Opération LANCE (MONUOR)

Nom de l'opération internationale : Mission d'observation des Nations Unies Ouganda-Rwanda (MONUOR)

Dates de l'opération internationale : 1993/06/22 – 1994/09/21

Organisme responsable : Nations Unies

Nom de la région : Afrique

Lieu : Ouganda et Rwanda

Nom de l'opération canadienne : opération LANCE

Dates de l'opération canadienne : 1993/06/22 – 1994/09/21

Mandat de la mission : La Mission d'observation des Nations Unies Ouganda‑Rwanda (MONUOR) a été déployée en Ouganda, près de la frontière du Rwanda, conformément à la résolution 846 du Conseil de sécurité adoptée le 22 juin 1993. Son mandat consistait à surveiller la frontière pour « vérifier qu’aucune assistance militaire ne parvenait au Rwanda, l’accent étant mis essentiellement à cet égard sur le transit ou le transport de l’autre côté de la frontière, par des routes ou des pistes où peuvent passer des véhicules, d’armes meurtrières et de munitions, ainsi que de tout autre matériel pouvant être utilisé à des fins militaires ».

Notes sur la mission :  

Presque à partir de son indépendance, l’ancienne colonie belge du Rwanda a été en proie à des affrontements entre factions rivales. Certains actes de violence, à caractère tribal, opposaient les Tutsis et les Hutus, ces derniers s’étant emparés des rênes du pouvoir lors d’un coup d’État en 1959. De nombreux Tutsis avaient alors été expulsés, et d’autres l’ont été également à la suite d’un second coup d’État, en 1973. La plupart des Tutsis qui s’étaient enfuis s’étaient réfugiés en Ouganda où, après avoir créé le Front patriotique rwandais à la fin des années 80, ils ont lancé des raids au-delà de la frontière, au Rwanda, à partir d’octobre 1990. L’année suivante, les États voisins sont parvenus à négocier plusieurs cessez-le-feu, mais aucun n’a duré. Consécutivement à un autre accord de cessez-le-feu, conclu sur l’initiative de l’Organisation de l’unité africaine et du gouvernement de la Tanzanie le 22 juillet 1992, l’Organisation de l’unité africaine a déployé dans le pays un Groupe d’observateurs militaires neutres (GOMN I) de 50 personnes; mais en dépit de sa présence, les combats ont repris en février 1993. L’Organisation de l’unité africaine a alors parrainé de nouveaux pourparlers ayant abouti en août à la ratification de l’Accord de paix d’Arusha, qui prévoyait encore une fois l’envoi d’un Groupe d’observateurs militaires neutres (GOMN II) par l’Organisation de l’unité africaine. Cependant, dans l’intervalle, les gouvernements du Rwanda et de l’Ouganda ont tous deux demandé à l’ONU de déployer des troupes le long de leur frontière commune pour empêcher les incursions du Front patriotique rwandais.

Le 22 juin 1993, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution 846 instituant la Mission d’observation des Nations Unies Ouganda‑Rwanda (MONUOR). Le mandat de la MONUOR consistait à veiller à ce qu’aucune aide militaire ne puisse pénétrer au Rwanda. Le Conseil de sécurité voulait ainsi empêcher que des armes et du matériel de guerre ne parviennent au Front patriotique rwandais, afin d’éviter de nouveaux affrontements entre ce mouvement rebelle et le gouvernement rwandais. La MONUOR, qui mènerait ses activités du côté ougandais de la frontière, devait aussi prêter assistance au GOMN II en mettant à sa disposition deux experts militaires en logistique.

Avant de se rendre en Ouganda, la MONUOR devait attendre la conclusion d’un accord sur son statut, laquelle n’est survenue que le 16 août 1993. Le détachement précurseur est arrivé deux jours plus tard dans le pays, où il a aménagé le quartier général de la MONUOR à Kabale, en Ouganda, à environ 20 kilomètres au nord de la frontière. À la fin de septembre, la MONUOR avait atteint son niveau d’effectifs autorisés de 81 observateurs militaires des Nations Unies venant de 9 pays différents, dont deux du Canada (le poste du brigadier-général Roméo Dallaire n’était pas considéré comme un poste d’observateur militaire).

