Analyse et application d’une typologie des communautés francophones en situation minoritaire (CFSM)

Les copies du rapport circonstancié sont disponibles sur demande à Research-Recherche@cic.gc.ca.

Sommaire

Cette recherche vise à identifier les critères les plus pertinents par rapport au mandat et aux objectifs de CIC quant à l’immigration francophone et quant à la vitalité des Communautés francophones en situation minoritaire (CFSM), et donc d’adapter les portraits des communautés habituellement proposés comme l’analyse de leur vitalité aux problématiques spécifiques soulevées par l’enjeu de l’immigration francophone. Pour y arriver, nous avons procédé à un examen approfondi de 6 communautés, de la manière dont celles-ci appréhendent le dossier de l’immigration, de leur capacité d’intégrer les nouveaux arrivants et d’inclure la diversité ethnique et culturelle dans leurs réflexions identitaires. Pour ce faire, nous avons procédé en trois temps :

  1. nous avons développé un portrait des Communautés francophones en situation minoritaire au Canada et une grille d’analyse de ces communautés adaptés aux problématiques de l’immigration francophone et à celle de la diversité culturelle.
  2. nous avons ensuite utilisé cette grille unique pour présenter un portrait contrasté de 6 communautés francophones en situation minoritaire : Moncton, Halifax, Ottawa, Winnipeg, Vancouver et Whitehorse.
  3. enfin, à partir d’une approche comparative de la vitalité qui tient compte à la fois des contextes dans lesquels évoluent les diverses CFSM et des différentes catégories d’immigrants francophones susceptibles de s’y installer, nous avons élaboré une typologie des communautés.

En tenant compte de trois catégories de critères (importance du contexte sociopolitique; importance du groupe linguistique au regard de la société dans laquelle elle s’insère; complétude institutionnelle et organisation), et en tenant plus particulièrement compte de la thématique de la diversité culturelle et de la problématique de l’accueil des nouveaux arrivants, il est possible de proposer une typologie des CFSM :

  Grande communauté Petite communauté
Grand centres Métropole cosmopolite  
Grande société Capitale nationale Grand centre anglophone
Société moyenne Centre urbain bilingue Centre régional
Petite société Grande communauté semi-urbaine Petite communauté semi-urbaine

Grande ou petite communauté

  1. La métropole cosmopolite : très grande société

    La métropole cosmopolite est caractéristique (en proportion) d’une petite communauté linguistique très intégrée dans une très grande société au sein de laquelle on retrouve une forte diversité linguistique et culturelle (cosmopolite) largement dominée par l’anglais, qui joue très clairement et de manière exclusive le rôle de lingua franca. Par ailleurs cette diversité culturelle n’est pas que le fait de l’immigration, mais de la présence ancienne de groupes culturels importants et visibles (grecs, italiens, juifs, chinois), de même que par la présence d’expatriés, d’immigrants temporaires ou d’étudiants internationaux. Le tissu économique est très ancré dans les réseaux internationaux (présence de multinationales, et de secteurs économiques largement mondialisés). Dans un tel contexte, la communauté francophone ne jouit que de très peu de visibilité, bien qu’elle puisse parfois, lorsque le nombre le justifie, développer une forme plus ou moins aboutie de complétude institutionnelle dans les secteurs les plus stratégiques. Par ailleurs, la communauté francophone est marquée par une très grande diversité culturelle à l’instar des grandes villes mondiales, de même qu’un flux migratoire plus important qu’ailleurs. De fait, la francophonie peut être « éclatée » entre plusieurs groupes distincts, ou plusieurs formes différentes de représentation : francophonie locale, canadienne, et internationale, ancrages nationaux distincts (Français, Suisses, Tunisiens). Cette situation est paradoxale s’agissant de l’immigration francophone, puisque d’une part elle fait de la société en question une société très attirante pour le nouvel arrivant (fort potentiel en matière d’emploi, d’insertion, d’offre de services, de promotion sociale) mais exige du même coup de la part des candidats à l’immigration soit une maîtrise de l’anglais, soit un déclassement en terme de statut socioprofessionnel. La situation idéale-typique de la métropole cosmopolite est Vancouver. On peut également y inclure Toronto.

