Balado – L’ICC et le RCIP se racontent

Depuis près de 50 ans, les professionnels du milieu muséal et du patrimoine du monde entier se tournent vers l'Institut canadien de conservation (ICC) et le Réseau canadien d'information sur le patrimoine (RCIP) pour faire appel à leur expertise. L'ICC et le RCIP cherchent maintenant à préserver leur propre histoire orale grâce à des entretiens avec d'actuels et d'anciens membres du personnel, ainsi qu'avec des acteurs importants du milieu de la conservation et de la gestion des collections. Si vous commencez une carrière dans le domaine du patrimoine culturel ou si vous êtes simplement curieux d'apprendre ce qui se passe dans les coulisses de l'ICC et du RCIP, ce balado est pour vous.

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Season Tse : scientifique en conservation

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Transcriptionde l'épisode « Season Tse : scientifique en conservation »

Transcription de l'épisode « Season Tse : scientifique en conservation »

Durée de l’épisode : 00:37:58

[Musique: “We Don’t Know How it Ends” par Lee Rosevere de l’album “Music for Podcasts 6.” Style: Minimalisme électronique]

Season Tse (ST) : Je dirais qu’il faut toujours se rappeler que c’est un privilège de travailler à l’ICC et qu’il ne faut pas le tenir pour acquis, et que l’ICC est un merveilleux endroit. Et je pense que tous ceux qui sont venus ici disent que l’ICC est un endroit merveilleux et que la synergie est formidable. Je pense qu’il faut profiter de la synergie et apprendre les uns des autres. Oui, c’est un endroit merveilleux. »  


Nathalie Nadeau Mijal (NNM) : Je m’appelle Nathalie Nadeau Mijal et voici L’ICC et le RCIP se racontent.

Dans l’épisode d’aujourd’hui, vous entendrez une entrevue que ma superviseure, Kelly Johnson, et moi avons faite avec Season Tse. Season a été scientifique en conservation à l’Institut canadien de conservation de 1984 à 2018. Vous vous demandez peut-être ce que c’est qu’un scientifique en conservation. Ces scientifiques travaillent à des projets visant à élargir les connaissances sur les matériaux à valeur patrimoniale ainsi qu’à tester différentes techniques de conservation et à faire des recherches à ce sujet. Season, en particulier, est bien connue pour ses travaux sur l’encre, les textiles et l’évaluation de la sensibilité à l’exposition à la lumière. Dans cette entrevue, nous avons parlé de façon plus générale de son éthique de travail et de l’évolution de l’ICC au fil du temps.

Restez à l’écoute après l’entrevue pour entendre un extrait de la fête de départ à la retraite de Season.

Season nous parle d’abord de sa capacité à rassembler les gens…

[La musique s'estompe.]

ST : Je pense que je fais partie de ces personnes qui voient… une fois que je sais ce qu’une personne peut faire ou qu’elle possède une information, je vois en quoi cette information peut être utile à un client ou à un collègue ou quelque chose comme ça. Quand je vois quelque chose de bien, je me dis OK, cette personne a vraiment besoin de savoir parce que, moi, ça m’est vraiment utile. Cette personne va réellement l’apprécier, alors j’aime toujours mettre les gens en relation. Qu’il s’agisse d’un bon article qu’un collègue pourrait vouloir ou qu’il s’agisse de moi… « Oh, cette personne doit absolument rencontrer cette personne parce qu’elles peuvent conjuguer leurs efforts. » Donc, je vois les synergies, je suis ce genre de personne-là. Je ne sais pas… C’est juste que, lorsque j’ai quelque chose d’utile ou quand je sais quelque chose d’utile, j’aime le communiquer aux gens, et c’est comme ça que je travaille avec les clients ou, vous savez, que j’interagis avec les collègues. C’est comme ça que j’ai développé ma carrière.

Kelly Johnson (KJ) : C’est intéressant. Êtes-vous née au Canada?

ST : Non, je suis née en Chine, mais je suis déménagée à Hong Kong quand j’étais très jeune.

KJ : Où vous êtes-vous établie en arrivant au Canada?

ST : À St. John’s, à Terre-Neuve.

KJ : Ah oui! C’est intéressant. C’est pourquoi vous êtes allée à Memorial. Quel âge aviez-vous à votre arrivée?

ST : J’avais 14 ans. J’étais une adolescente.

KJ : OK, et puis de là à ici, à Ottawa, pour fréquenter Carleton?

ST : En fait, de Saint John’s, je suis allée à Waterloo pour étudier pendant cinq ans à l’Université de Waterloo, puis je suis venue à Carleton pour faire ma maîtrise. Dès la fin de mes recherches, j’ai obtenu un poste à l’ICC et j’ai commencé en 1984.

KJ : Et comment qualifieriez-vous la formation que vous avez reçue?

ST : Je pense que j’ai eu la meilleure formation. C’est une combinaison de, vous savez… Les deux étés que j’ai passés au laboratoire de recherche marine de Torbay, à Terre-Neuve, c’est la meilleure formation que j’ai eue pour les compétences en laboratoire, les techniques de laboratoire, juste faire des choses terre à terre, répétitives, comment avoir une bonne technique. Donc, apprendre ça et toutes mes expériences de travail m’ont enseigné comment, vous savez… ont élargi mon domaine. Puis mes deux années de formation en maîtrise m’ont appris comment faire des recherches à nouveau, comment travailler très minutieusement en laboratoire et, quand je suis arrivée ici, j’ai eu la chance extraordinaire de travailler avec Helen Burgess, ce qui m’a vraiment aidée pendant les dix années qui ont suivi.

KJ : Et c’est là que vous avez eu plus de formation, je suppose, que vous en avez appris plus sur la conservation?

ST : Oui, Helen était la meilleure mentore. Je n’aurais pas pu… je ne pense pas que j’aurais pu trouver mieux tout simplement parce qu’elle est très reconnue dans le domaine de la conservation. Tout le monde sait qu’elle a l’esprit vif, qu’elle est une bonne professeure, alors j’ai beaucoup appris d’elle, et toutes les compétences pour le travail en laboratoire que j’ai acquises, comment mesurer les DP, vous savez, par exemple le degré de polymérisation de la cellulose — tout ça, c’est d’elle que je l’ai appris. C’est donc à elle principalement que je dois mes débuts dans le domaine de la conservation et, bien sûr, j’ai fait la connaissance d’autres personnes, comme Stefan Michalski. Toutes ces personnes m’ont aidée à définir ma façon de voir la conservation et d’aborder mon travail.

KJ : C’est une telle bénédiction aussi, n’est-ce pas? D’avoir des gens qui transmettent ainsi leurs connaissances et de pouvoir en bénéficier et les adapter à votre réalité et à vos besoins pour le travail.

ST : Absolument, et je pense que c’est pour ça que… c’est parce que j’ai tant reçu que je veux donner, parce que je n’aurais pas eu cela pour commencer sans ces personnes qui m’ont alors aidée. Maintenant que j’ai quelque chose, j’ai besoin de beaucoup donner, vous savez. C’est ainsi qu’on reçoit et qu’on donne en retour. Je pense que ce que je donne, c’est ce que j’ai reçu. Donc, je pense que je donne parce que je n’ai pas… beaucoup de gens ailleurs n’ont pas la sécurité d’emploi. Alors, vous savez, leur sécurité, c’est ce qu’ils savent, et je pense que comme Canadiens, comme travailleurs du gouvernement fédéral… je me sens très privilégiée que nous ayons la sécurité d’emploi. Je n’ai pas besoin de me dire que je dois tout garder parce que mon travail en dépend. Je peux donner librement, pas seulement aux Canadiens, mais aussi à l’échelle internationale. Je pense qu’ailleurs il faut protéger ses connaissances parce que des gens pourraient en profiter. Et j’ai rencontré des collègues qui sont aussi généreux envers les gens, comme la RCE. Ils sont tellement généreux que j’ai pensé, s’ils sont si généreux, je me dis que je dois faire la même chose, je dois transmettre, mais je pense que c’est le privilège de la sécurité d’emploi et je suis très reconnaissante pour cela, oui.

NNM : Pensez-vous que cette générosité à l’égard du savoir et cet intérêt pour l’enseignement, c’est quelque chose qui s’étend à l’ICC? À cause de la sécurité qui, comme vous le disiez, vient du fait de travailler pour un organisme gouvernemental, les gens sont un peu plus à l’aise, alors ils sont capables de transmettre davantage et d’enseigner davantage?

ST : Absolument! Je pense, vous savez, que l’ICC a la réputation d’être très généreux en matière de connaissances. Tous mes collègues sont très généreux; je ne suis pas la seule, je fais juste partie de toute cette organisation qui est très généreuse, qui fournit et qui donne, et à cause de cette sécurité, parce que, vous savez, nous n’avons pas besoin de nous accrocher à notre savoir en quelque sorte, et je pense que c’est un cadeau que le gouvernement canadien a fait non seulement aux établissements canadiens, mais aussi au monde, à cause de cette sécurité. Nous pouvons nous permettre d’être généreux parce que nous avons tellement reçu, et je pense que c’est… oui, c’est Stefan [Michalski] qui m’a rappelé que j’ai mentionné dans le discours que nous sommes tellement chanceux d’avoir l’ICC. On nous a tellement donné que, vraiment, la seule façon de redonner, non seulement pour préserver notre propre patrimoine, c’est de diffuser ce savoir pour aider les autres, le reste du monde, dans la mesure de nos capacités, à préserver leur patrimoine, et je pense que c’est un cadeau que le gouvernement canadien, les contribuables font au monde, et ils ne le savent peut-être même pas!

KJ : Eh bien, heureusement, ce balado sera un moyen de le faire savoir et d’apprendre aux Canadiens ce que fait l’ICC et à quel point nous sommes chanceux d’avoir dans notre pays une telle organisation et des gens désireux de partager leurs connaissances et de préserver l’histoire du Canada.

KJ : Combien de temps diriez-vous qu’il vous a fallu pour vous sentir à l’aise dans le monde de la conservation?

