégrer, ce qui rend la tâche très malaisée lorsque nous voulons renvoyer ces personnes. Nos maigres ressources doivent servir essentiellement à assurer une protection aux personnes qui en ont besoin, et nous poursuivrons dans cette optique.
 
Selon notre réforme du système d’octroi de l’asile, toutes les personnes craignant avec raison d’être persécutées obtiendront une protection au Canada, sans exception. Tout demandeur d’asile, peu importe de quel pays il vient et comment il est arrivé au Canada, aura accès à notre système juridique très juste, lequel sera encore plus juste à certains égards grâce à la création d’une section d’appel pour les demandeurs d’asile déboutés. Ces changements véhiculeront aussi des messages précis. Par exemple, dans le cas des personnes venant de pays démocratiques qui respectent normalement les droits de l’homme, pays desquels nous recevons d’ailleurs très peu de demandes d’asile légitimes, ces personnes sauront que nous traiterons leur demande rapidement et qu’elles ne seront pas aux prises avec toutes sortes d’appels administratifs redondants. Il s’agit là d’un message très important à faire passer.

De plus, ce projet de loi qui deviendra officiellement loi aujourd’hui permettra de lutter contre l’immigration clandestine. Nous avons vu, en Australie, que ce problème a massivement miné l’appui du public à l’égard de la protection des réfugiés et, dans une certaine mesure, à l’égard de l’immigration. Nous avons connu la même chose lorsque des bateaux d’immigrants sont arrivés sur la côte ouest, l’appui du public à l’égard de l’immigration ayant alors chuté de façon appréciable. Ce qui nous ramène encore à la question de l’acceptabilité sociale. Dans ce projet de loi qui deviendra officiellement loi aujourd’hui, nous faisons donc comprendre que ces réseaux de criminels, qui mettent la vie des immigrants en danger et les traitent comme de la marchandise, ne pourront pas tenir le Canada pour acquis. Avec le projet de loi qui devient loi aujourd’hui, nous attaquerons le mode de fonctionnement de ces réseaux de passeurs et leur logique de financement.

Enfin, nous établirons l’autorisation législative qui nous permettra de créer un système de visas biométriques, à l’instar de l’Australie et des États-Unis. Ainsi, d’ici environ un an, nous pourrons commencer à recueillir les empreintes digitales et les photos numériques des étrangers qui veulent séjourner au Canada. Au début, nous le ferons dans le cas des personnes venant de pays à risque élevé, pour vérifier si elles représentent un risque pour la sécurité, notamment vérifier s’il s’agit de personnes ayant déjà été expulsées du Canada ou tentant d’y revenir sous une fausse identité, ce qui est trop souvent le cas. Ce système constitue un élément fondamental du Plan d’action frontalier que nous avons établi avec l’administration américaine afin d’améliorer radicalement le contrôle de sécurité pour l’immigration.

Je crois que ce plan d’action et les autres investissements que nous faisons pour sécuriser notre frontière sont dans l’intérêt du pays, dans l’intérêt de la sécurité nationale. C’est aussi dans notre intérêt économique, puisque nous montrons à Washington, aux décideurs de l’administration américaine, que nous prenons au sérieux leur inquiétude face à la sécurité continentale. Le programme de visas biométriques, qui deviendra prévu par la loi cet après-midi, est un élément clé en ce sens.

La semaine passée, j’ai présenté le projet de loi C-43, Loi accélérant le renvoi de criminels étrangers. Je sais que certaines personnes se demandent si ce genre de loi est vraiment nécessaire. Mais croyez moi, si un membre de votre famille avait péri aux mains d’un criminel étranger, qui avait obtenu le droit de rester plusieurs années au Canada en abusant d’une procédure d’appel redondant, ce projet de loi vous toucherait de près. Il vous toucherait également si vous étiez membre de la famille de Todd Baylis, agent du service de police de Toronto assassiné par un criminel étranger reconnu coupable alors que ce dernier contestait la mesure d’expulsion prise à son endroit.

Il s’agit d’un investissement visant à renouveler la confiance du public dans l’intégrité de notre système, puisque nous mettrons fin à divers appels de mesures d’expulsion dans le cas des criminels étrangers dangereux reconnus coupables. Comme je l’ai souvent dit, même les criminels ont le droit de se faire entendre devant les tribunaux, mais ils ne devraient pas avoir le droit de le faire des années durant. Ils ont droit à une procédure régulière, mais ne devraient pas abuser du système.

