Vidéo – L'antiphonaire de Salzinnes – Partie 3 : Traitement de la reliure

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Transcription de la vidéo « L'antiphonaire de Salzinnes – Partie 3 : Traitement de la reliure »

Durée de la vidéo : 00:11:00

[De la musique tirée de l’antiphonaire de Salzinnes joue en arrière-plan tout au long de la vidéo.]

[Texte à l’écran : L’antiphonaire de Salzinnes : Traitement de la reliure]

Narrateur : « Après que les restaurateurs de papier ont fini leur travail sur le bloc de feuillets de l’antiphonaire, l’équipe de restaurateurs de livres a pu traiter la reliure sans perturber les fragiles pigments du manuscrit. Dirigées par la restauratrice Christine McNair, les travaux visaient à rendre le livre pleinement fonctionnel, tout en respectant la matérialité originale de la reliure et l’histoire de la structure des coutures. »

[Texte à l’écran : Réparations antérieures]

Narrateur : « Ce n‘était pas la première fois que l’antiphonaire était réparé. Le dos était couvert de cuir atteint par la pourriture rouge et des pages de garde marbrées anachroniques se trouvaient à l’avant et l’arrière du livre. Des tranchefiles faites à la machine étaient « collées », et d’autres réparations en cuir atteint de pourriture étaient visibles sur les bords des ais. Il ne s’agit pas de matériaux du 16e siècle, mais bien les signes d’une intervention au 19e ou au début du 20e siècle. »

[Texte à l’écran : Retrait du cuir datant du 19e siècle]

Narrateur : « Les ais étaient déjà complètement détachés de la reliure à l’arrivée de l’antiphonaire au laboratoire. En examinant de près les réparations apportées aux ais, on aperçoit le cuir brun foncé original et certaines des pièces de métal qui ont été soulevées pour insérer le cuir rouge au 19e siècle. »

[Texte à l’écran : Stabilisation du cuir d’origine]

Narrateur : « Du papier Japon a été appliqué temporairement sur les parties vulnérables du cuir original pour faciliter le retrait du cuir ajouté. Les zones où le cuir original était craqué ou soulevé ont été recollées à l’aide d’adhésif. Lascaux appliqué par seringue et séchées sous poids. »

[Texte à l’écran : Retrait des sangles du dos]

Narrateur : « Avec le temps, les lanières du dos en peau tannée à l’alun sont devenues raides et fissurées. Elles ont été retirées avec soin en soulevant les plaques de métal qui les assujettissaient. »

[Texte à l’écran : Stabilisation des sangles du dos]

Narrateur : « En raison des matériaux ajoutés pendant le traitement du dos, les lanières sont devenues trop petites et fragiles pour être remises en place sur le manuscrit; elles ont été réparées à l’aide De nouvelle peau tannée à l’alun, puis entreposées avec le manuscrit comme preuve historique de sa reliure. »

[Texte à l’écran : Retrait des pages de garde ajoutées]

Narrateur : « Les pages de garde marbrées anachroniques ont été soulevées mécaniquement et ont aussi été conservées, sans être remises en place, pour préserver l’historique du manuscrit. On a trouvé des restes des pages de garde originales en vélin sous les pages de garde en papier; ces fragments ont été laissés en place. »

[Texte à l’écran : Préparation pour la remise en place des ais. État des ais]

Narrateur : « Les ais sont faits de deux pièces de bois jointes d’un bord à l’autre. Les rayons X ont révélé que les pièces de l’ais recto ont été fixées à l’aide de deux tiges en métal. Le joint de l’ais verso, dépourvu d’un tel renfort mécanique, était lâche. La fente le long du chant de l’ais recto était évidente après le retrait des pages de garde. »

[Texte à l’écran : Stabilisation de l’ais verso]

Narrateur : « La restauratrice de mobilier Amanda Salmon a injecté de la colle de poisson – un adhésif protéique – dans l’espace entre les deux pièces de bois. L’ais a ensuite été placé dans un étau pendant le séchage. »

[Texte à l’écran : Nettoyage du dos]

Narrateur : « Le cuir dégradé datant du 19e siècle a été délicatement retiré du dos du bloc de feuillets. Il avait été collé directement sur les supports de couture (dans ce que l’on appelle une reliure à dos fixe), ce qui limitait l’ouverture du livre. À l’aide de cataplasmes à base d’eau, on a réduit l’épaisse couche de colle animale, le tout avec prudence pour éviter de mouiller les supports à couture originaux et les pages de parchemin. »

[Texte à l’écran : Préservation de la structure de couture d’origine]