ST : J’ai commencé à aller à des conférences et c’est aussi grâce à la générosité de l’ICC. Je suis allée à la première conférence en 1988. C’était cette conférence sur le papier organisée par l’ICC. En fait, c’est Helen Burgess qui a publié les comptes rendus du symposium sur le papier de 1988 et c’était probablement ma première conférence, et j’y ai donné ma première communication parce que nous avions… en fait, à ce moment, j’avais quatre années de données sur les enzymes, comment ils agissent et des choses comme ça, et quel est l’effet sur le papier. Nous avions donc un document, et c’était le premier exposé que je présentais. Helen était la coauteure, mais il y avait… je me souviens de la nervosité, vous savez, devant tous ces experts de la restauration du papier, mais je pense que c’était vraiment important qu’Helen me mette en contact avec certains experts du domaine de la restauration, et je pense que c’est probablement ma première expérience où je connaissais quelque chose de plus sur les enzymes que beaucoup de gens, puis j’ai commencé à travailler avec Sherry [Guild] dans le laboratoire de restauration du papier sur la façon d’utiliser les enzymes, vous savez, faire des tests sur l’utilisation des enzymes dans les traitements, et je pense que c’est probablement la première fois où – oui, c’était quatre ans plus tard – j’ai commencé à me sentir un peu plus à l’aise dans ce domaine. Je ne savais toujours pas grand-chose, eh bien, j’ai commencé à en connaître un peu plus sur la restauration, la restauration du papier et les traitements, et j’ai fait des analyses en utilisant un certain degré de polymérisation, alors j’étais en quelque sorte en arrière-plan, je faisais des tests et des analyses de base et des choses comme ça. J’ai toujours le sentiment qu’il est important de commencer par la base. Vous savez, tous les moindres détails, les points faibles et les points forts de différentes analyses. Donc, quand vous présentez quelque chose, vous savez à quel point vous êtes solide, à quel point vous pouvez être sûr de ce que vous dites parce que vous savez ce que vous avez fait. Alors, je pense que ces cinq années ont été une très bonne base et, à partir de ce moment-là, Helen a aussi participé à un certain nombre de projets plus importants et j’ai commencé à prendre part à ces projets de recherche sur le papier, et ensuite j’ai commencé à m’impliquer. J’ai donc élargi petit à petit mon champ d’action à partir de différents projets, et j’ai travaillé avec Helen pendant une bonne dizaine d’années. Donc, pendant tout ce temps, oui, j’ai bâti les fondements et, bien sûr, j’ai lu ses articles, j’ai observé comment elle parlait, et je sais à quel point elle est une bonne professeure, donc j’ai beaucoup appris comme ça aussi. Comment communique-t-elle? Non seulement elle sait comment faire, comment résumer les résultats, comment rédiger, comment présenter, l’ensemble du processus, depuis la réflexion, la réalisation, vous savez, considérer tout le processus. Oui, j’ai appris cela d’elle.

KJ : Donc, vous avez commencé par travailler principalement avec le papier, mais vous avez fini par… dans vos propres mots – encore une fois, je vais faire référence à plusieurs reprises à votre discours lors de votre fête, vous verrez – vous avez dit alors que vous étiez passée du papier au textile. Pouvez-vous nous en parler un peu? Pour quelle raison? Qu’est-ce qui vous intéressait? Ou est-ce que c’était une nécessité, ou comment est-ce arrivé? 

ST : Il y avait un besoin et aussi à l’époque, vers 1990, j’ai commencé à réaliser, vous savez… je ne voulais plus travailler autant sous la supervision d’Helen parce que j’avais acquis une certaine somme de connaissances et des compétences techniques. Je pensais que je pourrais les appliquer, appliquer ce que j’avais appris aux textiles et, à ce moment-là, il n’y avait personne pour aider à étudier les textiles dans le contexte de la science de la conservation. Donc, à l’ICC, il n’y avait personne et l’une des questions à l’époque… je pense qu’il y avait des groupes de discussion et le groupe de discussion dont je me souviens est celui de 1995 à Calgary. Il est devenu évident que nous avions besoin de quelqu’un qui se consacre aux traitements de restauration des textiles et des choses du genre, mais l’un des grands problèmes était la soie. Il n’y avait personne à l’ICC à l’époque pour examiner la détérioration de la soie. Comment la mesurer? Quel est l’effet du traitement de la soie? Vous savez ce qui se passe? Donc, il n’y avait personne pour faire ça, alors quand j’ai dit à la direction de l’ICC que je pourrais peut-être m’occuper de la caractérisation de la soie et qu’elle a accepté, c’est là en fait que nous avons passé les cinq années suivantes à développer la toute première technique pour le faire parce qu’avant cela, tout était mécanique. Vous savez, il faut un appareil Instron pour tester la résistance des fibres, mais à l’époque nous n’avions pas d’Instron. Nous n’avions pas d’environnement contrôlé pour tester la soie. Donc, l’autre façon c’était, eh bien, de faire ce que nous savions bien faire, c’est-à-dire le degré de polymérisation qui mesure la masse moléculaire de la soie. Nous avons donc passé les cinq années suivantes… nous avions un grand projet d’étude de la détérioration de la soie et de l’effet du traitement sur la soie. Nous avions un projet de cinq ans, et nous avons présenté ces travaux.

NMM :  Pensez-vous qu’il y a une raison pour laquelle la soie n’avait pas été étudiée jusque-là?

ST : C’était… eh bien, tout d’abord, il y avait des techniques, mais nous ne pensions pas qu’elles étaient assez sensibles et ensuite nous voulions trouver la technique… la technique d’utilisation de l’analyse de la masse moléculaire était nouvelle à l’époque. C’était en 1995, donc c’était relativement nouveau, alors nous pensions que si nous voulions étudier la soie, nous devions maîtriser cette technique pour pouvoir étudier les traitements efficaces et le vieillissement à la lumière et ce genre de choses. Donc, nous pensions que ce serait un bon début parce que, si vous voulez étudier une matière, vous devez d’abord savoir comment l’analyser, comment mesurer les changements qui apparaissent, d’accord? Et il vous faut quelque chose de sensible. À ce moment-là, il y avait Greg Young qui envisageait aussi d’utiliser l’analyse thermique, mais il avait d’autres priorités. Il a donc commencé à étudier la soie en utilisant l’analyse thermique, mais d’autres priorités l’ont appelé ailleurs, et il n’a pas été en mesure de s’y remettre, mais il avait vraiment l’intention de développer l’analyse thermique pour étudier la soie.

NNM : Ce serait une façon différente de le faire par rapport à ce que vous avez développé.
ST : Effectivement, oui. Aujourd’hui, avec les nouveaux scientifiques qui sont ici, c’est peut-être quelque chose qu’ils pourraient étudier à l’aide de l’analyse thermique.
NNM : Nous venons de donner un projet de recherche à quelqu’un. 

ST : Oui, peut-être!

KJ : Je me demande… Pouvez-vous nous expliquer comment la science de la conservation trouve sa place à l’ICC pour des gens qui n’en savent peut-être pas beaucoup sur le sujet?
ST : La science de la conservation, si l’on se penche là-dessus, il y a l’aspect analytique, puis il y a l’aspect de la prévention et les aspects environnementaux de la conservation, qui sont au cœur du travail des services de préservation, d’accord? Il y a donc deux aspects et je pense que tous les deux sont considérés comme une science : l’un est en quelque sorte le microaspect, qui consiste à examiner les matières. Je pense donc que la science de la conservation sert à appuyer ce que font les restaurateurs, parce que ce sont eux qui manipulent les objets. Puis il y a un aspect de la science de la conservation qui est en quelque sorte la partie scolaire où l’on étudie le matériel, vous savez, le matériel d’artiste, et c’est un tout autre domaine qui se suffit en soi, qui a son propre savoir et sa propre valeur. C’est différent, mais l’analyse quotidienne des choses… je vois toujours cela comme une façon d’aider un restaurateur à traiter un objet ou à prendre soin d’un objet, ou à planifier une exposition pour un objet. Je pense à mon propre travail sur la mesure de la micro-altération de la couleur. Je n’ai jamais pensé que la mesure elle-même était le point de mire. Ces mesures ne sont que des étapes pour aider un restaurateur à faire son travail, à prendre des décisions plus éclairées, et à faire des choix plus précis et plus judicieux. Donc, je pense toujours à mon travail de mon point de vue et je sais que les autres, mes collègues, pensent aussi que leur travail, même s’il est intéressant et fascinant, sert à aider. Nous sommes là pour appuyer les restaurateurs qui sont en première ligne et je pense que les services de préservation, toute l’ingéniosité qui s’y rattache, visent en fin de compte à préserver l’objet, mais les restaurateurs sont les gens en première ligne qui s’occupent des objets. C’est comme ça que je vois les choses. J’ai la conviction que je dois m’efforcer de très bien faire mon travail parce que je veux qu’il… que les données, les informations que je produis soient les meilleures possible, qu’elles soient utiles, oui, à diffuser et utiles. Il faut que ce soit utile.

NNM : Trouvez-vous cet aspect de votre travail satisfaisant? Est-ce que c’est une des choses dont vous tirez de la satisfaction… savoir que votre travail servira à appuyer le travail des autres et que d’autres personnes comptent sur vous?

ST : Pour moi, oui. Je sais que parfois c’est très facile parce qu’on peut explorer une petite facette ou un détail qui est si fascinant qu’on poursuit la recherche, mais je dois alors me retenir et me dire : « Attends une minute! Ton temps est utilisé, payé par le contribuable dans un but précis. » Et je dois en quelque sorte me retenir pour pouvoir trouver un équilibre entre ce que je fais pour satisfaire ma propre curiosité et ce dont j’ai besoin pour mon travail. Alors, je dois me retenir parce que c’est très facile, vous savez. Le monde est fascinant, alors on peut facilement se laisser absorber par un aspect et continuer et, vous savez, si on ne se discipline pas, c’est très facile.

KJ : Pouvez-vous nous dire un peu comment vous voyez la science de la conservation, comment elle a changé au cours de votre carrière? Vous avez travaillé à l’ICC pendant 34 ans. Au cours de ces 34 années, avez-vous remarqué des changements majeurs ou est-ce que le pendule est passé d’un côté à l’autre et vice versa? Pouvez-vous nous en parler un peu?

ST : Vous savez, quand j’ai commencé il y a 34 ans, je pense qu’avoir un doctorat était très rare. David Grattan avait un doctorat et certaines personnes aussi, mais ce n’était pas la majorité d’entre nous. Certains de nos meilleurs scientifiques avaient des baccalauréats, mais ils étaient vraiment calés, très calés, mais avec le temps, tous nos nouveaux scientifiques ont un doctorat. Alors, le niveau de formation universitaire a également augmenté.

NNM : Selon vous, comment cela a-t-il changé le travail qui se fait?

