Page 8 : Parce que la vie continue…aider les enfants et les adolescents à vivre la séparation et le divorce

Section 6 - De couple à coparents

Lorsque votre ex-conjoint et vous étiez un couple, vos relations conjugales et parentales ne faisaient qu’un. Après la séparation ou le divorce, vous cessez d’être un couple pour devenir coparents, formant ainsi une relation axée sur l’intérêt supérieur des enfants. Bien qu’elles ne soient pas toutes les mêmes – les calendriers parentaux et la façon de décider de ce qui touche les enfants pouvant varier, par exemple –, les relations coparentales gravitent d’abord et avant tout autour de ce qui est le mieux pour le bien-être des enfants.

Pourquoi la coparentalité? Il ressort de décennies de recherche sur les effets de la séparation sur les enfants que la très grande majorité d’entre eux réussissent mieux s’ils ont une relation riche de sens avec les deux parents.

  • En général, les enfants s’en sortent mieux quand leurs parents, séparés ou non, s’occupent d’eux activement.
  • Les enfants aux parents plus présents sont moins susceptibles d’avoir des problèmes de comportement, affectifs ou de réussite scolaire.
  • Lorsqu’on leur pose la question, la majorité des enfants disent vouloir être en contact régulier avec leurs deux parents.

Je vous veux et j’ai besoin de vous deux dans ma vie

Élever les enfants avec son ex-conjoint peut être épuisant et frustrant, surtout après une séparation douloureuse. Vous pourriez trouver extrêmement difficile de faire une croix sur les moments pénibles que vous avez vécus avec votre ex-conjoint et surmonter toute rancune à son égard. Prendre des décisions à deux, interagir au moment de ramener ou d’aller chercher l’enfant et tout simplement parler à la personne que vous souhaiteriez carrément oublier, tout cela pourrait vous paraître impensable.

Même si la coparentalité n’est pas la solution idéale, les enfants gagnent à ce que leurs deux parents conjuguent leurs efforts pour se concentrer sur leurs besoins. (Voir l’encadré Qu’est-ce que la médiation familiale?) Que les enfants aient un père et une mère ou deux mères ou deux pères, cela ne change rien au fait qu’ils ont besoin de la présence aimante de l’un et l’autre parent. Soutien affectif, protection, conseils, découverte de son identité et confiance fondamentale en soi et dans le monde qui les entoure, voilà pourquoi il est important pour les enfants que leurs deux parents soient là pour eux.

Les pères aussi jouent un rôle important

Le rôle crucial des mères dans le développement des enfants est largement reconnu. Les recherches sur les familles dirigées par une mère et un père font maintenant ressortir l’importance des pères dans ce développement. Les études démontrent que les enfants réussissent mieux quand leurs pères s’occupent régulièrement d’eux et tissent des liens étroits avec eux, que leurs parents soient séparés ou non. Les garçons comme les filles bénéficient de la présence d’un père qui, systématiquement, leur apporte du soutien affectif, est élogieux à leur endroit, les disciplinent pour s’être mal comportés et les aide dans leurs devoirs et leurs activités. En fait, les études démontrent qu’un père sans cesse affectueux, prévenant et présent aide beaucoup ses enfants à apprendre.

En vieillissant, les enfants de pères engagés ont tendance à mieux socialiser avec leurs pairs, réussissent mieux à l’école et ont moins de problèmes de comportement.

Les rapports d’un père avec la mère lui permettent aussi d’influencer indirectement mais positivement ses enfants. Autrement dit, et cela a été démontré, le père et la mère sont beaucoup plus à même d’œuvrer au bien-être de leurs enfants s’ils entretiennent une relation de qualité.

Qu’est-ce que la médiation familiale?

La médiation familiale est un processus de résolution des différends dont l’objectif est d’aider les parents qui se séparent ou qui divorcent à résoudre leurs problèmes et à convenir à l’amiable d’un plan de partage des responsabilités parentales. Ce processus vous donne le pouvoir de prendre vos propres décisions et de régler vous-même vos différends. La médiation ne fonctionne que si les deux parents sont prêts à faire des compromis. Elle peut vous aider à :

  • séparer votre rôle de conjoint de votre rôle de parent,
  • mettre l’accent sur les besoins de vos enfants,
  • vous concentrer sur le présent et non sur le passé,
  • explorer divers moyens de résoudre vos différends, et
  • vous entendre sur un plan de partage des responsabilités parentales ou d’autres questions d’ordre parental.

Envisagez la médiation si vous souhaitez tous deux conclure un accord équitable dans l’intérêt supérieur des enfants. Il se peut toutefois, suivant les circonstances propres à chaque famille, qu’elle ne convienne pas en cas de violence familiale, de violence ou négligence envers les enfants ou d’abus chronique de drogues ou d’alcool ou quand l’un des parents ou les deux souffrent de graves troubles mentaux.

Dans le cadre de la médiation, un professionnel neutre vous aide à préparer un plan de partage des responsabilités et des décisions parentales après la séparation ou le divorce. Il est habituellement préférable de convenir d’une solution à deux que de s’en voir dicter une par un inconnu, par exemple un juge. Au lieu de vous dresser l’un contre l’autre, la médiation vous aide à communiquer et à travailler ensemble au bien-être de vos enfants.

La médiation exige un effort considérable. Négocier avec un ex-conjoint en pleine rupture? Impossible diront certains. Mais l’effort que vous y mettrez pourra vous aider à tempérer vos conflits et à faire de l’intérêt supérieur des enfants le seul enjeu de vos discussions.

