ARCHIVÉ – Notes en vue d’une allocution de l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme

Lors de la conférence intitulée If Not Now, When? Responsibility and Memory after the Holocaust

Max and Tessie Zelikovitz Centre for Jewish Studies
Université Carleton
Ottawa (Ontario)
le 24 avril 2013

L’allocution prononcée fait foi

Bienvenue. Je vous remercie d’être présent à cette importante conférence. Nous sommes enchantés d’appuyer l’événement grâce au financement de Citoyenneté et Immigration Canada, et je suis très impressionné par la qualité de la décoration de la salle. Je tiens aussi à souligner la présence de mon ancien collègue et ami Mario Silva, qui dirige l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste au nom du Canada, et fait d’ailleurs un excellent travail.

Bon nombre d’entre vous ont participé hier aux commémorations de Yom ha-Choah sur la Colline parlementaire et au Musée canadien de la guerre, où nous avons accueilli une soixantaine de survivants. J’ai eu le grand honneur de tous les rencontrer, et leur présence – à la fois discrète et digne – a profondément ému les députés. Il est tellement extraordinaire que nous puissions encore leur permettre de faire entendre leur voix; c’est d’ailleurs sur cet aspect que sera en partie axée la présidence canadienne de l’Alliance cette année.

Je remercie les organisateurs et les commanditaires de l’événement, ainsi que les conférenciers et les participants à ce séminaire « If Not Now, When? », organisé en partie par l’Université Carleton et le Zelikovitz Centre. Il s’agit d’une initiative importante qui va rassembler toutes les personnes qui s’intéressent à la commémoration de l’Holocauste, ainsi qu’à l’éducation et à la recherche à ce sujet, pour lancer l’année de la présidence canadienne.

Le mois dernier, j’étais à Berlin avec Mario Silva pour recevoir officiellement le maillet de l’Alliance. Je peux vous dire que nous étions fiers car, il y a seulement quelques années, le Canada – aussi étrange que cela puisse paraître – n’était pas encore membre de ce qui s’appelait alors le Groupe de travail pour la coopération internationale en matière d’éducation, de mémoire et de recherche au sujet de l’Holocauste (le « GTI »).

C’est peu après l’accession au pouvoir de son gouvernement, au début de 2006, que le premier ministre Harper m’a appelé pour me dire qu’il avait appris que le Canada n’était pas membre du GTI; il pensait que nous devions faire une priorité de l’adhésion au groupe en tant que membre à part entière, et devenir un des chefs de file des travaux essentiels liés à la commémoration de l’Holocauste, ainsi qu’à l’éducation et à la recherche connexes. Il m’a demandé de superviser cette initiative afin de veiller à ce que le Canada se joigne au GTI, ce que nous avons fait. Au départ, le Canada assistait aux conférences à titre d’observateur; par la suite, il a joué le rôle d’agent de liaison, avant de devenir membre à part entière. Aujourd’hui, seulement trois ans après, nous sommes honorés d’assurer la présidence de l’Alliance.

Je crois que bon nombre de nos amis européens se demandent pourquoi le Canada s’intéresse tout à coup d’aussi près à la commémoration de l’Holocauste, ainsi qu’à l’éducation et à la recherche connexes, parce qu’ils nous perçoivent comme un pays que l’histoire a tenu à distance de l’Holocauste. C’est effectivement le cas, à maints égards, mais nous avons quand même vécu nos propres épisodes d’injustice relativement à l’Holocauste, comme vous le savez tous très bien, en raison des mesures de restriction imposées à l’immigration avant et pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ces mesures tristement célèbres ont peut-être fermé les portes du Canada à des milliers de réfugiés juifs européens, à l’exception des quelque 4 000 qui ont réussi à entrer au pays avant et pendant la guerre.