ST : Je pense qu’avec les études de doctorat, vous avez une formation très approfondie dans un domaine. Vous en savez beaucoup sur un domaine, et ces nouveaux scientifiques, n’ont pas besoin d’appliquer ce qu’ils savent dans ce domaine particulier. Les sciences de la conservation sont vastes, c’est varié. Alors, vous savez, vous n’étudiez pas seulement un plastique ou vous étudiez le plastique dans de nombreux contextes, avec de nombreuses variations. C’est donc un défi et je pense que les nouveaux scientifiques que nous embauchons s’intéressent non seulement à ce qu’ils connaissent très bien, mais ils se disent aussi : « OK, comment utiliser ceci pour étudier cela? » Vous voyez? Il y a donc cette curiosité – je pense que c’est la clé – que l’on remarque chez les nouveaux scientifiques recrutés par l’ICC. Ils ont cette curiosité et cet amour des matériaux, ils sont capables d’appliquer ce qu’ils savent et d’être en même temps méticuleux. C’est un peu difficile d’avoir une vue d’ensemble, mais il faut être méticuleux.

NNM : Peut-être pourrions-nous vous poser quelques questions sur ce qu’était l’ICC quand vous avez commencé à y travailler? 

ST : Eh bien, à l’époque, les choses étaient très différentes. Il y avait beaucoup de liberté et je pense que lorsque l’ICC a vu le jour… quand cette organisation a vu le jour, nous avions besoin de cette liberté pour explorer et, vous savez, pour que les gens travaillent ensemble sans que trop de restrictions soient imposées. C’était « l’âge d’or », où on voulait juste étudier quelque chose, le faire correctement, et à cette époque nous synthétisions encore des substances toxiques… nous mangions dans le laboratoire. Vous aviez le laboratoire ici, puis une table à café là, et vous laissiez ce que vous faisiez pour aller prendre un café et puis vous reveniez, ça se passait comme ça. La santé et la sécurité, c’était très différent. Et on travaillait très… par exemple, notre groupe à l’époque faisait de la recherche sur les processus de conservation, alors on travaillait en très étroite collaboration avec les restaurateurs pour développer un traitement, on s’occupait du papier, des textiles ou de l’archéologie, peu importe, alors il y avait toujours des allers-retours. Il y avait donc beaucoup de synergie puis, plus tard, il a fallu rendre plus de comptes, et je pense que ça a demandé une certaine adaptation, parce qu’on était tellement libres, on pouvait faire ce qu’on voulait et il suffisait de rédiger un rapport mensuel. Il fallait seulement dire au patron ce qu’on avait fait le mois dernier, et c’est tout! On avait quand même des comptes à rendre, mais plus tard c’est devenu… il fallait avoir des engagements clés, il fallait dire ce qu’on avait fait, et les propositions de projet ont fait leur apparition, il fallait indiquer par écrit le travail qu’on voulait faire, de quelle façon. Ainsi c’est devenu progressivement, vous savez, la reddition de comptes, il en fallait davantage, et je pense que c’est un mal nécessaire parce qu’on ne peut pas simplement continuer à faire ce qu’on veut. Par exemple, si je prends mon propre exemple, je n’aime pas décrire par écrit les choses, j’aime juste les faire. Alors, je travaillais, et puis je me retrouvais avec plusieurs projets qui me permettaient de recueillir des données intéressantes, mais parce que je n’étais pas obligée de publier ou que personne ne me pousse à publier… elles seraient là et finiraient par ne jamais être publiées. Vous savez, on a consacré du temps au projet, les données sont intéressantes. Alors, j’apprécie vraiment la discipline qui a été mise en place, la discipline de rédiger pour les rapports parce qu’ils sont destinés aux clients, il faut le faire et, par la suite, ça rend la recherche d’information beaucoup plus facile pour tout le monde. Donc, cette discipline est venue, et je pense que c’est probablement le plus grand changement par rapport au laissez-faire, faire ce que l’on veut.


KJ : Quand diriez-vous que le changement a commencé à se produire approximativement?
ST : Il y a environ 20 ans, je dirais. Oui, parce qu’on avait à rédiger des propositions pour… par exemple le projet sur la soie, ce qu’on veut faire, ce qu’on va faire cette année, ce qu’on a fait, il fallait rendre compte des résultats, des choses comme ça. Et je pense que, les années 1980, c’était l’âge d’or parce que le financement… on ne vous posait pas de questions, vous savez… tout était gratuit, mais plus tard, il a fallu rendre des comptes.

KJ : C’est intéressant. Diriez-vous que c’est l’un des changements frappants qui se sont produits à l’ICC pendant votre carrière, cette nécessité de devenir un peu plus responsable et d’être un peu plus structuré dans un certain sens?

ST : Le domaine de la science de la conservation s’est aussi considérablement développé au cours des 20 à 30 dernières années, et avec ces grands projets de l’Union européenne, vous savez, où il y a plusieurs pays qui combinent leurs efforts, ils ont ce genre de main-d’œuvre que nous n’avons pas ici, à l’ICC. Nous avons donc appris à être très futés et à faire des choses très ciblées. Oui, je pense que c’est un autre domaine où, lorsque j’ai commencé, il y avait très peu de choses, alors tout est un plus. Nous devons donc maintenant être très prudents, très ciblés et je pense que l’ICC est reconnu pour son leadership dans certains domaines. Vous savez, nous excellons dans certaines choses et je pense que nous l’avons très bien fait, et je pense qu’au cours des dernières années, nous avons appris à être très précis. Au lieu de « Faisons plus de ça »… Non, nous ne pouvons plus nous permettre de faire plus de quelque chose que quelqu’un d’autre fait. Vous savez, pour les projets de l’UE, ils ont 10-20 ans, des millions d’euros y sont consacrés, laissons-les faire. Et faisons des choses qui sont ciblées pour les collections canadiennes ou qui sont propres au Canada, et cela sera aussi profitable pour les autres. Donc, je pense que… par exemple, le projet sur la micro-altération de la couleur, c’est l’un de… vous savez, nous ne l’avons pas conçu, mais nous en avons besoin, donc nous l’utilisons au bénéfice de nos clients canadiens mais, en même temps, nos connaissances profitent aussi aux autres…

NNM : C’est intéressant de voir comment ces changements mondiaux peuvent avoir de telles répercussions sur le travail que vous faites.

ST : Je pense que l’ICC a toujours… Je pense qu’il y a 34 ans, il y avait moins d’établissements qui faisaient le travail que nous faisons. Puis, au fil des ans, ils se sont développés et ils ont de plus grandes capacités pour faire certaines choses, alors nous sommes devenus plus futés. Nous étions bons dans certains domaines et nous sommes devenus meilleurs dans ces domaines. Par exemple, dans l’analyse des risques et dans l’analyse des colorants et toutes ces choses. Donc, nous sommes devenus… plutôt que d’être bons dans tout, nous le devenons dans des domaines précis, et nous devenons une norme d’excellence, ce qui est important selon moi.

NNM : Est-ce que cela a changé la façon dont l’ICC est perçu dans le monde, parce que nous devenons en quelque sorte plus spécialisés dans ces domaines?

ST : Les gens sont au fait de l’étendue des connaissances. Nous avons cette réputation, et je pense que c’est comme ça qu’il faut que ce soit. Vous commencez à partir de presque rien, puis il y a ces découvertes qui élargissent les connaissances et puis il y a ces sommets qui font que des gens sont des experts et… ce n’est pas que je pense que nous avons cessé d’essayer d’être des experts dans tout, parce que nous savons que nous n’avons pas… nous ne sommes pas… les contribuables canadiens ne nous ont pas financés pour ça. Mais, dans les domaines où nous sommes très bons, encourageons ça, et je pense que c’est ce que l’ICC est devenu : plutôt que d’être bon uniformément, bon dans beaucoup de choses, nous sommes devenus des spécialistes dans certains domaines, et laissons les autres s’occuper très bien d’autres choses. Le projet sur l’encre ferro-gallique était un autre truc dans ce genre-là. J’ai dit que je n’allais pas être en compétition avec 20 pays, les projets financés par l’UE qui se déroulent en Europe, mais nous avions des questions précises. Alors, je vais utiliserj’ai utilisé ce qu’ils ont appris et je l’ai l’appliqueré aux besoins de nos collections. Nous avons des connaissances particulières qui sont différentes, qui nous distinguent, et je pense que c’est comme ça que nous devrions développer nos connaissances, pas en essayant d’être tout pour tout le monde. On ne peut pas faire cela.

KJ : Et de votre point de vue, qu’est-ce qui rend le Canada unique sur le plan de son patrimoine et/ou des projets, ou qu’est-ce qui ressort?

ST : En fait, l’ICC se trouve dans une position unique, c’est-à-dire que nous offrons des services à tous les établissements canadiens et je crois que, dans le monde, les gens qui sont financés, comme les musées, ils financent leurs services d’analyse pour leurs propres établissements. Donc, si vous êtes un petit musée, vous n’avez pas accès à ces services, mais pour ce qui est des établissements canadiens, nous avons… tous les établissements publics peuvent bénéficier des services de l’ICC. Je pense que c’est unique au monde.

NNM : Nos clients enrichissent d’une certaine façon le travail qui se fait.

ST : Oui, et… nous étions à une réunion d’utilisateurs de l’instrument de mesure de la micro-altération de la couleur et c’est ce qui est ressorti. Cet établissement avait son propre instrument et ses propres services d’analyse, mais il ne travaillait que pour lui-même. Si vous n’en faisiez pas partie, vous n’aviez pas accès aux services. Donc, il y a très peu d’organisations, s’il y en a, qui fournissent des services aux nombreux petits établissements qui n’ont pas les moyens de payer pour… ou ils devraient… vous devriez payer pour tous les services. Vous savez, les établissements canadiens ont beaucoup, beaucoup de chance qu’un bon nombre de nos services leur soient offerts gratuitement. C’est unique, oui, et je ne sais pas si les établissements le savent, mais le reste du monde n’a pas cette chance, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. 


KJ : J’aimerais que vous donniez des conseils pour un nouveau scientifique peut-être, si vous avez de sages paroles à dire à quelqu’un. 