De plus, nous avons déployé des efforts importants pour lutter contre la fraude en matière d’immigration. Ceux et celles d’entre vous qui connaissent bien mon ministère et le fonctionnement du système d’immigration ne sont pas sans savoir qu’il existe une pression constante pour entrer au pays. Cette pression représente une valeur commerciale réelle qu’exploite une industrie mondiale souvent menée par des agents d’immigration malhonnêtes ou de faux consultants en immigration. Très souvent, ces derniers promettent aux étrangers qu’ils leur obtiendront un visa, une résidence permanente, un visa de visiteur, bref, n’importe quoi pour entrer au Canada. Ils utilisent tous les stratagèmes possibles pour finalement enfreindre nos lois en matière d’immigration.

Ce phénomène mine davantage la confiance que les communautés immigrantes accordent à notre système d’immigration, puisque la quasi-totalité des nouveaux arrivants connaît quelqu’un qui a été dupé par un de ces arnaqueurs, soit ici, soit à l’étranger. C’est pourquoi nous avons instauré une nouvelle loi qui prescrit des sanctions plus sévères à l’égard des consultants dits « fantômes », c’est-à-dire, les consultants non enregistrés. Nous avons mis sur pied un organisme de réglementation beaucoup plus crédible et axé sur l’application de la loi pour surveiller les activités de cette industrie. De plus, nous avons amélioré l’échange d’information entre les organismes d’application de la loi. Je suis allé à l’étranger et j’ai soulevé la question auprès de divers ministres et chefs d’État, dont le premier ministre de l’Inde, le président des Philippines, le premier ministre du Pakistan et le ministre de la Sécurité publique de Chine. En effet, nous travaillons de concert avec les gouvernements étrangers pour améliorer l’application de la loi et la protection des clients, qui sont à vrai dire leurs citoyens et nos candidats potentiels à l’immigration.

En outre, nous comptons renforcer l’intégrité du système en luttant contre les mariages frauduleux. Vous ne serez pas étonné d’apprendre que l’un des moyens privilégiés pour entrer furtivement au Canada, contournant ainsi la voie légale, est de passer par un citoyen du pays qui parrainera l’immigrant à titre d’époux ou d’épouse. Parfois, la personne qui parraine n’est pas consciente de la situation. Elle se fait avoir et en subit les conséquences émotives. Parfois, il s’agit d’une transaction commerciale. Nous avons mis en œuvre de nouvelles dispositions réglementaires nous autorisant à différer l’octroi du statut de résident permanent aux époux ou épouses parrainés afin que nous puissions évaluer s’il s’agit d’une véritable relation. Ces mesures peuvent paraître sévères aux yeux de certains, mais en toute honnêteté, elles constituent la norme. Les politiques que nous adoptons sont d’usage en Australie, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande, tous des pays avec qui nous entretenons des liens étroits.

Voilà donc une vue d’ensemble des moyens que nous employons pour renforcer l’intégrité de notre système. À présent, je souhaite aborder l’autre aspect qui, selon moi, contribue à maintenir l’acceptabilité sociale en matière d’immigration : démontrer que le système sert les intérêts et l’économie du Canada. Soulignons toutefois le paradoxe suivant : même si nous affichons les niveaux d’immigration les plus élevés de l’histoire, notre économie souffre d’une grave pénurie de main-d’œuvre. Bon nombre de nouveaux arrivants sont sans emploi ou sous-employés et n’ont d’autre choix que d’accepter des emplois de survie, gaspillant ainsi leur potentiel.

Les données sont probantes. Le taux de chômage global chez les nouveaux immigrants est presque deux fois celui du marché du travail général. Le taux de chômage chez les nouveaux Canadiens ayant un diplôme universitaire est près de quatre à cinq fois celui des diplômés universitaires nés au Canada. Le revenu moyen des immigrants au Canada représente 60 p. 100 du revenu familial moyen au pays. Il y a une trentaine d’années, cette proportion frôlait les 90 p. 100. On remarque une baisse importante et constante des perspectives économiques offertes aux nouveaux arrivants, et ce, malgré une pénurie importante de main-d’œuvre. C’est absolument insensé.

