Femmes immigrantes d’expression anglaise non fonctionnelles en français nouvellement arrivées au Québec : accès aux services en matière d’accueil, d’établissement et d’intégration

Rapport sommaire

Décembre 2015M

Chercheure : Yasmina Chouakri

Questionnaires et traduction : Francine Brassard, Fahimeh Ardekani, Yasmina Chouakri

Recensement et appels organismes : Francine Brassard, Fahimeh Ardekani, Yasmina Chouakri

Entrevues : Fahimeh Ardekani, Yasmina Chouakri

Revue de la littérature : Yasmina Chouakri, Ludmia Garraud

Profil démographique et socioéconomique : Mounia Chadi, Yasmina Chouakri

Sommaire

Nous avons voulu vérifier si les femmes immigrantes d’expression anglaise nouvellement arrivées et non fonctionnelles en français, bénéficiaient adéquatement des programmes et services offerts par les organismes membres de la TCRI, qui découlent des champs de responsabilité du Québec, mais également des services offerts par les autres organismes d’autres secteurs qui intéressent directement ces femmes.

Pour le faire, nous nous sommes intéressés à l’offre de services des organismes membres de la TCRI qui représentent des « portes d’entrée » pour les nouveaux arrivants. Soit, le secteur de l’accueil, l’établissement et l’intégration des personnes immigrantes et réfugiées et enfin, celui de l’employabilité, même si nous avons tenu compte d’autres types d’organismes. En l’occurrence, des organismes de femmes qui, bien que relativement importants en nombre n’étant pas considérés, à quelques exceptions prèsFootnote 1, comme des portes d’entrée des nouvelles arrivantes.

Sur le plan linguistique, il ressortait que 86,21% des organismes membres de la TCRI assurant l’accueil, l’établissement et l’intégration des nouveaux arrivants ayant répondu au sondage, offrait également leurs services en anglais, 100% des organismes assurant des services aux réfugiés disaient le faire également, alors qu’en employabilité 33% disaient l’assurer. Pour ce qui est de l’ensemble des organismes membres ayant répondu au sondage, 72,43% affirmaient offrir également leurs services en anglais.

Du côté des 33 femmes immigrantes d’expression anglaise interviewées à Montréal, Laval, Québec et Gatineau qui n’avaient pas encore une connaissance fonctionnelle du français, arrivées depuis deux ans ou moins au Québec, elles étaient originaires de pays et de communautés diversifiés, de statuts d’immigration différents et de niveau d’anglais variés.

De 2004 à 2013, le Québec avait accueilli un effectif de 193 123 femmes immigrées multilingues (strate de 15 ans et +). De ce nombre, 42 053 femmes avaient été admises au Québec selon leurs connaissances de l’anglais seulement, soit 21,7% du total des femmes immigrées (strate de 15 ans et +).

Statistiquement, les femmes immigrées connaissant seulement l’anglais n’ont pas toutes les mêmes statuts d’immigration et immigrent pour diverses raisons. En effet, un total de 19 087 femmes anglophones arrivées au Québec pour cause d’immigration économique, soit 12,09 % ; (strate de 0 et + pour un effectif de 242 282 femmes immigrées multilingues) ; 15 766 sont parrainées, c’est-à-dire qu’elles sont arrivées par regroupement familial et 5 941 d’entre elles sont des réfugiées, soit 21% de l’effectif susmentionné.Footnote 2

Chez les immigrants de PLOP anglaisFootnote 3, 26 % des femmes et 31 % des hommes ont un baccalauréat ou un grade universitaire de niveau supérieur.Footnote 4 Notre échantillon dépassait ce pourcentage puisque 75,76% des femmes interviewées avaient un niveau universitaire et que comparativement, 75,76 % d’entre-elles étaient sans emploi.

Parmi les femmes interviewées, si certaines n’avaient pas commencé ou suivi des cours de francisation, les raisons étaient diverses. Elles invoquaient, pour certaines, le manque de disponibilité, le fait qu’elles viennent d’arriver depuis peu de temps ou un retour aux études. Pour d’autres, cela ne leur paraissait pas important et elles préféraient se trouver d’abord un emploi, améliorer leur anglais ou pensaient que le français était trop difficile. Enfin, certaines avaient une perception négative de la francisation ou leur statut d’immigration ne leur permettait pas d’accéder au programme de francisation.