ST : Je pense que je dirais d’être curieux, de toujours apprendre et de chercher toutes les occasions d’apprendre sur les matériaux, de garder l’esprit ouvert, de faire de son mieux, d’exceller dans ce que vous faites, et de continuer à s’améliorer. Je pense qu’il n’y a pas un jour où je ne me dis pas « j’apprends quelque chose aujourd’hui », que ce soit un petit truc à propos des matériaux ou simplement apprendre comment mieux écrire ou comment mieux communiquer. Par exemple, continuez toujours à vous améliorer et à aller de l’avant et je dirais que pour l’ICC, si vous deviez travailler pour l’ICC, je pense que l’une des choses les plus importantes est probablement de savoir que nous sommes financés par les contribuables canadiens pour préserver les collections canadiennes. Gardez à l’esprit l’ensemble de la situation. C’est un privilège d’être ici, alors profitez de chaque instant, et servez-vous de ce que vous savez, de ce que vous avez appris dans votre formation au premier cycle et aux cycles supérieurs, et appliquez-le, et soyez flexible. Et je dirais : rappelez-vous toujours que c’est un privilège de travailler à l’ICC, et ne le tenez pas pour acquis, et que l’ICC est un endroit merveilleux et que la synergie y est formidable. Je pense qu’il faut profiter de la synergie et apprendre les uns des autres. Oui, c’est un endroit merveilleux.

["Where Was I?" de Lee Rosevere de l'album "Music for Podcasts 6." Style : Minimalisme électronique]

NNM : La fête de départ à la retraite de Season Tse a eu lieu à l’ICC en octobre 2018. Dans cet enregistrement, Season parle de l’importance de la vie sociale à l’ICC et raconte ensuite la première conversation qu’elle a eue avec Stefan Michalski, scientifique principal en conservation à l’ICC.

[La musique s'estompe.]

ST :    Et puis, mes compagnes de café, et vous êtes plus que mes compagnes de café : Ellen, Jane, Tara, Jen, et vous êtes toutes là. Je pense que la pause-café représente pour moi plus qu’une activité sociale parce qu’il y a tellement d’échanges de connaissances et d’expériences. Vous apprenez qui fait quoi et vous voyez les liens, et je suis très reconnaissante pour cela. Ce n’est pas seulement bon pour le moral, pour moi ça fait vraiment partie de l’ICC.

Et Stefan, Stefan. Je pense que c’était probablement vers 1987. J’ai eu ma première conversation avec Stefan parce que… je pense que nous étions sur le chemin du retour ou à la conférence de l’IIC-GC à Victoria, et il y a eu beaucoup de conversations par la suite. Je pense que ce que Stefan m’a dit m’a aidée à définir mon attitude par rapport à mon travail. Que l’ICC, l’existence de l’ICC est un grand privilège. Un grand privilège à cause du financement que nous recevons du gouvernement, à cause de l’appui de la direction, à cause de l’interaction entre les scientifiques et les restaurateurs, et à cause de l’appui de tout le personnel qui n’est ni restaurateur ni scientifique. Cette combinaison est un privilège que je n’ai jamais tenu pour acquis. Que mon travail n’est pas de bâtir ma propre carrière, ma propre réputation, mais que mon travail est de faire en sorte que l’argent des contribuables compte, et ça m’a marquée, je l’ai toujours gardé en mémoire, et il m’a expliqué à un moment donné en utilisant des tablettes de chocolat, des tablettes de chocolat par habitant ou quelque chose comme ça. Je sais ce qu’il voulait dire mais je ne peux pas le répéter, mais je savais que c’était important, que l’existence de l’ICC est importante, et que nous devons en profiter et en faire bénéficier non seulement nos musées canadiens, mais aussi la communauté mondiale de la conservation.

Alors, je suis contente d’être celle qui a le dernier mot. Beaucoup d’entre vous, à mon avis, sont tellement brillants, doués et talentueux. Vous savez que je fabrique des bijoux, alors ça a un sens pour vous. Beaucoup d’entre vous sont des vedettes. Vous êtes comme l’une de ces pierres précieuses et je vous considère comme telles mais, pour ma part, je ne le suis pas. Je ne me considère pas comme l’une d’elles, mais je suis très bonne pour établir des connexions. Je dois dire que je suis très bonne pour ça et que c’est le rôle que je joue le mieux, et c’est probablement ce que vous avez remarqué. Je vois des liens et des possibilités, et j’aime les associer. C’est ce que j’aime le plus faire, et je me réjouis d’avoir eu l’occasion de travailler avec ces vedettes, vous tous. Et je suis tellement contente de faire partie de cette équipe.

 
[“Here’s Where Things Get Interesting" de Lee Rosevere de l'album "Music for Podcasts 6." Style : Minimalisme électronique]

NNM : Merci à Season Tse.

L’ICC et le RCIP se racontent est une production de l'Institut canadien de conservation, ministère du Patrimoine canadien.

Notre musique a été composée par Lee Rosevere.

Voix hors-champs par Carmen Grenier.

Aide à la production par Pop-Up Podcasting.

Qui devrions-nous interviewer dans le cadre de cette baladodiffusion? Trouvez-nous sur Facebook à l'Institut canadien de conservation et dites-le-nous.
La prochaine fois sur le balado…

Brian Arthur: D’ici trois ans, vous ferez de l’Institut canadien de conservation (ICC) le plus important institut de conservation au monde. Si vous ne vous en sentez pas capable, dites le-nous maintenant, car si vous ne le faites pas, nous vous mettrons dans une barque avec une seule rame et nous vous renverrons en Angleterre.

Dans cet épisode, vos animatrices, Nathalie Nadeau Mijal et Kelly Johnson, interviewent Season Tse. Season a commencé à travailler à l'ICC à titre de scientifique en conservation en 1984 (soit la même année que notre invité précédent, Charlie Costain). Que font les scientifiques en conservation? Ils travaillent sur des projets visant à comprendre les aspects matériels, chimiques et techniques des objets patrimoniaux. Ils font également des recherches sur les différentes techniques de conservation et testent ces techniques. Season, en particulier, est bien connue pour son travail sur l'encre et les textiles, et pour les tests qu’elle a effectués sur la sensibilité de divers objets à la lumière. Dans cet entretien, nous avons parlé de façon plus générale de son éthique de travail et de l'évolution de l'ICC au fil des ans.

Pour voir Season Tse travailler sur le traitement d'un jupon du XVIIIe siècle, regardez la vidéo de l’ICC « Traitement du jupon en piqûre de Marseille ».

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Charlie Costain : scientifique et défenseur du patrimoine

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Transcription de l'épisode « Charlie Costain : scientifique et défenseur du patrimoine »

Transcription de l'épisode « Charlie Costain : scientifique et défenseur du patrimoine »

Durée de l’épisode : 00:38:07

[Musique: “We Don’t Know How it Ends” par Lee Rosevere de l’album “Music for Podcasts 6.” Style: Minimalisme électronique]

Charlie Costain (CC) : Vous savez, c’est absolument incroyable l’intelligence et l’application que le personnel met dans le travail qu’il fait. Tous les jours, quand j’entre et que je vois ce que les gens font, je suis époustouflé par ce qu’ils peuvent accomplir.

Nathalie Nadeau Mijal (NNM) : Je m’appelle Nathalie Nadeau Mijal et voici L’ICC et le RCIP se racontent.

Ceux d’entre vous qui ont visité l’Institut canadien de conservation savent qu’au-dessus de la porte d’entrée se trouve une grande statue de capitaine de navire, notre mascotte en quelque sorte. Mais, si vous avez travaillé à l’ICC ou avec l’ICC au cours des dernières années, vous savez que nous avions aussi une vraie mascotte, un M. ICC en chair et en os, qui est aussi connu sous le nom de Charlie Costain. De scientifique à gestionnaire et directeur, Charlie a gravi les échelons et relevé de nouveaux défis avec intérêt et curiosité. En mars 2019, Charlie Costain a pris sa retraite de l’ICC. Il s’est joint à Kelly Johnson et à moi pour une entrevue rétrospective sur sa carrière. Une dernière information avant que nous commencions : Si vous entendez l’un d’entre nous mentionner le sigle RSSC, il signifie Recherche, services scientifiques et de conservation. Alors, sans plus attendre, voici Kelly Johnson.

[La musique s'estompe.]

Kelly Johnson (KJ) : Bon, Monsieur ICC, c’est drôle parce que quand je suis arrivée ici, à l’ICC, c’est comme ça qu’on vous appelait. Mais c’est vrai, vous êtes M. ICC. Vous avez été là pendant longtemps. Mais j’aimerais qu’on revienne en arrière et qu’on parte du début, si ça ne vous dérange pas. Je sais que vous avez un baccalauréat en chimie. Quelqu’un, un ami, vous a parlé de la maîtrise en restauration des œuvres d’art à l’Université Queen’s. Qu’est-ce qui a éveillé votre intérêt pour la restauration? Comment ce lien s’est-il fait?

Charlie Costain (CC) : Quand j’étais à Queen’s, un conférencier est venu, Jim Hanlan. Il travaillait au Musée des beaux-arts à l’époque. Ce scientifique est venu donner une conférence à Queen’s et je me suis dit : « Bon sang, ça semble être un domaine vraiment intéressant ». C’est mon ami de l’école secondaire qui était inscrit au programme d’éducation artistique à Queen’s, et qui faisait son baccalauréat, qui avait entendu parler du programme de restauration des œuvres d’art. Il est venu me voir parce qu’il fallait des préalables en chimie. Alors, il est venu et nous avons parlé des préalables en chimie. J’ai dit : « Ça a l’air fascinant. » Et il a répondu : « Eh bien, en fait, ils ont un volet scientifique aussi », ce qui a mené à une discussion avec Ian Hodkinson. Le programme commençait l’année suivante et, finalement, je me suis retrouvé à faire ma maîtrise en chimie, mais j’ai suivi tous les cours au choix avec les étudiants en restauration des œuvres d’art. C’était… et j’ai fait ma maîtrise dans un domaine lié à l’archéologie, c’était juste un bon concours de circonstances et une sorte de transition extraordinaire vers le domaine.

KJ : C’est intéressant. Connaissiez-vous bien la restauration muséale?

CC : Non, je pense que j’avais simplement la fascination normale des enfants pour… j’ai grandi ici, à Ottawa, alors je me souviens d’être allé au Musée… ce qui est maintenant le Musée de la nature, et il y avait beaucoup de vitrines d’exposition à l’époque et c’était pas mal statique, mais on voulait toujours savoir ce qui se passait derrière les portes closes. Donc, il y a toujours eu ce genre de fascination et de curiosité, et je pense que ça fait partie de ce que… quand j’en ai entendu parler, j’ai pensé, eh bien, vous savez, c’est un domaine tellement extraordinaire qui réunit la science, l’histoire et l’art, et il n’y a pas beaucoup de possibilités de ce genre. Ça semblait tellement fascinant, je ne l’ai pas regretté une seconde.

