Modélisation des stratégies et pratiques des ONG et des associations favorisant l’accueil et la rétention dans les CLOSM à Edmonton et Sherbrooke

Les copies du rapport circonstancié sont disponibles sur demande à Research-Recherche@cic.gc.ca.

Sommaire

Dans le cadre de la Feuille de route pour les langues officielles du Canada (2013-2018), ce projet de recherche a été conçu pour participer à l’intégration des immigrants dans les communautés de langues officielles en situation minoritaire (CLOSM).

Pour cela, la recherche vise à modéliser les stratégies et pratiques d’accueil et d’intégration des immigrants mises en œuvre par les ONG et associations à l’œuvre dans les CLOSM anglophone et francophone de 2 villes: Edmonton pour les communautés francophones et Sherbrooke pour les communautés anglophones. L’approche ethnographique, contextualisée et compréhensive des pratiques et stratégies de ces organismes a pour objectifs :

  • de mieux comprendre leurs apports pour les communautés locales,
  • de saisir comment elles favorisent les partenariats et la concertation tout en tenant compte du tissu local et des organisations tant formelles qu’informelles,
  • d’offrir un éclairage nouveau pour la mise en œuvre de politiques, programmes et mesures localement pertinentes et efficaces.

Par contre, le contexte socio-politique des deux villes et CLOSM permet aussi de voir des enjeux spécifiques. À Edmonton, la question des jeunes, de l’éducation et des minorités noires est prioritaire du fait de la présence importante de ces jeunes et de problèmes qui peuvent être liés à leur parcours migratoire de violence et d’insécurité. C’est au sein de la communauté francophone qu’il faut travailler l’ouverture à la différence et l’accueil des nouveaux arrivants. Les organismes sont une porte d’entrée majeure pour cela. À Sherbrooke, l’isolement de la communauté anglophone par rapport à la communauté locale francophone est majeur et la question de l’intégration des immigrants par la communauté anglophone met de l’avant la nécessité du bilinguisme et des partenariats entre les deux communautés francophone et anglophone. En Alberta, les francophones sont clairement identifiés comme une communauté de langue minoritaire ce qui n’est pas le cas au Québec. Ce statut reconnu ou non de minorité a un impact sur les services mis en œuvre pour les immigrants. IL est plus facile de développer et financer ces organismes dans le CLOSM francophone d’Edmonton que dans le CLOSM anglophone de Sherbrooke. L’éducation des jeunes en français représente à la fois un enjeu et une ressource pour le CLOSM d’Edmonton, en particulier avec la revitalisation des écoles francophones alors que la loi 101 au Québec ne permet pas aux écoles anglophones d’être une porte d’entrée dans la communauté pour les immigrants. Ce sont les institutions d’éducation post-secondaire qui y jouent ce rôle. . À Edmonton, les organismes d’accueil et d’intégration des immigrants dans la communauté francophone sont financés en partie par les gouvernements fédéral et provincial. À Sherbrooke, les organismes francophones d’accueil des immigrants sont présents et financés en grande partie par le gouvernement provincial, mais il n’y a pas d’organisme anglophone dédié à cette question. Ainsi, les organismes anglophones qui se préoccupent des immigrants le feront toujours en les mêlant à leur population anglophone locale traditionnelle ce qui peut représenter aussi une opportunité d’intégration locale. Dans le cas albertain, la volonté politique d’intégrer des immigrants francophones à la communauté est vue comme légitime et elle ne l’est pas pour la communauté anglophone du Québec ce qui a un impact majeur sur la visibilité et le développement des organismes, mais aussi sur le regard porté, tant au sein du CLOSM qu’à l’extérieur, sur la vitalité communautaire et sur la place que peut y prendre l’immigration.

De manière comparative, on note que la communauté anglophone de Sherbrooke est beaucoup plus dépendante que le CLOSM d’Edmonton des services et organismes majoritaires en ce qui concerne l’accueil et l’intégration des immigrants. Cette dépendance rend les partenariats entre les communautés indispensables et leur carence ressort comme un enjeu majeur. Dans le cas de Sherbrooke, les différences au niveau du financement des organismes anglophones et de ceux de la majorité francophone sont aussi un élément de différenciation important qui, parfois, empêchent ou limitent les partenariats. Les représentants des organismes des deux communautés doivent être plus proactifs pour mettre en œuvre des partenariats. Dans le cas d’Edmonton, les financements sont plus semblables entre les deux communautés francophones et anglophones : Citoyenneté Immigration Canada, Patrimoine Canada et Secrétariat aux langues officielles, Gouvernement provincial et Gouvernements municipaux. Plus encore, les financements encouragent les partenariats intra et intercommunautaires, essentiellement entre les communautés anglophone et francophone, ce qui représente sans aucun doute une stratégie gagnante.

Un premier tour d’horizon de l’analyse des pratiques des organismes et des entrevues avec les immigrants permet de souligner des différences entre les deux CLOSM: elles portent sur les types de partenariat, le degré d’institutionnalisation, la professionnalisation des intervenants, la spécialisation des organismes, le mode de réseautage intercommunautaire, la perception d’une légitimité de l’immigration dans la communauté, l’intégration des immigrants dans le processus, la visibilité et l’accessibilité des services, le financement et les chances de pérennité.

En commun on retrouve des pratiques proactives, la personnalisation, la prise en compte des besoins, la valorisation du multiculturalisme, la mise en œuvre d’activités interculturelles, la promotion et l’utilisation du plurilinguisme comme ressource, l’importance de l’accueil et de la convivialité, les processus de mise en lien un à un , l’information regroupée dans un organisme porte d’entrée-guichet unique, la place des organismes d’éducation (collèges, universités, centres de formation, écoles) comme portes d’entrée en plus des organismes de services.