Il s’agit d’une réalité financière. Patrick Grady et d’autres ont mené des études à ce sujet. Certaines d’entre elles sont controversées, mais je pense que la grande majorité des spécialistes du domaine s’entendent pour dire que, chaque année, les immigrants font l’objet de transferts financiers nets de l’ordre de quelques, pour ne pas dire de dizaines, de milliards de dollars. Autrement dit, en raison de leurs faibles revenus et de leur tranche d’imposition inférieure, si l’on soustrait les avantages sociaux que reçoivent les nouveaux arrivants, les immigrants de première génération ne représentent pas un avantage économique net pour le gouvernement canadien. Il faut toutefois éviter d’examiner les choses uniquement d’un point de vue économique et d’évaluer les avantages de l’immigration simplement en fonction des transferts financiers. En effet, nous devons également considérer les avantages immatériels que nous apporte l’immigration ainsi que le succès impressionnant dont jouissent, par exemple, les enfants d’immigrants.

Je suis très conscient du prix qu’ont à payer les personnes qui immigrent ici. J’ai rencontré beaucoup trop de professionnels étrangers hautement qualifiés qui ont quitté leur pays d’origine, où ils faisaient partie de la tranche supérieure de l’échelle socio-économique, pour venir s’installer au Canada. Ils sont régulièrement sous-employés et ont l’impression que notre système n’a pas été juste à leur endroit. Un tel aboutissement ne cadre pas avec notre philosophie d’être un pays qui privilégie l’égalité des chances pour tous. Certains membres de l’auditoire ont peut-être déjà entendu quelques-unes des anecdotes que j’ai relatées dans un discours antérieur. Mais en voici une qui m’a marquée récemment.

Il y a environ trois mois, à Vancouver, j’ai rencontré une obstétricienne d’Iran établie au Canada depuis trois ans. Cette dame qui, bien évidemment, s’exprimait dans un anglais impeccable et avait fait des études très poussées, et dont le mari était chirurgien pédiatrique, avait passé la majeure partie de ses trois années ici sans emploi. Elle m’a dit : « Vous savez, nous avons épuisé nos économies, et il semble n’y avoir aucun moyen d’obtenir l’autorisation d’exercer la médecine au Canada. Nous en avons conclu que nous devrons probablement retourner en Iran, même si nous supportons difficilement de vivre dans ce pays avec le gouvernement actuel. Mais nous devons toucher un revenu qui nous permettra d’envoyer notre fils à UBC, afin qu’il puisse réaliser son rêve de devenir médecin et de trouver un remède au cancer. »

J’ai trop souvent rencontré de femmes qui se sont effondrées en larmes devant moi, comme l’obstétricienne d’origine syrienne, que j’ai connue à Edmonton, qui nettoyait des chambres d’hôtel depuis cinq ans. Nous ne quantifions pas le nombre de personnes qui finissent par quitter le Canada, mais il y en a beaucoup trop. Et pourtant, l’immigration au Canada représente pour ces gens l’espoir et la promesse d’une vie meilleure. Mais souvent, cet espoir tourne rapidement en dépression et en désespoir. Mon but n’est pas de broyer du noir, puisqu’il existe évidemment de nombreux exemples de réussite extraordinaire. Il faut également considérer qu’il s’agit peut-être de quelques cas pris au hasard. Comme vous le savez, je parlais ce matin de Hassan Khosrowshahi, qui est venu au Canada en tant que réfugié iranien, avec rien d’autre que son éthique de travail. Et bien, il a fondé l’entreprise Future Shop et l’a vendue trois milliards de dollars. Mentionnons également Nadir Mohamed, ce réfugié qui a fui la persécution en Afrique de l’Est et qui est aujourd’hui PDG de Rogers.

Nous soulignons ces exemples de réussite, mais malheureusement, ils représentent, à mon sens, trop souvent l’exception et non la règle. C’est pourquoi nous devons, pour les futurs immigrants et pour nous-mêmes, nous assurer que le principe d’égalité des chances devienne une réalité vécue par les nouveaux arrivants que nous accueillons. Pourquoi observe-t-on alors une baisse des résultats économiques pour les nouveaux arrivants? De multiples raisons expliquent ce problème. Les universitaires ici présents ont publié bon nombre d’articles à ce sujet, et je ne compte pas m’aventurer dans un traitement détaillé du sujet, mais je dirai simplement qu’à maints égards, notre système est devenu lent, rigide et passif et qu’il a créé des obstacles qui nous ont empêchés d’attirer les meilleurs et les plus brillants de la planète, et donc d’être concurrentiels dans la recherche mondiale de travailleurs qualifiés.

