Conférence et sommet national sur les opioïdes

Discours

Conférence et sommet national sur les opioïdes

Ottawa, Ontario
Le 18 novembre 2016

TEL QUE PRONONCÉ

Merci beaucoup, Adair. Et bienvenue, tout le monde. Je suis très contente que tout le monde soit ici. C’est une journée très importante pour nous.

Je veux aussi saluer tous ceux qui sont sur le Web. Il y a apparemment des gens partout dans le monde qui se sont joints à nous aujourd’hui par webdiffusion.

Je tiens à remercier le ministre Eric Hoskins, qui co-préside cet événement avec moi, d’avoir accepté d’aider à coordonner cette journée très importante et de la co-présider. Je tiens aussi à remercier, bien sûr, les gens du Centre canadien de lutte contre les toxicomanies qui se sont occupés de la plus grande partie du travail pour l’organisation de la conférence d’aujourd’hui. Or, chacun d’entre vous ici aujourd’hui représente une somme énorme de travail, un engagement exceptionnel relatif à ce défi très sérieux auquel nous faisons face ensemble, je tiens donc à vous remercier d’être venus ici aujourd’hui, des raisons pour lesquelles vous assistez à cette conférence et de ce que vous entendez faire par la suite.

Je crois qu’il est important de commencer par se souvenir des personnes, des raisons pour lesquelles nous sommes ici aujourd’hui. Je voulais commencer par une histoire, celle d’un jeune homme du nom de Jordan. L’histoire de Jordan est sur le site Web de Santé Canada, si vous souhaitez en savoir davantage à son sujet.   

Lorsqu’il était au début de la vingtaine, ce jeune homme était un citoyen actif, débordant d’énergie et engagé qui travaillait dans l’industrie de la construction. Malheureusement, il s’est blessé au dos une fois en soulevant du bois, puis il a vu un médecin qui lui a prescrit un opiacé. Les opiacés sont devenus pour lui une obsession par la suite, pour diverses raisons, et, en fin de compte, lorsqu’il n’était pas capable de se procurer suffisamment de médicaments du médecin, il allait en chercher dans la rue.

Vous pouvez probablement imaginer ce qui s’est produit par la suite. Finalement, ses parents, à la suite de réelles difficultés, l’ont fait admettre à un programme de désintoxication qui a semblé avoir du succès pendant un certain temps, mais Jordan a recommencé à consommer des drogues, des opioïdes et autres. Enfin, en raison d’une combinaison de drogues, parmi lesquelles trois lui avaient été prescrites, il a consommé un mélange mortel de médicaments et est décédé, à l’âge de 25 ans.

La mère de Jordan, Leslie McBain, est avec nous aujourd’hui. Elle est ici avec un organisme appelé Moms Stop the Harm. Je crois qu’un certain nombre d’entre vous dans la salle ont le récit personnel d’un ami, d’un proche, d’un membre de la famille qui a souffert de toxicomanie, ou, en fait, connaissent des personnes qui ont perdu la vie à la suite d’un combat contre les opioïdes. Je tiens à saluer tous ceux qui sont présents ici et à vous dire que vous êtes la raison pour laquelle nous devons être ici aujourd’hui, au nom de ceux qui sont confrontés aux défis des opioïdes et pour ceux qui pourraient être en situation de risque à l’avenir.

Au Canada, nous sommes confrontés à une crise de santé publique. Il s’agit d’une crise au nombre croissant de surdoses et de décès associés à la consommation d’opioïdes. Nous l’observons de façon plus marquée dans certaines parties du pays et nos collègues de la Colombie-Britannique en ont certainement beaucoup parlé et avaient une importante délégation ici, hier et tout au long de la fin de semaine. L’Alberta est aussi aux prises avec des défis grandissants, mais aucune partie de ce pays n’est complètement à l’abri. Le nombre de décès à certains endroits du pays dépasse maintenant le nombre de décès causés par des accidents de la route.

Au Canada, la consommation d’opioïdes sur ordonnance arrive au deuxième rang dans le monde pour la quantité consommée par habitant, mais je crois qu’il est important de réaliser qu’il ne s’agit pas d’une simple histoire au sujet des médicaments sur ordonnance, ni d’une simple histoire de toxicomanie, ni d’une simple histoire de drogues illégales.

En fait, maintenant que j’y pense, la situation me rappelle cette parabole de l’éléphant dans une pièce sombre, dans laquelle des personnes entrent et s’approchent de l’éléphant sous différents angles : une personne tient la queue, une autre touche le tronc, et une autre saisit une des grandes pattes, chacune des personnes croyant avoir une bonne compréhension de l’éléphant, mais ne réalisant pas que le problème est beaucoup plus vaste qu’elles ne peuvent le percevoir de leur point de vue. Tant qu’on n’éclaire pas la pièce pour exposer la portée du défi, il peut être très facile de se laisser distraire en ne regardant qu’une partie du casse-tête, peu importe la taille de cette partie.