Pour mener ses activités, la MONUOR a établi deux postes d’observation en Ouganda, l’un à Cyanika et l’autre à Katuna, et trois postes secondaires à des points de passage frontalier mineurs, où les observateurs pouvaient inspecter les véhicules suspects. Leur travail était renforcé par des patrouilles mobiles à pied, qui circulaient dans les forêts de bambou et en terrain montagneux. La MONUOR aidait aussi des camions chargés de nourriture et de fournitures médicales à traverser en temps opportun la frontière ougandaise et à entrer au Rwanda. Cependant, la MONUOR ne permettait pas de patrouiller tout le long de la frontière. Néanmoins, dans son premier rapport d’étape sur la MONUOR, publié le 15 décembre 1993, le secrétaire général de l’ONU, Boutros Boutros-Ghali, a écrit que celle-ci avait joué un rôle utile en contribuant au renforcement de la confiance.

Le contingent d’observateurs militaires de la MONUOR a augmenté lentement. À la mi-novembre, l’arrivée d’observateurs militaires de l’ONU supplémentaires a permis d’assurer une observation de la frontière, de jour comme de nuit. Les capacités de la mission se sont encore accrues avec l’arrivée, peu de temps après, de trois hélicoptères, qui permettaient de réagir rapidement à toute éventuelle infraction frontalière ou violation du mandat de la MONUOR.

Durant cette première période, le statut de la MONUOR a également changé. Le 5 octobre 1993, le Conseil de sécurité de l’ONU a institué la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR). Celle-ci avait pour mandat de favoriser l’application de l’Accord de paix d’Arusha, en surveillant le respect du cessez-le-feu, en aidant aux activités humanitaires et en enquêtant sur les violations de l’Accord. Le Conseil de sécurité a aussi accepté d’intégrer la MONUOR à la MINUAR. Les 54 observateurs du Groupe d’observateurs militaires neutres II venant de l’Organisation de l’unité africaine et les 81 observateurs militaires de l’ONU ont donc été mutés à la MINUAR, bien que la MONUOR soit demeurée une opération de l’ONU.

Le 6 avril 1994, l’avion transportant le président du Burundi, Cyprien Ntaryamira, et le président du Rwanda, Juvénal Habyarimana, s’est écrasé à l’aéroport de Kigali, au Rwanda, incident qui a déclenché un génocide de trois mois. Plus de 800 000 hommes, femmes et enfants, principalement des Tutsis et des Hutus modérés, ont été tués. Le génocide a cessé uniquement lorsque le Front patriotique rwandais a pris le contrôle du pays.

Au début du génocide, la MONUOR a étendu son rayon d’action à l’ensemble de la frontière. Les observateurs militaires ont continué leurs patrouilles, et l’utilisation de trois hélicoptères a permis d’accroître les capacités de la MONUOR. Celle-ci a alors pu, dans une certaine mesure, aider la MINUAR à s’attaquer au problème des ingérences externes dans la guerre civile et le génocide au Rwanda. Comme il était maintenant possible de surveiller l’ensemble de la frontière, on a rapidement découvert que les Forces gouvernementales rwandaises recevaient des approvisionnements acheminés par voie terrestre depuis Bukavu et Goma, au Zaïre, et par bateau, sur le lac Kivu. Les observateurs de la MONUOR se sont également rendu compte que l’armée ougandaise entravait les opérations de la mission. Pour contrer ces pratiques, le chef adjoint du groupe d’observateurs militaires de la MONUOR, le colonel Azrul Haque, du Bangladesh, a posté tout le long de la frontière des observateurs militaires des Nations Unies qui ont signalé un trafic important entre le Rwanda et l’Ouganda. Il en est ressorti un tableau plus réaliste des quantités de matériel atteignant les deux camps.

L’assistance directe fournie à la MINUAR par le personnel militaire et civil de la MONUOR est un aspect peut-être plus important encore. Ainsi, des membres de la MONUOR ont coordonné les activités logistiques à l’aéroport d’Entebbe pour le compte de la MINUAR pendant que l’aéroport de Kigali, au Rwanda, était fermé, du 5 juin au 6 juillet 1994. Du personnel de la MONUOR a escorté jusqu’à la frontière des convois transportant de la nourriture, du matériel et du personnel de la MINUAR arrivant dans le pays. Des membres de la MONUOR ont aussi aidé à évacuer du Rwanda les pertes militaires de la MINUAR.

