Page 5 : Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada : document technique – le formaldéhyde

Effets sur la santé

Pharmacocinétique

Le formaldéhyde est un produit du métabolisme normal et il est essentiel pour la biosynthèse de certains acides aminés chez les humains.Note de bas de page 18 Les niveaux de formaldéhyde endogène produit par voie métabolique varient d'environ 3 à 12 ng/g de tissu.Note de bas de page 19

Le formaldéhyde exogène s'introduit dans le corps humain par ingestion, par inhalation ou par voie cutanée. Le formaldéhyde ingéré est rapidement absorbé par le tractus gastro-intestinal. Le formaldéhyde inhalé semble être facilement absorbé par les voies respiratoires supérieures, mais il ne se répartit pas dans tout le corps en raison de la rapidité de son métabolisme. Les concentrations moyennes dans le sang chez les humains, les rats et les singes avant et immédiatement après exposition par inhalation (humains : 1,9 ppm pendant 40 minutes; rats : 14,4 ppm pendant 2 heures; singes : 6 ppm pendant 4 semaines) n'ont pas différé de façon significative. Les concentrations de formaldéhyde dans le sang mesurées dans les groupes témoins et les groupes exposés chez les rats, les singes et les humains s'élevaient respectivement à 2,24/2,25, 2,42/1,84 et 2,61/2,77 µg/g sang.Note de bas de page 20Note de bas de page 21

Lors d'études d'exposition par voie cutanée, le formaldéhyde a été absorbé moins rapidement chez le singe que chez le rat ou chez le cobaye.Note de bas de page 22Après administration par voie intrapéritonéale à des rats, le formaldéhyde semble se répartir principalement dans les muscles, les niveaux étant moins élevés dans les intestins, le foie et les autres tissus.Note de bas de page 23

Dès son absorption, le formaldéhyde se transforme rapidement en acide formique, en passant par le S-formylglutathion intermédiaire, sous l'action de la formaldéhyde-déshydrogénase et d'autres enzymes. La transformation du formaldéhyde en formiate a lieu dans les érythrocytes et dans le foie. L'acide formique est ensuite oxydé en dioxyde de carbone et en eau sous l'action de la formyltétrahydrofolate synthétase, qui catalyse la production de formyltétrahydrofolate à partir du formiate et du tétrahydrofolate. Par d'autres mécanismes, le formiate peut être transformé en sel de sodium soluble et excrété dans l'urine ou il peut être incorporé par voie métabolique dans l'unité monocarbonée pour être utilisé dans la biosynthèse.Note de bas de page 2,Note de bas de page 13

Après infusion intraveineuse, la période biologique du formaldéhyde dans le sang du singe est d'environ 1,5 minutes et s'accompagne d'une augmentation des concentrations d'acide formique dans le sang.Note de bas de page 24Le formaldéhyde exogène s'élimine du plasma humain avec une période biologique de 1-1,5 minutes.Note de bas de page 2 Chez le chien, le formiate se transforme en dioxyde de carbone et en eau en une période biologique d'environ 80-90 minutes.Note de bas de page 25Chez l'humain, on a déterminé que le foie transformait 22 mg de formaldéhyde en dioxyde de carbone par minute.Note de bas de page 8Note de bas de page 26 L'oxydation de l'acide formique en dioxyde de carbone et en eau est plus lente chez le singe que chez le rat.Note de bas de page 27

Chez la souris et le rat, les métabolites sont éliminés dans l'urine, les fèces et l'air expiré, les proportions relatives dépendant de la voie d'administration.Note de bas de page 28,Note de bas de page 29 On a signalé une augmentation des concentrations d'acide formique dans l'urine de 3/6 travailleurs professionnellement exposés à des concentrations non précisées de formaldéhyde dans l'air (30,0, 50,5 et 173,0 mg/L respectivement contre 17 mg/L chez les personnes non exposées).Note de bas de page 30