Nous savons tous, grâce au brillant ouvrage None is too many d’Irving Abella et Harold Troper, que le Canada a été un des pires pays au monde pour ce qui est de l’asile accordé aux Juifs européens avant et pendant la Shoah – ce qui est tout à fait incroyable, quand on y pense aujourd’hui. Mais, comme je me plais à le répéter, dans une certaine mesure, le Canada s’est « racheté » après la guerre en offrant sa protection au troisième groupe de survivants en importance au monde – après les États-Unis et Israël –, à savoir plus de 30 000 personnes qui se sont installées dans l’immédiat après-guerre. Dans un certain sens, je considère que cette initiative était indirectement liée à la période marquée par des politiques d’immigration restrictives. C’est là qu’un lien s’est créé. Ce lien tient au fait que ces dizaines de milliers de survivants sont arrivés porteurs d’un espoir inébranlable, d’une détermination à résister et de la volonté de refaire leur vie au Canada.

Je ne peux pas imaginer histoire plus remarquable que celle des gens qui ont échappé aux ravages de l’Holocauste – et qui ont été si nombreux à perdre une grande partie de leur famille, la totalité de leurs biens et sans doute tout sentiment de sécurité ou de certitude dans la vie. Des gens qui ont frôlé la mort de près; qui sont arrivés au Canada, n’ont rien oublié, mais ont gardé la détermination et la force de caractère leur permettant de refaire leur vie et de fonder une famille. Sur le seul plan matériel, il faut bien réaliser que ces gens-là sont arrivés au Canada sans rien, dans bien des cas, et ont néanmoins décidé de travailler fort et de créer des entreprises, puis ont connu un succès phénoménal.

À titre de ministre canadien de la Citoyenneté et de l’Immigration, j’ai le grand privilège d’accueillir chaque année – entre les réfugiés réinstallés et les demandeurs d’asile – plus de 25 000 réfugiés au Canada; c’est le nombre par habitant le plus élevé au monde de personnes se voyant offrir la protection et la réinstallation. Pensez-y : chaque année, un immigrant sur dix qui arrive au Canada est un réfugié, et le Canada reçoit un dixième des réfugiés qui se réinstallent dans le monde. Je rencontre ces gens-là, qui, dans bien des cas, ont vécu l’impensable; des gens qui ont tout perdu; qui ont été victimes de conflits armés, de préjugés injustes, de nettoyage ethnique et de violentes persécutions. En signe d’espoir et d’encouragement, je leur mentionne l’exemple des réfugiés juifs d’Europe qui sont arrivés au Canada, ont survécu à l’épreuve la plus diabolique de l’histoire de l’humanité et avaient pour seul bagages leurs cicatrices – physiques, psychologiques et spirituelles –, mais ont pourtant réussi à refaire leur vie dans notre pays. Et même s’ils n’ont pas tous connu le succès sur le plan matériel, ils ont été très nombreux à fonder des familles exemplaires et demeurent des témoins de cette période au sein de notre société.

C’est pourquoi je crois que l’histoire de l’Holocauste est si importante pour le Canada – parce que les survivants ont fait leur part au sein de notre société d’une façon que nous ne pourrons jamais quantifier. Aujourd’hui, alors que va bientôt s’éteindre la génération de ceux qui ont été directement témoins des atrocités de la Shoah, et que le flambeau sera transmis, il est essentiel que nous – « nous » désignant les Canadiens, en tant qu’individus, que société, qu’éducateurs, mais aussi et surtout, en tant que non-Juifs – redoublions d’efforts pour consigner et transmettre l’histoire des survivants, et lui accorder plus de place.

