Le parcours des étudiants internationaux au sein des communautés francophones en situation minoritaire (CFSM)

Société de recherche sociale appliquée
Février 2016

Les copies du rapport circonstancié sont disponibles sur demande à Research-Recherche@cic.gc.ca.

Sommaire exécutif

Le projet de recherche sur les étudiants internationaux au sein des communautés francophones en situation minoritaire (CFSM) a pour objectif d'approfondir les connaissances du ministère de l'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) sur les moyens d'attirer, retenir et intégrer cette population – sur les plans social, culturel et économique – là où le français est minoritaire.

L'étude s'est concentrée sur les enjeux existants dans trois CFSM à l'échelle du pays : Moncton (Nouveau-Brunswick), Ottawa (Ontario) et Edmonton (Alberta). Chacune de ces communautés est dotée d'une université offrant des programmes d'études en français, avec un bassin suffisant d'étudiants internationaux d'expression française : Université de Moncton, Université d'Ottawa et le Campus Saint-Jean de l'Université de l'Alberta.

Portrait des étudiants internationaux d'expression française au sein des CFSM

Sur les 50 pays sources les plus importants d'étudiants internationaux au Canada, on trouve 12 pays francophones. Avec près de 16 500 étudiants ayant un permis d'étude valide en 2013, la France est le chef de file des pays francophones et en 2013, se situait au 4e rang des pays sources d'étudiants internationaux au Canada (IRCC, 2014). Certains des pays francophones figurant dans les marchés économiques stratégiques du gouvernement fédéral font également partie de ces 50 pays d'origine principaux, par exemple le Vietnam, les pays francophones du Maghreb : le Maroc, la Tunisie et l'Algérie, et l'Égypte et le Liban.

De 2005 à 2014, l'Université de Moncton a accueilli des étudiants internationaux de 57 pays à travers le monde, dont 27 du continent africain (incluant le Maghreb). En 2014, près de trois quarts des effectifs de la population étudiante internationale de l'Université de Moncton étaient issus de l'Afrique subsaharienne. Au cours de la dernière décennie, la représentation de cette population au sein de l'université a crû plus rapidement que toute autre, passant de 135 à 644 étudiants. En effet, la hausse considérable du nombre d'étudiants internationaux à l'Université de Moncton au cours de cette période est presque entièrement attribuable à la hausse du nombre d'étudiants des pays de l'Afrique subsaharienne, du Moyen-Orient et du Maghreb.

Au Campus Saint-Jean, le nombre d'étudiants internationaux d'expression française a augmenté de près de 40 % entre 2010 et 2014, passant de 36 étudiants à 50. Cette croissance est attribuable surtout aux pays de l'Afrique subsaharienne et de l'Asie. En effet, parmi les 33 pays sources, 13 sont sur le continent africain et, en 2014, étaient responsables de près de la moitié de tous les étudiants internationaux inscrits au campus. Les pays asiatiques quant à eux, sont en voie de croissance, passant de 6 % en 2010 à 26 % en 2014.

Entre 2010 et 2014, l'Université d'Ottawa a accueilli des étudiants internationaux inscrits à des programmes en français venant de 75 pays différents, dont 33 sur le continent africain et 28 en Afrique subsaharienne plus précisément. La France envoie le plus d'étudiants internationaux d'expression française vers l'Université d'Ottawa, mais la proportion d'étudiants internationaux d'expression française a diminué au cours de cette période. Cette décroissance s'explique en partie par la hausse des effectifs des pays de l'Afrique francophone, tels que le Maroc, la Côte d'Ivoire et le Sénégal.

Le parcours des étudiants internationaux d'expression française au sein des CFSM

Le développement de services et de programmes à l'appui des étudiants doit s'appuyer sur une bonne compréhension de leur parcours, de leurs besoins à chacune des phases de ce parcours et des facteurs qui permettent d'appuyer l'étudiant international à chacune de ces étapes.