Les défis majeurs cités par les femmes interviewées qui avaient suivi ou suivaient des programmes de francisation, étaient de se trouver un emploi. Les autres difficultés citées étaient qu’elles s’y sentaient « ghettoïsées », le manque de lieux de pratique et de perfectionnement du français, les problèmes causés par des niveaux diversifiés dans les classes de cours et enfin une difficile communication dans la société d’accueil.

Bien que la majorité ait affirmé être satisfaite des services reçus, elles devaient faire face à des défis sur le plan linguistique et socioéconomique à la fois. À Montréal et Laval elles ont insisté sur les obstacles à l’emploi liés à la langue française et …anglaise pour certaines, l’accès aux services d’employabilité, la difficulté à trouver un emploi, la déqualification professionnelle, l’isolement et la perte d’estime de soi, le manque d’information, l’impact de certains statuts d’immigration, le manque de ressources et la mauvaise perception des immigrants.

Pour l’ensemble des participantes rencontrées, les défis sur le plan économique sont liés aux obstacles d’apprentissage de la langue française et la maîtrise suffisante de l’anglais pour certaines, la précarité économique, l’accès aux services d’employabilité qui ne sont pas tous disponibles en anglais et la difficulté à trouver un emploi dans le même temps. S’ajoutent d’autres contraintes, dont la déqualification professionnelle, l’isolement et la perte de l’estime de soi, le manque d’information et de communication, le statut d’immigration pour certaines qui affecte leur accès à certains services, le manque de ressources et la mauvaise perception des immigrants.

Par ailleurs, plusieurs expériences positives et pratiques exemplaires ont été citées, notamment sur le plan de l’intégration sociale favorisée pour certaines par le rôle de la communauté d’origine, l’accueil et l’ouverture, l’entraide et l’aide aux familles et aux enfants au sein de la société d’accueil. Le sentiment de sécurité découlant des droits et des valeurs d’égalité entre les femmes et les hommes, la possibilité d’apprentissage par un retour aux études ou à l’apprentissage du français, la confiance en soi, la découverte d’une nouvelle culture et l’accès à des activités culturelles étaient perçues comme autant de moyens de développement personnel et de possibilité de choix et de liberté appréciée.

Sur le plan économique et malgré les défis rencontrés, l’espoir de trouver un emploi après la levée de certains obstacles, reste grand et la possibilité d’accéder à un Programme permettant d’acquérir une première expérience de travail, y compris hors du domaine de compétence, et d’intégrer un milieu de travail donne encore plus l’espoir.

Un fait indéniable ressort dans cette recherche, la double contrainte des femmes à devoir apprendre le français et se trouver un emploi pour sortir d’une situation économique précaire combinés aux responsabilités familiales constitue un défi énorme. Trouver un moyen de permettre un accès à la francisation tout en favorisant l’accès à un emploi ou aux services en employabilité rendrait la vie moins difficile aux femmes immigrantes d’expression anglaise mais aussi aux femmes immigrantes qui ne sont ni d’expression anglaise, ni d’expression française.

En matière de recherche sur la communauté immigrante anglophone au Québec, les questions les plus abordées sont liées la définition de la communauté d’expression anglaise et sa diversité, les besoins spécifiques liés notamment au vieillissement, aux aînés et aux jeunes de ces communautés, mais rarement aux femmes. Cependant, certains constats ressortent dans certaines publications portant sur l’intégration socioéconomique des femmes immigrantes ne maîtrisant ni le français ni l’anglais ou seulement l’une des deux relativement aux obstacles à l’intégration liés à la langue et à l’emploi. Il semble que certains éléments soient communs mais des recherches plus approfondies pourraient démontrer des différences.

Nous questionner sur les difficultés d’accès à l’emploi des immigrantes d’expression anglaise nouvellement arrivées, nous a amené également à nous demander si cela était dû, plus au fait qu’elles sont d’expression anglaise ou plus au fait qu’elles sont nouvellement arrivées? Cette question pouvant être d’un grand intérêt et l’objet d’une recherche plus approfondie.

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