C’est précisément le thème de la conférence : responsabilité et mémoire après l’Holocauste. Comme l’a dit M. Harper, [traduction] « il est important que nous profitions de cette occasion pour nous rappeler la souffrance qu’ont endurée les victimes de l’Holocauste et leurs familles. Cela nous incite à vouloir au plus profond de notre être faire tout ce que nous pouvons (par les paroles et par les actes) pour nous opposer à l’intolérance et demeurer vigilants face aux risques de génocide. C’est seulement grâce à ces efforts constants que nous garantirons que de telles atrocités ne seront plus jamais commises. »

Je me remémore souvent le superbe – et émouvant – témoignage d’Elie Wiesel, qui a écrit ceci : « Pour nous, l’oubli n’a jamais été une option. Le souvenir est un acte noble et nécessaire. L’appel de la mémoire, l’appel à la mémoire nous parvient depuis l’aube de l’histoire. Aucun commandement ne figure plus souvent, et avec tant d’insistance, dans la Bible. Il est de notre devoir de rappeler le bien que nous avons reçu, et le mal qui nous a fait souffrir. »

Il a également écrit : « Une société immorale trahit l’humanité, parce qu’elle trahit le fondement de l’humanité, qui est la mémoire. Une société immorale traite la mémoire comme les politiciens traitent la politique. Une société morale a à cœur de se souvenir. Je crois en la mémoire. » Nous croyons tous en la mémoire. C’est ce qui nous réunit ici aujourd’hui. Le Canada aspire à être une société morale.

Bien sûr, nous n’avons pas toujours été à la hauteur. Ce fut surtout le cas entre 1932 et 1945. Mais aujourd’hui, je crois que nous pouvons dire avec fierté que nous sommes en première ligne de ce travail collectif de mémoire. Pour ce faire, nous nous sommes joints au GTI/à l’AIMH, que nous présidons aujourd’hui. Nous avons mis en œuvre un programme très important (le Programme de reconnaissance historique pour les communautés), géré par mon ministère, qui a financé de nombreux projets de premier plan axés sur la recherche relative aux restrictions imposées à l’immigration des Juifs européens avant et durant la guerre, et sur la commémoration de cette période. Par exemple, nous avons fourni un million de dollars à B’nai B’rith Canada en collaboration avec l’Université de Toronto, organisé des conférences internationales et coordonné les recherches continues de spécialistes à propos des restrictions imposées à l’immigration à l’époque du M.S. St. Louis. Je tiens à remercier Ruth Klein pour son excellent travail dans ce dossier.

Nous avons fourni des fonds au Vancouver Holocaust Education Centre pour qu’il mette sur pied une exposition consacrée à l’internement de 2 000 réfugiés juifs dans des camps ennemis durant la Deuxième Guerre mondiale. Et, bien entendu, nous avons subventionné, par l’intermédiaire du Congrès juif canadien, l’érection du monument de Daniel Libeskind baptisé La roue de la conscience, qui se trouve aujourd’hui au nouveau Musée canadien de l’immigration, sur le Quai 21 à Halifax. C’est un monument dédié aux passagers du M.S. St. Louis, qui, si on les avait autorisés à entrer dans les eaux canadiennes en 1938, se seraient certainement retrouvés sur le Quai 21, lieu où ont débarqué de nombreux survivants après la guerre. Ces projets importants ont également permis au gouvernement du Canada d’exprimer ses regrets pour la politique d’exclusion appliquée dans les années 1930 et 1940. Cela n’avait jamais été fait au Canada, et je crois que c’est un acte important de leadership. Ces projets étaient par ailleurs essentiels à notre demande d’adhésion au GTI.

Une fois encore, je suis enchanté de m’être trouvé à Berlin avec Mario Silva le mois dernier, et tout à fait d’accord avec les priorités qui ont été énoncées en vue de la présidence canadienne, définies dans le cadre d’une collaboration et de consultations avec le conseil consultatif canadien chargé de gérer notre présidence de l’Alliance.