KJ : C’est toujours agréable à entendre. Vous êtes donc passé, je suppose, de votre maîtrise à Parcs Canada. Est-ce que c’était votre premier poste?

CC : Oui et, en fait, j’ai fait ma maîtrise en collaboration avec un archéologue de Parcs, et j’avais donc ainsi certaines relations et puis, bien sûr, être au bon endroit au bon moment, c’est important. Donc, je faisais partie de la première cohorte de diplômés en restauration d’œuvres d’art, et il y avait des postes pour la plupart d’entre nous à l’époque parce que la restauration était une nouvelle discipline. Les seuls restaurateurs qu’ils avaient… l’ICC avait un programme de formation à l’époque et certaines personnes, comme Bob Barclay et Tom Stone, sont arrivées dans ce contexte, mais beaucoup de restaurateurs venaient d’Europe à ce moment-là. Le Canada commençait tout juste à produire ses propres spécialistes formés dans le domaine, et donc, oui, je suis allé à Parcs et j’ai travaillé dans le laboratoire scientifique pendant huit ans, principalement sur du matériel archéologique provenant de Red Bay et d’épaves et ainsi de suite. Donc, c’était une initiation vraiment intéressante au domaine.

KJ : Nous avons parlé de votre travail en science de la conservation et je me demandais combien de temps vous avez travaillé dans ce domaine avant de passer à la gestion, parce que nous savons tous que vous avez été gestionnaire à différents niveaux pendant un bon moment, mais je n’ai jamais su exactement combien d’années vous avez travaillé dans les laboratoires.

CC : L’une des occasions qui s’est offerte, et j’ai été très chanceux, c’était en 1986. J’ai pu aller travailler dans un laboratoire à Genève, en Suisse, pendant environ quatre mois avec François Schweitzer, ce qui m’a permis de voir comment un autre laboratoire fonctionnait, mais aussi de voir à quel point tout ce que nous apprenions au Canada était pertinent et très conforme à ce qui se faisait ailleurs dans le monde. Ça a donc été une expérience extraordinaire sur le plan culturel et ça m’a aussi permis de me développer. Je pense que c’est environ un an après mon retour qu’un poste est devenu disponible dans ce qu’on appelait à l’époque le groupe de recherche sur les conditions ambiantes et les agents de détérioration.sur le milieu et les agents de détérioration. C’était un groupe avec Stefan Michalski, Jane Down, Paul Marcon, le groupe de scientifiques, et le gestionnaire de ce groupe était devenu directeur des laboratoires de traitement. Donc, il y avait un poste, et j’ai été intérimaire pendant un certain temps, puis j’ai eu le poste de façon permanente. Je pense que ça devait être vers 1987.

KJ : Donc, assez tôt dans votre carrière?

CC : Oui, oui. Je pense que Chuck Gruchy venait tout juste d’être nommé directeur général et… oui, les gens bougeaient, et il y avait une occasion d’essayer et de voir si j’aimais ça, et si les gens m’aimaient, et ça semblait bien fonctionner.

KJ : Donc, à partir de 1987, vous avez été gestionnaire ou vous avez occupé un poste à un niveau supérieur?]

CC : Oui, j’ai été dans la gestion à partir de ce moment, oui, exactement.

NNM : Comment avez-vous trouvé cette transition?

CC : Eh bien, ça me rendait certainement nerveux parce que je venais du laboratoire d’analyse et que j’arrivais dans un laboratoire où plusieurs scientifiques travaillaient dans un autre domaine. Stephan Stefan, Paul et Tom Strang ont été là pendant un bout de temps quand j’y étais, après il y a eu Jean Tétreault, donc cette équipe de base, mais Stefan… Stefan que j’avais connu en fait à Queen’s, et manifestement… je veux dire, même à cette époque, c’était un leader éclairé, et donc j’étais nerveux de me retrouver là et de leur parler. Ils ont été très généreux et m’ont dit : « Nous avions besoin d’un nouveau gestionnaire, nous sommes heureux de vous avoir. » Il y a eu un processus d’initiation qu’ils m’ont fait suivre. Il y avait peut-être même des vidéos quelque part… une table vibrante, si je me souviens bien, qui me donnait un peu la nausée, et donc c’était un peu comme si j’étais accueilli par mon Dieu, mais c’était très amical, et donc je me suis senti le bienvenu et j’ai eu ce type d’accueil.

KJ : C’est intéressant. Je suis intriguée. Une initiation sur une table vibrante… OK, donc, à quel moment, après avoir été gestionnaire, avez-vous réalisé que vous vouliez le rester? Qu’est-ce qui vous a incité à demeurer dans des postes de gestion le restant de votre carrière?

CC : Eh bien, je ne pense pas qu’il y a eu un moment particulier. C’est un peu comme… quand vous franchissez cette étape, c’est comme un point de non-retour, parce que vous perdez vos compétences en laboratoire après un certain temps et, vous savez, vous n’êtes pas autant au fait de la littérature et, bien franchement, je pense que les intérêts changent aussi. Une fois qu’on devient gestionnaire et qu’on commence à voir les choses du point de vue du gouvernement et de l’organisation… c’est fascinant de voir comment les organisations peuvent changer et comment on peut diriger une organisation et la transformer. Il y a constamment des défis, mais c’est dans un domaine complètement différent… on peut commander ou persuader, selon différents styles de gestion. J’ai toujours été fasciné par ce genre de comportement organisationnel et par la façon d’atteindre des objectifs organisationnels et de faire avancer tout le monde dans la même direction, et ainsi de suite. Donc, plus je travaillais dans ce domaine, plus j’apprenais de choses et plus d’autres personnes m’apprenaient de choses. C’est vraiment quelque chose qui me fascinait, et j’ai trouvé que c’était très enrichissant de travailler dans ce domaine.

KJ : C’est une excellente entrée en la matière, parce que l’une des questions que j’avais prévue… J’aimerais que nous parlions de la façon dont vous voyez l’évolution de l’ICC au fil des ans. Comment pensez-vous que les choses ont évolué?

CC : Il y a deux façons de parler de cela, et je pense que la première concerne le style général de gouvernance organisationnelle dans les années 1990. Il y avait des compressions dans l’ensemble du gouvernement à l’époque du gouvernement Chrétien. Ils voulaient contenir le déficit, alors il y avait des compressions à tous les niveaux et, à l’époque, je crois que notre directeur général et d’autres ont dû se rendre dans le centre-ville et se sont fait dire de couper X fois 100 000 $ dans le budget et, pour une raison ou une autre, il a dit : « Nous pouvons générer des recettes au lieu de couper. » Alors, il a promis au SMA que l’ICC commencerait à générer des recettes. À ce moment-là, nous faisions probablement environ 35 000 $ par année et nous vendions quelques publications mineures, et il est revenu et a dit à l’équipe de direction : « Nous devons produire des revenus. Nous devons trouver un moyen de faire de l’argent. » Et, encore une fois, j’avais eu la chance d’assister à une conférence où j’avais entendu un intervenant du Centre des sciences de l’Ontario parler d’une expérience transformatrice qu’ils avaient vécue : ils avaient utilisé leurs propres employés pour transformer leur organisation. Alors, j’ai communiqué avec lui, et nous avons ainsi été mis en contact avec le consultant auquel ils avaient fait appel et, grâce à ce consultant, la nature même de l’organisation s’est vraiment transformée. À une époque, nous avions une douzaine de groupes de travail qui s’occupaient de domaines allant des politiques à la surveillance, en passant par la vision, toutes sortes d’aspects différents de ce que devrait être l’organisation. Il s’agissait en quelque sorte de repenser l’organisation. Avant cela, je me souviens que, quand nous avons commencé à travailler avec ce consultant, il a demandé à quel point l’ICC était bien perçu par ses clients. Nous lui avons répondu que nous pensions que l’Institut était plutôt bien perçu et il a dit : « Non, comment le savez-vous? » Nous n’avions jamais fait de sondage et la simple idée de sonder les clients et de leur demander ce qu’ils pensaient de nous était franchement terrifiante parce qu’on ne l’avait jamais fait auparavant et qu’on n’était pas certain de vouloir le faire, et que le gouvernement ne faisait absolument rien dans ce sens-là. Mais cet exercice a transformé l’ICC. D’une organisation où tout le monde faisait sa part et avait le sentiment de bien faire les choses, l’Institut est devenu une organisation qui avait des buts, qui avait des objectifs. Il y avait des mesures en place pour savoir comment ça allait, et c’était vraiment… un outil a été créé et il y a eu une très grande collaboration pour imaginer tous ces différents aspects. Donc, David Grattan, James Bourdeau, Jane Sirois dirigeaient certains de ces différents groupes de travail et de ces différents aspects et, en mettant tout cela ensemble, l’ICC est devenu une organisation différente. Par la suite, nous avons essayé par toutes sortes de moyens de générer des revenus. Beaucoup d’entre eux ont échoué, mais celui qui est resté, bien sûr, c’est le travail concernant les intérieurs patrimoniaux, plus particulièrement avec Travaux publics, où il y a de grands projets d’immobilisations en architecture. C’est un domaine où des fonds sont disponibles et où nous pouvons jouer, où l’ICC peut jouer un rôle très utile. Donc, c’est le résultat de tout cet exercice aussi, mais ça a transformé la façon dont l’organisation dans son ensemble se percevait et dont elle exécutait ses activités.

KJ : Et le moral? Est-ce que cette transformation a beaucoup affecté le moral?

