Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada : document technique – le diuron

Table des matières

Recommandation

La concentration maximale acceptable (CMA) de diuron dans l'eau potable est de 0,15 mg/L (150 ug/L).

Propriétés physico-chimiques, utilisations et sources de contamination

Le diuron, herbicide de la famille des urées substi-tuées, a été employé en quantités moyennement faibles au Canada en 1986 (entre 10 000 et 50 000 kg).Note de bas de page 1 Il est utilisé principalement pour lutter contre la végétation sur les surfaces non cultivées, notamment dans les fossés d'irrigation et de drainage.Note de bas de page 1 Le diuron est un composé non ionique, dont la solubilité moyenne dans l'eau est de 22 à 42 mg/L à 20ºC. Son taux d'hydrolyse, négligeable à un pH neutre, augmente rapidement en milieu fortement acide ou alcalin.Note de bas de page 2 Stable à l'oxydation et à la dégradation, il persiste dans les sols pendant une saison complète ou davantage.Note de bas de page 3 Le logarithme de son coefficient de partage octanol-eau est de 2,6, ce qui est considéré comme une valeur faible à moyenne. Il est adsorbé dans une certaine mesure par les sols, avec un coefficient de partage sol-eau moyen de 485.Note de bas de page 4 L'Environmental Protection Agency des États-Unis a classé le diuron parmi les produits présentant un potentiel assez élevé de contamination des eaux souterraines, c'est-à-dire les produits chimiques de priorité B.Note de bas de page 5 Le ministère de l'Agriculture du Canada l'a aussi classé parmi les composés présentant un fort risque de lixiviation.Note de bas de page 6

Exposition

Le diuron n'a pas souvent été inclu dans les enquêtes sur la contamination des eaux canadiennes; il a été décelé une fois lors d'une enquête couvrant 15 puits privés de l'Ontario.Note de bas de page 7 Aux États-Unis, le diuron a été trouvé dans 0,03 pour cent de plus de 900 échantillons d'eaux souterraines. Il a atteint des concentrations de quelques parties par milliard (2 à 3 g/L) dans des puits de la Californie contaminés par des pratiques agricoles.Note de bas de page 8 L'apport alimentaire maximal de diuron absorbé par un adulte canadien serait, en théorie, d'environ 0,48 mg/jour, ou 0,007 mg/kg p.c. par jour, en supposant que chaque culture pour laquelle l'emploi est homo-logué renferme la teneur maximale en résidus (TMR).Note de bas de page 9 Toutefois, le profil d'emploi montre qu'il est rarement utilisé sur des cultures, en particulier le blé et la pomme de terre, qui apporteraient 70 pour cent de l'apport quotidien théorique.Note de bas de page 10 On ne dispose d'aucune donnée sur la teneur réelle en résidus dans les aliments, car le diuron n'a pas été couvert dans les enquêtes sur l'ensemble du régime alimentaire ni au Canada ni aux États-Unis.

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Organisation : Santé Canada
Type : Lignes directrices
Date publiée : 1987-03 (révisé en mars 1989

Sujets connexes

Méthodes d'analyse et techniques de traitement

Le diuron peut être analysé dans l'eau par extraction à l'hexane, suivie d'une hydrolyse pour le transformer en son dérivé aniline, puis d'un dosage quantitatif par chromatographie gaz-liquide associée à une détection par conductivité Hall. La limite de détection de cette méthode est de 0,1 g/L.Note de bas de page 11 Les granules et la poudre de charbon actif permettent d'extraire efficacement jusqu'à 90 pour cent du diuron de l'eau potable.Note de bas de page 12

