Vidéo – Les matériaux et techniques de J.E.H. MacDonald

Transcription de la vidéo Les matériaux et techniques de J.E.H. MacDonald

Durée de la vidéo : 00:10:02

Kate Helwig (Scientifique principale en conservation, Institut canadien de conservation) : « Alors notre projet portant sur les matériaux et techniques de J. E. H. MacDonald a débuté au printemps 2013 et maintenant est presque complété. C'est une collaboration entre la Collection McMichael d'art canadien et l'Institut canadien de conservation à Ottawa où je travaille comme scientifique en conservation. Il y a 32 tableaux dans le projet provenant de trois institutions : le Musée McMichael, le Musée des beaux-arts du Canada et le Musée des beaux-arts de l'Ontario.

Ma collègue Alison Douglas, restauratrice au Musée McMichael, peut vous donner plus de détails sur le choix des tableaux et les périodes dans la carrière de MacDonald et aussi comment le projet a vraiment débuté. »

Alison Douglas (Restauratrice, collection McMichael d'art canadien) : « En fait, le projet a été lancé car nous trouvions qu'il était plus que temps de consacrer de la recherche à cet éminent artiste canadien et bien sûr cofondateur du Groupe des Sept, et aussi parce qu'il y a plusieurs expositions à venir au Musée McMichael pour célébrer le 100e anniversaire du groupe.

Donc après qu'on se soit tous entendus sur le projet, j'ai travaillé avec notre conservatrice en chef pour diviser son œuvre en périodes, ce qui a été fait sur une base géographique. »

[Détails d'un tableau de la première période : Snow, High Park. Tableau de la période Algoma : Forest Wilderness. Tableau de la période Colombie‑Britannique et de la baie Georgienne : Cathedral Peak and Lake O'Hara.]

Alison Douglas: « Donc nous avons la première période à ses débuts, puis Algoma, la Nouvelle-Écosse, la Colombie-Britannique et la baie Géorgienne, puis la Barbade. Et pour choisir les œuvres, il a en fait s'agit de regarder dans les collections des trois musées que tu as mentionnés et de choisir des œuvres importantes et représentatives qui présentent une variété de matériaux. »

Kate Helwig: « Et le but du projet est de créer une base de données des matériaux et techniques de MacDonald qui pourrait être utile de plusieurs façons, incluant pour les restaurateurs pour aider à développer des traitements qui sont appropriés et aussi pour déterminer des conditions d'entreposage et d'exposition. »

[Restauratrice examinant un tableau de JEH MacDonald sous grossissement. Une scientifique en conservation examine un tableau de JEH MacDonald sous grossissement. Une restauratrice retire un tableau de JEH MacDonald d'une étagère de rangement. Une scientifique en conservation consulte la base de données des techniques et matériaux de JEH MacDonald sur un écran d'ordinateur.]

Kate Helwig: « C'est aussi utile aussi pour les conservateurs quand il y a des questions d'attribution; s'il y a un tableau inconnu, on peut analyser les matériaux de cette œuvre et les comparer avec ceux dans notre base de données pour voir si les composants sont compatibles avec ceux que MacDonald a utilisés typiquement durant une certaine période. »

Alison Douglas: « Pour ma partie du projet, j'ai examiné les 32 œuvres visuellement pour identifier les supports et voir les différentes couches sur les œuvres. Sous fort grossissement, on peut voir les coups de pinceau et la technique et sous rayonnement ultraviolet on peut identifier divers revêtements employés lors de l'exécution de l'œuvre. »

[Détails du tableau Algoma Hills. Détail du tableau Snow, High Park. La restauratrice observe le tableau Algoma Hills au moyen d'un stéréomicroscope. Détail du tableau Algoma Hills, observé au stéréomicroscope. La restauratrice enfile des lunettes de protection et, à l'aide d'une lampe ultraviolette portative, se prépare à scruter le tableau Algoma Hills. Examen du tableau Algoma Hills à l'aide d'une lampe à lumière ultraviolette portative. Le tableau Algoma Hills sur un chevalet. La restauratrice retourne le tableau Algoma Hills pour montrer le support très mince sur lequel le paysage a été peint.]