Permettez-mois de vous remercier d’être ici et de saluer la contribution de bon nombre d’entre vous qui participent aux travaux du conseil consultatif. Nous voulions que notre présidence ne se limite pas à un projet centralisé géré par le gouvernement. Nous souhaitions vraiment mobiliser les membres de la société civile. Nous voulions nous adresser aux membres de la collectivité qui font de l’éducation à propos de l’Holocauste, et aussi, tout à fait intentionnellement, faire participer des gens extérieurs à la communauté juive. J’ai insisté sur le fait que le comité consultatif devrait notamment comprendre des représentants des communautés ukrainienne et polonaise, qui ont connu leur lot de difficultés en raison de l’Holocauste. Et nous tenons à remercier tout particulièrement le gouvernement polonais et son ambassade, qui sont des collaborateurs de choix dans ce dossier depuis très longtemps.

M. Silva a expliqué nos priorités : faire des recherches à propos des sites d’extermination ailleurs que dans les principaux camps de la mort; élaborer des ressources pédagogiques à l’intention des enseignants; renforcer et élargir les relations avec les partenaires internationaux. Dans ce dernier domaine, je tiens à rappeler à quel point il est important que nous exploitions la crédibilité du Canada sur la scène internationale afin d’encourager une participation plus active au sein de l’Alliance et aux travaux essentiels de recherche et de préservation de la mémoire. En particulier, comme vous le savez, le Canada entretient des rapports très étroits avec l’Ukraine.

Il y a plus d’un million de Canadiens d’origine ukrainienne, et le Canada a été le premier pays au monde, après la Pologne, à reconnaître l’indépendance de l’Ukraine. Nous avons été le premier membre du G7 à reconnaître le caractère génocidaire de l’Holodomor, famine provoquée en 1932 et 1933. Nous avons largement appuyé les efforts qu’a déployés l’Ukraine pour instaurer la démocratie. Nous sommes un partenaire privilégié de l’Ukraine et entretenons un lien spécial avec elle. C’est la raison pour laquelle je me suis rendu à Lviv et à Kyiv au début de l’année (M. Silva était à mes côtés à Kyiv) afin d’encourager les membres de la société civile et le gouvernement de l’Ukraine à devenir membres de l’Alliance.

Comme l’a mentionné M. Silva hier durant son discours lors des commémorations nationales de l’Holocauste, un quart des victimes de la Shoah ont été tuées en Ukraine. Lorsque j’étais en Ukraine, je me suis rendu à Sambir, petite ville de Galicie située à une heure de Lviv – où la famille de Mark Freiman, ancien président du Congrès juif canadien, a été massacrée le jour de la Pâque en 1941. On y a érigé des croix géantes sur les fosses communes où sont enterrées les victimes juives de la ville – plusieurs centaines de fosses communes sans nom ni inscription. Par la suite, des non-Juifs ont été tués à la fois par les nazis et par les communistes, enterrés dans ce secteur, puis portés en héros du nationalisme ukrainien; bien entendu, nous honorons également leur mémoire. Mais, dans une certaine mesure, la commémoration de ces décès a réussi à faire oublier la tragédie plus terrible du massacre de centaines de membres de la communauté juive le jour de la Pâque.

Nous nous sommes rendus précisément à cet endroit pour dire au maire de la ville et aux dirigeants des communautés locales qu’ils doivent reconnaître les victimes juives de la Shoah au sein même de leur collectivité. Et je dois vous dire que j’ai été frappé de voir des enfants faisant de la bicyclette pratiquement sur ces fosses communes. Les maisons du village touchaient presque le mur le long duquel les tueries de masse ont eu lieu. Hannah Arendt parle de la banalisation du mal. Cela se poursuit aujourd’hui dans de nombreuses régions d’Europe qui n’ont toujours pas fait la paix avec leur propre expérience de l’Holocauste – des centaines de fosses communes demeurent sans noms et sans inscriptions un peu partout en Ukraine.