CC : Eh bien, nous avions un groupe qui se concentrait sur le moral et c’était un autre… pour la première fois, nous avons fait, et cette fois encore avant que le gouvernement commence à faire la même chose… nous avons fait des sondages internes sur le moral tous les trois mois pour savoir comment les gens allaient. Il y avait beaucoup d’enthousiasme lorsque les gens participaient. Il y a eu une grosse déception à la fin du processus, quand tout le monde a compris en quelque sorte qu’il était temps de s’occuper de son propre travail et de ne plus… Je pense que les gens étaient contents d’avoir leur mot à dire dans les décisions concernant l’orientation de l’organisation, mais, évidemment, à long terme, c’est le rôle de la direction. Alors, il y a eu inévitablement un sentiment de déception et de rupture quand, tout d’un coup, la grande majorité du personnel ne participait plus à ces discussions quotidiennes après avoir y avoir vraiment participé pendant une période intense d’environ six mois. C’était extraordinaire. Ça, c’est pour la gouvernance. L’autre grand changement que j’ai vu s’est produit dans le domaine de la conservation préventive, parce que lorsque j’ai commencé en conservation, on parlait des conditions ambiantes dans les musées. Gary Thompson avait écrit ce livre qui parlait beaucoup de l’humidité relative, un peu de la température et de la lumière, et c’était considéré comme l’environnement deses conditions ambiantes dans les musées, mais en fait… Quand j’étais gestionnaire de l’EDRdu RMAD, il y avait cette conférence canadienne sur la conservation qui devait avoir lieu et, deux jours avant notre participation, Stefan est arrivé avec cette grande feuille de papier sur laquelle il avait noté les agents de détérioration. L’idée lui était venue en allant dans des institutions qui s’inquiétaient de leur humidité relative, alors qu’elles n’avaient pas de serrure sur la porte d’entrée ou qu’une partie de leur collection était conservée dans une grange dont le toit coulait, et elles les gens s’inquiétaient pour les mauvaises choses. Alors, nous avons réalisé qu’il fallait adopter une approche plus holistique. Nous sommes passés des conditions ambiantes dans les musées à la conservation préventive, un terme que l’ICCROM à Rome, avec Gaël de Guichen, avait déjà inventé. Ensuite, cela s’est vraiment transformé en une approche globale d’évaluation des risques, une approche plus holistique et beaucoup plus utile, ce qui a représenté une énorme transformation au fil des ans, de quelque chose à quoi il fallait réfléchir en parallèle à quelque chose que l’ensemble de la profession a vraiment adopté. C’est sorti presque totalement de l’esprit de Stefan, et je me rappelle l’avoir regardé expliquer que c’était de ça que nous allions parler à la conférence. Ce n’était pas sur ce sujet-là que devait porter sa communication à la conférence. C’est juste quelque chose qu’il s’était dit : « Eh bien, parlons-en et voyons ce que les gens en pensent. » Donc, l’idée a été ébauchée, et il a fallu quelques années pour produire l’affiche et pour que les gens en soient contents. Il a fallu encore quelques années pour en faire une deuxième version, mais on la voit maintenant partout dans le monde. Je veux dire… c’est vraiment quelque chose qui a été adopté dans le monde entier par les professionnels de la conservation.

KJ : Vous avez mentionné quelque chose dont j’aimerais vraiment que nous parlions, c’est que vous avez changé de chapeau assez régulièrement au cours de vos années à l’ICC. Vous avez été gestionnaire pendant un certain temps, puis vous êtes passé aux Services de préservation. Ensuite, vous êtes devenu directeur de RSSC. Vous êtes allé au RCIP pendant un certain temps, et vous vous êtes occupé de l’information sur le patrimoine. Alors, j’aimerais savoir comment cela a contribué à votre carrière et quels enseignements vous en avez peut-être tirés.

CC : Encore une fois, j’ai eu la chance d’avoir des occasions qui se sont présentées après ce genre d’exercice de transformation et par la suite. Quand je suis devenu directeur de RSSC, je me sentais assez à l’aise dans ce rôle parce que nous avions vécu la transformation et que les choses s’arrangeaient en quelque sorte. Bien sûr, nous avons ensuite été touchés par les rénovations, pendant une période où il y a eu différents directeurs généraux. C’était une opération non financée et le budget augmentait sans cesse. Alors, je n’étais pas très populaire au Ministère à cette époque et je me sentais très vulnérable. Mais, de façon générale, j’ai eu l’occasion de travailler avec différents directeurs généraux au fil des ans, et chacun d’eux semble avoir… nous avons eu la chance d’avoir la bonne personne au bon moment, je pense. Et donc, j’ai profité de ces occasions en quelque sorte. Je veux dire… Chuck Gruchy, quand il est arrivé ici, il s’est beaucoup investi dans l’ICCROM et a amené l’ICC à être beaucoup plus actif sur la scène internationale dans ce genre de domaine, de sorte que j’ai eu l’occasion de siéger au Conseil de l’ICCROM et d’en être le président pendant plusieurs années, ce qui nous a permis de nouer un partenariat très fructueux avec cet organisme, et cela se poursuit. Puis Bill Peters, qui était là lorsque nous avons subi des compressions… et Bill a eu le courage de laisser le personnel essayer des choses et de recréer l’endroit. Et je suis sûr que ce n’était pas beau à voir, mais ça a vraiment… c’était important et nous avons été appuyés durant tout le processus, donc ça a été une expérience d’apprentissage formidable pour tout le monde. Puis Jeanne est arrivée juste au moment où nous terminions les rénovations. Je ne suis pas certain de ce que la pauvre Jeanne a pensé quand elle est arrivée ici, parce que c’était la pagaille. Il y avait encore… vous savez, il y avait des fils électriques qui pendaient, nous n’avions pas encore déménagé dans les laboratoires ou quoi que ce soit. Mais elle a vraiment donné plus de crédibilité à l’organisation, je pense. Nous étions maintenant une organisation axée sur les résultats. Elle pouvait dire au Ministère ce que l’organisation faisait, et je pense que le Ministère a commencé à ne plus nous voir seulement comme un petit groupe étrange, mais comme une organisation capable de démontrer qu’elle faisait du bon travail. Nous étions appréciés. Nous apportions de vraies contributions et des changements, ce qui a mené à une période de stabilité. Puis Patricia est arrivée avec un plan stratégique, et tout cela ensemble s’est traduit par un autre niveau d’intérêt quelques années après l’arrivée de Patricia. Et enfin, j’arrivais à la fin de ma carrière, alors quand Kenza est partie en congé de maternité, c’était tout simplement une occasion extraordinaire de revenir et de travailler pendant un an avec les gestionnaires avec qui j’avais travaillé pendant des années et avec qui j’avais toujours aimé travailler, et cela jusqu’à la fin de ma carrière. Donc, en ce qui me concerne, ce fut simplement une heureuse série d’événements, et cela m’a donné à la fin l’occasion extraordinaire d’essayer quelque chose de différent et puis de revenir et de finir en faisant ce que j’avais toujours tant aimé.

KJ : C’est sympathique de vous entendre parler de votre carrière. C’est agréable d’entendre cela. C’est comme avec Season. Season en a parlé de la même façon quand elle était ici. En vous écoutant tous les deux, je peux sentir votre amour pour la carrière que vous avez eue et que tout le monde voudrait avoir, vous savez. Alors, c’est toujours agréable. Un autre élément pour lequel vous avez joué un rôle important, selon Season, c’est le SGIP.

CC : Oui, bon, dès le début, l’ICC avait besoin d’une fonction d’enregistrement pour la gestion des objets qui arrivaient. Donc, dès les premiers jours, Ian Wainwright et Ray Lafontaine ont conçu ce petit système appelé Icarus sur l’un des premiers ordinateurs que nous avons eus. Ça fonctionnait probablement sur un petit Commodore 64, vous savez. Il n’y avait pas de mémoire ou quoi que ce soit, mais c’était une façon de faire le suivi des objets qui entraient et qui sortaient. Puis, quelques années plus tard, on s’est rendu compte qu’on avait besoin de quelque chose… En fait, quelqu’un du RCIP nous a aidés pour créer ça au départ – je venais d’arriver ici – Jim Fox, et il nous a aidés à mettre ça en place. Et, plusieurs années plus tard, c’était OK, vous savez, les ordinateurs avaient évolué, ils étaient plus puissants, nous pouvions faire les choses différemment. Et, encore une fois, Ian a participé au développement de Proteus et beaucoup à la fonction d’enregistrement. Donc, Vee et Ian et le gars de l’informatique que nous avions à l’époque, John Jean Bisson, ont pour ainsi dire construit le système Proteus, et sur Lotus Notes. Ça a marché pendant plusieurs années, mais il était surtout utilisé pour l’enregistrement, pour faire le suivi des objets, et puis les analystes y consignaient leurs résultats, mais personne d’autre ne l’utilisait vraiment. Alors, quand on a eu l’occasion de construire un plus grand système et qu’il y a eu ce faux départ… nous avons passé plusieurs années avec des gens de la DGDPI au centre-ville pour un projet qui, après deux ans et des dépenses considérables, a simplement été abandonné parce qu’on disait qu’il ne fonctionnerait pas. Nous avons donc fait appel à quelques très bons consultants et nous avons essentiellement conçu le SGIP avec un analyste des activités et un codeur, et il y avait des réunions quasi hebdomadaires. Il y avait donc moi et Vee, et Marie-Claude [Corbeil] et Bruce Cordon, et peut-être une autre personne, donc un assez petit groupe, mais nous nous réunissions environ deux heures chaque semaine, et ils concevaient un genre de modèle et expliquaient comment ça fonctionnait, et ils disaient, vous savez… puis ils revenaient la semaine suivante avec quelque chose d’autre qui avait été développé, et ça allait de l’avant. Donc, ce système a été développé selon cette approche souple, très itérative, avec beaucoup d’implication. Il est loin d’être parfait, mais il nous permet maintenant de faire le suivi de la plupart de nos activités dans le bâtiment, et nous commençons tout juste à discuter de la prochaine itération de ce que deviendra le SGIP, qui fonctionnera probablement sur Windows, je pense, et qui masquera beaucoup des complexités qu’il y a dans le SGIP. Mais, en tant que directeur, grâce au SGIP, j’ai pu vraiment pour la première fois connaître l’état d’avancement des différents projets et savoir à quoi les gens consacraient leur temps. Vous savez, quand quelqu’un pose des questions concernant la reddition de comptes, vous pouvez trouver de l’information dans le système. Avant, si quelqu’un demandait où en était tel projet ou si nous avions quelqu’un qui allait au Manitoba… Qu’avons-nous fait récemment au Manitoba? Il fallait courir partout dans le bâtiment et demander aux gens, et ce n’était que du bouche-à-oreille. Le système nous a permis de rassembler l’information et de faire en sorte que la reddition de comptes devienne plus importante, et donc avec Edith [Gendron] et le genre de rapports que le Ministère… mais aussi pour notre propre rétroaction afin de comprendre ce que nous faisions, à quoi nous consacrions notre temps, ce qui était en cours à un moment précis. C’est extrêmement utile de pouvoir donner cette information du point de vue de la gestion, de pouvoir exercer cette supervision, mais l’une des choses que j’ai toujours préconisée avec le SGIP, et qui n’est pas entièrement un succès, c’est qu’il doit aussi être utile aux gens qui entrent les données. Ça ne peut pas être seulement pour les autres, pour que la direction obtienne de l’information. Donc, j’espère que, dans une certaine mesure, le système a aidé les gens à organiser leur travail, à savoir ce qu’ils ont à faire, vous savez, vous pouvez voir de quels projets, de quelles activités vous êtes responsables, mais aussi quelles tâches vous ont été attribuées. Donc, les gens qui l’utilisent et qui en tirent profit… Je pense que ça les aide vraiment à s’organiser, à établir des priorités, et à savoir que vous êtes simplement surchargé et que vous devez faire des choix. Alors, vous pouvez vous adresser à votre gestionnaire et avoir une discussion parce que ce genre de système centralisé est… ça exige toujours des efforts pour alimenter le système, mais il a certainement été utile pour la direction et pour beaucoup d’employés qui l’ont utilisé. Je pense qu’il a une certaine utilité pour eux aussi. Nous devons donc trouver un moyen de réduire la quantité de données à entrer tout en maximisant les avantages pour les gens, pour qu’ils les voient dans leur travail quotidien également.