Effets sur les humains

Une irritation et une sensibilisation ont été associées à une exposition cutanée au formaldéhyde dans l'eau à des niveaux beaucoup plus élevés (5-20 p. cent de formaldéhyde en poids dans l'eau) que ceux rencontrés dans l'eau potable; les résultats des études divergent toutefois pour des concentrations plus faibles.Note de bas de page 31On a signalé qu'une irritation des yeux, du nez et de la gorge avait résulté de l'exposition à des concentrations ne dépassant pas 0,25 ppm de formaldéhyde dans l'air lors d'études de laboratoire et à des concentrations de 1 ppm ou plus dans des conditions normales.Note de bas de page 19À des concentrations inférieures à 1 ppm, l'irritation est légère et l'adaptation s'effectue en quelques minutes.Note de bas de page 32On n'a observé aucun effet aigu à la suite d'une exposition au formaldéhyde à 0,030 ppm dans l'air.Note de bas de page 33Une exposition à 50 ppm et plus peut provoquer de graves lésions de l'appareil respiratoire, telles qu'une pneumonie et un oedème pulmonaire.Note de bas de page 1Une anémie hémiolytique s'est manifestée chez des dialysés après contamination de l'eau de dialyse avec du formaldéhyde Note de bas de page 34; les sources de la contamination comprenaient les solutions de formaldéhyde utilisées pour stériliser les filtres de dialyse, ainsi que le formaldéhyde lessivé des filtres à eau contenant des fibres de coton liées par des résines de mélamine.Note de bas de page 34,Note de bas de page 35 L'ingestion de formol (une solution aqueuse de formaldéhyde) entraîne l'inflammation immédiate des parois de la bouche, de la gorge et du tractus gastro-intestinal ainsi que, parfois, l'ulcération et la nécrose de l'épithélium des muqueuses du tractus gastro-intestinal, avec comme conséquence possible des dommages rénaux et un collapsus cardio-vasculaire entraînant la mort.Note de bas de page 5Note de bas de page 8Note de bas de page 13 La pneumonie, la néphrite hémorragique et l'avortement sont d'autres effets associés à l'ingestion de formol.Note de bas de page 36

Une exposition chronique au formaldéhyde par voie orale résulte de l'ingestion quotidienne de faibles niveaux de formaldéhyde dans les aliments. On a signalé que l'ingestion chronique de formaldéhyde à des concentrations de 22-200 mg/j pendant 13 semaines consécutives n'entraînait pas d'effets toxiques chez les humains, mais sans fournir d'autres détails à cet égard.Note de bas de page 8,Note de bas de page 37

Owen et al. ont examiné la probabilité de l'apparition d'effets nocifs pour la santé à la suite d'une exposition au formaldéhyde dans l'air à de faibles niveaux, après volatilisation à partir d'une eau potable contaminée.Note de bas de page 8Pour une concentration de formaldéhyde de 100 ppb dans l'eau potable, ces auteurs ont indiqué qu'il était peu probable que la concentration consécutive dans l'air dépasse 0,1 ppb. Si l'on se base sur un seuil d'irritation de 250 ppb lors d'études de laboratoireNote de bas de page 19et sur l'absence d'effets aigus à la suite d'une exposition au formaldéhyde à 30 ppb,Note de bas de page 33il est peu probable qu'une exposition à un niveau si faible engendre une toxicité aiguë ou chronique.Note de bas de page 8

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC),Note de bas de page 38Higginson et al.,Note de bas de page 39l'OMSNote de bas de page 5et Heck et al.Note de bas de page 40 ont examiné de façon approfondie un grand nombre d'études épidémiologiques portant sur l'exposition au formaldéhyde. Plusieurs de ces études n'ont exposé qu'un petit nombre de cas ou n'ont pas indiqué les taux de cancer liés à l'exposition.Note de bas de page 38Les types de cancers observés lors d'une ou de plusieurs études comprenaient la maladie de Hodgkin, la leucémie, les cancers de la cavité buccale et du pharynx, ainsi que les cancers du poumon, du nez, de la prostate, de la vessie, du cerveau, du colon, de la peau et du rein. On n'a généralement pas signalé d'augmentation de la mortalité par leucémie et cancer du cerveau chez les travailleurs de l'industrie, ce qui laisse supposer que ces cancers peuvent être attribuables à des facteurs autres que le formaldéhyde.Note de bas de page 38La légère augmentation de l'apparition de cancers du poumon signalée dans plusieurs études n'a pas montré une tendance à l'augmentation du risque avec divers paramètres d'exposition (c.-à-d. latence, durée, niveau ou dose cumulée), normalement observée avec les substances cancérogènes en milieu de travail. C'est pour l'augmentation des cas de cancer du nez et du nasopharynx que les preuves ont été les plus solides.Note de bas de page 38