L’histoire de Jordan nous révèle que la crise des opioïdes est un défi de santé publique qui peut toucher n’importe lequel d’entre nous. Elle touche toutes les collectivités, tous les groupes d’âge, tous les groupes socio-économiques. Nous sommes tous vulnérables : un travailleur de la construction avec une ordonnance en raison de douleurs dans le dos, un adolescent qui assiste à une fête et prend un comprimé.

Avant d’aller plus loin, je tiens à dire que nous devons faire attention de nous rappeler que, lorsqu’ils sont correctement utilisés, les opioïdes jouent un rôle dans le système de soins de santé. Ils aident des gens qui souffrent beaucoup, y compris les gens qui reçoivent des soins palliatifs. Nous devons faire la part des risques et des avantages et nous assurer que des mesures de protection appropriées sont en vigueur. Nous avons besoin d’une approche globale et à l’échelle du pays.  

Durant mon séjour en Afrique de l’Ouest, j’ai appris beaucoup de proverbes hausa, et l’un d’eux est pertinent aujourd’hui : « Un seul coup ne peut faire tomber un arbre ». Nous n’allons pas résoudre le problème aujourd’hui. Nous n’allons pas le résoudre d’un seul coup. Résoudre ce problème nécessitera un travail répétitif et exigera les efforts de chacun d’entre nous ici aujourd’hui.

Lorsqu’il s’agit de la provenance des opioïdes, il faut parler d’au moins deux volets. L’un consiste, bien sûr, en la consommation sur ordonnance, et nous savons que le niveau d’administration d’opioïdes est élevé dans ce pays - le deuxième en importance dans le monde, et on associe fortement ces niveaux d’administration à la douleur. Nous savons que des personnes peuvent passer d’une consommation sur ordonnance à une consommation problématique et parfois chercher à obtenir les médicaments de façon illégale. Je sais que d’autres personnes parleront aujourd’hui de médicaments ou d’opioïdes légaux détournés à des fins illicites. Nous parlerons aussi aujourd’hui, bien sûr, de l’urgence du fentanyl comme facteur majeur.

Pour chacune de ces voies, nous devons renforcer la prévention et chercher d’autres voies plus sécuritaires afin d’arrêter les utilisations excessives d’opioïdes. Nous devons aborder tant d’autres facteurs. Quel est le rôle de l’industrie dans cette situation? Quel est le rôle des éducateurs et des organismes de réglementation? Qui sont les partenaires qui doivent se trouver ici aujourd’hui? Je suis ravie de voir ici des partenaires de nos collègues des ministères de la Justice et de la Sécurité publique. Nous devons aussi parler, bien sûr, des déterminants sociaux de la crise des opioïdes.

Il ne s’agit pas de blâmer qui que ce soit aujourd’hui. Il ne s’agit pas de trouver qui est fautif ou qui n’en fait pas assez. Il s’agit plutôt de s’assurer que nous faisons tous notre part, de faire en sorte que des personnes qui ont vécu des expériences, qui consomment des drogues ou qui en ont consommé, puissent nous éduquer. Cette journée est l’occasion d’écouter les prescripteurs et de comprendre leur perspective, et tous les intervenants doivent être impliqués.

Au gouvernement fédéral, nous avons indiqué que l’intervention de quatre principes de base est nécessaire. Premièrement, notre intervention doit être fondée sur des données probantes. Deuxièmement, notre intervention doit être globale et toutes les ressources disponibles doivent être prises en considération. Troisièmement, notre intervention doit être concertée et faire intervenir tous les ordres du gouvernement, les organismes privés, la société civile et les collectivités. Quatrièmement, notre intervention doit être compatissante. La crise des opioïdes est une crise de santé publique. Il ne s’agit pas d’activité criminelle. Il ne s’agit pas d’un manquement moral.

Au gouvernement fédéral, nous avons introduit un plan d’action en cinq points. Il s’agit, premièrement, de s’assurer que les Canadiens sont mieux informés sur les risques des opioïdes; deuxièmement, de soutenir de meilleures pratiques d’ordonnance; troisièmement, de réduire l’accès facile aux opioïdes non nécessaires; quatrièmement, d’appuyer de meilleures options de traitement; et, cinquièmement, d’améliorer la collecte d’éléments probants utilisés aux fins de décisions politiques. Je ne crois pas que ce soit une liste exhaustive, notre plan est donc toujours d’actualité et continuera à être mis à jour. Nous sommes impatients d’avoir vos commentaires à ce sujet. Nous voulons que vous réfléchissiez à ce qui pourrait manquer et aux autres rôles que le gouvernement fédéral doit jouer.