Qu’entend-on par « système lent »? J’aborderai dans un instant mon sujet préféré : l’arriéré. Je tiens d’abord à souligner qu’en ce qui concerne les changements importants que le gouvernement a déjà apportés, l’un d’entre eux est une meilleure distribution des nouveaux arrivants dans l’ensemble du pays. Comme vous le savez, auparavant, la situation était telle que 90 p. 100 des nouveaux arrivants s’établissaient dans l’une des trois régions métropolitaines les plus importantes du pays, même si on n’y trouvait pas nécessairement les meilleures perspectives d’emploi.

Aujourd’hui, grâce à la forte expansion du Programme des candidats des provinces, nous sommes passés de 4 000 candidats admis il y a six ans à plus de 40 000 cette année et nous constatons une distribution géographique nettement améliorée des nouveaux arrivants. De fait, le présent graphique illustre la croissance fulgurante observée en Alberta, où le nombre de candidats admis est passé de 400 à environ 13 000. Ce chiffre s’explique par le fait que nous avons triplé le niveau d’immigration dans la région des Prairies, et nous l’avons doublé dans le Canada atlantique. En Colombie-Britannique, un plus grand nombre de personnes choisissent de s’installer ailleurs qu’à Vancouver et de manière générale, elles réussissent très bien. Dans sa meilleure application, le Programme a recours aux emplois réservés, surtout dans le cas des gens de métier spécialisés qui n’ont pas pu entrer au pays par l’intermédiaire de nos programmes économiques fédéraux.

Habituellement, ces travailleurs réussissent assez bien, du moins pendant les premières années passées ici. Ils ne jouissent pas des mêmes perspectives de croissance de revenu que les travailleurs qualifiés du volet fédéral, mais ils génèrent un revenu dès leur arrivée. J’insiste toutefois sur le fait que nous observons enfin une bonne distribution des immigrants dans l’ensemble du pays.

La deuxième mesure importante que nous avons prise est la création de la catégorie de l’expérience canadienne. Cette mesure revêt un intérêt particulier pour les universités et les établissements postsecondaires. Nous avons longtemps adopté l’attitude suivante à l’égard des étudiants étrangers qui obtiennent un diplôme d’études canadien : « Bien joué! Vous parlez le français ou l’anglais, vous avez obtenu un diplôme qui sera reconnu par un employeur canadien, vous possédez peut-être de l’expérience et vous avez acquis les compétences générales nécessaires; vous avez un avenir prometteur! Veuillez maintenant quitter le Canada et si vous souhaitez immigrer ici, comptez huit ans d’attente ». Voilà l’effet de l’arriéré.

Cette description illustre la rigidité de l’ancien système. En créant la catégorie de l’expérience canadienne, nous disons aux étudiants étrangers : « Venez chez nous! » En effet, ces derniers possèdent un capital humain incroyable. Ils détiennent les compétences linguistiques nécessaires qui sont, nous le savons, le premier critère de réussite, ainsi que des diplômes reconnus par les employeurs canadiens. Ainsi, s’ils acquièrent une année d’expérience au Canada dans les deux ans suivant l’obtention de leur diplôme, nous leur accorderons le statut de résident permanent, et ce, le plus rapidement possible. Nous avons également créé un volet spécial pour les étudiants au doctorat, puisque leur programme d’études est plus long. Après deux années d’études, les doctorants pourront donc eux aussi obtenir la résidence permanente. C’est tout à fait logique.

De plus, nous avons rendu la résidence permanente accessible aux travailleurs étrangers temporaires hautement qualifiés qui sont bien intégrés dans leur milieu de travail. Les employeurs souhaitent les garder, et ils veulent rester. Pourquoi alors leur demander de partir? Et donc, grâce à la catégorie de l’expérience canadienne, à compter du 1er janvier 2013, les travailleurs étrangers temporaires hautement qualifiés pourront demeurer au Canada à titre de résidents permanents après avoir acquis une année d’expérience de travail. Voilà donc certaines des mesures que nous avons prises pour transformer le système.