Recrutement

Le recrutement d'étudiants internationaux a pris de l'élan dans les années 2000. Un effort de concertation et de coordination entre les parties prenantes au Canada a réussi à augmenter les effectifs d'étudiants internationaux dans les établissements postsecondaires canadiens (MAÉCI, 2014). Le recrutement d'étudiants internationaux d'expression française se fait en trois étapes :

  • L'individu prend la décision d'étudier à l'étranger : cette phase est influencée par des facteurs domestiques, tels que la santé économique et la qualité du système d'éducation de son pays, ainsi que des facteurs personnels, tels que la possibilité d'apprendre l'anglais et d'acquérir une expérience internationale.
  • L'individu choisit le pays de destination : cette phase est marquée par la réputation et l'attrait du Canada. Le développement de la marque canadienne, sous le programme Édu-Canada, a permis de coordonner les stratégies et démarches entreprises par le gouvernement fédéral, les provinces et les établissements postsecondaires canadiens pour le recrutement d'étudiants internationaux et la promotion du système d'éducation postsecondaire au Canada. Les étudiants internationaux d'expression française citent la sécurité du Canada, l'accès à son marché du travail, son statut en tant que pays multiculturel et diversifié, et la qualité de son système d'éducation postsecondaire comme facteurs d'attraction principaux.
  • L'individu choisit l'établissement : deux facteurs d'attraction ont été identifiés par les intervenants comme étant les plus importants pour attirer les étudiants francophones. Le premier est la réputation de l'établissement, telle que la renommée de l'établissement, la qualité de ses programmes et surtout, l'expérience positive de ses diplômés. Le deuxième facteur concerne l'appui au financement et relève soit d'une offre financière plus alléchante comparativement aux autres établissements ou d'une aide financière sous la forme de bourses offertes par les établissements ou les gouvernements. On note par exemple l'exonération partielle des droits de scolarité de l'Université d'Ottawa qui a eu un effet marqué sur ses effectifs dans sa première année.

Appui à l'intégration

L'intégration d'un nouvel arrivant est un processus continu qui débute par son accueil et se poursuit à travers ses expériences au Canada et dans sa communauté d'accueil. Pour un étudiant international, l'adaptation doit se faire non seulement par l'individu, mais également par la communauté d'accueil et, surtout, l'établissement postsecondaire. De toute évidence, les étudiants internationaux d'expression française font partie d'une population multidimensionnelle avec des besoins à la fois communs et diversifiés. Les services et programmes qui leur sont disponibles doivent prendre en compte cette diversité.

L'intégration des étudiants internationaux est inutile si elle ne passe pas premièrement par une intégration pédagogique réussie. À la suite des entrevues auprès des intervenants clés, nous avons identifié trois programmes, services et stratégies qui pourraient améliorer le rendement pédagogique des étudiants internationaux d'expression française.

  • Session transitionnelle : les représentants universitaires suggèrent de mettre en œuvre une session transitionnelle pour les étudiants internationaux qui leur permettrait de s'acclimater aux paramètres et aux exigences du système universitaire canadien. Cette session pourrait inclure des formations linguistiques et une introduction au programme d'études.
  • Amélioration des services pour tous les étudiants : du point de vue pédagogique, les défis en salle de classe ne sont pas limités aux étudiants internationaux. Selon plusieurs intervenants, la clé de la réussite des étudiants internationaux se trouve dans une amélioration des services d'appui pour tous les étudiants.
  • Évaluation des compétences : pour permettre de bien placer les étudiants dans des cours selon leur niveau de compétences, certains professeurs ont développé des évaluations de compétences. Ces examens sont distribués en début de session à tous les étudiants et permettent aux professeurs de diriger l'étudiant vers un cours plus ou moins avancé selon les compétences de base acquises, ou vers des services de tutorat, selon ses besoins.

L'intégration culturelle et sociale se vit autant dans les communautés que sur les campus. Avec l'accueil de quelques centaines d'étudiants internationaux, en plus du caractère multiculturel des étudiants canadiens, les universités doivent être en mesure de répondre aux besoins des étudiants pour faciliter leur intégration culturelle. Notre analyse cible quatre sujets qui jouent un rôle important dans l'intégration culturelle et sociale des étudiants :