Lors d'une revue plus récemment publiée d'études épidémiologiques, on n'a signalé ni décès par cancer du nez ni augmentation de la mortalité par d'autres cancers chez les travailleurs de six usines de l'industrie chimique ou des matières plastiques britannique où le formaldéhyde a été fabriqué ou utilisé. La cohorte de 7 680 hommes qui avaient été employés avant le 1erjanvier 1965 a été classée en termes d'exposition au formaldéhyde et suivie jusqu'à la fin de 1981.Note de bas de page 41Un suivi complémentaire (jusqu'à la fin de 1989) de ces travailleurs et de 6 357 travailleurs employés après 1964 n'a montré aucun cas de cancer du nasopharynx. On a observé une légère augmentation de la mortalité par cancer du poumon, par maladie respiratoire et par cancer de l'estomac. Toute-fois, on n'a constaté aucune relation avec la dose cumulée estimée ou avec le temps écoulé depuis la première exposition. On a émis l'hypothèse que l'augmentation de la mortalité par cancer du poumon était liée aux effets de confusion possibles du tabagisme.Note de bas de page 42 De même, Marsh et al.Note de bas de page 43 n'ont constaté aucune association entre la mortalité par cancer du poumon ou du nasopharynx et l'exposition à long terme au formaldéhyde chez une cohorte de 7 359 travailleurs (employés entre 1941 et 1984) d'une usine chimique située au Connecticut. Aucune information sur le tabagisme et tout autre facteur de confusion n'a été fournie dans ces études.

Alors qu'il existe un grand nombre d'études épidémiologiques qui examinent principalement l'exposition par inhalation et/ou par voie cutanée, on n'a trouvé au-cune étude qui traite principalement de l'exposition orale.

Lors d'une étude épidémiologique de la reproduction humaine, on n'a signalé aucun effet sur le sperme (nombre de spermatozoïdes, morphologie du sperme et fréquence de 2F-body) chez 11 travailleurs professionnellement exposés au formaldéhyde (concentrations moyennes pondérées en fonction du temps de 0,61-1,32 ppm) soumis à un examen. Les sujets ont été groupés en fonction du sexe, de l'âge et de la consommation d'alcool, de tabac et de marijuana et ils ont fait l'objet de prélèvements trois fois, à un intervalle de deux à trois mois.Note de bas de page 44

Effets chez les animaux de laboratoire et systèmes de test in vitro

Études à court terme et subchroniques

On a signalé des valeurs de DL 50 orale de 800 et 260 mg/kg p.c. respectivement pour le rat et le cobaye.Note de bas de page 5Note de bas de page 45 Lors d'une étude de quatre semaines, des rats Wistar âgés de cinq semaines (10 de chaque sexe par dose) ont reçu du formaldéhyde dans l'eau potable à des niveaux de dose de 5, 25 ou 125 mg/kg p.c. par jour. Un groupe témoin (20 de chaque sexe) a reçu de l'eau potable ad libitum, tandis qu'un groupe supplémentaire (10 de chaque sexe) a reçu de l'eau potable en quantité restreinte, soit en quantité égale à celle consommée par le groupe recevant la dose élevée de formaldéhyde. Les rats recevant la dose élevée ont présenté une baisse de la consommation d'aliments et d'eau, des changement s histopathologiques dans l'estomac (p. ex. hyperkératose focale du préestomac et légère inflammation atrophique focale de l'estomac glandulaire) et, chez les mâles uniquement, une baisse des niveaux d'albumine et de protéines totales dans le plasma. D'après les auteurs, les changements gastriques dégénératifs et proliférants observés chez le rat sont très probablement liés aux propriétés irritantes du formaldéhyde. On a déterminé que la dose sans effet nocif observé (NOAEL) était de 25 mg/kg p.c. par jour.Note de bas de page 46