Or, au cours des vingt ou trente dernières années, l’un des problèmes très sérieux qu’a générés notre système est celui de l’immense arriéré, lequel est devenu ingérable. Mis à part les mordus de politique en matière d’immigration, je pense que, jusqu’à tout récemment, la plupart des gens ignoraient cet état des choses. J’ai travaillé au parlement pendant une dizaine d’années et ce n’est que lorsque j’ai été nommé ministre de l’Immigration que je me suis rendu compte de l’ampleur du problème. Lorsque le gouvernement actuel est arrivé au pouvoir en 2006, l’arriéré comportait 840 000 demandes présentées au titre de nos divers programmes, et le temps d’attente pouvait aller jusqu’à huit ans. La cause? Nous, les Canadiens, sommes tellement polis que nous ne voulons rien refuser à personne. Nous avons accepté volontiers toutes les demandes dont les frais avaient été réglés, et nous nous sommes imposé l’obligation juridique de compléter leur traitement, même s’il existe des milliards de personnes qui souhaitent immigrer ici, et qu’il y a évidemment une limite au nombre de personnes que nous pouvons accepter.

Et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés avec un arriéré ingérable. Imaginons qu’il s’agit d’un vol pour le Canada. Chaque année, nous vendions deux places pour chaque place disponible à bord de l’avion. Au cours de la dernière décennie, nous avons accepté 400 000 demandes, alors que nous disposions d’environ 230 000 places. Par conséquent, à mesure que la foule grossissait, les « passagers » s’impatientaient d’attendre aux portes d’embarquement. Et puisque nous utilisions un système désuet fondé sur les formulaires papier, nous ne communiquions pas avec eux pour leur donner une mise à jour de la situation où leur présenter d’autres options. Pour poursuivre l’analogie, nous les laissions poireauter au lieu de parler dans l’interphone.

Par conséquent, les meilleurs et les plus brillants se retiraient tout simplement. Pourquoi attendraient-ils huit ans pour venir ici alors qu’ils pouvaient immigrer, après seulement quelques mois, en Australie ou en Nouvelle-Zélande, pays offrant des perspectives économiques semblables? Depuis que nous prenons des mesures concrètes pour éliminer l’arriéré, on me demande souvent si la réputation du Canada à l’étranger s’en verra affectée. Ma réponse est toujours non, au contraire, ces mesures nous aideront à redorer notre image aux yeux des candidats qui ont un grand capital humain. Ce qui l’a ternie est justement notre système dysfonctionnel qui oblige les candidats à attendre des années.

Grâce aux changements que nous avons mis en œuvre, c’est-à-dire, les outils juridiques que nous avons fournis au gouvernement en 2008, nous constatons une réduction marquée de l’arriéré des demandes présentées au titre du Programme des travailleurs qualifiés du volet fédéral. Par contre, le temps d’attente est toujours de quatre à cinq ans, et le système est loin d’être rapide et efficace comme nous le souhaitons. C’est pourquoi, dans son projet de loi C-38, Loi sur l'emploi, la croissance et la prospérité durable, qui devrait également recevoir la sanction royale aujourd’hui, le gouvernement propose de retourner environ les trois quarts des demandes faisant partie de l’arriéré.

En termes concrets, cela signifie que d’ici la fin de l’année prochaine, nous disposerons d’un programme fédéral d’immigration rapide et souple qui s’adaptera au marché du travail. Il n’était pas trop tôt! Cela signifie également que le traitement des demandes et l’admission des candidats qualifiés, surtout ceux ayant un emploi réservé, se fera en quelques mois, et non plus en plusieurs années.

Certes, la rapidité est un élément clé dans la recherche mondiale de travailleurs qualifiés. Cependant, nous comptons mettre en œuvre un nouveau projet au cours de la prochaine année; nous reproduirons un excellent système conçu en Nouvelle-Zélande il y a environ cinq ans, lequel sera d’ailleurs lancé en Australie à compter du 1er juillet prochain. Il s’agit d’un bassin de déclarations d’intérêt qui permettra aux candidats préqualifiés du monde entier de soumettre une demande en ligne. Un étranger souhaite immigrer au Canada? Il n’aura qu’à remplir le formulaire nécessaire et nous parler de ses compétences linguistiques, de son niveau d’études, de son expérience professionnelle ainsi que de sa réalité familiale, et son nom sera ajouté dans un bassin. En outre, nous aurons le consentement des candidats pour acheminer leur demande aux provinces et à des employeurs potentiels; par exemple la Banque Royale du Canada.

En passant, la 10 000e personne à avoir été admise au titre de la catégorie de l’expérience canadienne est une jeune femme de Mongolie qui a obtenu une maîtrise en administration des affaires à l’Université Carleton et qui a aussitôt été embauchée par la Banque Royale, obtenant par la suite le statut de résident permanent. Je suis toujours très content de constater que ces choses fonctionnent réellement, et que les théories se concrétisent.

