Profil des immigrants anglophones du Québec dont l’anglais est la langue maternelle

Sommaire

Le présent rapport vise à établir un profil à jour des caractéristiques démographiques, géographiques et socioéconomiques des immigrants anglophones au Québec. Il n'existe pas de définition établie d'un « anglophone ». Pour des raisons historiques, Statistique Canada s'appuie généralement sur le critère de la langue maternelle, c'est-à-dire la première langue apprise à la maison durant l'enfance et qui est toujours maîtrisée au moment du recensement. Les statistiques qui se fondent sur ce critère présentent l'avantage d'être essentiellement comparables, sur une période qui remonte à plus d'un demi-siècle. Cependant, une étude récente menée par Statistique Canada a utilisé une définition plus vaste, c'est-à-dire toutes les personnes dont l'anglais est la première langue officielle parlée.

Aux fins du présent rapport, le terme « anglophone » renvoie à la langue maternelle déclarée dans le cadre de l'Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011. Cette définition se rapproche également de celle qui est utilisée dans la Base de données sur l'immigration (BDIM) d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Par conséquent, on peut considérer que cette définition apporte un complément à la récente étude de Statistique Canada, également fondée sur l'ENM de 2011. Comparativement aux définitions plus vastes, la définition utilisée dans le présent rapport a pour avantage d'offrir plus de certitude quant à la capacité des personnes/groupes de conserver l'anglais comme langue maternelle et de contribuer à la vitalité des communautés anglophones. 

La source principale des données du présent rapport est l'ENM de 2011. Des comparaisons sont faites avec les données du recensement de 2006 et celles du recensement de 2001. La dernière section du rapport utilise des données sur les immigrants de la BDIM qui lient les dossiers d'impôt aux fiches d'établissement d'IRCC pour les cohortes d'immigrants admis de 1996 à 2012.

Selon l'ENM de 2011, 83 250 immigrants au Québec étaient considérés comme étant anglophones en 2011. Cela représentait 8,5 % de tous les immigrants du Québec, soit environ la même proportion que celle des anglophones dans l'ensemble de la population du Québec. Près de 46 % des immigrants, arrivés avant 1981, étaient au Canada depuis 30 ans ou plus, tandis que 25 % étaient des immigrants plus récents, c'est-à-dire qu'ils étaient arrivés depuis 2001. La concentration des immigrants anglophones parmi tous les immigrants a diminué, passant de 14,2 % chez les immigrants arrivés avant 1981 à 5,5 % chez les immigrants plus récents. Les pays d'origine des immigrants anglophones au Québec ont également varié au fil du temps. Les immigrants de plus longue date (avant 1981) venaient des États-Unis, du Royaume-Uni et des Caraïbes (65 %). Seulement 13 % des immigrants venaient d'Asie ou d'Afrique. Cependant, la proportion de l'immigration depuis l'Afrique et l'Asie a récemment atteint 45 %, tandis que la proportion de l'immigration depuis le Royaume-Uni et les Caraïbes a chuté de 51 à 22 %. La proportion de l'immigration depuis les États-Unis est demeurée relativement constante au fil du temps; en fait, elle a quelque peu augmenté récemment.

La population des immigrants anglophones était plus âgée que l'ensemble de la population du Québec. Un peu moins de 60 % des immigrants anglophones étaient âgés de 45 ans ou plus, par rapport à 45 % de l'ensemble de la population du Québec. Les immigrants anglophones sont également plus susceptibles de vivre seuls et moins susceptibles de vivre en ménage avec des enfants, ce qui est probablement en raison de l'âge plus avancé de ce groupe. Les anglophones immigrants avaient des niveaux de scolarité plus élevés que l'ensemble de la population. Près de 64 % des immigrants anglophones âgés de 15 ans et plus possédaient un diplôme d'études postsecondaires, par rapport à 56 % dans l'ensemble de la population du Québec.

Un peu plus de la moitié (52,1 %) des immigrants anglophones ont déclaré connaître les deux langues officielles. Cette proportion est inférieure au niveau de bilinguisme des non-immigrants anglophones (72,4 %). Le niveau de bilinguisme le plus élevé a été relevé chez les personnes de moins de 25 ans, et le plus faible chez celles de 65 ans ou plus. De même, l'utilisation du français au travail était un peu moins fréquente chez les immigrants anglophones que dans l'ensemble de la population anglophone. Chez les immigrants anglophones, 17 % utilisaient plus fréquemment le français au travail, 70 % utilisaient plus fréquemment l'anglais et 13 % utilisaient autant l'anglais que le français. À titre de comparaison, parmi l'ensemble de la population active anglophone du Québec, 25 % des personnes utilisaient surtout le français, 64 % utilisaient surtout l'anglais et 11 % utilisaient autant l'anglais que le français.