Petites communautés

  1. Le grand centre anglophone : grande société, petite communauté

    Le grand centre anglophone est caractérisé par la présence de l’anglais, tout aussi importante que dans les métropoles cosmopolites, et qui joue là aussi le rôle de lingua franca de manière monopolistique. Ceci étant, la vocation du grand centre est plus national ou régional qu’international. Il existe dès lors une diversité linguistique et culturelle, mais bien moindre et d’une nature différente que dans les métropoles cosmopolites. Le tissu économique repose sur des dynamiques plus locales, bien que plusieurs secteurs puissent également s’inscrire dans des dynamiques plus internationales. Dans un tel contexte, la petite communauté francophone jouit, là aussi, de très peu de visibilité, en dépit d’une forme de complétude institutionnelle qui peut être forte, notamment dans le domaine clé de l’enseignement, mais aussi dans celui du développement économique, dépendamment du nombre de francophones présent. C’est également une francophonie plus nationale ou locale, et généralement moins marquée par la diversité culturelle que dans les métropoles cosmopolites et disposant de marqueurs identitaires plus forts, plus anciens et plus ancrés dans l’histoire locale (en particulier en Atlantique). Ceci se reflète notamment dans la répartition de la population de langue française ou dans la toponymie et la présence de lieux de mémoire communautaires visibles. Ces grands centres, de par leur dynamisme économique parviennent à attirer, certes dans une moindre mesure, les immigrants, avec les mêmes défis linguistiques qui peuvent se poser pour les immigrants francophones s’agissant de la maitrise de l’anglais. Ces immigrants francophones sont également parfois confrontés à une communauté francophone plus visible, mais également parfois plus homogène culturellement. Les situations idéales-typiques du grand centre anglophone sont Winnipeg et Halifax. On pourrait également y inclure Edmonton ou Calgary.

  2. Le centre régional : société moyenne, petite communauté

    A la différence du grand centre anglophone, la vocation de ce centre est plus régionale et/ou provincial. Parfois centre administratif ou centre économique important, il se caractérise par une population de taille moyenne et la présence d’une petite communauté francophone. Souvent éloigné des grands centres, la présence de la diversité culturelle est plus faible qu’ailleurs. Dans ces contextes, la communauté francophone a plus de difficulté à offrir un certain nombre de services en français, et peine à être bien visible. Les villes de Saint Jean (Nouveau-Brunswick), Fredericton ou Saint John’s pourraient correspondre à cette catégorie. Dans ce contexte, l’accueil des immigrants francophones constitue à la fois une nécessité, mais également un défi, notamment au niveau de la maitrise de l’anglais.

  3. La petite communauté semi-urbaine

    Il s’agit d’une catégorie très contrastée. Dans ce contexte, la communauté francophone se trouve bien souvent éloignée des grands centres. Sa petitesse ne l’empêche pas parfois de pouvoir disposer d’une bonne visibilité, à travers notamment le dynamisme de sa vie communautaire et sa capacité à assurer une forme de complétude institutionnelle. S’agissant de la présence de la diversité, là aussi les situations peuvent être très variables, en fonction notamment du dynamisme économique de la région et son attractivité. Les défis rencontrés par la communauté sont souvent également ceux de la société dans laquelle elle évolue. Une situation idéale-typique de ce type de communauté est Whitehorse. On pourrait également y inclure Iqaluit, Yellowknife, ou Sydney.

Grandes communautés

  1. La Capitale nationale

    Un seul cas correspond à la configuration d’une grande société et d’une grande communauté : c’est la région d’Ottawa-Gatineau. De par sa situation géographique et notamment sa proximité avec le Québec, de par son statut de capitale nationale, cette région permet à la communauté francophone de disposer d’une meilleure visibilité qu’ailleurs, et d’une vitalité particulière à travers le dynamisme de la francophonie québécoise proche. Par ailleurs, c’est également à Ottawa qu’on retrouve nombre d’organismes franco-ontariens. Centre administratif de premier plan, la région est également caractérisée par un tissu économique diversifié qui en fait une région attirante pour les immigrants, et en particulier pour les immigrants francophones qui sont très nombreux à s’y installer.

  2. Le centre urbain bilingue

    Là aussi, un seul cas correspond à cette configuration : il s’agit de Moncton. La région dispose d’un bon dynamisme économique, avec un des taux de croissance les plus importants au pays d’un point de vue sociodémographiques. Son économie de plus en plus diversifiée en fait un centre de plus en plus attractif pour les immigrants, en dépit d’un taux d’immigration encore assez faible. La communauté francophone dispose d’une meilleure visibilité qu’ailleurs au pays, de par la présence de la Ville de Dieppe, très majoritairement francophone, mais également d’une forte proportion de francophones à Moncton même. La communauté francophone jouit par ailleurs d’une très forte complétude institutionnelle dans tous les domaines stratégiques, y compris dans l’accueil des immigrants francophones.