Le bassin de déclarations d’intérêt sera donc un bassin de candidats préqualifiés que les employeurs et les provinces pourront consulter. Par exemple, la Banque Royale recherche quelqu’un ayant des compétences particulières en analyse économique, mais ne trouve, dans le marché du travail canadien, personne qui possède les qualifications requises. Elle pourra alors effectuer une recherche dans le bassin de candidats préqualifiés, sélectionner les demandes pertinentes et prendre les mesures de diligence raisonnable qui s’imposent; par exemple, mener une entrevue sur Skype ou demander à un agent de recrutement sur place de faire les vérifications nécessaires. Si la société est satisfaite du candidat et souhaite investir dans son embauche, elle peut lui offrir le poste. Nous accélérerons ensuite le traitement de sa demande et admettrons le candidat au Canada dans un délai idéal de trois mois.

Voilà le système de l’avenir. De plus, le bassin de déclarations d’intérêt inclura les demandes des gens de métier spécialisés. Vous savez, la situation est critique en Alberta : il y a une pénurie croissante de gens de métier spécialisés. Au cours des 20 à 30 dernières années, les personnes de métier entraient difficilement au Canada au moyen des programmes fédéraux. Ce n’est que lorsque nous avons lancé le Programme des candidats des provinces que les choses se sont améliorées. Le bassin comportera donc une voie particulière pour les gens de métier spécialisés, et il reviendra surtout aux employeurs d’évaluer s’ils ont le niveau de compétences nécessaire, étant donné le caractère complexe de la réglementation connexe.

L’une des caractéristiques du nouveau système sera l’analyse qualitative, et non simplement quantitative, des études effectuées. Jusqu’à présent, un diplôme de Harvard avait le même poids qu’un diplôme obtenu à l’université la plus louche des États-Unis, et une personne détenant un diplôme de l’Institut indien de technologie de Hyderabad obtenait le même nombre de points qu’un candidat ayant suivi ses cours à l’arrière d’une camionnette. C’était tout simplement ridicule. Tant que la personne soumettait un document indiquant qu’elle avait un diplôme, on lui accordait ses points. Dorénavant, nous procéderons à une évaluation qualitative du dossier qui nécessitera la validation par un organisme spécialisé dans l’évaluation des titres de compétences étrangers.

En quoi cette méthode sera-t-elle utile? Elle nous permettra de nous assurer que les immigrants économiques qui s’installent au Canada possèdent réellement un diplôme et un niveau d’études correspondant à notre marché du travail. Il est vrai que la rigidité et la lenteur du processus d’attestation et de reconnaissance des diplômes constitue l’une des raisons pour lesquelles de nombreux professionnels formés à l’étranger ont éprouvé des difficultés à obtenir l’autorisation de travailler dans leur domaine. Je ne le nie aucunement, et c’est un problème que nous tentons de régler. Inutile de m’éterniser là-dessus; vous aurez bientôt une séance complète sur le sujet. Toutefois, il est aussi vrai que nous avons accepté, par le truchement de notre système d’immigration, bon nombre de personnes qui étaient loin de posséder le niveau minimal de formation exigé par les organismes de réglementation professionnelle du Canada.

Ce n’est pas la faute de nos firmes d’ingénierie si elles ne peuvent accréditer les gens qui arrivent ici avec l’équivalent d’un diplôme d’un collège canadien pour occuper un poste d’agent technique. Ce n’est pas leur faute si la personne ne correspond pas aux normes canadiennes. Dans certains cas, elles prennent peut-être trop de temps pour répondre. Il s’agit d’une question différente. Toutefois, la nouvelle évaluation qualitative préalable, tant de la scolarité que, par la suite, des titres de compétences associés aux professions décernant des droits de pratique, a pour but de créer une réserve de candidats mieux qualifiés qui seront orientés vers les organismes de réglementation professionnelle en temps opportun.

Le mois prochain, nous prépublierons une nouvelle grille de pointage associée au Programme des travailleurs qualifiés du volet fédéral. Le programme sera axé davantage sur les jeunes – les jeunes immigrants s’intègrent mieux – et sur les compétences linguistiques. Il faut rappeler qu’il s’agit ici des personnes qui veulent travailler, en général dans un milieu professionnel. Au chapitre linguistique, nous aurons un système plus ingénieux. Nous exigerons des niveaux de compétence moins élevés pour les gens de métier qualifiés. On n’a pas besoin d’une compétence en anglais de niveau universitaire pour exercer le métier de soudeur, mais il faut une certaine connaissance du français ou de l’anglais pour travailler de manière sécuritaire au sein de la population active. De plus, dans la nouvelle grille de pointage, nous mettrons également un accent accru sur l’expérience professionnelle canadienne et, en particulier, sur les emplois réservés au Canada.