Alison Douglas: « Dans ce tableau en particulier, « Algoma Hills », datant de 1920, quand on le regarde on remarque d'abord le support très mince sur lequel le tableau a été peint. Ce support de carton laminé très dense est probablement du type employé dans l'industrie de la reliure.

De plus, quand on regarde sous fort grossissement, on peut observer quelques-unes de ses méthodes de travail. MacDonald a d'abord fait un dessin préparatoire avec des couches très minces de peinture à l'huile translucides avant de commencer sa composition finale.

Quand on examine le tableau sous rayonnement ultraviolet, on remarque une fluorescence orange qui est caractéristique de la gomme-laque.

MacDonald, pendant cette période, la période Algoma, enduisait ses supports recto verso avec de la gomme laque avant de peindre dessus. »

[Grossissement de diverses zones des tableaux Algoma Hills et Moose Lake montrant des sous-couches minces de peinture à l'huile translucide. Algoma Hills, sous éclairage ultraviolet. Coin inférieur droit d'Algoma Hills sous éclairage ultraviolet, montrant la fluorescence orange. Stéréomicroscope utilisé pour l'échantillonnage.]

Kate Helwig: « Pour l'analyse chimique de la peinture plusieurs très petits fragments de toutes les couleurs ont été prélevés de chaque tableau. Les échantillons sont extrêmement petits; en fait ils sont presque invisibles à l'œil nu.

Nous faisons tout notre échantillonnage avec un microscope, en utilisant des outils de chirurgie comme des scalpels, des pinces, etc. Il faut s'assurer que tous nos outils et les lames de microscope sur lesquelles on entrepose les échantillons sont propres et sans poussière. »

[À l'aide d'un scalpel chirurgical, la scientifique en conservation prélève sous grossissement un microscopique échantillon du tableau Algoma Hills. Elle transfère l'échantillon de la pointe du scalpel à une lame de verre. Gros plan des instruments : pince à pointes effilées, aiguille en tungstène et scalpel.]

Kate Helwig: « Pour montrer comment MacDonald appliquait ses couches de préparation et de peinture, certains des échantillons ont été prélevés sous forme de coupes transversales.

Ce sont de très petites carottes qui montrent toutes les couches – le support, la préparation, les couches de peinture et le vernis s'il y en a. »

[Échantillons de carotte (coupes transversales) prélevés sous fort grossissement dans trois tableaux de JEH MacDonald : Snow, High Park, Algoma Waterfall et Near Minden.]

Kate Helwig: « On monte la coupe dans un bloc de résine. Puis, on polit le bloc pour exposer les couches, qu'on observe par la suite avec un microscope, sous lumière visible et sous rayonnement ultraviolet. »

[Gros plan d'un échantillon en coupe transversale monté dans un bloc de résine polyester. La scientifique en conservation polit le bloc contenant l'échantillon. Elle observe ensuite l'échantillon par microscopie en fluorescence de la lumière visible et ultraviolette à l'aide d'un microscope en lumière polarisée. L'échantillon en coupe transversale illustré provient du tableau Cathedral Peak and Lake O'Hara.]

Kate Helwig: « Une fois que l'échantillonnage a été complété, on a analysé nos fragments microscopiques de peinture avec plusieurs techniques. Il faut parfois jusqu'à cinq techniques afin d'identifier tous les composants, incluant les pigments, les liants et les matières de charge qui pourraient être présents. Tous nos instruments sont adaptés pour les échantillons microscopiques; et la plupart sont reliés à un microscope et ont des détecteurs très sensibles. Un des instruments les plus importants qu'on a utilisés pour l'analyse de la peinture est un microscope électronique à balayage couplé à un spectromètre des rayons X. »

[La scientifique en conservation pose un échantillon en coupe transversale dans un microscope électronique à balayage couplé à un spectromètre à dispersion d'énergie. Utilisation du microscope électronique à balayage avec spectrométrie à dispersion d'énergie pour l'analyse d'un échantillon de peinture en coupe transversale.]

