Discours de l’honorable James Gordon Carr, ministre des Ressources naturelles du Canada : Forum national sur l’énergie, Assemblée des Premières Nations, Ottawa (Le 23 mars 2017)   

Discours

Merci beaucoup, Grand Chef [Perry Bellegarde, chef national, Assemblée des Premières Nations]. Je suis très heureux d’être ici avec vous pour échanger sur des questions qui sont si importantes pour nos communautés et pour le Canada. J’aimerais aussi remercier l’Assemblée des Premières Nations d’avoir organisé un forum consacré à la prospérité partagée pour l’avenir énergétique du Canada. Ce sont des conversations ouvertes et franches que nous devons avoir en tant que pays, et je les encourage pleinement.

Je tiens à souligner que notre rencontre d’aujourd’hui se déroule sur le territoire traditionnel de la Nation algonquine. Nous sommes ici non seulement pour honorer notre héritage et les responsabilités passées que nous partageons, mais aussi pour nous rappeler que l’enseignement fondamental au cœur de la culture autochtone consiste à honorer la terre, l’air et l’eau. Il s’agit d’une responsabilité que nous avons autant envers les générations précédentes que les générations futures. Et ces valeurs ne devraient pas être exclusives à une communauté. Elles devraient être importantes pour nous tous. C’est un enseignement que j’ai tiré des nombreuses années pendant lesquelles j’ai eu le plaisir de tisser des liens d’amitié avec les peuples autochtones au Canada. Cette façon de voir le monde, ce lien avec la terre, a également su inspirer et guider notre gouvernement : nous reconnaissons que la prospérité économique et la protection de l’environnement sont inséparables.

Le Chef [Perry Bellegarde] aime bien parler d’équilibre. Il s’agit d’un de ses messages clés, message que j’ai souvent entendu à Vancouver, dans les Prairies et à Ottawa. Je comprends ce qu’il entend par équilibre parce que le gouvernement du Canada y est constamment confronté, avec la croissance économique d’une part et la gérance de l’environnement de l’autre. Nous avons l’obligation envers notre peuple de trouver cet équilibre. Et je salue le Chef de nous avoir rappelé ces valeurs.

Il est également vrai qu’une vision à long terme est maintenant plus cruciale et plus pertinente qu’elle ne l’a jamais été. En tant que nation riche en énergie, nous avons des choix difficiles à faire quant à la manière dont nous exploitons nos ressources, partageons ces richesses et développons notre économie, de façon à atteindre l’équilibre approprié pour lutter contre le changement climatique. Et nous ne sommes pas les seuls.

Le monde opère actuellement une transition historique en passant progressivement des sources d’énergie traditionnelles (pétrole, charbon et gaz) vers des sources nouvelles, dont l’énergie solaire, éolienne et marémotrice. Cette transition est incontestable, mais elle ne se fera pas du jour au lendemain. L’essor de nombreux pays en développement fera croître la demande en pétrole et en gaz pendant les prochaines décennies, ce qui ralentira la transition plus que nous ne le souhaiterions.

Pour ceux qui auraient aimé passer immédiatement à des formes d’énergie totalement propres, la lenteur de la transition peut être frustrante. Je vous comprends. Le but ultime est de forger un avenir exempt d’énergie polluante. Mais nous n’en sommes pas encore là. Les pipelines de même que d’autres infrastructures pour les sources d’énergie traditionnelles demeurent nécessaires afin de chauffer nos maisons et nos entreprises, de propulser nos voitures et d’alimenter notre économie. Nous devons encore avoir recours aux anciennes formes d’énergie, même si de nouvelles formes voient le jour. Cela signifie plusieurs choses.

Tout d’abord, cela signifie que nous devons exploiter nos sources classiques de combustibles de la manière la plus respectueuse de l’environnement possible. Nous devons avoir une approche réfléchie. C’est notre responsabilité envers les générations futures. Deuxièmement, cela signifie que nous devons investir dans les écotechnologies et dans l’innovation afin de développer la solution dont le monde a besoin pour décarboniser l’économie. Ces objectifs sont compris dans le Plan pour l’innovation et les compétences présenté hier par le ministre des Finances, Bill Morneau, dans notre budget de 2017. Ce plan comprend près de 1,4 milliard de dollars en nouveaux crédits pour aider les entreprises les plus prometteuses du secteur canadien des écotechnologies à se développer et à prendre de l’expansion, jusqu’à 400 millions de dollars pour accroître la disponibilité du capital de risque aux entreprises à un stade plus avancé, ainsi que de nouveaux fonds pour promouvoir le développement des compétences en sciences, en technologie, en génie et en mathématiques, y compris des investissements visant à aider les femmes, les peuples autochtones et les groupes sous-représentés à participer davantage à l’éducation et à l’emploi.

Pour favoriser la croissance propre, il faut mobiliser les communautés locales et les peuples autochtones pour qu’ils deviennent de véritables bénéficiaires – sur les plans économique, social et culturel – de l’exploitation durable de nos ressources naturelles en général et de nos ressources énergétiques en particulier.

Ces efforts sont importants pour tous les Canadiens et essentiels à la réalisation des aspirations de la jeunesse autochtone d’aujourd’hui. Pour que ces jeunes puissent réaliser l’avenir qu’ils désirent, ils doivent avoir accès à de bons emplois et à de réelles possibilités. La mise en valeur des ressources naturelles leur offre ces possibilités, et c’est pourquoi j’en suis aussi passionné, et même un peu impatient.