Une grande partie de notre travail au niveau fédéral comprendra certains des facteurs en aval, et je suis personnellement un peu perdue entre aval et amont, mais je crois que je commence à m’y retrouver. La meilleure façon pour moi de les distinguer est de penser à une rivière qui coule d’une montagne. Une grande part du travail dont nous allons parler aujourd’hui sera au sujet de ce qui se produit dans ce grand bassin d’eau à la base de la montagne, dans lequel les cours d’eau s’écoulent. Parfois, nous avons l’impression d’être des secouristes autour de ce bassin d’eau profonde. Nous nous efforçons de sauver des personnes qui y ont glissé en cours de route et qui sont en train de s’y noyer.

Il n’est toutefois pas nécessaire que je vous dise qu’il y a aussi beaucoup de travail à accomplir pour empêcher les personnes de tomber dans le cours d’eau plus loin en amont. Il faut aussi discuter de la nécessité d’installer des panneaux d’avertissement en amont ou de fournir des gilets de sauvetage. Peut‑être serait-il plus intelligent d’offrir des leçons de natation ou de construire une clôture? Le gouvernement fédéral, comme vous, doit travailler sur tous ces points. Afin de répondre à la crise, cependant, je veux que vous sachiez que nous serons présents au niveau du bassin profond à essayer d’aider ceux qui ont besoin de secours au moment où ils se trouvent dans leur état le plus grave. En ce sens, je me réjouis des progrès que nous avons été capables de réaliser.

Un certain nombre d’entre vous savent que nous avons été en mesure, il y a quelques mois, de faire passer la naloxone du statut de médicament sur ordonnance au statut de médicament en vente libre. L’une de mes journées les plus heureuses au gouvernement jusqu’à maintenant a été celle où nous avons décidé de réaliser ce changement. Nous avons été à même d’accélérer l’accès à la naloxone en vaporisateur nasal importée des États-Unis, jusqu’à ce que nous ayons un approvisionnement régulier ici. Je me réjouis du fait que nous avons aussi été en mesure d’accélérer l’approbation de la naloxone en vaporisateur nasal qui devrait être disponible à partir d’une source canadienne.

Nous sommes aussi intervenus, comme certains d’entre vous le savent, pour ajuster des règlements fédéraux afin de permettre l’accès à la diacétylmorphine pour traiter les personnes aux prises avec un problème grave de toxicomanie.

Nous avons été à même d’accorder une exemption au Dr. Peter AIDS Centre pour un site de consommation supervisée et d’accorder une exemption de quatre ans à Insite pour la continuation de son excellent travail. Nous travaillons avec des groupes dans l’ensemble du Canada qui souhaitent exploiter des sites de consommation supervisée, avec ceux qui en font la demande aux autorités sanitaires provinciales et municipales et qui travaillent avec elles à cet égard. Je voulais prendre seulement quelques minutes de plus à ce sujet parce que je sais que de nombreuses personnes ont des préoccupations dans ce domaine, qui seront abordées aujourd’hui.

Un certain nombre d’entre vous ont demandé l’abrogation de la Loi sur le respect des collectivités et ont aussi demandé qu’on y apporte des modifications, de sorte que la loi ne présente pas d’obstacles ou de retards excessifs dans l’établissement de sites de consommation supervisée correctement gérés. Les mesures législatives antérieures, comme vous le savez, ont été largement perçues comme introduisant des obstacles déraisonnables, et je partage les préoccupations qui ont été exprimées. Je crois que les personnes présentes aujourd’hui ne sont pas sans savoir que je suis une ardente promotrice, une ardente défenseure des sites de consommation supervisée dans les collectivités qui en veulent et en ont besoin. Je sais que ces sites fonctionnent. Ils sauvent des vies. Ils préviennent les infections. Ils offrent un accès sécuritaire à des soins de santé. Je vous remercie du travail accompli dans ce domaine.

Il est devenu de plus en plus manifeste que des modifications législatives seront nécessaires afin de mieux appuyer les collectivités qui veulent avoir accès à ces sites. Nous devrons continuer à utiliser un processus solide d’examen des demandes, et la clé du succès pour ces sites sera qu’on doit les gérer, les établir et les entretenir correctement. Il sera essentiel de se souvenir de l’importance des collectivités en soutenant ces installations. Vous pouvez vous attendre à beaucoup plus à ce sujet dans les semaines à venir.