Kate Helwig: « Cet instrument nous permet d'observer l'échantillon à un fort grossissement avec une faisceau d'électrons, et en même temps, on peut aussi identifier les éléments chimiques qui sont présents dans la peinture. Il est important de noter que cette technique ne nous permet pas de déterminer exactement quel pigment est présent, seulement quel élément chimique est présent. Par exemple, si on identifie du plomb dans un échantillon de peinture, ça pourrait indiquer la présence de blanc de plomb, mais il pourrait également s'agir d'un autre composant, comme par exemple, du sulfate de plomb. »

[Présentation d'un diffractomètre à rayons X, d'un spectromètre infrarouge à transformée de Fourier (IRTF) et d'un spectromètre Raman. La scientifique en conservation utilise un microscope en lumière polarisée.]

Kate Helwig: « Afin de déterminer la nature des composants et les pigments exacts, on a utilisé une combinaison de plusieurs techniques différentes telles que la diffraction des rayons X, la spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier, la spectroscopie Raman et la microscopie en lumière polarisée.

Le spectromètre infrarouge est un de nos instruments les plus polyvalents; et en fait, nous avons analysé tous les échantillons de peinture avec cette technique. Pour préparer l'échantillon, on le met sur un très petit diamant pour l'aplatir avant l'analyse; par la suite, on prend cette cellule à diamant et on la met sur la platine du microscope infrarouge. »

[La scientifique en conservation remplit le détecteur du spectromètre IRTF avec de l'azote liquide, place un échantillon sur la cellule à diamant, puis met celle-ci sur la platine du microscope. Lecture du spectre infrarouge sur l'écran d'ordinateur du spectromètre IRTF.]

Kate Helwig: « Cette technique est basée sur le fait que les molécules absorbent l'énergie infrarouge à des longueurs d'ondes différentes, dépendant du type de liaisons chimiques – alors le spectre infrarouge est une combinaison des absorptions de tous les composants qui sont présents, les pigments, les liants, etc. Ces spectres peuvent donner beaucoup d'information, mais, parfois, peuvent être pas mal compliqués à interpréter. Un microscope optique est très utile pour visualiser les mélanges de peinture que MacDonald a utilisés.

On peut également identifier beaucoup de pigments avec cette technique en observant la taille, la forme et la couleur des particules de pigments, ainsi que la façon dont ils interagissent avec la lumière polarisée. »

[Observation du spectre infrarouge sur l'écran d'ordinateur du spectromètre IRTF. La scientifique en conservation utilise un microscope en lumière polarisée pour examiner les dispersions de pigments. Images de dispersions de pigments provenant des tableaux de JEH MacDonald sous grossissement au microscope en lumière polarisée, présentées en lumière normale transmise et en lumière à polarisation croisée. La première dispersion provient du tableau Canoe Lake et la deuxième, du tableau Logs on the Gatineau River.]

Alison Douglas: « J'ai observé certaines choses intéressantes en examinant les 32 tableaux pour cette étude. Dans le cas des esquisses de MacDonald, les supports qu'il utilisait au début sont très variés, tandis que, pendant la période Algoma, il préférait des cartons très minces. »

[Dos et bord du support d'un tableau de la première période : Logs on the Gatineau River. Dos et bord du support d'un tableau de la période Algoma : Algoma Hills. Bord d'une œuvre de la première période intitulée Near Minden, montrant la couche de préparation colorée. Détail d'un tableau de la période Algoma, Algoma Hills, montrant le support sans couche de préparation visible entre les coups de pinceau.]

Alison Douglas: « Pour ce qui est de la préparation des esquisses, durant la première période, on voit une variété de préparations et de préparations colorées, tandis que, pendant la période Algoma et plus tard, on observe la présence de gomme-laque et d'un dessin sous-jacent, puis la composition peinte par-dessus.