KJ : Je pense que c’est un outil utile.

CC : Je le pense aussi, et il doit continuer à évoluer pour demeurer utile, parce que s’il stagne pendant plusieurs années, il faudra tout recommencer à zéro.

KJ : Vous avez parlé des 10 agents de détérioration. Y a-t-il d’autres projets auxquels vous avez participé ou qui se sont réalisés pendant vos années à l’ICC qui se distinguent?

CC : Oui, eh bien, il y en a tellement… oui, tellement de projets et, encore une fois, du point de vue de la gestion et du rôle direct joué, ce ne sont pas des choses que vous avez effectivement faites. Avec le temps, vous savez, vous pouvez vous attribuer une partie du mérite, mais en tant que réalisations de votre personnel. Et je dois dire que l’un des grands plaisirs à titre de directeur de RSSC… Je veux dire, chaque fois que je vais dans un laboratoire et que je vois ce que font les gens, sur quoi ils travaillent, ça peut être des artefacts ou des projets, et que je vois le genre de choses qu’ils font, je continue d’être ébahi. Ce n’est pas approprié de le montrer quand vous êtes directeur, alors vous ne le faites pas, mais, vous savez, bien franchement, sur une base quotidienne, quand j’entre et que je vois ce que les gens font, je suis époustouflé par ce qu’ils peuvent accomplir, et il peut s’agir de l’état d’un artefact avant et après, mais il peut aussi s’agir d’autre chose, comme le travail que Kate [Helwig] et Jenny [Poulin] ont fait sur l’ambre et vous dites : « Comment avez-vous pu penser à ça? » Vous savez, c’est absolument incroyable l’intelligence et l’application que le personnel met dans le travail qu’il fait. Bien sûr, en tant que gestionnaire, vous voulez toujours que les gens fassent les choses plus rapidement et soient plus efficaces et ainsi de suite, mais je pense que c’est quelque chose d’unique à l’ICC, parce que nous n’avons pas de collection, nous n’avons pas de calendrier d’expositions, nous avons le temps de réfléchir et de faire ce travail de développement et d’ajouter cette valeur dont bénéficient non seulement nos clients, mais toute la profession. Donc, il y a tant de projets au fil des ans, je veux dire… Les grands projets sont toujours impressionnants, mais même les petits projets qui ont une signification particulière pour un petit musée, qui voit des éléments de sa collection revenir, valent vraiment la peine d’être réalisés. Et vous en entendez parler dans les journaux locaux et c’est extrêmement, extrêmement valorisant. Et je pense que c’est aussi un autre aspect du travail réalisé ici… beaucoup de gens travaillent pour le gouvernement toute leur vie, pendant toute leur carrière, mais nous avons la chance de travailler directement avec les clients et de voir cela et la nature du travail aussi... Je veux dire préserver le patrimoine canadien, c’est quelque chose de très viscéral, vous avez le sentiment que c’est la bonne chose à faire. Il y a tant d’exemples dans le monde de populations qui sont coupées de leur passé et qui sont en quelque sorte perdues. C’est difficile d’expliquer en quoi consiste ce lien, mais il est important d’avoir ce lien avec le passé, pour que les gens se sentent enracinés. Et être capables d’aller de l’avant et de jouer un rôle là-dedans… je pense que c’est vraiment quelque chose que nous ressentons tous, que nous avons la chance de pouvoir travailler dans un domaine où ce genre de contact est établi avec les bénéficiaires et où le genre de travail que nous faisons peut avoir des effets bénéfiques pendant les siècles à venir.

KJ : Absolument. Et être si proche des clients, c’est aussi motivant parce qu’on peut voir les effets positifs.

NNM : Vous avez peut-être eu l’occasion de partir ou de faire quelque chose de différent un peu avant de décider de vous joindre au RCIP, alors pourquoi êtes-vous resté?

CC : Oui, eh bien, j’ai déjà examiné une occasion qui se présentait à l’étranger. Je ne suis pas certain que cela aurait débouché sur quelque chose, c’était plutôt une exploration et ça aurait été une orientation intéressante, mais, bien franchement… Je pense que Season a parlé de la famille de l’ICC et je pense que, parce que nous avons notre propre installation et que nous formons un groupe où nous pouvons faire des choses frivoles ensemble, vous savez, nous pouvons organiser des célébrations de Noël, nous pouvons acheter des beignes pour célébrer une nouvelle publication sur Internet, et cela crée une atmosphère où chacun a l’impression de faire partie de quelque chose. Ce n’est pas comme travailler dans un grand ministère où on croise tout le temps des centaines de personnes différentes. Alors, je crois que quelques-unes des choses que j’ai ressenties dès le premier jour, quand j’ai découvert ce domaine, et que je me suis dit que ça avait l’air fascinant et que je me suis demandé si j’aurais un jour la chance de travailler dans ce domaine… et ce sentiment ne m’a jamais quitté… je me trouve tellement chanceux d’avoir trouvé cette discipline, qui réunit l’art, la science et la créativité, et puis l’ICC est un endroit qui peut en quelque sorte s’offrir le luxe de développer des choses. C’est difficile d’envisager quelque chose d’autre et de se dire : « Oui, ce serait plus amusant que ce que je fais en ce moment. » Donc, à part cette tentation plus ou moins au début de ma carrière, certainement dès que j’ai eu passé un certain temps ici, à l’ICC, je n’ai jamais eu l’intention d’aller ailleurs.

KJ : Qu’est-ce qui rend l’ICC unique, selon vous?

CC : Eh bien, c’est un groupe centralisé qui dispose de beaucoup de ressources pouvant être affectées à n’importe quel problème particulier, une combinaison de restaurateurs et de scientifiques, et maintenant, avec le RCIP, nous avons aussi des gens qui s’occupent des données. Et on ne voit pas ça beaucoup ailleurs dans le monde. Aux États-Unis, ils ont des laboratoires… ceux du Getty offrent des services dans le monde entier, mais sinon, il y a des laboratoires qui… et il y a des laboratoires à Carnegie-Mellon, mais ils travaillent séparément et s’occupent principalement de leur propre collection. Au Royaume-Uni, ils ont fait cette étude il y a environ cinq ou six ans, et ils ont réalisé qu’il y avait des services de restauration et de science de la conservation dans toutes sortes d’institutions différentes, mais qu’il n’y avait pas de lien entre eux, que tous travaillaient en vase clos et se trouvaient dans différents musées ou universités, et je pense que c’est la Chambre des lords qui a publié ce rapport disant qu’il fallait commencer à travailler ensemble horizontalement. Donc, il était logique que, par une suite de circonstances et à l’époque des musées nationaux, l’ICC soit créé et il était logique aussi que tous les établissements n’aient pas à acheter l’équipement de pointe et l’équipement coûteux qu’il faut pour répondre à certaines questions. Le fait de réunir tout cela et d’avoir une masse critique en un seul endroit permet certainement une synergie.

KJ : Comment voyez-vous l’avenir de l’ICC? Que va-t-il arriver, selon vous?

CC : Eh bien, je parie que, si je revenais dans cinq ans, je ne reconnaîtrais pas l’ICC et c’est une bonne chose, absolument. Nous avons de nouveaux directeurs et un nouveau directeur général. Il semble que nous allons de l’avant et que nous allons partager des locaux avec Parcs et donc, du point de vue des gens et des directions, les choses seront certainement différentes. Nous avons eu une période de stabilité et je pense que c’est en partie dû au fait qu’il y avait des restaurateurs, des employés qui étaient là depuis longtemps, et cette situation commence à changer. Il y a eu beaucoup de changements et cela continuera dans les prochaines années. Il y aura donc une nouvelle équipe ici dans cinq ans, et les gens auront leurs propres idées et ce sont des gens brillants et extraordinaires. Je suis certain que, tant que nous aurons l’appui du Ministère, l’ICC continuera d’être un milieu de travail extraordinaire. Ce sera différent, mais le changement est une bonne chose et nous devons l’accepter et faire en sorte que ça fonctionne pour nous. Et je n’ai aucun doute que c’est ce qui va se produire.

KJ : Je me réjouis d’entendre cela. Avez-vous des conseils à donner?

CC : Je n’oserais pas. Je veux dire, je vois les nouveaux qui arrivent et que nous embauchons, ils sont super intelligents, et c’est la même chose avec les stagiaires que nous avons. Vous n’aimeriez pas tous les garder? Parce que ces personnes extraordinaires arrivent avec toutes sortes de bagages différents, elles proposent des idées différentes. C’est une nouvelle génération et il y aura de nouveaux défis; il faut de nouvelles personnes pour relever ces défis. Je pense que j’ai fait du bon travail pendant que j’étais ici, mais pour ce qui est de l’avenir… je pense qu’une base a été mise en place, mais on va construire là-dessus et il va y avoir du changement et ce sera différent. Il faut s’adapter, sinon on meurt.