Le taux d'activité global des immigrants anglophones était légèrement inférieur à celui de la population du Québec. Les taux d'activité chez les immigrants anglophones étaient beaucoup plus faibles chez les jeunes (moins de 25 ans), mais supérieurs chez les personnes d'âge plus avancé (45 ans et plus). Cette tendance a été observée autant chez les hommes que chez les femmes. Les taux inférieurs chez les jeunes immigrants pourraient s'expliquer par le fait qu'ils étaient plus susceptibles d'être aux études et de ne pas concilier les études et le travail. À un âge plus avancé, les immigrants pourraient ressentir le besoin de travailler plus longtemps étant donné que leurs prestations de retraite et de sécurité de la vieillesse pourraient être réduites en raison du nombre d'années passées au Canada. En mai 2011, le taux de chômage chez les immigrants anglophones était supérieur à celui de l'ensemble de la province (9,5 % par rapport à 7,2 %, l'écart le plus important étant relevé chez les jeunes de 15 à 24 ans. La diversité des emplois chez les immigrants anglophones était généralement comparable à celle observée dans l'ensemble de la population active du Québec. Les immigrants avaient davantage tendance à exercer des professions, particulièrement celles liées à la santé et à l'éducation, ce qui concorde avec leur niveau de scolarité supérieur.

Le revenu d'emploi médian des immigrants anglophones était légèrement inférieur à celui de l'ensemble de la population du Québec, mais le revenu d'emploi moyen était supérieur. Lorsqu'on tient compte de l'âge, les revenus étaient inférieurs chez les immigrants de moins de 65 ans, mais supérieurs chez les immigrants de 65 ans et plus. Les tendances sont semblables chez les hommes et les femmes. L'ENM définissait le faible revenu en fonction de la mesure du faible revenu après impôt (MFR-ApI). En 2010, 22 % des immigrants anglophones étaient considérés comme des personnes vivant dans un ménage à faible revenu. Ce taux était plus élevé que celui de l'ensemble de la province (17 %). Le taux était particulièrement élevé chez les enfants et les jeunes adultes immigrants, soit près du double de celui de l'ensemble de la population. Il était particulièrement élevé chez les immigrants anglophones qui étaient au Canada depuis moins de cinq ans. Les taux étaient également supérieurs chez les immigrants anglophones qui étaient membres de minorités visibles (26 %).

De 2006 à 2011, 4 700 immigrants anglophones ont quitté le Québec, la plupart pour aller vivre en Ontario ou en Alberta. Cela représentait 6,1 % de la population des immigrants anglophones en 2006. Ce taux de migration de sortie était beaucoup plus élevé que celui de l'ensemble de la province (1,2 %), et également supérieur à celui de l'ensemble de la population anglophone (5,3 %). Au cours de la même période, 2 300 immigrants anglophones ont quitté d'autres provinces pour s'installer au Québec.

La majorité des immigrants anglophones (87 %) au Québec habitent dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal. La population des immigrants anglophones était plus âgée que la population générale dans l'ensemble des régions. Il n'y avait aucune différence importante à l'échelle régionale sur le plan des caractéristiques liées à la participation au marché du travail et au revenu.

Une comparaison avec les immigrants francophones et allophones a montré que les immigrants anglophones sont plus âgés que les immigrants francophones et allophones. Près de 60 % des immigrants anglophones sont âgés de plus de 45 ans, par rapport à 50 % des immigrants allophones et à 40 % des immigrants francophones. En ce qui concerne le bilinguisme officiel et les niveaux de scolarité postsecondaire, les immigrants anglophones se situaient entre les immigrants francophones, qui avaient des niveaux supérieurs, et les immigrants allophones. Pour ce qui est de la participation au marché du travail, les taux des immigrants anglophones étaient inférieurs à ceux des immigrants francophones et semblables à ceux des immigrants allophones. Les taux de chômage étaient semblables à ceux des francophones, mais inférieurs à ceux des allophones.

Le revenu d'emploi médian était semblable chez les trois groupes linguistiques d'immigrants, mais le revenu d'emploi moyen le plus élevé était chez les immigrants anglophones. La différence la plus importante a été observée chez les hommes. Les mêmes pourcentages d'immigrants anglophones et francophones (22 %) vivaient dans un ménage à faible revenu. Ce pourcentage était plus faible que chez les immigrants allophones (26 %).

