Nathalie Théberge au Canada Media Producers Association
Discours
Ottawa (Ontario)
29 janvier 2026
Nathalie Théberge, Vice-présidente, Radiodiffusion
Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC)
Le discours prononcé fait foi
Merci de m’avoir invitée à prendre la parole aujourd’hui et de votre accueil chaleureux. Avant de commencer, je tiens à souligner que nous sommes réunis sur le territoire traditionnel non cédé du peuple algonquin anishnaabeg. Je les remercie de leur sagesse et de leur résilience.
Pour ceux et celles que je n’ai pas encore eu le plaisir de rencontrer, je m’appelle Nathalie Théberge, et je suis la vice-présidente de la radiodiffusion au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).
Je suis accompagnée aujourd’hui par plusieurs de mes collègues, dont Bram Abramson, le conseiller du CRTC pour l’Ontario, de Stéphanie Paquette, conseillère pour le Québec, et de Scott Shortliffe, notre dirigeant principal de la radiodiffusion.
Je suis heureuse de voir autant de visages familiers. J’avoue que j’ai beaucoup de plaisir à jaser avec certains et certaines d’entre vous à l’extérieur d’un contexte formel comme celui d’une salle d’audience publique.
Ce n’est pas ma première fois ici, bien entendu. Au cours des 26 dernières années d’une carrière passée dans l’espace culturel canadien, j’ai participé à plusieurs conférences Prime Time. Cependant, c’est la première fois que je m’adresse à vous dans le cadre de mon rôle au CRTC.
C’est un honneur pour moi, et l’occasion est opportune. Le CRTC travaille activement à moderniser ses cadres réglementaires pour les adapter aux nouvelles réalités et nouveaux défis, qui touchent à la fois l’industrie de la radiodiffusion et la culture canadienne en général.
Aujourd’hui, je veux vous parler de certains aspects de notre travail. Je tiens à expliquer certains des changements importants que nous apportons à nos cadres, comment et pourquoi nous les apportons ainsi que notre façon d’envisager le fonctionnement du système de radiodiffusion du Canada dans l’avenir.
Commençons sans tarder.
Un plan ambitieux à la hauteur d’une politique ambitieuse
Remanier des cadres réglementaires vieux de plus de trente ans, au cœur d’une industrie qui subit d’importants changements perturbateurs, n’est pas une mince affaire.
Dès le début, nous pouvons tous reconnaître que la Loi sur la diffusion continue en ligne est ambitieuse et que la tâche confiée au CRTC est imposante.
En résumé, on nous a demandé de trouver des façons équitables d’intégrer les services de diffusion continue en ligne étrangers à notre système, tout en assurant un appui continu aux talents, aux producteurs, aux distributeurs et aux créateurs canadiens. On nous a également demandé de mettre en place les conditions propices pour que le contenu canadien rejoigne les auditoires ici et à l’étranger et que les règles qui appuient ces résultats soient viables et adaptables pour aujourd’hui et demain.
Lorsque la Loi sur la diffusion continue en ligne est entrée en vigueur, les réalités changeantes du marché minaient notre capacité à nous acquitter des objectifs d’intérêt public de la Loi sur la radiodiffusion. En fait, le système, qui avait appuyé des générations de Canadiens de l’industrie de la radiodiffusion et le contenu culturel canadien qu’ils produisaient était devenu en péril.
Le cadre réglementaire avait été établi à l’époque de la télévision à tube cathodique de laquelle les radiodiffuseurs tiraient parti d’un auditoire captif. Avant Internet, la télévision était le seul moyen de regarder des émissions.
Comment adapter un cadre ancien au monde dans lequel nous vivons maintenant? Un monde aux multitudes de plateformes, de modèles d’affaires et de flux de développement de contenus nouveaux et diversifiés ainsi qu’une nouvelle concurrence des radiodiffuseurs concurrents étrangers et canadiens, dont certains ne se considèrent pas comme des radiodiffuseurs.
L’orientation que nous avons reçue du gouvernement était claire : dans le cadre de notre travail, nous devions veiller à inclure les points de vue et à tenir compte des besoins des Autochtones, des communautés de langue officielle en situation minoritaire, des communautés noires et d’autres communautés racisées. Il fallait également faire de la place aux nouvelles locales et préserver la vitalité du contenu francophone et anglophone.
Cela s’ajoutait aux créateurs, aux radiodiffuseurs et aux services de diffusion continue en ligne dont le travail serait directement touché.
Nous avions beaucoup d’aspects à prendre en compte, mais très peu de temps pour le faire, car ces changements étaient attendus depuis longtemps et ils s’imposaient rapidement.
