Des attentes irréalistes : la mission vouée à l’échec de la Luftwaffe durant la bataille d’Angleterre - Partie III

Le 15 septembre 2020 - Nouvelles de la Défense

Légende

Pendant la bataille d’Angleterre, Norma Zelia Watts agissait à titre d’intermédiaire au sol pour les équipages aériens qui combattaient la Luftwaffe allemande dans le ciel britannique. Plus tard dans la guerre, elle a servi dans le Fighter Command ainsi que dans le Bomber Command, où elle a rencontré celui qui deviendrait son mari, le capitaine d’aviation Jack Vincent Watts, navigateur de l’Aviation royale canadienne. PHOTO : Fournie

Major James Pinhorn

À l’été 1940, les perspectives d’avenir de la démocratie en Europe sont très sombres. La machine militaire d’Adolf Hitler, qu’il semble impossible d’arrêter, s’est rendue maître de la plus grande partie de l’Europe de l’Ouest en moins de deux mois, et seule la Manche sépare l’Allemagne nazie des derniers remparts de la démocratie en Europe.

Pour commémorer le 80e anniversaire de la bataille d’Angleterre, nous publions cette série historique en six volets fondée sur l’article rédigé par le Major Jim Pinhorn et publié dans le cadre des Articles de nouvelles de l’ARC.

Partie III

Sans comprendre clairement la grande stratégie de l’Allemagne, il est pratiquement impossible d’anticiper les besoins et d’élaborer une doctrine aérienne fructueuse dans les conditions de combat prévues. Même dans les semaines précédant le début de la bataille d’Angleterre, l’état-major de la Luftwaffe tente encore frénétiquement de concevoir des plans pour une invasion dont il ne savait même pas qu’elle était envisagée quelques semaines auparavant. En conséquence, comme le décrit Karl Klee, c’est un état-major qui, même au moment où la bataille s’engage, « ne sait manifestement pas encore comment mener la guerre aérienne contre la Grande-Bretagne de manière efficace ».Si cet exemple illustre les difficultés liées à la planification d’opérations précises, il va sans dire qu’élaborer une doctrine sans avoir d’indications sur la grande stratégie est également difficile. Au sein de la force aérienne allemande, le développement des avions est aussi axé principalement sur un rôle d’appui rapproché, comme les chasseurs et les avions de bombardement en piqué qui sont conçus pour appuyer les opérations militaires au sol. Cette prévalence se maintient jusqu’en 1940, car les avions de bombardement en piqué et les bombardiers de moyen tonnage sont extrêmement efficaces en Espagne et dans les campagnes menées en France et dans les Pays-Bas. Cependant, durant la campagne de bombardement stratégique contre la Grande-Bretagne, la destruction des cibles industrielles et économiques, censée paralyser l’effort de guerre de ce pays, nécessite des avions ayant une charge utile bien plus considérable que ce que peuvent offrir les avions allemands. Les pertes industrielles n’atteignent jamais une importance telle qu’elles pourraient s’avérer décisives.

Les bombardiers allemands montrent rapidement qu’ils sont trop lents et vulnérables pour se défendre contre des chasseurs déterminés, et les Allemands mettent peu de temps à se rendre compte que leurs bombardiers ont besoin d’être accompagnés de chasseurs. L’Allemagne a axé le développement de ses chasseurs sur la production d’avions rapides capables de montrer leur supériorité dans une zone localisée, de manière à faciliter la progression de l’armée. Dans la guerre-éclair, il n’était pas nécessaire d’avoir des chasseurs à long rayon d’action parce que les avions décollaient généralement de terrains d’aviation proches du front.

Toutefois, lorsqu’ils accompagnent les bombardiers dans les raids au-dessus du territoire britannique, on découvre rapidement que le rayon d’action limité des chasseurs allemands est une faiblesse. Les chasseurs allemands ont souvent aussi peu que 10 minutes de réserve de carburant pour accompagner les bombardiers à destination de Londres. Par conséquent, le peu de carburant et la nécessité de protéger les bombardiers vulnérables offrent très peu de liberté d’action aux pilotes des chasseurs allemands. Il arrive souvent que les Allemands soient à ce point à court de carburant que la RAF peut remporter la victoire sans nécessairement avoir à détruire ses adversaires. Le simple fait de retarder les Allemands pendant quelques minutes suffit parfois à leur faire abandonner leur appareil en vol alors qu’ils retournent vers leur base, parce qu’ils n’ont plus de carburant. Ainsi liés à la force de bombardement et ne disposant pas de suffisamment de carburant pour être vraiment efficaces contre les Spitfires et les Hurricanes de la RAF, les pilotes de chasseurs de la Luftwaffe sont nettement désavantagés lorsqu’ils s’engagent dans des combats aériens.

Hitler se charge de la structure générale du réarmement de l’Allemagne dans les années 1930, ce qui a une conséquence néfaste sur la force aérienne. En tant qu’homme d’armée, Hitler se soucie avant tout de renforcer sa force terrestre pour l’inévitable épreuve de force avec l’Union soviétique. La plus grande partie de la production est habituellement destinée à l’armée. En outre, l’insistance d’Hitler sur le réarmement rapide fait en sorte que les stratèges de la Luftwaffe, en plus d’être en compétition pour les ressources, sont souvent obligés de sacrifier la qualité au profit de la quantité. En 1940, le décret d’Hitler sur l’arrêt de la production, qui interdit de poursuivre le travail pour tout projet qui ne peut être terminé avant la fin de l’année, a pour conséquence de paralyser la recherche et le développement dans le domaine des avions militaires et de céder l’avantage technologique aux Alliés à mesure que la guerre se déroule.

Bien que les véritables effets du décret ne se fassent pas sentir avant un certain temps, la décision de renoncer aux efforts pour améliorer la qualité technique de l’armement de la Luftwaffe en dit long sur la méconnaissance d’Hitler à propos de la guerre aérienne et du rôle de la technologie dans celle-ci. Même si Hitler fait étalage d’une connaissance approfondie de l’aéronautique, il semble croire que la force du nombre peut suffire à obtenir la victoire.

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