  3. La grande communauté semi-urbaine (petite société, grande communauté)

    Ce contexte correspond à des régions éloignées des grands centres, mais situées dans des régions où la présence des francophone est à la fois forte (sinon majoritaire) et ancienne. De par leur caractère souvent périphérique, ces régions connaissent des difficultés quant à leur dynamisme économique. La réalité sociodémographique se traduit souvent par une forte migration de la main d’œuvre vers des centres urbains plus prometteurs en terme d’emploi. Cependant, la communauté francophone est souvent très bien organisée et plus autonome, avec un niveau de complétude institutionnel plus poussé en dépit d’une tendance à une raréfaction des services notamment dans les secteurs de la santé ou du développement économique. Dans un tel contexte, le recrutement, mais également l’accueil et surtout la rétention des immigrants francophones s’avère stratégique, en dépit des défis locaux qu’il pose (faiblesse des moyens, infrastructures difficilement pérennes, marché de l’emploi peu propice). Dans ces contextes, la diversité culturelle est souvent faible, en dépit d’un accueil souvent plus étroit et chaleureux. Il serait possible d’inclure dans cette catégorie les cas d’Edmundston, de la Péninsule-Bathurst, ou de Sudbury.

Recommandations

  1. Nous pensons que CIC doit chercher à tenir compte tout à la fois de la dimension quantitative et qualitative des communautés et de la diversité des clientèles immigrantes. La problématique de l’immigration francophone reste assez récente pour les communautés francophones, et l’analyse de plusieurs de ces communautés en situation minoritaire démontre bien des spécificités et des singularités propres à chaque communauté (tant en terme d’atouts que de défis). De plus, l’installation d’immigrants francophones peut avoir un impact positif ou négatif, important ou secondaire, déterminant ou accessoire (quantitatif). Il est également important d’aller plus en profondeur dans l’analyse de l’impact de l’immigration au sein des CFSM, notamment par un inventaire exhaustif de la participation économique et sociale des immigrants au sein des CFSM. Pour y arriver, il faut tenir compte des différentes catégories de migrants s’installant et de la marge de manœuvre que les institutions (fédéral provinces/territoires) et les organismes communautaires se donnent dans le recrutement, l’accueil, l’installation et la rétention des immigrants. Enfin, il faut également être en mesure de mieux évaluer la vigueur économique des différents lieux (penser à ce niveau à des comparaisons internationales aux États-Unis et en Europe) (Norman, 2013).
  2. La dynamique de l’immigration francophone au sein des CFSM passe par un appui et un renforcement des structures de gouvernance collaboratives, comme les PLI et les réseaux en immigration francophones. CIC pourrait insister en ce qui concerne les points de rencontre entre immigrants francophones et communautés francophones, et surtout au niveau de l’immigration économique et du rôle des employeurs. Aussi, les communautés doivent développer des relations avec des pays francophones en partenariat avec des intervenants légitimes, par exemple, les établissements post-secondaires.
  3. Le dossier de l’immigration francophone s’est consolidé au fil des ans, par une implication communautaire et la mise en place de réseaux francophones autour des organismes provinciaux portes paroles. Il faut bien comprendre ici que le réseau en immigration ne fonctionne pas seulement à partir d’une localité, mais d’un territoire plus étendu. Ses activités sont étendues à une province ou territoire. L’intérêt serait de penser la communauté à partir du concept de grappe économique ou culturelle (Chiasson et Allain, 2012), c’est-à-dire de prendre en compte l’environnement global dans lequel ces communautés s’insèrent, de même que les liens sociaux, culturels et économiques qui la caractérisent. Il s’agit de raisonner en terme de configuration, de situations singulières, plutôt que de manière simplement quantitative. Dans sa réponse aux communautés, CIC doit privilégier une démarche partenariale au sein de laquelle les organismes des CFSM, les bureaux de CIC et les experts en immigration francophones définissent qualitativement les besoins, les contraintes et les opportunités, en fonction des paramètres propres à chaque communauté, et des besoins propres à chaque type de population immigrante/catégorie d’immigrants.
  4. Le développement de la capacité institutionnelle des CFSM en matière d’immigration doit également se situer dans une vision nationale de l’immigration. Depuis 2008, le Canada développe des politiques d’immigration plus économiques, et celles-ci doivent impliquer les CFSM. Par conséquent, les CFSM ne doivent pas travailler le dossier de l’immigration en silo. Elles doivent s’inscrire dans un cadre plus large, notamment dans une logique de relation avec la communauté majoritaire. Il s’agit de décloisonner le dossier de l’immigration, ce qui demeure un enjeu identitaire important dans certaines communautés longtemps habituées au discours de la défense des acquis.
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