Narrateur : « Pour préserver le plus possible l’histoire de la reliure, celle-ci n’a pas complètement été défaite, afin d’éviter de retirer les coutures et les supports à couture d’origine. Les coutures d’origine étaient de fil enroulé autour des supports à couture en peau tannée à l’alun, qui étaient fixés aux ais comme dispositifs de fixation. Les supports originaux étant tous brisés à la charnière, et on a dû utiliser de nouveaux matériaux pour les dispositifs de fixation. »

[Texte à l’écran : Prolongement des lanières]

Narrateur : « Les restauratrices de livres Lynn Curry, de BAC, et Christine McNair, de l’ICC, ont élaboré un gabarit pour maintenir le bloc de feuillets de l’antiphonaire ouvert de façon sécuritaire, puis, en cousant les sections du livre, on fait passer un nouveau fil de lin autour de rubans de toile placés sur les supports à couture originaux. Ces prolongements serviront de points de fixation fonctionnels entre le dos et les ais. »

[Texte à l’écran : Doublage du dos]

Narrateur : « De nouveaux matériaux de soutien ont été posés sur le dos, entre les supports à couture : d’abord, une couche protectrice en papier Japon, pour faciliter le retrait de ces couches dans le futur. Puis, un solide tissu en coton – développé pour l’industrie aérospatiale – avec des prolongements pour aider à fixer les ais. »

[Texte à l’écran : Fixation des ais]

Narrateur : « Malgré tout, en plus des supports à couture et du tissu en coton, d’autres modes de fixation ont été nécessaires. Les ais de bois de l’antiphonaire sont très lourds, et les matériaux de fixation doivent agir mécaniquement chaque fois que le livre est ouvert. Les matériaux utilisés doivent donc être résistants, mais aussi flexibles. »

[Texte à l’écran : Couture de tranchefiles]

Narrateur : « Les tranchefiles tissées – appelées tranchefiles principales – jouent un rôle structurel, car ils se rattachent aux coins des ais. Des signes de ce style de tranchefile ont été observés dans les rainures des ais, et un bout de tranchefile en peau tannée à l’alun d’origine est aussi visible aux rayons X. »

[Texte à l’écran : Ajout de nouvelles pages de garde]

Narrateur : « De nouvelles pages de garde ont été cousues en place. On a choisi le vélin plutôt que le papier, en fonction des restes observés qui ont adhéré aux ais. Les gardes collées, collées aux ais, servent de dispositif de fixation supplémentaire, alors que les gardes volantes protègent la première et la dernière page contre l’usure due à l’ouverture et à la fermeture du livre. Les pages de garde contiennent aussi un joint cousu en peau tannée à l’alun, qui permet de maintenir les ais parallèles. »

[Texte à l’écran : Refaire le dos : créer un soufflet]

Narrateur : « Au lieu de créer un nouveau dos fixe qui exigerait que le cuir se compresse et fléchisse chaque fois que le livre est ouvert – tout en limitant le mouvement du dos – une structure dite creuse a été créée. Une mince couche de papier mâché a été moulée selon la forme du dos et des supports à couture. Comme vous pouvez le constater, cette couche a été recouverte d’un matériau qui permettra la fixation aux ais, sans adhésion directe au dos. Cette structure permet l’ouverture du livre sans que le dos en cuir ne réagisse, ce qui crée un creux, d’où le nom de cette technique. »

[Texte à l’écran : Remise en place des ais]

Narrateur : « Toutes ces couches sont réunies pour relier les ais au corps d’ouvrage – les nouveaux supports à couture sont cousus, puis les différentes couches de fixation sont rattachées à l’intérieur ou à l’extérieur des ais. »

[Texte à l’écran : Refaire le dos]

Narrateur : « Du cuir tanné a été teint à l’aide d’une teinture brun foncé correspondant à la couleur du cuir d’origine. Une forme irrégulière a été coupée pour qu’elle s’agence aux coins métalliques des ais, au lieu de risquer qu’ils s’endommagent en les pliant pour qu’ils s’écartent du chemin. Les bordures de cuir ont été réduites pour créer une transition sans heurts, car elles seront introduites sous les bordures du cuir d’origine. On peut ici voir Lynn Curry et Manise Marston, restauratrices de Bibliothèques et Archives Canada, appliquer un adhésif pour que le cuir s’ajuste au dos, puis attacher le livre dans une presse horizontale pour définir la forme du cuir à côté des bandes surélevées des supports à couture. À l’étape finale de la pose du nouveau dos, le cuir est retourné à la tête et à la queue. »

[Texte à l’écran : Utilisation future : préservation et accès. Importance des ais parallèles]

