Composition par âge des groupes d’immigrants dans l’Enquête sur la population active

Eden Crossman
Recherche et évaluation
Citoyenneté et Immigration Canada
Octobre 2012

La population immigrante dans l’Enquête sur la population active (EPA), lorsqu’on la regroupe selon le nombre d’années passées au Canada (immigrants très récents, nouveaux immigrants et immigrants établis), de Statistique Canada est un groupe qui « fluctue » dans le temps, ce qui complique l’analyse de l’expérience de ce groupe sur le marché du travail au fil du temps. Dans la mesure où l’analyse suit des cohortes de groupes d’immigrants chaque année (p. ex. nouveaux immigrants en 2008, nouveaux immigrants en 2009), il existe un roulement de la population, ou ce que l’on pourrait qualifier de problème de « mobilité vers l’intérieur et l’extérieur du groupe ». Cela dit, de telles comparaisons n’éliminent pas complètement les écarts entre les facteurs fondés sur le « nombre d’années écoulées depuis l’établissement », étant donné les changements qu’a subis la composition de la population des cohortes avec le temps. L’objectif de la présente étude est d’examiner la composition par âge de la population dans chacun des trois groupes d’immigrants de l’EPA afin de mieux comprendre qui fait partie de chacun de ces groupes et, par conséquent, comment les résultats sur le marché du travail de ces groupes évoluent au fil du temps. En outre, l’étude cherche à mieux comprendre la contribution des nouveaux arrivants plus jeunes sur le marché du travail à la population des immigrants établis. L’analyse ainsi obtenue fait ressortir à quel point il est important de tenir compte des changements propres au sexe et à l’âge dans la population et la main d’œuvre au moment d’évaluer les tendances des indicateurs de rendement sur le marché du travail des immigrants à l’aide de l’EPA.

Les avis et opinions exprimés dans le présent document sont ceux de l'auteur et ne sont pas nécessairement ceux de Citoyenneté et Immigration Canada ou du gouvernement du Canada.

Les copies du rapport circonstancié sont disponibles sur demande à Research-Recherche@cic.gc.ca.


Sommaire

À l’aide des données annuelles tirées de l’Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada pour les années allant de 2006 à 2010, le présent document examine la manière dont la situation sur le marché du travail des groupes d’immigrants subit l’incidence de la dynamique de l’âge et de la population sous-jacente, en utilisant la population née au Canada à titre de référence. Dans le présent document, nous avançons que la composition par âge de la population combinée au type d’immigrants (p. ex. très récents – ceux qui vivent au Canada depuis moins de cinq ans; nouveaux – ceux qui vivent au Canada depuis cinq à dix ans; et établis – ceux qui vivent au Canada depuis plus de dix ans) peut jouer un rôle plus important qu’on le croit habituellement dans l’orientation des tendances observées des résultats sur le marché du travail des immigrants au Canada. Étant donné la manière dont les populations immigrantes sont calculées dans l’EPA, les caractéristiques de ces populations (surtout dans le cas des immigrants très récents et des nouveaux immigrants) peuvent changer considérablement d’une année à l’autre. Cela s’explique par le fait qu’une tendance observée des résultats sur le marché du travail pour l’un des trois groupes d’immigrants dans l’EPA pourrait être attribuable à des changements individuels de la situation sur le marché du travail ou au fait que de nouvelles personnes s’ajoutent à la population ou en sortent. Tout spécialement, nous avançons que les résultats sur le marché du travail des groupes d’immigrants subissent l’incidence : 1) du roulement de la population, qui entraîne un manque de stabilité de la population source selon le groupe d’âge pour tous les types d’immigrants (ainsi, contrairement aux personnes nées au Canada, on ne peut établir de structure par âge pour ces groupes qui puisse ensuite être observée afin d’intégrer des prévisions dans la population au fil du temps : d’une année à l’autre, toute une cohorte de membres d’âge varié entre dans la catégorie des immigrants très récents et des nouveaux immigrants et en sort, et toute une cohorte entre dans la catégorie des immigrants établis); 2) de la possibilité qu’il existe un lien moins prononcé entre les fluctuations de la part de la population et de la main-d’œuvre par âge, pour un ensemble donné de conditions économiques, pour les groupes d’immigrants comparés aux personnes nées au Canada (étant donné les effets exceptionnels de l’arrivée, de l’intégration, de la cohorte et de l’âge au moment de l’immigration). Par conséquent, il faut être très prudent lorsqu’on utilise les données de l’EPA pour décrire les conditions du marché du travail pour les immigrants, surtout en raison des fluctuations de la population.