Selon nos données, les immigrants qui arrivent au Canada avec un emploi réservé obtiennent des salaires qui s’élèvent presque au double de ceux qu’obtiennent les immigrants qui arrivent de tels emplois. De fait, concernant le système de la Nouvelle-Zélande, je crois, sauf erreur, que plus de 80 p. 100 des personnes qui immigrent au pays pour des motifs avant tout économiques et qui s’y établissent à titre de résidents permanents ont déjà un emploi, et elles réussissent extraordinairement bien.

Voici le message principal que je veux adresser aux employeurs parmi vous. Nous constatons qu’il existe un lien dynamique entre les employeurs et les immigrants à l’étranger que favorise notre système d’immigration. Selon l’ancienne approche, soit le système passif du statu quo, une personne fait une demande de l’étranger, nous évaluons minimalement son capital humain et, si elle respecte les critères, nous l’envoyons se débrouiller seule dans le marché du travail – un grand nombre de personnes ont dû lutter pour garder la tête hors de l’eau dans un tel système; dans le cadre du nouveau système, nous mettrons à la disposition des employeurs un vaste bassin de candidats préqualifiés. Les employeurs pourront bien entendu puiser ailleurs que dans ce réservoir, recruter des gens à l’extérieur et leur demander de soumettre leur candidature.

Voici l’idée : si une personne obtient une offre d’emploi crédible d’un employeur canadien et si elle respecte les critères minimaux en matière de capital humain, de compétences linguistiques et autres exigences, nous l’autoriserons à immigrer au Canada le plus rapidement possible. Et voici le message adressé aux employeurs : aidez-nous à aller à l’étranger. Aidez-nous à être proactifs. Aidez-nous à créer un vaste système de recrutement pour la main-d’œuvre canadienne, favorisé par notre système d’immigration. Selon moi, le potentiel est immense, et la situation s’avère fort prometteuse. Neil et moi sommes fort conscients de la nécessité pour nous de collaborer étroitement avec les employeurs, les conseils de l’industrie et les provinces, afin de garantir que le système fonctionne bien, sur le plan opérationnel, pour les employeurs, et qu’il demeure souple.

Nous avons également un défi particulier à relever concernant les petites et moyennes entreprises. Nous nous réjouissons de collaborer avec les chambres de commerce, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) et autres organisations pouvant nous aider à rendre ce système fonctionnel pour les entreprises exploitées par leur propriétaire, ayant besoin de travailleurs et n’en trouvant pas au Canada, de sorte qu’il soit possible d’en recruter à l’étranger.

Je suis convaincu d’avoir dépassé le temps prévu, mais voilà certains des principaux changements que nous effectuerons. Je mentionnerai également le bassin de gens de métier spécialisés. Nous apporterons également des changements au Programme d’immigration des investisseurs et au Programme d’immigration des entrepreneurs. Ne me demandez pas de vous parler de la grande opportunité économique que nous avons entrevue. L’an dernier, un sondage portait sur les millionnaires chinois. Soixante-six pour cent d’entre eux souhaitent émigrer vers un pays développé, et 38 p. 100 veulent venir au Canada. Dans ce seul pays, il existe des millions de millionnaires. Dans le cadre de notre Programme d’immigration des investisseurs, nous leur adressons essentiellement le message suivant : « Remettez-nous un chèque de 800 000 dollars, et nous vous le remettrons dans cinq ans. Vous ne risquez rien et obtenez la norme d’excellence en matière d’immigration mondiale, soit la résidence permanente au Canada ».

Aucun autre pays ne fait une telle offre. La plupart des pays développés offrent la résidence temporaire assortie d’une option de résidence permanente à un prix beaucoup plus élevé. Nous examinons donc comment optimiser les investissements dans ce programme. L’une des choses qui m’enthousiasment particulièrement est la création de programmes novateurs dans le but d’inviter les entrepreneurs, soit les gens d’affaires pouvant ne pas correspondre à la grille en matière de capital humain de notre programme des travailleurs qualifiés, mais ayant des idées brillantes appuyées, par exemple, par des sociétés de capital de risque ou des investisseurs providentiels canadiens. Nous voulons attirer au pays de tels entrepreneurs.