Grâce aux brillantes recherches d’un jésuite français – la publication de son travail minutieux intitulée « L’holocauste par balles » et d’autres recherches –, nous commençons à comprendre l’ampleur de l’Holocauste dans ces régions d’Europe de l’Est. Mais il est essentiel que nous mettions à la disposition de gouvernements comme celui de l’Ukraine, dans un esprit positif axé sur la collaboration et non sur la condamnation, nos pratiques exemplaires, nos adjoints de recherche et nos ressources pratiques, afin de les aider à entreprendre des travaux archéologiques – par archéologique, je ne pense pas seulement au fait de creuser dans le sol; je pense aussi au fait de creuser dans leur histoire, et dans les souvenirs qu’ils sont nombreux à avoir choisi d’oublier. Il est essentiel que nous le fassions maintenant.

Durant l’ère communiste, la politique d’État prônait l’amnésie historique. Mais soyons réalistes : maintenant que ces pays sont des démocraties où règne la liberté, ce n’est plus une excuse d’enterrer le passé. C’est pourquoi je me suis fait un devoir d’insister pour que l’Ukraine devienne membre de l’Alliance – en fait, j’ai passé quatre jours en Ukraine, et je dois vous dire à quel point cela m’a encouragé de voir le conseil des églises ukrainiennes et les organisations religieuses réclamer unanimement l’érection d’un monument visant à rendre hommage aux Juifs tués à Sambir.

Je peux aussi vous dire que j’étais en Turquie en janvier dernier, notamment pour gérer la crise des réfugiés qui touche ce pays; mais j’ai pris le temps de rencontrer les responsables de la communauté juive à Istanbul. Où que j’aille, j’essaie de rencontrer les responsables des communautés qui ont des problèmes, en particulier si elles sont victimes d’antisémitisme. J’ai donc rencontré les responsables juifs dans leur centre communautaire (qui, en passant, a été la cible d’un attentat à la bombe il y a une dizaine d’années), et je leur ai demandé ceci : « Comment le Canada peut-il vous aider, vous qui êtes une minorité marginalisée? » Je ne m’attendais pas à leur réponse. Voici ce qu’ils m’ont dit : « N’est-ce pas vous qui présidez l’AIMH cette année? » Ce à quoi j’ai répondu « Oui. » Ils ont alors dit : « S’il-vous-plaît, faites ce que vous pouvez pour amener la Turquie à la table des discussions. Il faut que nous puissions mettre sur pied des programmes permettant d’enseigner aux enfants turcs les réalités de l’Holocauste, en faisant abstraction du climat politique de la région. »

Ainsi, les communautés du monde entier jugent que l’Alliance est essentielle, qu’elle revêt une importance capitale. Je me suis assis avec le grand rabbin Bleich de Kyiv, mais aussi avec Sa Béatitude Sviatoslav Shevcuk, Patriarche et archevêque majeur de l’église catholique ukrainienne, à Kyiv; il était lui aussi passionné par cette question.

Ainsi, le travail que nous menons à bien au Canada, le travail que nous menons à bien lors de la présente conférence et le travail que nous mènerons à bien à la présidence de l’AIMH comptent vraiment. Ces travaux sont importants non seulement ici, mais à des endroits de la planète que vous ne soupçonneriez pas.

Nous avons élaboré divers projets qui marqueront notre présidence cette année : un projet national visant à préserver le témoignage des survivants; la conférence internationale de Toronto en octobre 2013, où nous espérons accorder une place spéciale à la participation des survivants, afin de pouvoir expliquer aux délégués du monde entier le succès remarquable qu’ont connu les survivants au Canada, de sorte que ceux-ci puissent s’appuyer sur leur expérience pour expliquer l’Holocauste; la remise d’un prix d’excellence soulignant l’éducation à propos de l’Holocauste, qui soulignera le travail exemplaire des enseignants; un concours international de création d’affiches destiné aux étudiants canadiens en arts graphiques, en art et en design, à l’appui des activités organisées pour le Jour commémoratif de l’Holocauste.

Par ailleurs, ceux d’entre vous qui ont assisté hier aux célébrations de Yom ha-Choah savent que mon collègue, l’honorable Tim Uppal, ministre responsable de la Réforme démocratique, à qui l’on doit le projet de loi visant à ériger un monument national sur l’Holocauste à Ottawa, a annoncé que la Commission de la capitale nationale avait choisi un site. En partie grâce au soutien de généreux donateurs, nous espérons commencer la construction de ce monument national dans un avenir pas si lointain.