En juin 1994, le secrétaire général de l’ONU, Boutros-Ghali, a conclu dans son rapport au Conseil de sécurité qu’il ne servait pas à grand‑chose de patrouiller le long d’une seule des frontières du Rwanda pendant que la guerre civile faisait rage. Il a donc recommandé de prolonger le mandat de la MONUOR uniquement jusqu’au 21 septembre et de réduire progressivement ses activités à partir du mois d’août. La mission a pris fin comme prévu le 21 septembre 1994.

Opération LANCE

La contribution canadienne à la MONUOR a été désignée sous le nom d’opération LANCE. En mai 1993, le brigadier-général Roméo Dallaire (il détenait alors ce grade) a été informé qu’il serait nommé chef du groupe d’observateurs militaires de la MONUOR une fois cette mission approuvée par le Conseil de sécurité. En juin, le ministre de la Défense nationale avait approuvé l’affectation du brigadier-général Dallaire et de huit observateurs militaires; toutefois, le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international n’a donné son approbation que pour deux membres des Forces armées canadiennes, soit le brigadier-général Dallaire et un major.

En tant que chef du groupe d’observateurs militaires de la MONUOR, le brigadier-général Dallaire ne s’est pas rendu immédiatement au Rwanda. Jusqu’en octobre 1993, il a passé beaucoup de temps à New York, au siège de l’ONU, à se préparer pour une mission officielle de l’ONU au Rwanda. Par la suite, il a consacré presque tout son temps à cette mission, dans le cadre de laquelle il a été nommé commandant de la Force en octobre 1993. Il a ensuite été promu au grade de major-général le 20 mars 1994.

Le brigadier-général Dallaire trouvait utiles les rapports qu’il recevait de la MONUOR pour traiter avec le gouvernement du président Habyarimana. En effet, à l’occasion, des membres du cabinet du gouvernement rwandais formulaient des assertions selon lesquelles le Front patriotique rwandais ou les troupes ougandaises se massaient en vue d’envahir le Rwanda. Selon les rapports de la MINUOR, il n’en était rien.

En tout, quatre officiers canadiens ont servi au sein de la MINUAR. Leur apport a été d’ordre plutôt administratif qu’opérationnel, étant donné l’obligation de mettre sur pied deux missions parallèles. Après le départ d’Afrique du major‑général Dallaire en août 1994, le major‑général Guy Tousignant l’a remplacé comme chef du groupe d’observateurs militaires de la MONUOR et commandant de la Force de la MINUAR. Le major‑général Tousignant est demeuré en poste jusqu’à l’achèvement de la MONUOR le 21 septembre 1994.

Deux officiers canadiens ont servi avec le brigadier-général Dallaire. Le major Brent Beardsley a passé la majeure partie de son temps à New York, où il a contribué à mettre sur pied la MONUOR. Lorsque la MINUAR a été créée, il s’est rendu au Rwanda avec le brigadier-général Dallaire pour aider à organiser cette mission à cet endroit. Pour sa part, le lieutenant de vaisseau Éric Gagnon a servi en Ouganda, où il a aidé à organiser l’opération. En octobre 1993, il est rentré au Canada et il n’a pas été remplacé.

La décision de décerner une médaille ONU pour une mission de l’ONU particulière appartient uniquement à l’organisation intéressée — et non au gouvernement du Canada ou aux Forces armées canadiennes. Le Canada autorise, selon les règles et règlements qui s’appliquent, le port des médailles qui sont jugées appropriées par l’ONU pour le service dans le cadre de ses missions. De plus, le Canada attribue sa propre Médaille canadienne du maintien de la paix.

 

Les membres du personnel militaire qui ont servi dans le cadre de cette opération avaient droit à la médaille de la  MONUOR de l’ONU ainsi qu’à la Médaille canadienne du maintien de la paix

https://www.canada.ca/fr/ministere-defense-nationale/services/medailles/medailles-tableau-index/mission-observation-nations-unies-ouganda-rwanda.html

https://www.canada.ca/fr/ministere-defense-nationale/services/medailles/medailles-tableau-index/medaille-canadienne-maintien-paix-mcmp.html

 

L’Adj Gagné, adjointe médicale, aide une petite fille au Rwanda.

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