Notes pour une allocution prononcée par l’honorable Mélanie Joly, ministre du Développement économique et des Langues officielles

Occasion – Comparution devant le Comité permanent des langues officielles

Ottawa (Ontario), le 13 avril 2021

La version prononcée fait foi

Monsieur le Président,

Membres du Comité,

J’aimerais d’abord souligner que nous sommes réunis sur le territoire traditionnel des Algonquins Anishinabeg.Note de bas de page 1

Je vous remercie de l’invitation.

Le 19 février, j’ai déposé un document de réforme publique pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles intitulé « Français et anglais : vers une égalité réelle des langues officielles au Canada ».

En un an, les choses ont beaucoup changé, et quand il s’agit de changement, nous pouvons soit nous y opposer, soit réfléchir aux possibilités qu’il nous offre. Le Canada d’aujourd’hui a été façonné par des gens qui ont saisi les occasions d’un monde en évolution. C’est un pays fier de sa diversité, un pays bilingue.

Avoir deux langues officielles est l’une de nos plus grandes forces. Et si le français est si vivant en Amérique du Nord, c’est parce que les Canadiens, notamment les Québécois, les Acadiens et les francophones des autres régions du pays, se sont engagés à le protéger.

Il y a plus de 50 ans, nous avons choisi collectivement de nous doter d’une vision moderne de l’État, un État où nos deux langues officielles occupent une place centrale. Grâce à la Loi sur les langues officielles, des millions de francophones d’un bout à l’autre du pays ont le droit d’obtenir des services fédéraux dans leur langue. Les Québécois d’expression anglaise ont aussi ce droit. Et nos jeunes vivant en situation minoritaire ont le droit d’aller à l’école dans leur langue maternelle.

De plus, au Canada, la langue, ce n’est pas qu’un concept abstrait : c’est notre lien avec le passé et le vecteur par lequel nos histoires sont transmises. C’est vrai pour le français et pour l’anglais, mais aussi pour les langues autochtones, dont toutes nos politiques linguistiques doivent absolument tenir compte.

Notre monde est en changement. La mondialisation a imposé certaines langues pour faciliter les échanges. En même temps, le commerce international et les technologies numériques favorisent l’utilisation de l’anglais.

Face à ces bouleversements, nos deux langues officielles ne sont pas à armes égales. Au Canada, on compte 8 millions de francophones dans un océan nord-américain de plus de 360 millions d’habitants principalement anglophones.Note de bas de page 2 C’est à nous de protéger le français et d’offrir une vision moderne de notre dualité linguistique.

Il faut agir pour que tous les citoyens se voient reflétés dans les objectifs de la Loi sur les langues officielles. Nos deux langues officielles doivent être davantage sur un pied d’égalité. Le gouvernement a la responsabilité d’assurer que tous puissent apprendre, parler et vivre en français au pays, comme c’est le cas pour l’anglais.

D’abord, pour qu’une langue soit vivante, sa culture doit être forte. Les francophones doivent pouvoir faire entendre leur voix, notamment dans l’espace numérique où l’anglais domine. Pour ce faire, nos institutions culturelles fédérales doivent encourager le contenu en français.

Notre gouvernement reconnaît aussi que, pour assurer la protection et la promotion du français, le secteur privé a un rôle à jouer. Les gens devraient avoir le droit d’être servis et de travailler en français dans les entreprises de compétence fédérale au Québec et dans des régions à forte présence francophone au pays. Un comité d’experts a déjà entamé des travaux pour réfléchir aux meilleures façons de formaliser ces droits et d’avoir des recours grâce à des lois fédérales, en consultation avec les secteurs concernés.

Cela dit, lorsqu’il est question d’assurer le respect du bilinguisme en milieu de travail et le droit de travailler dans la langue officielle de son choix, la fonction publique fédérale doit montrer l’exemple. Nous allons proposer des actions concrètes pour mieux assurer la conformité aux obligations linguistiques.

Nous allons aussi renforcer les pouvoirs du commissaire aux langues officielles et continuer de promouvoir le français à l’étranger.

Le gouvernement du Canada se fera un devoir d’attirer et de faciliter l’immigration francophone à l’extérieur du Québec.

Enfin, toutes nos institutions doivent être bilingues, y compris la plus haute cour au pays. La Loi sur les langues officielles doit prévoir que les juges nommés à la Cour suprême sont bilingues.

Dans le cadre de nos efforts de modernisation de la Loi, nous prendrons des mesures pour promouvoir le bilinguisme en éliminant notamment les listes d’attente pour l’immersion française. Nous continuerons également de soutenir les communautés et tous ceux qui cherchent à faire respecter leurs droits linguistiques constitutionnels.

La vision de notre gouvernement est ancrée dans les études menées notamment par votre comité, et je vous en remercie.

Je vous remercie également d’avoir examiné l’impact de la pandémie de COVID-19 sur la capacité du gouvernement à fournir de l’information dans les deux langues officielles.

Je sais que le président du Conseil du Trésor et les fonctionnaires de Santé Canada ont comparu devant vousNote de bas de page 3 et je serai moi aussi ravie de répondre à vos questions.

Les effets de la pandémie sont dévastateurs pour tous les secteurs. Notre Plan d’intervention économique s’adresse autant aux employeurs et aux travailleurs des organismes de langues officielles qu’à ceux des autres secteurs.

En mai, nous avons présenté un Fonds d’urgence de 500 millions de dollars pour soutenir les organismes chargés de la culture, du patrimoine et du sport. Près de 500 organismes des communautés minoritaires ont reçu de l’aide de cette façon.

Nous avons doublé l’enveloppe de 2020-2021 pour Jeunesse Canada au travail dans les deux langues officielles avec un investissement supplémentaire de 3,9 millions de dollars.

Nous aidons de notre mieux ceux qui ne sont pas admissibles au Fonds d’urgence en accélérant des transferts de fonds aux bénéficiaires de programmes de Patrimoine canadien et en reportant des dates limites.

Notre Fonds d’aide et de relance régionale a aussi fourni plus de 1,5 milliard de dollars en aide aux entreprises et aux communautés qui ont besoin d’un soutien supplémentaire.

Enfin, un soutien de 181,5 millions de dollars annoncé l’automne dernier profitera à une diversité de travailleurs indépendants du secteur culturelNote de bas de page 4, et nous continuons d’appuyer des projets d’infrastructure d’organismes culturels et communautaires.

Cet appui s’adresse entre autres aux communautés de langue officielle, parce que pour entendre le français et l’anglais vibrer partout au pays, on doit pouvoir compter sur un milieu culturel dynamique et des artistes qui ont les moyens de créer dans leur langue.

Merci.

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2021-07-30