Comme vous le savez, nous avons amélioré le Programme des travailleurs étrangers temporaires parce qu’il devenait trop bureaucratique et d’application trop lente. Désormais, avec l’avis relatif au marché du travail accéléré et un traitement plus rapide, nous sommes, selon moi, plus sensibles aux besoins. Nous collaborons étroitement avec les provinces et les organismes d’attribution de permis afin de simplifier et d’accélérer la reconnaissance des titres de compétences. Nous nous occupons de certains des programmes les plus controversés sur le plan politique, tels que le parrainage des parents. Nous nous sommes retrouvés avec des arriérés incroyables dans ce cas et nous allons reconfigurer le programme afin de garantir sa viabilité et le traitement rapide des demandes à l’avenir.

Permettez-moi de clore avec un dernier élément. J’ai tenté aujourd’hui de décrire une série de changements transformationnels que nous prévoyons apporter au système, mais, en terminant, j’annonce une grande nouvelle qui aura une incidence sur certains des programmes d’immigration dont j’ai discuté avec vous. Comme autre mesure importante associée à la transformation de notre système, j’annonce aujourd’hui que nous suspendons le Programme des travailleurs qualifiés du volet fédéral, soit le principal programme d’immigration économique. À partir de la semaine prochaine, nous cesserons temporairement de traiter les nouvelles demandes dans le cadre de ce programme.

Cette suspension permettra de mettre en œuvre les améliorations souhaitées et donnera aux nouveaux demandeurs l’occasion de prendre les dispositions nécessaires pour réussir leur intégration au Canada. J’ai mentionné ces changements plus tôt, soit une diminution importante des demandes à traiter qui sont accumulées, une révision de la grille de pointage et la création d’un programme des métiers spécialisés. Nous prévoyons recommencer à accepter de nouvelles demandes le 1er janvier prochain, après avoir résorbé l’énorme arriéré et mis en place les changements annoncés.

Je tiens à souligner que cette suspension n’aura aucune incidence sur le nombre de travailleurs qualifiés admis au Canada. Nous continuerons d’accueillir cette année de 55 000 à 60 000 travailleurs qualifiés. Comme notre inventaire comporte un nombre plus que suffisant de demandes, même après l’adoption, aujourd’hui, du projet de loi C-38, il restera encore quelque 100 000 demandes en réserve. De plus, les travailleurs qui ont reçu une offre d’emploi d’un employeur canadien ne seront pas touchés. Nous continuerons de traiter ces demandes rapidement. Parallèlement, à compter de la semaine prochaine, nous suspendons également temporairement l’acceptation de nouvelles demandes dans le cadre du Programme fédéral d’immigration des investisseurs; le tout permettra de réduire le nombre actuel de demandes à traiter, tout en poursuivant les consultations sur la réforme du programme.

Je suis content d’avoir eu l’occasion de vous présenter aujourd’hui certains des changements transformationnels que nous apportons. Il s’agit d’une décision fort importante pour l’avenir du pays. Ces changements s’avéreront une réussite que si le secteur privé et la société civile travaillent en étroite collaboration avec mon ministère pour les instaurer de manière pratique et, en un sens, conviviale. Je dois dire que les progrès dans ce domaine comportent de nombreux défis d’ordre politique. Nous en assumons plusieurs. Il a été difficile, sur le plan des opérations, de faire passer toutes ces modifications stratégiques à Ottawa – ou la machine à saucisses – dans un laps de temps relativement court.

Mon ministère aura de nombreux défis à relever pour mener à bien ces changements, mais nous sommes fermement résolus à les mettre en place. Nous sommes disposés à prendre des risques que certains estiment impossibles, étant donné les politiques parfois difficiles en matière d’immigration. Toutefois, nous le faisons, car nous sommes tout à fait convaincus – y compris le premier ministre qui appuie ces orientations depuis le début – qu’il s’agit peut-être de l’enjeu à long terme le plus important pour notre pays. Il nous définit et définira, dans une grande mesure, notre prospérité future. Nous nous réjouissons donc de collaborer avec chacun de vous au moment de renouveler le système canadien et la réputation du Canada comme terre de possibilités et de promesses pour les gens de partout au monde. Merci beaucoup.

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