Les enjeux communs portent sur le financement, la pérennité, la reconnaissance de l’immigration comme enjeu de développement communautaire et l’identité de la communauté incluant la diversité apportée par les immigrants.

À partir de ce modèle, on peut d’abord, dans l’analyse d’un CLOSM, valider la présence de plusieurs indicateurs dans les différentes dimensions, mais on se doit aussi de contextualiser ces indicateurs selon le CLOSM , ce qui est pertinent et efficace pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre: institutionnalisation à Edmonton versus informel à Sherbrooke; professionnalisation à Edmonton versus bénévolat à Sherbrooke; plénitude institutionnelle à Edmonton versus partenariat inter-communautaire à Sherbrooke; « faire communauté ensemble » à Sherbrooke versus développer une identité inclusive à Edmonton. Les conditions de développement des bonnes pratiques sont donc conditionnelles au contexte des CLOSM, à leur reconnaissance et légitimité pour accueillir et intégrer des immigrants.

On perçoit ici que les bonnes pratiques identifiées semblent avoir des effets positifs pour l’intégration des immigrants dans les deux CLOSM. Par contre, si on voit leurs effets aussi sur la vitalité de la communauté francophone à Edmonton sur les plans humains, relationnels, économiques et linguistiques, institutionnels et partenariaux, ces effets semblent plus faibles sur la vitalité de la communauté anglophone de Sherbrooke. La séparation entre les communautés francophone et anglophone, la prise en charge de l’immigration par la seule communauté majoritaire, les financements séparés et différents des organismes des deux communautés sont des conditions contraignantes qui limitent les effets des bonnes pratiques des organismes sur le plan communautaire.

Les systèmes municipaux, régionaux, provinciaux et fédéraux ainsi que leurs interactions fixent des conditions différentes pour les CLOSM francophone et anglophone mais aussi d’un CLOSM à l’autre, par exemple entre le CLOSM de Sherbrooke et celui de Québec, celui d’Edmonton et celui de Toronto. Les organismes, leur financement, leur pérennité, leur légitimité, leur marge de liberté, leurs partenariats, leurs missions, leurs projets et pratiques s’inscrivent d’abord et avant tout dans ces systèmes politiques, administratifs et économiques.

C’est pourquoi les principales recommandations s’adressent à ces différents niveaux de gouvernements en reconnaissant leurs compétences spécifiques ainsi que la primauté de l’accord Canda-Québec et de ses priorités soit 1) la préservation de la pérennité de la langue Française et le caractère distinct de la société québécoise; 2) le retrait du gouvernement fédéral des services d’accueil et d’intégration linguistique et culturelle des immigrants à destination du Québec; 3) Le versement d’une subvention annuelle du Canada (CIC) au Québec pour offrir les services d’accueil et d’intégration aux résidents permanents dans la province. Plusieurs recommandations s’adressent aussi aux organismes qui organisent ces services.

1 - Pour les divers niveaux de gouvernement :

  1. Il est essentiel de développer des partenariats entre les communautés majoritaires et minoritaires, dans le respect des champs de compétence des gouvernements. Ces partenariats peuvent être renforcés entre les niveaux municipal et provincial par exemple.
  2. Il est nécessaire que les divers niveaux de gouvernements reconnaissent l’intérêt des CLOSM dans l’accueil et l’intégration des immigrants et le bénéfice pour la société locale et régionale, dans le respect des juridictions et champs de compétence des différents niveaux de gouvernement.
  3. Il est nécessaire de penser à des appels de projets conjoints entre plusieurs niveaux de gouvernements, projets de recherche et projets d’intervention, par exemple entre les gouvernements municipaux, scolaires et provinciaux.
  4. Il est nécessaire de penser à des co-financements de projets de recherche et d’intervention.
  5. Il est nécessaire d’assurer la pérennité des organismes avec un financement récurrent et forfaitaire, non lié uniquement au nombre d’immigrants accueillis mais aussi aux actions, services et projets mis en œuvre.

2 - Pour les gouvernements municipaux et provinciaux, les réseaux de partenaires et les organismes:

  1. Les financements doivent encourager les collaborations et les échanges réciproques entre les organismes au sein et entre les communautés.
  2. Les financements doivent encourager les stratégies formelles et informelles de développement du plurilinguisme mises en œuvre par les organismes et qui ont des effets très positifs.
  3. Les financements et les redditions de comptes doivent accepter et encourager la personnalisation des services et les pratiques d’accompagnement formel et informel.
  4. Les gouvernements municipaux en particulier, parce qu’ils sont les plus proches des réalités locales, doivent reconnaître et valoriser la participation bénévole des immigrants et des membres des communautés minoritaires.
  5. Les stratégies de communication mises en œuvre tant par les organismes que par les gouvernements doivent favoriser la circulation des informations en réseaux et la réciprocité des échanges. La mise en œuvre de sites web est insuffisante.
  6. Les stratégies qui favorisent les articulations entre les organismes et le secteur privé doivent être soutenues et encouragées tant au sein des communautés minoritaires qu’entre les communautés.
  7. Les pratiques de pairage, jumelage, mentorat, tutorat doivent être soutenues financièrement par des subventions couvrant les frais de coordination, de suivi et d’accompagnement.
  8. Les organismes pivots-guichets uniques doivent être soutenus dans les communautés minoritaires, on doit aussi en financer les stratégies de visibilité et d’accessibilité.
  9. On doit financer et renforcer la recherche portant sur les effets de ces stratégies et pratiques des organismes des CLOSM en ce qui concerne l’intégration sociale et professionnelle des immigrants ainsi que sur leur rétention dans le CLOSM et dans la région. On doit aussi continuer les recherches portant sur la transférabilité entre CLOSM.
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