Nous savons ce que l’exploitation durable des ressources permet de réaliser. Toute une classe moyenne autochtone s’est développée autour du secteur de l’énergie en Alberta. Des Autochtones occupent près de la moitié des emplois en extraction de l’uranium en Saskatchewan, la province de résidence du Chef. Nous avons beaucoup à apprendre de la Saskatchewan, Chef, et du Manitoba. J’y reviendrai dans une minute.

Les ententes sur les répercussions et les avantages représentent une occasion pour les communautés autochtones, mais ce succès est au mieux inégal. Le mois dernier, une étude a révélé que ma province natale, le Manitoba, est la deuxième région minière en importance au monde. Mais combien d’emplois ont été créés pour les Autochtones dans ce secteur dans ma province? Et de quel type d’emplois s’agit-il? Et pourquoi tant de communautés autochtones restent-elles en marge de notre économie? Nous avons encore beaucoup de travail à faire pour rétablir la confiance, pour repenser ce partenariat et pour ranimer l’espoir. Comme l’a si bien dit le Chef national, avant de construire quoi que ce soit, construisez des relations positives et respectueuses.

Le premier ministre a exprimé des sentiments semblables à maintes reprises, déclarant qu’aucune relation n’a plus d’importance pour lui ou pour le Canada que la relation avec des peuples autochtones. Notre gouvernement a manifesté son appui à cet égard de plusieurs façons : en soutenant pleinement la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones; en donnant suite aux recommandations de la Commission de vérité et réconciliation; en lançant une enquête publique sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées; en ayant des échanges importants avec les peuples autochtones sur l’exploitation durable des ressources; et, plus récemment, en créant un groupe de travail composé de ministres responsables de l’examen de toutes les lois, politiques et pratiques opérationnelles relatives aux peuples autochtones au Canada. Je suis membre de ce groupe de travail.

Le premier ministre a clairement énoncé notre mandat, soit de veiller à ce que la Couronne respecte ses obligations constitutionnelles concernant les droits ancestraux et issus de traités, à ce que nous respections les normes internationales relatives aux droits de la personne, y compris la Déclaration des Nations unies, à ce que nous appuyions la mise en œuvre des appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, et à ce que nous fassions tout cela en collaboration avec les leaders, les jeunes et les experts autochtones — ce qui souligne la nécessité de nous écouter les uns les autres, de travailler ensemble et d’apprendre les uns des autres. C’est un mandat que notre gouvernement entreprend avec une vigueur exceptionnelle. Nous y consacrons l’énergie, le temps et la place nécessaires.

Le secteur de l’énergie est un point de départ naturel pour nous et pour une conversation nationale encore plus vaste avec les citoyens, une conversation qui nous permettrait de créer une véritable feuille de route pour la planification d’un avenir axé sur l’énergie propre et abordable que nous désirons tous. Nous ne pouvons nier que l’énergie joue un rôle central dans notre économie, dans notre pays et dans nos communautés. L’énergie représente près de 7 % de notre produit intérieur brut, fournit quelque 280 000 emplois directs et soutient quelque 625 000 emplois supplémentaires.

L’énergie génère des recettes qui paient pour nos hôpitaux et nos écoles, pour nos nouveaux ponts et pour nos routes plus sécuritaires. Elle aide à financer les programmes sociaux qui font de nous qui nous sommes. Par conséquent, nous devons parler, comme vous le faites aujourd’hui, de la façon dont nous produirons et dont nous utiliserons l’énergie au cours de la prochaine génération et au-delà afin que nos efforts reflètent nos valeurs fondamentales en tant que Canadiens, y compris les droits autochtones et les valeurs traditionnelles.

Ce travail important est bien engagé. Depuis son arrivée au pouvoir, notre gouvernement a lancé un nouveau Plan de protection des océans très ambitieux qui invite notamment les communautés autochtones à gérer avec nous nos océans. Nous nous sommes engagés à créer des parcours de partenariat économique qui faciliteront l’accès des groupes autochtones aux programmes fédéraux qui appuient la formation professionnelle et les occasions d’affaires. Nous explorons la possibilité de réserver aux Autochtones des sièges à d’importants conseils et organismes fédéraux. Et, pour la première fois, nous faisons appel à la participation des communautés autochtones dans le processus de contrôle et de surveillance des projets, ce qui aurait dû être fait il y a longtemps. Chacune de ces mesures reflète notre compréhension selon laquelle l’avancement de la réconciliation et la création de la prospérité sont un engagement à long terme.

Le gouvernement a la responsabilité d’aider à acheminer nos ressources énergétiques aux marchés. Mais il ne suffit pas de construire des pipelines ou des chemins de fer. Il ne suffit pas de construire des infrastructures : il faut accroître la compréhension. Il faut démontrer que nous prenons soin des populations et de l’environnement. C’est le seul moyen de susciter la confiance, d’établir le respect et d’encourager le partenariat.

Comme l’a dit le premier ministre lors de son discours devant votre assemblée extraordinaire des Chefs au mois de décembre, juste de l’autre côté de la rivière : « Notre relation ne sera pas évaluée en fonction de si nous sommes toujours en accord. Notre relation sera évaluée en fonction de notre capacité à aller de l’avant ensemble. » Une relation de nation à nation suscite inévitablement des attentes, mais elle exige également que nous respections tous les deux nos obligations à cet égard. Je vous demande de continuer à marcher avec nous sur ce chemin de la réconciliation et du renouveau. Je vous demande de continuer à travailler de bonne foi avec nous en tant que partenaires afin de créer la prospérité que nous recherchons tout en protégeant l’environnement que nous chérissons tous. Je vous remercie. 

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