Narrateur : « Un des plus grand risques auquel font face les manuscrits sur parchemin est l’expansion et la contraction continues du parchemin en fonction de la variation de l’humidité relative. Les lourds ais de bois de ce type de reliure atténuent ces risques en raison de la pression exercée sur le bloc de feuillets. Toutefois, ils ne peuvent accomplir leur fonction que si la pression appliquée est la même sur l’ensemble du bloc de feuillets. Le traitement de conservation permet de s’assurer que les ais sont de nouveau parallèles grâce à l’utilisation d’onglets en peau tannée à l’alun et à un léger ajustement du dos pour veiller à ce que les ais reposent à plat sur le bloc de feuillets, en exerçant une pression uniforme. »

[Texte à l’écran : Signets]

Narrateur : « Le dos est beaucoup plus symétrique après le traitement. À la queue du dos, on peut aussi voir les rubans de soie indiquant l’emplacement des miniatures pleine page et des initiales historiées. La soie présente moins de risque d’abrasion pour les pigments que les marques-pages en papier. À l’origine, l’antiphonaire possédait des marques-pages en soie physiquement reliés au livre, mais les nouveaux marques-pages sont maintenus en place par une cale d’espacement en bois non fixée qui se trouve à la tête du manuscrit et qui peut être entièrement retirée. »

[Texte à l’écran : Emballage-pression]

Narrateur : « Au lieu de restaurer les bandes manquantes de la tranche extérieure et de tenter de deviner la forme qu’elles avaient, la restauratrice de livres Christine McNair a collaboré avec le fabricant Rick Lane à la conception d’une enveloppe de compression ayant la même fonction. Composé de contreplaqué d’acajou scellé de dimension stable, d’une feuille de mousse inerte en polyéthylene et de découpages pour accueillir les pièces de métal existantes, l’enveloppe de compression comprend aussi des bandes en peau tannée à l’alun qui recouvrent le chant et le dos du livre, et des raccords en laiton appliquant une légère pression. Lorsqu’elle est serrée, l’enveloppe de compression remplit la même fonction mécanique que les bandes d’origine lorsque l’antiphonaire est entreposé, c’est-à-dire maintenir la même pression sur le chant avant que sur le dos du bloc de feuillets. »

[Texte à l’écran : Conception des supports d’exposition]

Narrateur : « La géométrie de l’ouverture d’un livre aussi épais que l’antiphonaire varie grandement à mesure qu’on parcourt celui-ci de la première page à la dernière. La restauratrice de papier Crystal Maitland a conçu une série de supports en angle pouvant accueillir l’antiphonaire d’environ 50 livres de façon sûre et sécuritaire, sans jamais qu’une pression ne soit exercée sur les supports à couture, peu importe la partie du livre consultée. De plus, les supports d’exposition permettent d’incliner le livre vers l’avant en toute sécurité, sans nuire au plaisir de sa consultation. »

[Texte à l’écran : Forme et fonction]

Narrateur : « À son arrivée au laboratoire de restauration, l’antiphonaire n’était pas une structure mécanique fonctionnelle et contenait des éléments ne correspondant pas à la période où il a été conçu. Malgré tout, le livre a survécu pendant près de 500 ans. Le traitement de conservation mené par l’Institut canadien de la conservation et tous ses collaborateurs a permis de redonner sa fonctionnalité à la reliure, à préserver les pigments des enluminures, et à stabiliser l’antiphonaire aux fins d’entreposage et de consultation futurs, afin que se poursuive son histoire. »

[Texte à l’écran : L’antiphonaire de Salzinnes se trouve dans les collections spéciales de la Patrick Power Library de l’Université Saint Mary’s.

« Centuries of Silence: The Discovery of the Salzinnes Antiphonal » Organisée par Judith Dietz. Du 5 mai 2017 au 28 janvier 2018.

Art Gallery of Nova Scotia.

Droits musicaux :

  • Ave Maris Stella, de la page 135v de l’antiphonaire de Salzinnes

  • Fulcite Me, de la page 139r de l’antiphonaire de Salzinnes

  • Confessor Dei, de la page 197v de l’antiphonaire de Salzinnes

  • Ave Roche, de la page 197v de l’antiphonaire de Salzinnes

  • O Huberte, de la page 198r de l’antiphonaire de Salzinnes

  • Benedicta Sis, de la page 198r de l’antiphonaire de Salzinnes

  • Plebs Fidelis, de la page 198r de l’antiphonaire de Salzinnes

  • Interprété par l’ensemble de chant grégorien Psallentes de Louvain en Belgique

  • Fondé et dirigé par Hendrik Vanden Abeele

  • Transcription de Hendrik Vanden Abeele]

[Signature de l'Institut canadien de conservation]

[Mot-symbole Canada]

Cette vidéo a été créée par l'Institut canadien de conservation.

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