Dans le cas des œuvres sur toile, il a utilisé le lin et la jute. La jute est particulière car elle se dégrade très rapidement et se fragilise avec le temps. En termes de technique, la peinture dans les œuvres de la première période était travaillée dans la pâte, en couches plus épaisses, avec des tons plus fondus, tandis que les œuvres peintes plus tard ont été réalisées avec des couleurs vives juxtaposées, appliquées dans une direction. »

[Détail du support de toile du tableau Goat Range, Rocky Mountains montrant les fils de chaîne en lin et les fils de trame en jute. Détail d'une technique de peinture d'une œuvre de la première période : Snow, High Park. Détail d'une technique de peinture de deux œuvres de la période Algoma : Leaves in the Brook (esquisse) et Forest Wilderness.]

Kate Helwig: « Bien qu'on voit certains changements dans les matériaux que MacDonald a utilisés durant sa carrière, il y avait clairement certains pigments et mélanges qu'il préférait. Par exemple, toutes les couleurs mauves qu'on voit sur ces tableaux sont des mélanges de rouges et de bleus, souvent de l'outremer et du rouge d'alizarine. Et son pigment vert préféré était du vert d'émeraude. En fait, il est presque le seul pigment vert qu'il a utilisé. Des fois ces couleurs vertes étaient des mélanges de vert d'émeraude avec d'autres pigments, mais en général elles sont à base de ce pigment d'oxyde de chrome hydraté. »

[Dispersion de pigments de peinture mauve du tableau Old Dock, Petite Rivière, montrant un mélange de bleu outremer et de rouge d'alizarine. Dispersions de pigments de peinture verte provenant des tableaux Algoma Hills et Near Minden, montrant du vert d'émeraude. Coupe transversale du tableau Algoma Waterfall montrant des couches de peinture verte. Détail de peinture mauve foncé dans Snow, High Park qui paraît presque noire.]

Kate Helwig: « MacDonald utilisait rarement les noirs pures dans ses œuvres; les teintes qui ont l'air noires sur ces tableaux sont en général soit du mauve très très foncé ou du bleu foncé. Comme d'autres membres du Groupe des Sept ainsi que Tom Thomson, il préférait un pigment blanc composé d'un mélange de sulfate de plomb et d'oxyde de zinc. »

[Main pointant des zones de peinture blanche sur le tableau Algoma Hills. Coupe transversale de Mount Goodsir, Yoho Park montrantune peinture basée sur le blanc Cambridge. Main tournant les pages d'un catalogue Cambridge Colours.]

Kate Helwig: « C'est un pigment très caractéristique et nos recherches ont montré qu'il provenait de la marque Cambridge Artists' Colours, qui a été produite par la firme britannique Madderton et companie. La marque était disponible à Toronto aussi tôt que 1906 et l'était encore en 1932 quand MacDonald est décédé. »

[Tubes de peinture Cambridge Colours, de la société Madderton and Company.]

Kate Helwig: « Avec nos analyses, on a déterminé que c'était son pigment blanc préféré durant toute sa carrière. J'ai complété toutes les analyses de tous les petits échantillons de peinture provenant des 32 œuvres, et j'ai mis les résultats dans notre base de données.

Et Alison a complété ses examens visuels et la compilation de ses observations. Et maintenant je crois que c'est la partie la plus intéressante qui s'en vient. »

Alison Douglas: « Oui tu as raison, c'est maintenant que le plaisir commence vraiment et que nous pouvons comparer nos notes et trouver des tendances et j'ai hâte de continuer notre collaboration. En fait travailler avec l'ICC sur ce projet a été une expérience fantastique, et je suis certaine que ce ne sera pas la dernière fois. »

[Le tableau Algoma Hills sur un chevalet.]

[Signature de l'Institut canadien de conservation et mot-symbole Canada]

Cette vidéo documente un projet collaboratif dirigé par Kate Helwig, scientifique principale en conservation de l'ICC, et Alison Douglas, restauratrice de la McMichael Canadian Art Collection. Cette vidéo a été créée par l'Institut canadien de conservation.

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