L’élément moteur de la présente recherche vient des constatations tirées des données de l’EPA, selon lesquelles, chez certains groupes d’immigrants, tout spécialement les immigrants établis, l’emploi a progressé lors de la dernière récession (de 2008 à 2009), ce qui donne à penser que ces groupes avaient une résilience particulière sur le marché du travail. Pour examiner cette question, il faut modéliser les facteurs déterminants de chaque population source, puis analyser l’importance de la dynamique de la population sous-jacente pour les mesures des résultats sur le marché du travail, avant d’établir des liens avec les conditions du changement. Le tout doit être suivi d’un examen empirique des résultats des immigrants sur le marché du travail dans le contexte de ces conditions du changement, en insistant sur le dernier ralentissement économique. Dans tous les groupes sauf deux (femmes immigrantes très récentes âgées de 20 à 24 ans et nouvelles femmes immigrantes âgées de 45 à 49 ans), on ne constate pas de gains d’emploi chez les immigrants lors de la dernière récession (définis comme un recul du taux de chômage). Au contraire, le roulement de la population, ou les « fluctuations », et les mouvements de la population active correspondants constituaient l’un des facteurs clés des gains d’emploi observés pendant la période de récession, et non l’activité économique. 

Motivée par cette constatation, l’analyse utilise les résultats des tableaux « cohorte-période-âge » pour examiner la stabilité des populations sources immigrantes et celles nées au Canada, selon l’âge et le sexe. Dans l’ensemble, on a établi que les populations immigrantes de l’EPA affichaient peu de stabilité selon le groupe d’âge et le sexe (déterminée au moyen des grandes fluctuations annuelles de la part de la population selon la catégorie d’âge). En fin de compte, une bonne partie des gains d’emploi observés au cours de la dernière récession chez les immigrants établis était attribuable au poids des mouvements des groupes d’âge de la population (et au poids de la main-d’œuvre correspondante) qui, à son tour, est un phénomène découlant de la combinaison de l’âge moyen au moment de l’établissement (environ 30 ans) et de la définition des immigrants établis (ceux qui vivent au Canada depuis plus de 10 ans). Tout spécialement, une bonne partie de la croissance de l’emploi des immigrants établis pendant la récession est attribuable aux femmes des groupes d’âge de plus de 40 ans – groupes d’âge qui risquent peut-être d’être moins touchés par le ralentissement économique que leurs homologues plus jeunes.

Un aspect pertinent de l’analyse consiste à examiner la contribution des sous-catégories plus jeunes aux groupes d’immigrants établis, puisqu’on pourrait s’attendre à ce que leur expérience sur le marché du travail diffère de celle des immigrants très récents et des nouveaux immigrants, et peut-être qu’elle se rapproche davantage de celle des personnes nées au Canada. Si tel est le cas, la taille et l’incidence de ce groupe sur les résultats économiques des immigrants établis doivent être prises en compte au moment d’interpréter les résultats sur le marché du travail. On constate que les femmes et les hommes immigrants établis affichent des fluctuations de la population relativement importantes à l’extrémité inférieure du groupe des personnes d’âge actif. Si l’on revient à la prémisse voulant que les immigrants établis d’âge actif soient tout particulièrement touchés par la situation des immigrants établis plus jeunes, les constatations ayant trait aux fluctuations annuelles de la part de la population selon le sexe et l’âge de 2006 à 2010 permettent de penser que les immigrants âgés de 25 à 29 ans jouent un rôle capital dans les résultats globaux. En outre, le comportement des jeunes immigrants établis (âgés de 15 à 24 ans) sur le marché du travail semble être le reflet de celui de leurs homologues nés au Canada – c’est-à-dire qu’ils restent à l’extérieur du marché du travail (probablement pour poursuivre leurs études) au moment d’un ralentissement économique. Dans l’ensemble, il y a lieu de croire que l’incidence des groupes plus jeunes sur les mesures des résultats sur le marché du travail des immigrants établis s’accroît et qu’elle mérite d’être étudiée dans d’autres analyses.

Par conséquent, la principale conjecture de la présente analyse est la suivante : le rendement des immigrants sur le marché du travail subit exceptionnellement l’incidence de leurs populations sources, qui se comportent différemment des personnes nées au Canada étant donné la taille de la population, la structure d’âge et la mobilité de la population vers l’intérieur et l’extérieur. En outre, le comportement de chaque groupe d’immigrants sur le marché du travail subit tout particulièrement l’incidence de son âge, notamment son âge au moment de son établissement, de même que de l’endroit où se situe un immigrant au moment de son « entrée » et de son « intégration » dans la main-d’œuvre canadienne. Les fluctuations annuelles connexes de la part de la population par rapport à celles de la main-d’œuvre selon le type d’immigrant dans l’EPA donnent à penser qu’il existe une différence dans le comportement des cohortes d’immigrants sur le marché du travail selon l’âge et le sexe et comparativement aux personnes nées au Canada.