Bon nombre d’entre vous savent également que les travaux du Musée canadien des droits de la personne se poursuivent à Winnipeg. Ce musée est, avec le Musée de l’immigration à Halifax, est le tout nouveau musée national du Canada; on y présentera une importante exposition permanente sur l’histoire de l’Holocauste.

Ces efforts s’inscrivent dans le prolongement des nombreuses autres choses que fait le Canada. Je tiens à saluer le leadership de mon collègue parlementaire, l’honorable Irwin Cotler, membre de la Coalition interparlementaire de lutte contre l’antisémitisme (ICCA), qu’il a introduite au Canada, que notre gouvernement a accueillie et dont les efforts ont été combinés à ceux de Mario Silva et du député Scott Reid, dans le cadre de l’enquête interpartis visant à lutter contre l’antisémitisme, menée par notre propre parlement.

La conférence de l’ICCA, qui a réuni des délégués de 60 parlements du monde entier, s’est conclue par la signature du Protocole d’Ottawa, qui est un document vraiment important. Les gouvernements s’y engagent : à mesurer et à décrire les progrès qu’ils réalisent dans la lutte contre l’antisémitisme en recueillant et en présentant des données sur les crimes haineux, ce qui inclut les actes antisémites; à surveiller et à échanger les pratiques exemplaires; à accepter une définition ad hoc commune de l’antisémitisme; à collaborer davantage avec les Nations Unies pour lutter contre l’antisémitisme.

C’est important. Très franchement, cela peut sembler évident à certains égards. Mais il est important de définir clairement ce qui constitue l’antisémitisme et les cas où les expressions, en particulier les expressions virulentes de l’antisionisme, dépassent les limites de l’antisémitisme. Et cela crée une définition ad hoc idéale pour guider les gens. À cet égard, j’ai été très fier de signer le Protocole d’Ottawa au nom du gouvernement du Canada – premier gouvernement à le faire – en 2011.

Bien entendu, le Canada a également cherché à jouer un rôle de chef de file mondial en affichant une tolérance zéro envers l’antisémitisme, qui a attisé la haine à l’origine de l’Holocauste. Nous l’avons fait ici et à l’échelle internationale, par exemple en prenant la décision, critiquée à l’époque, de nous retirer de la deuxième Conférence de Durban.

Aujourd’hui, il apparaît que c’était alors un choix évident et, bien sûr, je ne crois pas que nous aurions dû participer à la première Conférence de Durban. Mais nous avons été le premier pays, et de loin – un an avant les autres – à annoncer notre retrait de la deuxième Conférence de Durban, puis de la troisième. Certains se sont demandé pourquoi le Canada ne participait pas à une conférence sur la lutte contre la haine et la xénophobie. C’est précisément parce qu’elle était censée porter sur la lutte contre la haine et la xénophobie, mais est en fait devenue une tribune permettant aux gens d’exprimer la forme la plus pernicieuse de haine et de xénophobie : l’antisémitisme. Il nous a suffi d’examiner les travaux et le programme de la conférence Durban II pour voir ce qui s’y passait : organisation de réunions les jours fériés juifs, nomination de l’Iran et de la Lybie de Muammar Khaddafi comme coprésidents de l’événement, etc.

Je n’oublierai jamais ma rencontre fortuite à Londres avec un ministre britannique responsable pour l’ONU, qui m’avait littéralement regardé de haut comme si j’arrivais des colonies, et s’était dit consterné que le Canada se soit retiré de ce précieux processus multilatéral, ce qui dépassait son entendement. Il m’a dit : « Pourquoi avez-vous fait cela? » J’ai répondu : « Eh bien, je pourrais vous exposer nos raisons pendant une heure, mais je vous en donnerai une seule : l’Iran copréside la conférence. » La conférence visant à lutter contre la haine était coprésidée par un pays dont le président (pour reprendre les mots prononcés hier par l’ambassadeur Ziv), nie visiblement l’existence de l’Holocauste tout en en préparant la suite.