Des doses orales (dans l'eau potable) de 0, 50, 100 ou 150 mg/kg p.c. par jour administrées à des rats albinos Sprague-Dawley (15 de chaque sexe par dose) et de 0, 50, 75 ou 100 mg/kg p.c. par jour administrées à des chiens beagle de race (quatre de chaque sexe par dose) pendan t 90 jours n'ont eu aucun effet sur le poids absolu ou relatif des organes, l'hématologie, la chimie clinique, l'analyse des urines ou la pathologie macroscopique et microscopique des animaux traités par rapport aux témoins, non traités. Une prise de poids corporel plus faible a été observée chez les deux espèces au niveau de dose le plus élevé (150 mg/kg p.c. par jour chez le rat et 100 mg/kg p.c. par jour chez le chien) et chez les rats mâles ayant reçu 100 mg/kg p.c. par jour. On a constaté une baisse de la consommation d'eau liée à la dose chez les rats mâles (9 p. cent, 18 p. cent et 31 p. cent) et femelles (13 p. cent, 22 p. cent et 30 p. cent). On n'a observé de différence dans la consommation moyenne d'aliments des rats à aucun niveau de dose, mais les chiens ont réduit leur consommation d'aliments à toutes les doses. Les auteurs ont conclu que des quantités relativement importantes de formaldéhyde absorbées par voie orale étaient bien tolérées.Note de bas de page 47

Études chroniques et de cancérogénicité

Lors d'une étude de deux ans, des rats Wistar (70 de chaque sexe par groupe) ont été exposés au formaldéhyde dans l'eau potable à des doses moyennes de 0, 1,2, 15 ou 82 mg/kg p.c. par jour pour les mâles et de 0, 1,8, 21 ou 109 mg/kg p.c. par jour pour les femelles. Les rats ont été sacrifiés à la 53e, à la 79eet à la 105esemaine et on a procédé à une histopathologie des organes. Des effets nocifs ont été observés seulement chez les animaux ayant reçu la dose la plus élevée; ils comptaient une baisse de la consommation d'eau et d'aliments, une baisse du poids corporel et des changements pathologiques dans l'estomac, caractérisés par un épaississement de la paroi des muqueuses dans le préestomac et l'estomac glandulaire. Les changements histopathologiques comprenaient une hyperplasie épithéliale papillaire fréquemment accompagnée d'une hyperkératose située à l'extrémité, ainsi que d'une ulcération focale du préestomac et d'une hyperplasie avec ulcération de l'estomac glandulaire. Le poids relatif des reins a augmenté chez les femelles ayant reçu la dose élevée et on a constaté une augmentation de l'incidence de nécroses papillaires rénales chez les deux sexes. On n'a observé d'effets nocifs sur la survie, l'hématologie ou la chimie clinique à aucune dose. Les rats mâles et femelles ayant reçu la dose élevée ont subi de graves dommages à la muqueuse gastrique, mais aucune tumeur gastrique ou autre n'a été observée. Les auteurs ont déterminé que la NOAEL était de 15 mg/kg p.c. par jour chez les mâles et de 21 mg/kg p.c. par jour chez les femelles.Note de bas de page 48