  • Les services universitaires : les services offerts aux étudiants internationaux relèvent de l'administration de l'université et des associations étudiantes qui se partagent les responsabilités quant à l'accueil et l'accompagnement des étudiants internationaux d'expression française.
  • L'interculturalisme : des formations et activités de sensibilisation au sujet de l'interculturalisme facilitent les interactions culturelles entre le nouvel arrivant et la société d'accueil et permettent d'augmenter la compréhension d'individus de différentes cultures sur les façons dont ils agissent et réagissent aux mêmes évènements, et ce, dans divers contextes.
  • Les formations visant la sensibilisation du personnel universitaire : les défis d'acculturation et d'adaptation auxquels les étudiants font face sont aussi vécus par le personnel enseignant et administratif. Selon nos consultations, des formations, comme celle préparée par le Centre de pédagogie universitaire et le Service d'appui à l'enseignement et l'apprentissage de l'Université d'Ottawa, seraient nécessaires pour outiller le personnel enseignant et administratif afin de mieux accompagner l'étudiant international dans la salle de classe et sur le campus, en général.
  • L'accès aux formations linguistiques : les étudiants internationaux d'expression française découvrent rapidement que l'anglais est l'outil idéal pour faciliter leur intégration dans la communauté d'accueil, pour élargir leur cercle d'amis et pour accéder au marché du travail là où le français est minoritaire. Des cours de langue seconde formels ainsi que des activités linguistiques informelles permettent aux étudiants de développer leurs compétences en anglais et d'établir un réseau social avec leur communauté d'accueil, facilitant ainsi leur intégration à long terme.

Certains défis limitent l'appui à l'intégration des étudiants internationaux. Selon les répondants à l'étude, les contraintes liées à l'admissibilité des services d'établissement hors campus limitant l'offre de services des organismes d'établissement communautaires, le manque de ressources pour financer les projets dans le milieu universitaire, et le faible taux de participation aux ateliers d'intégration offerts par les universités seraient les défis les plus importants.

Rétention

En tant que résidents temporaires, les étudiants internationaux d'expression française voient leur parcours vers le marché du travail facilité par les divers permis de travail qui leur sont disponibles : le permis de travail hors campus, le permis de travail en vertu d'un programme coop et le programme de travail post-diplôme. Malgré des programmes facilitant la passerelle entre le système postsecondaire et le marché du travail, les étudiants ne sont pas à l'abri des défis auxquels font face les nouveaux arrivants francophones. Entre autres, on cite trois défis principaux : l'absence d'un réseau professionnel, l'accès limité à l'emploi bilingue dans certaines professions, et la reconnaissance des acquis antécédents d'étudiants aux cycles supérieurs par les employeurs.

Pour certains étudiants internationaux, les études au Canada ne sont qu'une première étape à franchir dans un processus de résidence à long terme. Selon un sondage mené par le Bureau canadien de l'éducation internationale, plus de 66 % des étudiants sondés ont déclaré que la possibilité d'obtenir la résidence permanente figurait de façon importante ou essentielle dans leur décision d'étudier au Canada (BCEI, 2013).

Les deux programmes menant à la résidence permanente les plus populaires pour les étudiants internationaux sont la catégorie de l'expérience canadienne et le programme de candidats des provinces (PCP). Pour faire croitre les effectifs d'immigrants francophones, le gouvernement de l'Ontario a développé un volet francophone dans le cadre du PCP pour encourager le passage vers la résidence permanente de travailleurs qualifiés ayant atteint des compétences minimales en français.

Depuis janvier 2015, les demandes de résidence permanente sont gérées par Entrée Express. Le système permet de simplifier et d'accélérer le processus de demande de la résidence permanente, tout en assurant que les candidats les mieux classés dans le bassin et les plus susceptibles de réussir dans l'économie canadienne soient au premier rang. L'arrivée d'Entrée Express a suscité de nombreuses critiques, surtout parmi des groupes revendiquant les droits des étudiants internationaux. Les critiques ciblaient surtout certains changements, tels que l'abandon de l'avantage offert aux étudiants internationaux formés au Canada et la mise en œuvre d'un système de tirage avec un seuil variable, mais aussi l'incapacité du système à identifier des candidats d'expression française et l'assignation de la moitié des points allouables à une offre d'emploi alors que les étudiants internationaux d'expression française font face à de nombreux défis sur le marché du travail.

Perspective étudiante

La perspective étudiante est centrale aux fins de cette étude. D'après les témoignages des étudiants internationaux d'expression française, trois constats figurent parmi les plus importants.

  • Le désir d'apprendre l'anglais : le potentiel de pouvoir améliorer ses compétences langagières en anglais figure parmi les facteurs les plus importants dans le choix d'une université francophone ou bilingue en contexte minoritaire
  • L'importance d'un contact préarrivée : Des services d'encadrement préarrivée sont cruciaux, ayant apporté un appui important au étudiants internationaux tout au long de leur transition vers le Canada.
  • La rétention via l'intégration économique : le facteur déterminant dans leur décision de demeurer au Canada est la possibilité d'obtenir un emploi en lien avec leurs études.
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