Nous avons donc agi le plus rapidement possible, à l’intérieur de nos propres limites et conformément aux directives que nous avons reçues du gouvernement. Je vous rappelle que le CRTC est un tribunal quasi judiciaire qui rend des décisions en fonction du dossier public. Et le dossier public doit être créé par la mobilisation, la consultation, les audiences publiques et le dialogue. Nous sommes assujettis aux processus que nous devons suivre comme tribunal, et nous devons être rigoureux et solides sur le plan judiciaire.
Dans le cadre de nos diverses instances, nous avons entendu des centaines de groupes et de particuliers de tous les horizons, aux points de vue variés. Ils nous ont aidés à mieux comprendre quels aspects du système de radiodiffusion du Canada sont importants pour eux et à quels résultats ils s’attendent. Ces points de vue ont façonné chacune des décisions que nous avons prises à ce jour et celles que nous prendrons sous peu.
Dans une de nos premières décisions importantes, le CRTC a intégré les services de diffusion continue en ligne au système canadien de radiodiffusion. Cette décision était fondée sur des données probantes obtenues de centaines de mémoires et d’une audience publique de trois semaines.
Il a été déterminé que les services de diffusion continue en ligne devaient verser des contributions de base au système de radiodiffusion et que ces contributions devaient être attribuées aux secteurs qui sont les plus menacés aujourd’hui. Il s’agit notamment des nouvelles locales à la radio et à la télévision, du contenu de langue française et du contenu autochtone. Nous estimons que 200 millions de dollars seront injectés annuellement dans le système de radiodiffusion. C’est le résultat direct de cette première décision.
Bien sûr, ce n’était que le commencement. L’été dernier, nous avons rendu des décisions qui comprenaient la création d’un nouveau fonds temporaire pour soutenir la production de nouvelles locales par les stations de radio dans les petits marchés, où il y a moins de choix pour les auditeurs.
En octobre dernier, nous avons rendu une autre décision importante, qui visait cette fois à moderniser nos processus de radio. Nous avons annoncé, parmi d’autres choses, que les licences seraient à durée indéterminée, ce qui permettrait aux stations de radio de consacrer plus de temps à servir leur communauté et leurs auditeurs.
En décembre dernier, nous avons rendu une décision qui exige que les services de diffusion continue en ligne et les services sur demande rendent leur contenu plus accessible. Ils doivent maintenant offrir le sous-titrage codé, la vidéodescription et la description sonore pour les nouvelles émissions originales scénarisées, ainsi que pour tout événement partiellement scénarisé d’intérêt national.
Et en novembre, nous avons rendu la première partie de notre décision sur la définition du contenu audiovisuel canadien.
Permettez-moi de vous en parler quelques minutes.
Cette définition modernisée reconnaît plus de postes en création, afin de refléter la façon dont les productions ont changé au fil du temps. Le système de points a été élargi afin d’offrir plus de voies pour la certification, y compris des points de bonification qui font la promotion d’autres formes de culture canadienne, comme les scénarios fondés sur des œuvres littéraires. Et les définitions comportent de nouveaux incitatifs pour que les entreprises étrangères établissent des partenariats avec des créateurs canadiens et investissent dans le contenu canadien.
Nous nous sommes concentrés sur la mise à jour de notre définition pour mieux tenir compte de la façon dont le contenu audiovisuel est produit aujourd’hui. Et nous avons veillé en même temps à protéger les postes canadiens en matière de création et de production, soit ceux qui sont essentiels pour créer l’histoire d’une émission.
Nous avons notamment veillé à préciser dans nos règles que le contrôle de la création devait être exercé par des humains canadiens et non par des machines. Le Canada est l’un des premiers pays à établir une norme aussi claire et sans équivoque. L’intelligence artificielle est un outil; les humains sont des artistes.
Nous avons apporté ces changements pour que les créateurs canadiens puissent continuer à s’épanouir dans cette industrie, et pour garantir que ce que le public canadien voyait à l’écran le représentait bien, ainsi que ses valeurs.
Nous savons que le public canadien consomme peut-être le contenu différemment que dans le passé, mais ce qui n’a pas changé, c’est son désir d’avoir accès à des récits canadiens passionnants. Selon la recherche sur l’opinion publique, 74 % des Canadiens disent toujours opter pour la programmation canadienne quand ils ont le choix de le faire.
Et, il n’y a pas que les Canadiens qui regardent ces émissions. Lorsque le contenu canadien est de qualité, des gens partout dans le monde le consomment. Pensez simplement à des émissions comme Empathie, North of North et Shoresy.