Le profil démographique de la population née au Canada est bien documenté et on en comprend bien l’impact sur la main-d’œuvre. Il n’est donc pas étonnant de voir des constatations telles que des gains d’emploi à l’extrémité plus vieille du groupe d’âge de cette population et d’autres indicateurs du marché du travail sont pris en compte pour évaluer la situation de ces groupes sur le marché du travail. Par exemple, la génération du baby-boom a une grande incidence sur le marché du travail canadien et les gains d’emploi constatés en 2009 sont le résultat d’un « effet d’anniversaire » – une génération importante vieillit et entre dans les catégories d’âge, ce qui se répercute sur les niveaux d’emploi et la population active en général. Par conséquent, il faut des indicateurs complémentaires du marché du travail pour confirmer si les résultats de l’emploi sont l’aboutissement du roulement de la population ou de l’activité économique. En outre, on reconnaît la présence des générations ultérieures (les cohortes issues de l’effondrement de la natalité et des « écho-boomers ») et, à mesure que la génération du baby-boom sort du marché du travail, la contribution démographique de chacun de ces groupes aux résultats sur le marché du travail doit venir au premier plan des analyses de la population active.

Jusqu’à maintenant, peu de tentatives ont été faites pour comprendre la mobilité des populations sources et les indicateurs connexes de la population active qui sont tirés de l’EPA pour les immigrants très récents, les nouveaux immigrants et les immigrants établis, alors qu’un si grand nombre de facteurs sont en jeu. La composition par âge et le niveau d’immigration qui, tous deux, peuvent fluctuer chaque année, dictent en fin de compte le profil des populations sources sous-jacentes; on ne peut nier cet état de fait, pas plus que les tendances bien documentées de l’activité (p. ex. entrée, intégration, cohorte et âge au moment de l’établissement) lorsqu’on analyse leurs résultats sur le marché du travail dans les données de l’EPA. Même si la répartition de la population immigrante dans des groupes fondés sur le nombre d’années écoulées depuis l’établissement est une manière de tenir compte de ces effets, l’expérience de la dernière récession économique a fait ressortir la nécessité de prendre en compte les mouvements de la main-d’œuvre et de la population sous-jacente lorsqu’on examine les résultats économiques à l’aide de l’EPA. Par exemple, les immigrants très récents et les nouveaux immigrants constituent un groupe bien plus jeune que les personnes nées au Canada et les immigrants établis et leurs résultats sur le marché du travail sont en partie le reflet de cette structure d’âge (les populations sources des immigrants très récents et des nouveaux immigrants sont également moins stables à l’extrémité plus vieille du groupe d’âge, surtout en raison de leur petit nombre). De plus, les résultats sur le marché du travail des immigrants établis subissent largement l’incidence des personnes âgées de plus de 40 ans, en raison de l’âge moyen au moment de l’établissement et de la définition des immigrants établis, soit des personnes qui vivent au Canada depuis plus de 10 ans (la population source des immigrants établis est moins stable à l’extrémité plus jeune du groupe d’âge, surtout en raison de leur petit nombre). Cela dit, l’analyse dans le présent document donne à penser que les groupes plus jeunes exercent de plus en plus d’incidence sur les résultats sur le marché du travail des immigrants établis, qui découlent de la croissance des niveaux d’immigration depuis les années 1990.

Selon cette analyse, il est important de tenir compte de la composition par sexe et âge et des changements dans la population et la main-d’œuvre au moment d’évaluer les tendances des mesures des résultats sur le marché du travail chez les immigrants. Lorsqu’on la regroupe selon le nombre d’années passées au Canada (immigrants très récents, nouveaux immigrants et immigrants établis), la population immigrante est une population « changeante », ce qui complique l’analyse de l’expérience de ce groupe sur le marché du travail. Dans la mesure où l’analyse suit la cohorte des groupes d’immigrants chaque année (p. ex. immigrants établis en 2008, immigrants établis en 2009), il existe un roulement de la population, ou des problèmes de mobilité vers l’intérieur et l’extérieur. Cela dit, de telles comparaisons n’éliminent pas complètement les écarts entre les facteurs fondés sur le « nombre d’années écoulées depuis l’établissement », en raison des changements qu’a subis la composition de la cohorte au fil du temps. Alors, comment peut-on faire pour mieux comprendre les résultats sur le marché du travail des immigrants très récents, des nouveaux immigrants et des immigrants établis en l’absence d’une structure démographique prévisible et de comportements sur le marché du travail qui peuvent parfois différer de ceux des personnes nées au Canada? La réponse consiste à examiner les résultats des immigrants sur le marché du travail dans le contexte de l’ensemble des immigrants de l’EPA, selon le type et les mouvements de la structure d’âge et de la population sous-jacente, et de tenir compte de nombreux indicateurs du marché du travail (population active, emploi, chômage, ainsi que taux d’activité, d’emploi et de chômage) et de leurs conditions de changement, au lieu d’examiner simplement les fluctuations des niveaux.

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2017-10-16