["Where Was I?" de Lee Rosevere de l'album "Music for Podcasts 6." Style : Minimalisme électronique]

NNM : Le 7 mars 2019, l’ICC a organisé une fête de départ à la retraite pour Charlie Costain. Dans une salle de réception bondée, plusieurs personnes ont fait des discours pour dire au revoir à Charlie, entre autres presque tous les anciens directeurs généraux. Mais c’est Charlie lui-même qui a pris la parole en dernier…

[La musique s'estompe.]

CC : Avec le recul, je me sens tellement chanceux d’avoir pu passer ma carrière dans ce domaine, d’avoir travaillé pour trois organisations de calibre mondial : les huit premières années à Parcs, dans une grande mesure mes années de formation où j’ai beaucoup appris en travaillant avec John Stewart. Louis Laflèche est toujours là, alors il me survivra. Puis, bien sûr, je suis venu à l’ICC où j’ai passé la plus grande partie de ma carrière et, à la fin, j’ai eu cette occasion inattendue mais vraiment appréciée et enthousiasmante de travailler au RCIP. Nous avons donc beaucoup de chance, je pense… au gouvernement fédéral… nous travaillons en fait avec des clients et nous établissons des relations avec eux partout au pays et dans le monde. C’est quelque chose de particulier à l’ICC et au RCIP et nous tenons ça pour acquis, je pense. Mais beaucoup de gens travaillent au gouvernement fédéral toute leur vie et n’ont jamais à traiter avec un client. Alors, c’est ce qui rend l’organisation spéciale, mais aussi le genre de travail que nous faisons nous semble utile. Stefphan [Michalski] a mentionné dans sa conférence à l’IIC que beaucoup de gens ont l’impression que leur travail ne contribue pas vraiment à la société mais, à mon avis, nous avons le sentiment que nos activités ont des effets réels et que nous apportons une contribution à la population canadienne et au monde. Évidemment, ce qui rend l’ICC spécial, ce sont les gens qui y travaillent, et je me sens extrêmement chanceux de travailler avec un tel groupe. Pour tout ce que j’ai accompli dans ma carrière, j’ai toujours eu le soutien des autres. C’est drôle, il y a 45 ans, quand j’étudiais en chimie à Queen’s et que je me demandais ce que j’allais faire, j’ai entendu parler de l’ICC et je me suis demandé si j’aurais un jour la chance d’y trouver un emploi. Alors, merci à vous tous d’avoir permis à un rêve de se réaliser. C’était formidable. [Applaudissements]

[“Here’s Where Things Get Interesting" de Lee Rosevere de l'album "Music for Podcasts 6." Style : Minimalisme électronique]

Merci à Charlie Costain.

L’ICC et le RCIP se racontent est une production de l'Institut canadien de conservation, ministère du Patrimoine canadien.

Notre musique a été composée par Lee Rosevere.

Voix hors-champs par Mike Tobin.

Aide à la production par Pop-Up Podcasting.

Qui devrions-nous interviewer dans le cadre de cette baladodiffusion? Trouvez-nous sur Facebook à l'Institut canadien de conservation et dites-le-nous.

La prochaine fois sur le balado…

Season Tse : Je dirais qu’il faut toujours se rappeler que c’est un privilège de travailler à l’ICC et qu’il ne faut pas le tenir pour acquis, et que l’ICC est un merveilleux endroit. Et je pense que tous ceux qui sont venus ici disent que l’ICC est un endroit merveilleux et que la synergie est formidable. Je pense qu’il faut profiter de la synergie et apprendre les uns des autres. Oui, c’est un endroit merveilleux.

[La musique s'estompe.]

Dans cet épisode, vos animatrices, Nathalie Nadeau Mijal et Kelly Johnson, interviewent Charlie Costain. Charlie a commencé à travailler à l'ICC en 1984 comme scientifique en conservation et a progressé au sein de l'organisation pour devenir gestionnaire et directeur. Il a également travaillé pendant deux ans comme directeur général du RCIP, mais nous prévoyons couvrir son mandat au RCIP dans un prochain épisode. (Restez à l'écoute!)

Jetez un coup d'œil à notre vidéo organisationnelle pour voir la statue du « Capitaine » mentionnée au début de l'épisode. Par ailleurs, vous y verrez Charlie et de nombreux employés de l’ICC, actuels ou retraités.

Introduction

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Transcription de l'épisode « introduction »

Transcription de l'épisode « Introduction »

Durée de l'épisode : 00:05:02

L'ICC-RCIP : Une introduction

[Musique: "We Don't Know How it Ends" par Lee Rosevere de l'album "Music for Podcasts 6." Style: Minimalisme électronique]

Nathalie Nadeau Mijal (NNM) : Quelque part dans la capitale nationale, il y a un entrepôt à deux étages plutôt quelconque qui ne se distingue que par la présence d'une sculpture mystérieuse d'un capitaine qui monte la garde au-dessus de la porte principale. À l'intérieur de cet édifice se trouvent certains des plus précieux trésors du Canada et les personnes chargées de leur protection – le personnel de l'Institut canadien de conservation et du Réseau canadien d'information sur le patrimoine.

L'ICC et le RCIP se racontent.

Permettez-moi d'abord de me présenter. Je suis Nathalie Nadeau Mijal. Ma coanimatrice, Kelly Johnson, est responsable de l'apprentissage et du perfectionnement à l'Institut canadien de conservation depuis 2015. L'objectif de l'épisode d'aujourd'hui est de vous en dire un peu plus sur l'Institut canadien de conservation et le Réseau canadien d'information sur le patrimoine, autrement dit l'ICC et le RCIP. Donc, qui serait meilleur que le directeur général lui-même pour vous parler de ces deux organisations? Il s'appelle Jérôme Moisan.

[La musique s'estompe.]

Jérôme Moisan (JM) : Alors l'ICC c'est l'Institut canadien de conservation et le RCIP c'est le Réseau canadien d'information sur le patrimoine.

Kelly Johnson (KJ) : Est-ce que ça serait possible de nous dire qu'est-ce que ça veut dire ICC et RCIP?

Jérôme Moisan (JM) : Oui, alors l'Institut canadien de conservation est vraiment là pour appuyer tout la communauté muséale et du patrimoine en matière de conservation des collections, traitement des collections et également restauration des artefacts grâce à une expertise en préservation, en science de la conservation. Donc c'est vraiment le mandat de l'ICC. Pour ce qui est du Réseau canadien d'information sur le patrimoine, c'est vraiment d'appuyer les musées pour les aider à gérer leurs collections et leur donner des outils précieux pour gérer toute la portion virtuelle des collections, c'est-à-dire s'assurer que leurs collections soient accessibles par Internet ou via différents sites pour que les Canadiens puissent y avoir accès sans avoir à se déplacer dans chaque musée ou dans chaque institution.

KJ : Et est-ce que vous pourriez nous dire comment les deux organisations s'intègrent au sein de Patrimoine Canada ?

JM : Oui, alors les deux organisations sont assez spéciales dans le sens que ce sont des organismes de service spéciaux et donc, ça, ce que ça veut dire c'est qu'elles ont davantage de marge de manœuvre sur le plan administratif parce qu'elles ont, toutes les deux, les deux organisations, des mandats spécifiques, et des clients très spécifiques et donc, par exemple ça permet à l'ICC de faire payer pour certains de ses services ou dans le cas du RCIP d'avoir davantage de marge de manœuvre administrative pour mettre en place des outils virtuels pour aider les musées et les organisations du patrimoine.

KJ : Ok, merci puis dernière question, est-ce que ça serait possible de nous expliquer ce que c'est que le projet d'histoire orale, le mandat qui nous a été donné, à Nathalie et moi pour monter ce projet-ci d'histoire orale?

JM : Alors, le projet d'histoire orale, c'est un très beau projet. C'est un projet pour d'abord aller recueillir toute la sagesse et l'expérience des gens qui ont passé beaucoup de temps à l'ICC et au RCIP et qui nous ont appris toutes sortes de choses, qui ont fait évoluer les deux organisations et deuxièmement c'est une façon de passer tout ce savoir-là au public, à nos jeunes professionnels et à ceux qui peut-être songent à l'avenir à s'investir dans le domaine de la conservation ou de la gestion des collections, donc c'est un outil de passage de la connaissance, d'une génération à une autre.

["Où en étais-je ?" de Lee Rosevere de l'album "Music for Podcasts 6." Style : Minimalisme électronique]

NNM : Merci à Jérôme Moisan pour sa participation aujourd'hui.

L'ICC et le RCIP se racontent est une production de la division Partage du savoir de l'Institut canadien de conservation.

Notre musique a été composée par Lee Rosevere.

Qui devrions-nous interviewer dans le cadre de cette baladodiffusion? Trouvez-nous sur Facebook à l'Institut canadien de conservation et dites-le-nous.

Dans le prochain balado : « Vous savez, c'est tout simplement incroyable de voir l'intelligence du personnel et l'attention qu'il porte à son travail. Tous les jours, quand j'entre et que je vois ce que font les gens, je suis renversée par ce qu'ils peuvent accomplir. »

[La musique s'estompe.]

Dans cette introduction à la série de balados, Kelly Johnson et Nathalie Nadeau Mijal discutent avec le directeur général, Jérôme Moisan, qui explique le mandat de l'ICC et celui du RCIP, ainsi que ce à quoi s'attendre de la série.

Équipe de production

Kelly Johnson Kelly Johnson

Coanimatrice et agente d'apprentissage et de perfectionnement à l'ICC

Kelly Johnson coanime L'ICC et le RCIP se racontent. En 2015, elle est devenue agente d'apprentissage et de perfectionnement à l'ICC après avoir travaillé pendant plusieurs années au Bureau de la traduction. Son rôle consiste à exploiter les vastes connaissances des conservateurs et des scientifiques de l'ICC afin de créer des produits d'apprentissage pour la communauté canadienne du patrimoine.

Nathalie Nadeau Mijal Nathalie Nadeau Mijal

Coanimatrice, productrice et coordonnatrice du projet d'histoire orale à l'ICC

Nathalie Nadeau Mijal s'est jointe à l'ICC en 2018. Elle est responsable de la recherche entourant le projet de balado L'ICC et le RCIP se racontent, de même que de l'animation et de la production des épisodes. Avant de travailler à l'ICC, elle a travaillé dans des musées au Canada et au Royaume-Uni. Elle est titulaire d'une maîtrise en études muséales de l'Université de Leicester et d'une maîtrise en littérature comparée de l'University College London.

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Si vous voulez suggérer une idée d'épisode ou transmettre vos questions et commentaires, contactez l'ICC.

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