ARCHIVÉ – Notes en vue d’une allocution de l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme

À la mémoire de James Pon

Toronto, Ontario
Le 1er juin 2013

L’allocution prononcée fait foi

La vie de James Pon a de nombreux points communs avec l’histoire du Canada. Il s’agit de l’histoire d’un homme ayant surmonté d’énormes difficultés pour finalement réussir et prospérer, d’un immigrant ayant vaincu les préjudices, mais qui a aimé ce pays, qui a aidé à créer un Canada plus fort, a élevé une famille formidable et a fait d’innombrables contributions à ses compatriotes canadiens.

Il est remarquable de pouvoir se pencher sur la vie de James Pon. Il est arrivé au Canada à l’âge de cinq ans; imaginez-vous, il a traversé l’océan Pacifique pour arriver à Killam, en Alberta. Je connais Killam. Il s’agit d’une petite ville dure, située dans la région la plus difficile des Prairies. La vie dans cette ville était pénible pour tous, mais d’autant plus pour la seule famille d’origine chinoise en ville. Toutefois, comme nous le savons, à la suite de la construction du chemin de fer Canadien Pacifique, les nombreux Chinois travaillant au chemin de fer qui sont restés au pays et des milliers d’autres âmes vaillantes qui sont venues au Canada ont payé la taxe d’entrée et se sont établis dans les petites villes des Prairies canadiennes pour démarrer des entreprises et ouvrir des restaurants, des petits magasins et des buanderies; ces personnes ont souvent dû surmonter des difficultés qui sont considérées aujourd’hui comme des préjudices impensables.

En général, ces personnes se sont créé un cercle d’amis, ont bâti d’excellentes relations au sein de ces petites communautés, et ont travaillé assez fort pour créer quelque chose à partir de rien, comme l’a fait la famille de James. Comme James aimait me le rappeler chaque fois que je le voyais, il venait de l’Alberta, « là où les bisons sauvages se promènent », et il me racontait des histoires selon lesquelles à partir d’un très jeune âge, il avait travaillé terriblement fort au restaurant de son père et dans d’autres entreprises des régions rurales de l’Alberta.

Il a grandi au sein d’un Canada où les personnes d’origine chinoise n’étaient pas considérées comme des Canadiens égaux et à part entière. Bien sûr, il y avait des obstacles énormes et injustes à leur migration au Canada et, finalement, un obstacle juridique total au titre de la Loi d’exclusion des Chinois entre 1922 et 1947. Malgré ces obstacles, des personnes comme James n’ont même pas abandonné l’idée de rester au Canada, même si, dans un certain sens, le Canada, lui, les a abandonnées. Des personnes comme Douglas Jung, né en 1922, année où James a migré au Canada, qui a insisté pour se joindre aux Forces armées canadiennes lorsque les hostilités ont été déclenchées en 1939, mais qui n’a pas eu le droit de le faire; éventuellement, le gouvernement canadien a lâché prise en 1944 et a permis à un certain nombre de braves jeunes Canadiens d’origine chinoise de s’enrôler dans les Forces en vue de vaincre le fascisme outre-mer. Grâce à leur sacrifice, la Loi d’exclusion des Chinois a finalement été abrogée en 1947, et la citoyenneté a été accordée à tous les Canadiens d’origine chinoise.

Bien que James n’ait pas porté l’uniforme au service de notre pays, il est passé un peu par la même chose que Douglas Jung. Il a insisté pour servir notre pays en travaillant à l’usine De Havilland, où il était un innovateur très tenace ayant aidé à améliorer les bombardiers Mosquito, qui ont servi à gagner la guerre, travail pour lequel il a reçu la Médaille du Gouverneur général. Voilà donc l’esprit de James Pon. C’est l’esprit du Canada à son meilleur. Un homme à qui on a refusé la possibilité de servir son pays, mais qui n’a pas abandonné son pays et qui a insisté pour être au service de ses compatriotes canadiens. Malgré son espoir et son sens digne du service, malgré son patriotisme remarquable à l’égard d’un pays qui ne voulait pas lui accorder le droit de vote ou le droit de servir pleinement au sein de ses forces, James a quand même fait des sacrifices, pour lesquels il a obtenu une reconnaissance.