Lors d'une étude similaire, des rats Wistar (20 de chaque sexe par groupe) ont reçu du formaldéhyde dans l'eau potable à des concentrations de 0, 0,02, 0,10 ou 0,50 p. cent (les doses réelles estimées ont été de 0, 10, 50 et 300 mg/kg p.c. par jour) pendant 24 mois. Six rats de chaque sexe par groupe ont été sacrifiés au 12eet au 18emois. Une augmentation de la mortalité (45 p. cent des mâles et 55 p. cent des femelles sont morts à 12 mois et tous les animaux étaient morts avant 24 mois), un retard de croissance, une diminution de la consommation d'aliments et d'eau, ainsi qu'une baisse des niveaux de protéines et d'albumine sériques ont été observés chez les rats du groupe ayant reçu la dose la plus élevée. Cependant, on n'a observé aucun changement histopathologique associé à ces changements bio-chimiques. À la fin du 12emois, on a observé que les rats des deux sexes de ce groupe présentaient des érosions gastriques, des ulcères (dans le préestomac et dans l'estomac glandulaire), une hyperplasie spinocellulaire, une hyperkératose et une hyperplasie des cellules basales. Seuls deux animaux (1 mâle sur 6 et 1 femelle sur 8) du groupe ayant reçu la dose moyenne ont présenté une hyperkératose du préestomac à l'âge de 18 et de 24 mois; on n'a toutefois observé aucune lésion des muqueuses de l'estomac glandulaire. On n'a observé au-cune différence significative dans l'incidence des tumeurs de toutes sortes entre les groupes. Les auteurs ont estimé que la « dose sans effet observé » du formaldéhyde se situait à 0,02 p. cent dans l'eau potable (ce qui équivaut à une dose de 10 mg/kg p.c. par jour).Note de bas de page 49

Des rats Sprague-Dawley (50 de chaque sexe par groupe) ont été exposés au formaldéhyde dans l'eau potable pendant 104 semaines, à des concentrations de 0, 10, 50, 100, 500, 1 000 ou 1 500 mg/L (calculées pour être équivalentes à des niveaux de dose de 0, 1, 5, 10, 50, 100 ou 150 mg/kg p.c. par jour). On a mesuré le poids corporel et la consommation d'eau et d'aliments de chaque animal. Tous les animaux qui sont morts ont été autopsiés et soumis à un examen histopathologique. On a signalé une augmentation en fonction de la dose de l'incidence de leucémies aux niveaux de dose de 5 mg/kg p.c. par jour et plus (pourcentage combiné de l'incidence des leucémies chez les mâles et les femelles de 9, 9, 12, 13 et 18 respectivement). L'augmentation de l'incidence de néoplasmes gastro-intestinaux n'était pas liée à la dose. Les tumeurs de ce type sont considérées comme rares chez les groupes témoins historiques et n'ont pas été détectées chez les témoins de l'étude. D'après les auteurs,Note de bas de page 7 le formaldéhyde est une substance cancérogène muotentielle établie par l'expérience; les résultats de cette étude sont cependant équivoques, étant donné l'absence d'une analyse statistique des données et l'absence apparente d'effets sur le poids corporel. De plus, les résultats de cette étude contrastent avec ceux d'études similaires sur l'eau potable, qui ne signalent aucune tumeur à des doses de 5 mg/kg p.c. par jour ou moins.

Il semblerait que l'exposition au formaldéhyde par inhalation provoque chez le rat un cancer au point de contact en irritant l'épithélium nasal.Note de bas de page 50Note de bas de page 51Lors d'une étude,Note de bas de page 51 des rats Fischer 344 et des souris B6C3F1 (119-121 animaux de chaque sexe par groupe) ont été exposés à des concentrations moyennes de 0, 2,0, 5,6 et 14,3 ppm de formaldéhyde six heures par jour, cinq jours par semaine, pendant deux ans. On a réalisé une hématologie, une analyse chimique du sérum, une analyse des urines et une pathologie clinique à 6, 12, 18, 24, 27 et 30 mois. On a observé des carcinomes spino-cellulaires dans les fosses nasales de 103 rats (52/120 femelles et 51/120 mâles) et de deux souris mâles exposés à 14,3 ppm, et de deux rats (un mâle et une femelle) exposés à 5,6 ppm de formaldéhyde à l'état gazeux. Une histopathologie de tous les tissus a révélé des lésions liées au composé dans les fosses nasales uniquement. On n'a signalé aucune tumeur chez les animaux exposés à 2,0 ppm.Note de bas de page 51 Les résultats de cette étude semblent indiquer une réaction cancérogène non linéaire (ou seuil de cancérogénicité) chez le rat pour le formaldéhyde absorbé par inhalation,Note de bas de page 8Note de bas de page 52 une multiplication par 50 de l'incidence des tumeurs ayant résulté d'une multiplication par trois des concentrations de formaldéhyde dans l'air.Note de bas de page 51Swenberg et al. apportent des preuves supplémentaires de la non-linéarité de la réaction au formaldéhyde.Note de bas de page 53On a observé une multiplication par 10 à 20 de la réplication cellulaire chez les rats exposés au formaldéhyde à 6 ou 15 ppm et chez les souris exposées à 15 ppm. Une exposition des rats à 2 ppm et des souris à 6 ppm n'a entraîné aucune augmentation de la prolifération cellulaire. En exposant des rats à la même dose totale quotidienne de formaldéhyde, mais en faisant varier les concentrations et la durée d'exposition, Swenberg et al.Note de bas de page 53ont également montré que la concentration de formaldéhyde dans les tissus était plus importante que la dose cumulée totale quant à la génération d'une réaction.