De plus, les émissions canadiennes sont des véhicules de diffusion efficaces non seulement de notre culture, mais aussi de nos valeurs dans le monde, comme la tolérance, la diversité et la compassion. Elles racontent au monde, chacune à sa façon, qui nous sommes en tant que Canadiens. Et elles le font au moyen de récits captivants et palpitants auxquels s’identifient les auditoires tant au pays qu’à l’étranger.
Cette popularité accrue au-delà de nos frontières rend possibles de nouvelles occasions de partenariat et de collaboration. Elle a le potentiel de créer de nouveaux auditoires et de nouvelles sources de revenus pour des émissions qui n’auraient avant présenté un intérêt que pour le public canadien.
C’est l’objectif que nous poursuivons en actualisant nos cadres réglementaires : permettre aux producteurs, aux créateurs et aux radiodiffuseurs canadiens de plus facilement saisir ces nouvelles occasions.
Établir une certitude réglementaire dans un milieu incertain
Maintenant que j’ai parlé de certaines des choses auxquelles le CRTC s’est affairé pendant les deux dernières années, j’aimerais discuter d’un aspect tout aussi important de notre travail en matière de réglementation : offrir de la clarté et de la certitude à l’industrie.
En tant qu’organisme de réglementation, notre boulot consiste à déterminer la meilleure voie à suivre pour mettre en œuvre la volonté du Parlement grâce à des règles claires et prévisibles.
Mais, la clarté commence, d’abord et avant tout, par l’information et la transparence. C’est pourquoi nous participons à des activités comme celle d’aujourd’hui, à des conférences comme PrimeTime, et nous privilégions la politique de la porte ouverte pour tenir tout le monde au courant de notre travail et de ce que nous envisageons de faire. Pour beaucoup d’entre vous, la façon dont le CRTC travaille reste mystérieuse. Mais vous pouvez toujours consulter notre plan réglementaire dans notre site Web, que nous actualisons régulièrement. Vous pouvez aussi nous appeler ou nous écrire.
La clarté s’accompagne aussi du fait de reconnaître que le changement peut déranger certains acteurs de l’industrie. C’est précisément pourquoi nous travaillons le plus rapidement possible à terminer l’actualisation de nos cadres, parce que nous savons que l’incertitude est difficile pour les entreprises. Mais, un travail de réglementation douteux est tout aussi dommageable. C’est pourquoi il est important de bien faire les choses.
Il y a encore du travail à accomplir, et je ne peux pas vous dire exactement à quoi vous attendre pendant la poursuite de nos délibérations.
Ce que je peux vous dire, cependant, c’est qu’il y aura des décisions de suivi dans les mois à venir. Certaines porteront sur les dépenses dans les émissions canadiennes, sur les règles de distribution des services, sur des mesures pour garantir la découvrabilité du contenu canadien, sur la résolution des différends et sur la politique relative à l’audio.
Plus tard cette année, nous examinerons comment les radiodiffuseurs, tant traditionnels qu’en ligne, devront faire leurs contributions selon des conditions de service adaptées.
Nous souhaitons offrir la plus grande clarté et la plus grande certitude grâce à des règles efficaces et ciblées fondées sur le bon sens.
Entre-temps, nous travaillons fort à éliminer les règlements désuets ou superflus. J’ai déjà parlé de nos changements aux licences de radiodiffusion. Nous simplifions aussi les exigences en matière de collecte de données pour les radiodiffuseurs en éliminant le dépôt de certains documents, ne gardant que ceux qui sont nécessaires et utiles.
Cet effort pour réduire les formalités administratives demeurera un objectif pour nous à l’avenir. L’élimination du fardeau réglementaire est un élément important que nous intégrons à tous les aspects de notre travail.
Nous sommes aussi conscients de l’importance d’intégrer, si possible, des examens réguliers de certains éléments du nouveau cadre pour nous assurer qu’ils demeurent pertinents. Il serait prétentieux de dire que nous savons précisément ce que nous réserve l’avenir, donc nous devons demeurer agiles et souples.
Travailler ensemble à réaliser un objectif commun : un système de radiodiffusion sain, dynamique et durable
J’aimerais maintenant parler du troisième thème de mon allocution : l’importance de travailler ensemble. Notre capacité de nous parler, d’échanger et de collaborer contribue depuis longtemps et de façon considérable au succès continu de l’industrie de la radiodiffusion au Canada.