Ainsi, ce sont James et Douglas Jung, et toute une génération de femmes et d’hommes comme eux, qui nous ont donné la plus grande leçon de toutes : les droits et privilèges dont nous profitons, grâce à notre citoyenneté commune, nous sont octroyés en raison de nos responsabilités et de nos obligations. Ils se sont acquittés de ces responsabilités même dans un pays qui ne reconnaissait pas à juste titre leur contribution à ce moment.

James a continué de surmonter de considérables obstacles, à une époque où, selon ce que j’imagine, il était l’un des seuls Canadiens d’origine chinoise à recevoir le type d’éducation qu’il recevait, à être reconnu en tant qu’ingénieur professionnel, à travailler pour Énergie atomique du Canada à titre d’ingénieur en sciences nucléaires, à élever une famille et à conserver ce que tous ceux qui connaissaient James savaient être un optimisme contagieux, soit un espoir pour le futur. James n’a jamais oublié le passé, il n’a jamais oublié que s’il se tenait debout fièrement, c’est en raison des pionniers chinois qui l’avaient précédé, et c’est la raison pour laquelle il voulait les servir en instaurant des logements dignes pour personnes âgées au moyen de la Mon Sheong Foundation, dont il est le cofondateur, et la raison pour laquelle il voulait que le Canada reconnaisse la contribution essentielle des travailleurs chinois du chemin de fer dans l’établissement du fondement du Canada. Ces personnes ne pouvaient pas parler en leur propre nom. Elles ont été rayées de l’histoire du Canada. Lorsque l’on regarde la fameuse photographie sur laquelle on enfonce le dernier crampon de la voie ferrée, on n’aperçoit aucun de ces travailleurs chinois du chemin de fer, dont plusieurs ont payé de l’ultime sacrifice pour relier le Canada d’un océan à l’autre. James insistait toutefois pour que ces travailleurs ne tombent pas dans l’oubli. Il a insisté pour que nous honorions leur mémoire par l’entremise de la Foundation to Commemorate the Chinese Railroad Workers in Canada et, par la suite, par l’érection d’un monument, ici au centre-ville de Toronto. Il avait un autre rêve, qui est resté avec lui jusqu’à sa mort, et qui était d’établir un musée canadien en l’honneur des travailleurs chinois du chemin de fer. Nous espérons tous qu’un jour, son rêve se réalisera pleinement.

Bien sûr, James est devenu le porte-parole des Chinois qui devaient payer la taxe d’entrée. Il a été lui-même l’un des derniers survivants à payer la taxe d’entrée. Lorsqu’il a été en mesure de se déplacer à Ottawa sur le Train de la réparation, James a pris place dans la Chambre des communes en juin 2006 pour entendre le premier ministre prononcer officiellement les paroles de regret et d’excuses à l’intention des Canadiens d’origine chinoise pour la période de discrimination législative s’étant déroulée de 1885 à 1947. Au cours de cette période où nous tentions de trouver la meilleure façon de réparer les torts causés, j’ai travaillé étroitement avec James et plusieurs de ses collègues, et je peux vous assurer qu’il était toujours sage et optimiste et se voulait la voix de la dignité. Son approche à l’égard de la réparation n’était pas axée sur la discrimination. Il ne cherchait pas la condamnation de qui que ce soit. Il ne cherchait pas non plus à diviser les gens. Il voulait plutôt que les Canadiens apprennent de cette expérience d’injustice et qu’ils envisagent l’avenir de façon à reconnaître les sacrifices de ces pionniers chinois oubliés qui en ont tant fait pour ce pays. Je crois que son attitude humaine et empreinte d’espoir à l’égard de cet enjeu est ce qui nous a aidés à gérer une situation si difficile à accepter pour le Canada depuis des décennies. Effectivement, je me rappelle du sourire de James, de son sens d’humour contagieux et presque enfantin et de sa bienveillance et son optimisme, qui étaient présents chaque fois que je le rencontrais.

Vera, à toi et à ta famille, à Doug, Louise et Karen, et à tous les membres de votre grande famille, je tiens à exprimer, au nom du gouvernement du Canada, mes plus sincères condoléances. Pour tous ceux ayant connu James, ce fut un grand honneur d’avoir connu un homme d’une telle dignité et d’une telle force de caractère qui lui ont permis de triompher de l’adversité. Nous nous joignons tous à vous pour prier que son âme repose éternellement en paix.

Une photo du ministre Kenney et M. James Pon.

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