Le formaldéhyde est extrêmement soluble dans l'eau et fortement réactif. La paroi des muqueuses couvrant l'épithélium respiratoire du rat étant composée d'environ 95 p. cent d'eau,Note de bas de page 54le formaldéhyde inhalé par voie nasale se dissout rapidement dans la membrane des muqueuses, ce qui entraîne alors l'apparition d'effets sur l'épithélium respiratoire sous-jacent.Note de bas de page 8Bien qu'il soit possible que les tumeurs touchant un site éloigné résultent de l'absorption et de la répartition du formaldéhyde dans l'appareil circulatoire,Note de bas de page 8Heck et al.Note de bas de page 40 ont signalé que l'exposition au formaldéhyde par inhalation n'avait aucun effet mesurable sur la concentration de formaldéhyde dans le sang des rats, des singes et des humains.

L'augmentation de la prolifération cellulaire est un événement important dans la cancérogenèse du formaldéhyde.Note de bas de page 55,Note de bas de page 56La prolifération cellulaire compensatrice est une réaction dominante à la cytotoxicité.Note de bas de page 53La cancérogénicité chez les animaux semble donc être attribuable à l'inhalation de doses cytotoxiques de formaldéhyde.

D'après les données biologiques disponibles, on peut conclure qu'il est peu probable que l'exposition chronique d'humains à de faibles doses de formaldéhyde dans l'eau potable (par ingestion et inhalation) puisse présenter un danger important, pour les raisons suivantes :

  1. à exposition égale, la dose reçue dans les tissus nasaux cibles est plus faible pour les humains que pour les rongeurs qui sont contraints de respirer par le nez;
  2. si le formaldéhyde dans l'air présentait un risque de cancérogénicité pour les humains, on aurait des preuves épidémiologiques de l'existence d'une relation entre l'exposition et le cancer du nez ou du poumon;
  3. il faudrait que la dose absorbée (par ingestion ou inhalation) soit assez élevée pour submerger le processus de détoxication métabolique et engendrer une prolifération cellulaire compensatrice en réaction à la cytotoxicité; et
  4. la concentration dans les tissus constitue le principal déterminant de la toxicité du formaldéhyde, non la dose cumulée.Note de bas de page 8

Mutagénicité

Le CIRCNote de bas de page 38 et l'OMSNote de bas de page 5 ont examiné un grand nombre de données sur la mutagénicité du formaldéhyde. On estime que le formaldéhyde est un agent mutagène faible. Il est mutagène dans les cellules eucaryotes et procaryotes in vitro, ainsi qu'in vivo chez Drosophila melanogaster (selon la voie d'administration), particulièrement à des concentrations élevées. L'ajout de fractions S9 d'activation métabolique aux systèmes d'essai réduit l'activité mutagène du produit chimique.Note de bas de page 5 Les essais in vitro sur les mammifères ont fourni des résultats non constants montrant une augmentation de la fréquence des mutations lors d'essais sur le lymphome de la souris, mais pas lors d'essais sur les cellules d'ovaire de hamsters chinois.Note de bas de page 5

Le formaldéhyde réagit facilement avec les macromolécules dans les cellules, principalement au point d'exposition. Il a engendré des aberrations chromosomiques et des échanges de chromatides soeurs dans un certain nombre de lignées cellulaires.Note de bas de page 5 Cependant, on n'a pas observé d'échange significatif de chromatides soeurs dans une culture de lymphocytes humains en dessous d'un « seuil » apparent de 5 µg/mL de milieu de culture.Note de bas de page 57Craft et al.Note de bas de page 58ont exposé des lymphoblastes humains in vitro à diverses concentrations de formaldéhyde (0-150 µmol/L pendant deux heures) et ils ont indiqué que l'induction de mutations et la formation de liaisons transversales ADN-protéines par le formaldéhyde étaient des fonctions non linéaires qui se rencontrent à des plages de concentrations qui chevauchent.