Cela nous concerne à titre d’organisme de réglementation, et c’est pourquoi nous parlons souvent avec nos partenaires étrangers. Nous ne sommes pas le seul organisme de réglementation à devoir composer avec un système de radiodiffusion en évolution et trouver une meilleure voie vers la durabilité et la croissance. Des collègues du Royaume-Uni, de la France, de l’Australie et d’ailleurs doivent en faire autant.
Nous entretenons un dialogue constant avec eux, échangeant sur ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, ainsi que sur ce que nous croyons qui fonctionnerait à l’avenir. Grâce à ces discussions, nous travaillons ensemble pour trouver des solutions adaptées à nos marchés respectifs, mais qui offrent un soutien uni à la diversité culturelle dans le monde.
Je veux prendre un moment pour parler d’une émission canadienne précise, parce que je crois qu’elle montre comment la collaboration avantage tout le monde, même de manières insoupçonnées.
L’une des facettes uniques du système de radiodiffusion du Canada est la présence de deux marchés linguistiques, anglais et français, qui a chacun ses propres caractéristiques et défis. Le contenu de langue française, par exemple, jouit de superbes auditoires au pays, mais il coûte cher à produire par rapport à la taille du segment de la population qui s’y intéresse. Le contenu de langue anglaise, en revanche, a un auditoire potentiel beaucoup plus grand, mais doit aussi affronter une concurrence directe sous forme de contenu étranger. Ces deux marchés de radiodiffusion distincts peuvent, par moments, nécessiter des solutions distinctes en matière de réglementation pour assurer le succès continu de chacun.
Mais, quand je considère le caractère unique de ces deux marchés linguistiques, je m’émerveille de constater combien ils peuvent non seulement se compléter, mais se soutenir l’un et l’autre. Et, maintenant, j’aimerais discuter brièvement de l’émission dont tout le monde parle : Rivalité passionnée.
Cette émission, qui est tirée du roman à succès de la Néoécossaise Rachel Reid est presque uniquement en anglais. Toutefois, ce qui me frappe, ce sont les choix musicaux faits par le producteur de l’émission, qui se sont révélés une bénédiction pour plusieurs musiciens de langue française mis en vedette dans l’émission. Des artistes, présents sur la piste sonore, comme Dumas et Peter Peter, ont participé à la création des pièces musicales de l’émission et ont vu leur popularité s’accroître grandement, tant au pays qu’à l’étranger.
Une telle situation ne survient pas sans que des Canadiens qui pensent différemment occupent des postes clés en création. Le résultat, c’est que les créateurs canadiens, tant de langue anglaise que de langue française, récoltent les bienfaits.
De plus, les gens de la région de Lanaudière, au nord de Montréal, devraient se préparer à accueillir de nombreux touristes à la recherche d’un certain chalet l’été prochain.
Voilà un seul exemple de la façon dont le travail au Canada et le soutien aux productions canadiennes avec des créateurs canadiens créent des retombées qui vont bien au-delà des émissions elles-mêmes. Mais, pour que la situation soit possible et couronnée de succès, les créateurs doivent penser et travailler différemment et avec de nouveaux partenaires tant dans nos marchés linguistiques qu’à l’extérieur de ceux-ci.
Conclusion
Pour conclure aujourd’hui, j’aimerais mettre tout le monde au défi.
Au CRTC, notre travail progresse rapidement. Nous avons actualisé la définition du contenu audiovisuel canadien. Nous sommes en train d’intégrer entièrement les services de diffusion continue en ligne au système canadien de radiodiffusion et de créer des règles équitables. Grâce à ces décisions, nous croyons créer les bonnes conditions pour permettre aux talents et au contenu canadien de profiter du soutien d’un système de radiodiffusion sain et dynamique.
Je vous pose donc la question à chacun d’entre vous : comment vous adapterez-vous? Avec qui établirez-vous de nouveaux partenariats et que tenterez-vous de nouveau? De quelles façons saisirez-vous les occasions qui se présentent à vous, aujourd’hui et dans l’avenir?
Au CRTC, nous savons que les créateurs canadiens conçoivent du contenu formidable. Ils l’ont fait dans le passé, le font maintenant, selon les règles du jeu, et continuerons de raconter nos histoires pendant longtemps.
Travaillons de concert pour y arriver : créateurs, radiodiffuseurs, producteurs et, bien sûr, organismes de réglementation.
Merci.
Personnes-ressources
Relations avec les médias
819-997-9403
Renseignements généraux
819-997-0313
Numéro sans frais 1-877-249-CRTC (2782)
Ligne ATS 819-994-0423
Restez branchés
Suivez-nous sur X @CRTCfra
Aimez-nous sur Facebook