Page 6 : Conseils sur les bactéries pathogènes d'origine hydrique

Partie B. Information supplémentaire

B.3 Les nouveaux enjeux d'intérêt

B.3.1 La désinfection et les organismes résistants aux antibiotiques

Les désinfectants et les antibiotiques emploient des mécanismes très différents pour agir sur les bactéries. Les antibiotiques ont comme caractéristique de s'attaquer à des cibles bien définies dans la bactérie, afin de bloquer un élément d'un processus ou d'une voie de transmission essentielle. Les désinfectants, eux, agissent de manière plus générale en visant plusieurs cibles parmi les composants fondamentaux de la cellule bactérienne (p. ex. les protéines et l'ADN ou l'acide ribonucléique [ARN]). Le chlore libre, la chloramine, le dioxyde de chlore et l'ozone sont tous des oxydants très puissants qui inactivent les cellules bactériennes en détruisant l'activité des protéines cellulaires susceptibles de contribuer à la structure ou au métabolisme de la cellule. Le rayonnement UV inactive les cellules bactériennes en modifiant l'ADN de façon à empêcher la cellule de se multiplier. À cause de ces différences fondamentales entre le fonctionnement des deux types de stratégies antibactériennes, on ne s'attend pas à ce que les bactéries résistantes aux antibiotiques résistent davantage que les autres à l'effet des désinfectants dans l'eau potable.

Les pathogènes résistants aux antibiotiques sont capable de changer et de devenir moins susceptibles aux médicaments. La résistance bactérienne aux antibiotiques se manifeste de diverses façons; par exemple, les cellules peuvent ne pas permettre la pénétration de l'antibiotique, elles peuvent être dépourvues de la cible visée ou posséder des enzymes capables de modifier ou de détruire l'antibiotique. Une exposition répétée de la bactérie à des agents antibactériens et son accès à des bassins grandissant de gènes résistants aux antibiotiques dans les populations bactériennes mixtes sont les raisons principales de l'émergence de la résistance bactérienne.

Il existe de nombreux types d'antibiotiques, catégorisés en différentes classes d'après leur structure ou leur mode d'action. Les bactéries dotées d'un mécanisme de résistance particulier peuvent se montrer insensibles aux antibiotiques d'une même classe ou visant la même cible. Ces mêmes bactéries peuvent être vulnérables à d'autres antibiotiques, ou posséder des mécanismes qui leur confèrent une résistance à plusieurs classes d'antibiotiques. Le problème grandissant associé à la résistance bactérienne est la diminution de l'efficacité des agents antibactériens, favorisant des pathogènes résistants aux antibiotiques encore plus virulants que leurs équivalents susceptibles aux antibiotiques, et qui causent des maladies prolongées ou plus graves.

On dispose de peu de données sur les effets des désinfectants sur les bactéries résistantes aux antibiotiques dans l'eau potable. Dans deux des premières études consacrées à ce sujet, la numération sur plaque des bactéries hétérotrophes a permis d'observer une proportion de bactéries résistantes aux antibiotiques plus élevée dans l'eau traitée que dans l'eau non traitée (Armstrong et coll., 1981; 1982). Templeton et coll. (2009) ont examiné dans quelle mesure des souches d'E. coli résistantes à l'ampicilline et au triméthoprime étaient sensibles à la désinfection au chlore libre et aux rayons UV. En ce qui concerne l'inactivation par rayons UV, les auteurs n'ont observé aucune différence entre les souches d'E. coli résistantes aux antibiotiques et sensibles aux antibiotiques, aux doses et durant les périodes de contact mises à l'essai. La souche d'E. coli résistante au triméthoprime s'est montrée légèrement plus résistante au chlore libre que la souche sensible à cet antibiotique, mais les auteurs ont conclu que les différences se révéleraient sans doute négligeables à des doses et durant une période de contact semblables à celles qui ont cours dans le traitement de l'eau potable. Ils ont par ailleurs conclu qu'il était peu probable que ces désinfectants ciblent particulièrement les bactéries résistantes à l'ampicilline ou au triméthoprime durant le traitement de l'eau potable. On n'a trouvé aucune étude sur l'eau potable traitant du taux d'inactivation des bactéries résistantes aux antibiotiques que pourraient produire d'autres désinfectants, comme l'ozone ou le dioxyde de chlore.

Pour le moment, il existe peu de données probantes pour indiquer que l'emploi de désinfectants dans les systèmes d'eau potable pourrait de quelque façon que ce soit favoriser la sélection de bactéries résistantes aux antibiotiques (Templeton et coll., 2009). Cependant, une étude par Xi et coll. (2009) suggère que le traitement de l'eau pourrait augmenter la résistance aux antibiotiques des bactéries survivantes ou induire un transfer de gènes résistants aux antibiotiques. Des études supplémentaires s'imposent à ce sujet. Les études réalisées jusqu'ici, quoique limitées, semblent indiquer que la résistance des bactéries aux antibiotiques n'est pas un facteur important dans l'efficacité des traitements au chlore et aux rayons UV, aux doses et durant les périodes de contact normalement employées dans le traitement de l'eau potable.

B.3.2 Pommes de douche

L'utilisation de douches peut être une source d'exposition à des micro-organismes par l'aérosolisation, puisque l'intérieur de la pomme de douche est un environnement humide, tiède et sombre et où de faibles niveaux de nutriments sont souvent renouvelés.

L'inhalation d'aérosols provenant d'eau de la pomme de douche a été associée à des maladies respiratoires (Falkinham et coll., 2008; Feazel et coll., 2009). Bien qu'on ait déjà fait la culture des organismes opportunistes provenant de pommes de douche, il y a peu d'information disponible concernant la prévalence ou la nature des micro-organismes qui peuvent être emportés dans des aérosols pendant la douche. Feazel et coll. (2009) ont analysé les séquences génétiques d'ARN ribosomique de 45 pommes de douche provenant de neuf endroits aux États-Unis afin d'établir la composition des biofilms et des eaux dans les pommes de douche. Les auteurs ont déterminé que des séquences représentant les mycobactéries non-tuberculeuses et autres pathogènes opportunistes étaient fortement enrichies dans de nombreux biofilms de pommes de douche. Ils ont conclus que les pommes de douches peuvent être une source d'exposition importante aux micro-organismes en aérosols et qu'il serait important de poursuivre ces enquêtes, particulièrement pour les individus ayant un système immunitaire ou respiratoire affaibli.

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