Les essais pour provoquer in vivo des effets géno-toxiques chez des rongeurs exposés au formaldéhyde ont g&ea cute;n&e acute;ralement été infructueux.Note de bas de page 5,Note de bas de page 59 Des essais destinés à provoquer des échanges de chromatides soeurs dans des cellules médullaires de souris ont donné des résultats équivoques. On a signalé que des essais dominants de létalité chez les souris Swiss ICR-HA avaient été négatifs à des doses intrapéritonéales pouvant atteindre 40 mg/kg p.c.Note de bas de page 60 Des études sur des souris de souche Q ont montré l'absence d'effets, excepté au cours des première et troisième semaines, après traitement des mâles par voie intrapéritonéale avec du formaldéhyde à 50 mg/kg p.c.Note de bas de page 61

Les tests du micronoyau et des chromosomes n'ont révélé aucune lésion engendrée par le formaldéhyde chez les rats et les souris exposés.Note de bas de page 5 Les résultats d'une étude de mutation des cellules somatiques chez des souris C57B1/6J"HA" se sont également avérés négatifs pour le formaldéhyde.Note de bas de page 62Lors d'une expérience, le formaldéhyde a augmenté le nombre de micronoyaux et d'anomalies du noyau dans des cellules é ;pithéliales de rats.Note de bas de page 63Chez les humains, on n'a signalé aucune altération cytogénétique (p. ex., des aberrations chromosomiques ou des échanges de chromatides soeurs) dans les lymphocytes périphériques.Note de bas de page 44,Note de bas de page 64

Études de la reproduction et de la tératogénicité

On n'a pas observé d'augmentation des anomalies dans la morphologie des spermatozoïdes chez les souris B6C3F1 la suite d'une exposition au formol (37 p. cent de formaldéhyde, 10 p. cent de méthanol dans l'eau) administré en cinq doses orales quotidiennes de 100 mg/kg p.c.Note de bas de page 44Lors d'une étude de dépistage, on a observé une incidence notablement accrue d'anomalies des spermatozoïdes (tête allongée et fuselée) chez des rats mâles ayant reçu la dose élevée d'une solution de formaldéhyde à 4 p. cent p/v, administrée en doses orales uniques de 100 ou 200 mg/kg p.c.Note de bas de page 65

L'administration de formaldéhyde par voie intrapéritonéale à des doses de 8 ou 16 mg/kg p.c. par jour pendant 10 jours a engendré une baisse significative du poids absolu et du poids relatif des organes reproducteurs des mâles (dégénérescence des tissus testiculaires et inhibition de la spermatogenèse), sans toutefois provoquer de changement significatif du poids corporel.Note de bas de page 66

On n'a signalé aucun effet tératogène chez les foetus de souris albinos gestantes (34 par groupe) ayant reçu du formaldéhyde par gavage à des doses de 0, 74, 148 ou 185 mg/kg p.c. par jour du 6eau 15ejour de la gestation, quoique la dose la plus élevée ait été toxique pour les mères.Note de bas de page 67La croissance et la viabilité des néonates de souris ayant reçu des doses orales de 540 mg/kg p.c. par jour du 8eau 12ejour de la gestation n'ont pas été touchées de façon significative.Note de bas de page 68On n'a observé aucun effet sur le taux de gestation, la prise de poids des femelles gestantes, la durée de la gestation, la taille des portées ou la santé de la progéniture (sous observation pendant une durée pouvant atteindre deux ans) chez des chiens beagle (9-11 par groupe) ayant reçu du formaldéhyde à 0, 3,1 ou 9,4 mg/kg p.c. par jour dans les aliments du 4eau 56ejour après l'accouplement.Note de bas de page 69

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