Il y a beaucoup plus à faire en aval, cependant, notamment dans le domaine de l’accès au traitement, qui, d’après ce que j’entends de plus en plus souvent, représente l’un des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés. Le besoin d’aborder la stigmatisation et la discrimination est énorme, et il faut insister sur le fait que les personnes aux prises avec un problème de toxicomanie doivent être traitées avec dignité et respect, de la façon dont on traite toute autre personne qui souffre d’un problème de santé.

Permettez-moi de parler quelques instants des mesures en amont. Comme vous le savez, des défis complexes comme celui-ci exigent des solutions complexes, y compris en amont. Du côté des soins de santé, nous devons offrir un meilleur accès aux soins de santé mentale et de toxicomanie. Nous devons trouver des approches de rechange à la gestion de la douleur, et j’espère qu’il en sera question aujourd’hui. Il y a beaucoup à faire dans le domaine de l’éducation à l’intention des prescripteurs. Notre gouvernement entend œuvrer à la recommandation d’un étiquetage strict. Il y a beaucoup plus à faire dans le domaine de la sécurité publique pour prévenir le détournement, afin de lutter contre la circulation illicite d’opioïdes. Il y a du travail à faire concernant la mise sous contrôle des précurseurs, il faut se pencher sur la question des presses à comprimés, travailler à la frontière, aspects sur lesquels mes collègues de la Sécurité publique travaillent.

Je voulais aussi mentionner que nous devons parler au sujet des conditions sociales et économiques qui entraînent parfois des choix malsains et des effets néfastes sur la santé. Les déterminants sociaux de la santé, l’accès des personnes à l’éducation, aux emplois, à un logement adéquat et aux services sociaux font partie des moteurs de la crise à laquelle nous faisons face aujourd’hui. Nous devons donner aux Canadiens la meilleure chance de prospérer. Nous devons miser sur la résilience et les facteurs protecteurs des personnes et des communautés.

Je tiens enfin à saluer de nombreuses autres administrations présentes aujourd’hui, qui y participent, et les mesures extraordinaires qui ont été prises par plusieurs provinces et territoires. Je suis réellement ravie que des leaders municipaux soient présents, lesquels ont un rôle essentiel à jouer à ce chapitre, de nombreuses organisations de terrain, les premiers intervenants qui jouent certains des rôles les plus importants en sauvant des vies. Je suis ravie que des organismes de réglementation médicale soient présents, qu’il y ait des éducateurs. Je vous remercie de votre engagement et de votre leadership. Je vous remercie d’avoir accepté le lourd fardeau que ce travail représente souvent sur les épaules de ceux qui sont les plus profondément impliqués.

Nous aurons un sommet demain pour tirer parti des mesures et des discussions qui auront eu lieu aujourd’hui. Beaucoup de personnes parmi vous auront un large éventail d’expertise qui permettra de définir les problèmes ainsi que les solutions. Je suis par nature fondamentalement pragmatique, et des personnes sont en train de mourir. Le travail que nous accomplissons aujourd’hui et demain doit mener à des mesures pratiques et à des jalons mesurables. Aucune politique, aucune décision, aucun participant ne résoudront le problème à eux seuls, et ce changement n’aura pas lieu du jour au lendemain, mais nous devons mettre la main à la pâte.

Plusieurs parmi vous, je sais, ont déjà été impliqués dans des types de défis sociaux similaires. Je pense souvent au travail dans lequel j’ai été impliquée dans le domaine du VIH à l’échelle mondiale. L’un des meilleurs livres que j’ai lus portant sur le défi à relever au chapitre du VIH était un merveilleux livre écrit par une femme du nom d’Helen Epstein, intitulé The Invisible Cure (Le remède invisible). Elle y parle de ces fois où les personnes ont pris de bonnes décisions et où les sociétés et les pays s’en sont bien sortis dans la lutte contre le VIH.

Elle parle d’une chose qu’on appelle l’efficacité collective : le pouvoir qui apparaît lorsque des personnes se rassemblent et reconnaissent la menace commune dans leur milieu et la possibilité de progrès contre cette menace dans l’union de leurs efforts. Elle dit que l’efficacité collective est partout présente, qu’il y a un esprit d’action collective et d’aide mutuelle. Il s’agit d’un esprit impossible à mesurer ou à quantifier, mais qui est enraciné dans un sens profond de compassion et dans la réalité de notre humanité commune.

Allons donc de l’avant dans un esprit d’efficacité collective. Je vous remercie de vous joindre à moi.


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2017-02-13