Nahnebahwequay (1824-1865)

Document d'information

Nahnebahwequay a prêté sa voix à la lutte pour les droits fonciers des Premières Nations au milieu du XIXe siècle, époque où les politiques coloniales visaient à déplacer de force les peuples autochtones de leurs territoires et les en déposséder. Le leadership et l’activisme dont elle fait preuve tout au long de sa vie sont d’autant plus remarquables puisqu’elle doit faire face à des restrictions juridiques supplémentaires imposées aux femmes autochtones par les gouvernements coloniaux. Son expérience est représentative des efforts déployés par les Premières Nations pour obtenir du soutien et présenter leurs doléances à la Couronne au milieu de l’ère victorienne. Reconnue pour son éloquence, elle récolte un soutien international par le biais de conférences publiques qu’elle offre lors de ses déplacements vers Londres où elle plaide pour les droits fonciers des Premières Nations, présentant son recours directement devant la reine Victoria en 1860. En remettant en question les concepts coloniaux associés aux femmes autochtones, notamment en refusant d’incarner les stéréotypes attribués aux Autochtones lors de ses conférences publiques, elle lutte pour faire reconnaître l’agentivité des femmes autochtones dans les affaires économiques et politiques, telle qu’elle existe dans la société anishinaabe.

Nahnebahwequay est née en 1824 sur les plaines de la rivière Credit, fille de Myawekeshigoqua (Mary ou Polly) du clan de la Loutre et de Tyatiquob (Bunch Sunegoo) du clan de l’Aigle. À partir de l’âge de deux ans, elle vit à la mission de Credit, un établissement d’environ 200 personnes, dont des Ojibwés convertis au méthodisme, des missionnaires, des interprètes et des enseignants. Nahnebahwequay, qui signifie « femme honnête », est baptisée Catherine Brown. En 1839 elle rencontre et épouse William Sutton, prédicateur méthodiste laïque originaire du Lincolnshire. Ensemble, ils fondent une famille. Au milieu des années 1840, cependant, lorsque la Couronne refuse d’accorder les titres fonciers à la mission Credit, le couple déménage à la péninsule Saugeen, le long de la baie Georgienne, où la bande Nawash leur accorde 200 acres et des titres fonciers.

La famille quitte la région temporairement de 1852 à 1857 pour soutenir des missions dans le nord de l’Ontario et au Michigan. Pendant ce temps, le gouvernement fait cependant de plus en plus pression sur la bande Nawash pour que celle-ci lui cède ses terres. En 1857, certains membres de la bande signent un traité cédant les titres fonciers, que le ministère des Affaires indiennes s’apprête à vendre. Avec d’autres membres de la bande, Nahnebahwequay s’oppose à cette mesure et affirme que les signataires du traité n’avaient pas l’autorité nécessaire pour céder les terres en question. Le ministère offre alors à Nahnebahwequay et à d’autres familles qui se trouvent dans une situation semblable l’occasion de racheter leurs terres. Après coup, le ministère des Affaires indiennes invalide cependant l’achat en se fondant sur une règle qui interdit la vente de terres à des « Indiens ». À la même occasion, le ministère affirme qu’en tant que femme mariée à un homme blanc, Nahnebahwequay est inéligible aux compensations annuelles pour ces terres.

Nahnebahwequay traverse l’Atlantique dans l’espoir de soumettre ses récriminations directement à la reine Victoria. Dans ses écrits et ses discours subséquents à la rencontre, elle a de bons mots pour la reine tout en exprimant sa frustration qu’aucune solution ne soit trouvée pour ses doléances et celles de son peuple. Après son retour en Amérique du Nord, Nahnebahwequay continue de défendre les droits fonciers et les droits de pêche des Premières Nations. Le ministère des Affaires indiennes autorise éventuellement sa famille à acheter ses terres, mais uniquement au nom de William Sutton.

Nahnebahwequay est frustrée par la situation puisque d’autres membres de la bande Nawash n’ont pas cette possibilité. Elle considère également qu’il s’agit d’une tentative du gouvernement de la faire taire. Si c’est véritablement ce qu’espérait le gouvernement, il échoue puisque Nahnebahwequay continue de défendre les droits fonciers des Autochtones. Après la naissance de son dernier enfant en 1864, la santé de Nahnebahwequay se détériore graduellement puis elle meurt d’une crise d’asthme en septembre 1865.

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