Effets sur la santé

Le diuron est absorbé à partir des appareils digestif et respiratoire. Chez les humains, il est métabolisé, en quelques heures, par hydroxylation et N-déalkylation, puis excrété dans les urines.Note de bas de page 13 Chez le rat et le chien, entre un sixième et la moitié de la quantité totale éliminée se retrouve dans les fèces.Note de bas de page 14 On a observé peu d'accumulation dans les tissus de rats et de chiens qui avaient ingéré du diuron pendant neuf mois à deux années; les plus fortes concentrations ont été trouvées dans le foie et le rein.Note de bas de page 14
Le diuron a une faible toxicité aiguë. Les enfants et les animaux dont le régime alimentaire est carencé en protéines sont plus sensibles aux effets toxiques du diuron que les adultes, à en juger par les DL50 trouvées.Note de bas de page 13 L'ingestion par la femme d'une dose unique de diuron, à raison de 38 mg/kg p.c., n'a provoqué en apparence aucun effet toxique.Note de bas de page 13 Chez les animaux, les principaux effets toxiques de l'ingestion chronique de diuron sont la perte de poids et des anomalies du sang, du foie et de la rate.Note de bas de page 13
On a réalisé avec le diuron deux études portant sur l'alimentation chronique, où des groupes de deux mâles et de trois femelles de chiens beagle ont reçu, pendant deux ans, des doses correspondant à 0, 0,625, 3,125, 6,25 ou 31,25 mg/kg p.c. par jour, et où 35 rats de chaque sexe en ont reçu à raison de 0, 1,25, 6,25, 12,5 ou 125 mg/kg p.c. par jour.Note de bas de page 13 Note de bas de page 14 À 125 ppm (3,125 mg/kg p.c. chez le chien et 6,25 mg/kg p.c. chez le rat), des traces de pigments sanguins anormaux ont été décelées chez quelques sujets, mais le résultat n'était pas statistiquement significatif. À une concentration d'au moins 250 ppm (6,25 mg/kg p.c. chez le chien et 12,5 mg/kg p.c. chez le rat), des modifications hématologiques, la perte de poids, l'hémosidérose du foie et l'hyperplasie de la lignée érythrocytaire ont été observées. La dose sans effet nocif observé (DSENO) a été établie à 125 ppm ou 3,125 mg/kg p.c. chez le chien et 6,25 mg/kg p.c. chez le rat. Bien que ces essais n'aient révélé aucun pouvoir cancérogène, on ne peut en tirer aucune conclusion définitive, car ils accusent des lacunes méthodologiques.
Le diuron n'a pas manifesté de pouvoir mutagène dans la plupart des épreuves microbiennes, avec ou sans activation métabolique.Note de bas de page 15 Un résultat positif a été signalé chez Salmonella typhimurium, avec une activation métabolique.Note de bas de page 16 Dans deux épreuves in vitro chez des mammifères, le diuron n'a pas provoqué de mutations dans les cellules ovariennes de hamster chinois ni de synthèse non programmée de l'ADN dans des hépatocytes de rats.Note de bas de page 17 Toutefois, on a observé des effets clastogènes lors d'un essai in vivo chez le rat.Note de bas de page 17
Aucun effet sur la reproduction n'a été observé dans une étude menée chez trois générations de rats ayant reçu dans leurs aliments l'équivalent de 6 mg/kg p.c. par jour; toutefois, cette dose était légèrement toxique pour le foetus, provoquant une baisse des poids corporels des portées F2 et F3.Note de bas de page 8Note de bas de page 13 Bien qu'il n'ait pas montré de pouvoir tératogène, chez des rats ayant reçu 250 mg/kg p.c. par jour, le diuron s'est avéré toxique pour les foetus qui accusaient des poids plus faibles et des anomalies mineures des côtes et des os. Les mêmes effets ont été observés à la dose de 125 mg/kg p.c. par jour, mais ce résultat n'était pas statistiquement significatif.Note de bas de page 1 La plus faible dose avec effet nocif observé était donc de 125 mg/kg p.c. par jour.

Justification

En se fondant sur les évaluations de la Direction des aliments du ministère de la Santé nationale et du Bien-être social,Note de bas de page 19 l'apport quotidien acceptable (AQA) de diuron a été calculé comme suit :
Forumulaire

où :

  • 3,125 mg/kg p.c. par jour est la dose sans effet nocif observé dans une étude étalée sur deux années chez le chien,14 qui a été évaluée par la Direction des aliments et jugée la plus appropriée pour en déduire une AQA. La perte de poids corporel, l'augmentation du poids du foie, l'hyperplasie de la lignée érythrocytaire et la baisse des valeurs hématologiques ont été observées aux plus fortes dosesNote de bas de page 14,Note de bas de page 19
  • 200 est le facteur d'incertitude appliqué par la Direction des aliments.

La concentration maximale acceptable (CMA) est calculée à partir de l'AQA comme suit :

Forumulaire

où :

  • 0,0156 mg/kg p.c. par jour est l'AQA, tel que calculé ci-dessus
  • 70 kg est le poids corporel moyen d'un adulte
  • 0,20 est la proportion de l'apport quotidien total de diuron attribuée à l'eau potable (l'apport théorique maximal provenant des aliments est de 45 pour cent de l'AQA)
  • 1,5 L/jour est la consommation moyenne quotidienne d'eau potable d'un adulte.

Références bibliographiques

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