Les immigrants anglophones étaient considérablement plus âgés que les non-immigrants anglophones. Un peu plus de 20 % des non-immigrants étaient âgés de moins de 15 ans, par rapport à seulement 6,6 % des immigrants. À l'autre extrême, 12,7 % des non-immigrants étaient âgés de 65 ans ou plus, ce qui représente un taux environ deux fois moindre que chez les immigrants (23,2 %). Le pourcentage d'immigrants bilingues (anglais et français) était de 52 %, ce qui est inférieur à la proportion de 72 % observée chez les non-immigrants. Les immigrants anglophones avaient des niveaux de scolarité supérieurs, mais il n'y avait aucune différence importante sur le plan de la participation au marché du travail et du revenu d'emploi. Le taux de faible revenu après impôt (MFR-ApI) chez les immigrants anglophones était de 22,2 %, par rapport à 17,7 % chez les non-immigrants.

On a réalisé une brève analyse à l'aide des données des recensements de 2001 et de 2006 pour cerner les tendances en matière de chômage et de revenu au fil du temps. L'analyse a été effectuée comparativement aux niveaux globaux du Québec pour tenir compte des changements qui surviennent dans l'ensemble de la population. La seule tendance relevée a été une augmentation des niveaux de faible revenu chez les immigrants anglophones de fraîche date, arrivés au Canada depuis moins de cinq ans. Le ratio de faible revenu de ce groupe par rapport à l'ensemble de la population du Québec est passé de 2,0 en 2001 à 2,4 en 2006 et à 2,9 en 2011.

Un autre indicateur qui a été suivi au fil du temps est l'émigration interne des immigrants anglophones du Québec vers d'autres provinces au cours d'une période de cinq ans. Pour chacune des trois périodes ayant fait l'objet d'un examen, de 4 000 à 5 000 immigrants anglophones ont quitté le Québec. Les taux de migration de sortie étaient de 6,6 % pour la période de 2006 à 2011 et de 5,8 % pour la période de 2001 à 2006, ce qui est inférieur au taux de 9,5 % pour la période de 1996 à 2001. Dans chacune des trois périodes, un petit nombre d'immigrants anglophones (de 1 800 à 2 400) ont quitté le Québec à destination d'autres provinces.

La dernière section du rapport se fonde sur des données de la BDIM qui associent les fiches d'établissement aux données fiscales pour examiner les tendances en matière de revenu d'emploi chez les cohortes d'immigrants admis de 1996 à 2012. Il était possible de constater des différences en matière de revenu d'emploi selon la catégorie d'établissement. Les résultats n'ont fait ressortir aucune tendance claire quant au revenu d'emploi moyen au fil du temps, même s'il convient de mentionner que les hommes dans les récentes cohortes d'immigrants admis de 2010 et de 2011 avaient un revenu moyen inférieur après avoir passé une année au Canada. Cela concorde avec la conclusion de l'analyse du recensement selon laquelle les immigrants récents auraient plus de difficultés que leurs prédécesseurs.

Comme on pouvait s'y attendre, le revenu d'emploi moyen pour les demandeurs principaux au titre de la catégorie de l'immigration économique était considérablement supérieur à celui de toute autre catégorie. Un écart important subsistait même après dix ans. Les époux et les personnes à charge de la catégorie de l'immigration économique, ainsi que les demandeurs de la catégorie du regroupement familial, ont des revenus d'emploi moyens similaires après la première année et la troisième, mais la moyenne des demandeurs au titre de la catégorie du regroupement familial était supérieure après la cinquième année et la dixième. La moyenne des demandeurs de la catégorie des réfugiés était la plus faible à tous les points dans le temps. Cependant, l'écart par rapport aux époux et aux personnes à charge de la catégorie de l'immigration économique était beaucoup plus faible après dix ans.

Les différences en matière de revenu d'emploi chez les trois groupes linguistiques ont également fait l'objet d'un examen au moyen des données de la BDIM, mais, dans l'ensemble, les résultats étaient semblables à ceux de l'analyse fondée sur les données de l'ENM. La seule différence constatée avait trait aux niveaux de faible revenu chez les immigrants allophones par rapport aux immigrants anglophones et francophones.

Finalement, il est important de souligner que le présent rapport démontre que, bien qu'on ait utilisé une définition qui est différente de celle sur laquelle se fonde Statistique Canada dans ses rapports et qui met l'accent sur une population plus restreinte, les caractéristiques des deux groupes de population sont raisonnablement similaires. La différence principale est que la population « anglophone » comporte une proportion légèrement supérieure de membres de minorités visibles nés en Asie, qu'elle affiche un revenu d'emploi inférieur et qu'elle est plus susceptible de vivre dans la RMR de Montréal.

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