C’est le genre de tolérance zéro que nous avons exprimée sur la scène internationale et à l’échelle nationale. Nous avons puisé dans tous les budgets gouvernementaux dont nous disposions pour garantir que les organisations dont les dirigeants ont exprimé des vues antisémites ou d’autres formes de haine, et qui avaient reçu des fonds par le passé, ne bénéficient plus de l’aide du gouvernement du Canada.

Permettez-moi d’ajouter que nous déployons d’importants efforts dans le cadre du processus de récupération des actifs saisis à l’époque de l’Holocauste. J’étais fier de représenter le Canada lors de la conférence de Terezin, près de Prague, organisée il y a quatre ans, et d’encourager les pays d’Europe de l’Est qui ne s’étaient pas pleinement engagés dans le processus à enregistrer tous les actifs saisis durant l’Holocauste, et à trouver des moyens de restituer ces biens aux familles concernées. De plus, le mois dernier à Berlin, lors de la cérémonie lors de laquelle nous avons accepté la présidence de l’Alliance, nous avons aussi participé à la restitution d’une œuvre d’art datant de la Renaissance à la succession de Max Stern, célèbre propriétaire de galeries au Canada aujourd’hui décédé, philanthrope et réfugié juif-allemand.

Le Canada a appuyé diverses réunions intergouvernementales consacrées aux biens culturels datant de l’époque de l’Holocauste, et y a participé, comme je l’ai mentionné, notamment à la conférence de Terezin. De plus, en collaboration avec les musées et galeries du Canada, nous nous engageons à nous attaquer de front au problème du pillage des biens culturels à l’époque de l’Holocauste.

Par exemple, grâce à ses recherches, le Musée des beaux-arts du Canada a identifié parmi sa collection une peinture qui avait été saisie par les nazis en 1942 chez un Juif français. En 2006, la toile a été restituée aux descendants du propriétaire.

En 2007, le gouvernement a lancé une enquête sur le pillage des œuvres d’art à l’époque de l’Holocauste, œuvres qui font partie de collections publiques au Canada. Nous sommes en train de mettre à jour la base de données du Réseau canadien d’information sur le patrimoine; il sera ainsi plus facile de chercher de l’information sur l’origine des biens culturels.

Par ailleurs, c’est avec grand plaisir que j’annonce aujourd’hui, au nom de l’honorable James Moore, ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles, que notre gouvernement investira près de 200 000 $ afin de permettre aux musées canadiens de s’associer à un effort international de premier plan visant à déterminer la provenance des œuvres d’art datant de la période de l’Holocauste.

Grâce à ce nouveau financement, l’Organisation des directeurs des musées d’art canadiens, en collaboration avec six musées, va entreprendre des recherches et élaborer des lignes directrices sur les pratiques exemplaires, afin d’aider les musées canadiens à régler le problème du pillage des œuvres d’art par les nazis.

Nos travaux dans tous ces domaines visent des objectifs précis et vont se poursuivre.

Parce que notre pays est le symbole des valeurs démocratiques du pluralisme, et qu’il est un refuge pour les personnes persécutées, en tant que Canadiens, nous avons une obligation particulière : nous devons faire entendre clairement notre voix contre la haine, en particulier contre sa forme la plus tristement célèbre, à savoir l’antisémitisme. Je vous remercie tous pour votre collaboration, votre expertise, l’intérêt que vous nous avez témoigné et votre contribution, grâce auxquels la présidence canadienne de l’Alliance va non seulement renouveler l’engagement qu’a pris le Canada de tirer les enseignements de la Shoah, mais aussi garantir que cet essentiel travail de mémoire sera entrepris à l’échelle planétaire. Je vous remercie infiniment.

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