Le rôle du médiateur

Vous pouvez choisir comme médiateur un avocat ou un professionnel de la santé mentale formé en médiation familiale. Il incombe au médiateur d’aider la famille à se réorganiser et à prendre des décisions tout en se gardant lui-même de prendre ou de décider pour l’une ou l’autre partie. Bien que le médiateur doive connaître la dynamique familiale, le développement de l’enfant, la gestion des conflits et la loi, son rôle ne consiste ni à donner des conseils juridiques, ni à rédiger de contrats liant les parties, ni à faire de la thérapie. Le médiateur est plutôt là pour vous aider à voir les choses sous un nouveau jour, vous proposer des pistes de solution et vous aider à peser le pour et le contre de celles-ci dans un esprit de coopération. Le médiateur ne vous force ni l’un ni l’autre à prendre une décision plus qu’une autre, vous invitant plutôt à dire ce que vous êtes prêts à faire dans l’intérêt supérieur des enfants.

Le processus de médiation

Les principes de la médiation demeurent les mêmes, qu’il s’agisse de déterminer les responsabilités parentales, d’aborder des questions financières ou, encore, de discuter de la répartition du temps de garde ou des biens familiaux. Le médiateur vous informe de ce qu’est la séparation ou le divorce et des décisions ou difficultés en perspective. Il vous renseigne et vous aide à comprendre votre rôle pendant et après la séparation ou le divorce.

Faire intervenir les enfants dans la médiation

Il arrivera aux enfants (de plus de cinq ans en général) d’intervenir dans le processus de médiation. Le médiateur pourrait vouloir, par exemple :

  • permettre aux enfants d’avoir un mot à dire dans les décisions qui les touchent,
  • donner aux enfants et aux adolescents l’occasion de parler de ce qu’ils craignent de la séparation et du divorce de leurs parents (par exemple en le dessinant ou en écrivant une lettre à leurs parents), et
  • comprendre ce dont chacun des enfants a besoin pour s’épanouir.

(Voir « Section 11 – Ressources » pour vous renseigner sur les services de médiation familiale de votre région.)

Objectif « oui » pour les enfants

Enterrer la hache de guerre pour élever vos enfants à deux pourrait, il ne fait aucun doute, être l’une des choses les plus difficiles et stressantes que vous ayez à faire. (Voir l’encadré « Oui, je le veux », être coparent.) Sachez toutefois qu’il peut s’avérer très salutaire pour les enfants que leurs parents cherchent à mieux s’entendre et s’efforcent de les élever du mieux possible chacun de leur côté. Pourquoi? Parce que vos enfants verront ainsi qu’ils sont plus importants que le conflit qui a mis fin à votre relation et qu’en dépit des circonstances, rien ne changera votre amour pour eux. De plus, les enfants sont plus susceptibles de :

  • Se sentir en sécurité. Les enfants certains d’être aimés de leurs deux parents s’adaptent mieux à la séparation et ont une meilleure estime d’eux-mêmes.
  • Bénéficier d’un cadre constant. La coparentalité favorise l’établissement par l’un et l’autre foyer de règles, d’une discipline et de récompenses semblables de façon à ce que les enfants sachent à quoi s’attendre et ce qu’on attend d’eux.
  • Mieux savoir comment régler des problèmes. Les enfants qui voient leurs parents continuer à collaborer sont plus susceptibles d’apprendre à résoudre eux-mêmes efficacement et pacifiquement les problèmes.
  • Avoir un bon exemple à suivre. En coopérant avec l’autre parent, vous montrez à votre enfant comment se comporter dans la vie.

« Oui, je le veux », être coparent

Dans notre société, il y a des rituels et des cérémonies pour la naissance, la remise des diplômes, le mariage et la mort. Pas pour la séparation ou le divorce. Mais s’il existait un tel rituel pour marquer la séparation ou le divorce des parents, cela ressemblerait peut-être à une « cérémonie » modifiant officiellement la nature de la relation entre les conjoints. On y reconnaîtrait le deuil, la perte et la colère associés à la dissolution de la relation personnelle pour reconnaître celle, nouvelle et différente, de coparents des enfants. Une « relation de coparentalité » fondée sur l’amour, l’engagement et l’optimisme des parents pour les enfants. Ce rituel serait tout à fait justifié vu la multitude d’études affirmant que les enfants s’en tirent mieux s’ils ont une relation riche de sens avec leurs parents, que ceux-ci vivent ensemble ou non. Au cœur de ce rituel, des enfants, rassurés, disant ouvertement aux parents qui les aiment ce qu’ils pensent, ressentent et désirent. Des parents répétant ce qu’ont dit leurs enfants pour s’assurer d’avoir bien compris. Une fin de cérémonie signifiant que les parents commencent à préparer un plan parental accordant la primauté à l’intérêt suprême des enfants.

Heureusement, faute d’une telle coutume en bonne et due forme, les parents peuvent se tourner vers un éventail de services et de ressources dont le but est de les aider à rester tous deux engagés et à s’entendre du mieux possible, aussi douloureuse la rupture soit-elle.

Choisir le meilleur moyen de s’entendre

Il y a plusieurs façons de s’entendre sur le meilleur arrangement parental pour ses enfants et d’autres questions telles que la pension alimentaire.

Vous pouvez vous entendre avec l’autre parent en recourant à la négociation (avec ou sans avocat), à la médiation ou au droit collaboratif. Ou demander à quelqu’un d’autre de trancher, par exemple un arbitre (service offert dans certaines provinces) ou un juge. Ce sont là tous des modes de « règlement des différends ».

La plupart des parents qui rompent arrivent à s’entendre sur la façon d’élever leurs enfants sans avoir recours aux tribunaux, car cela peut s’avérer coûteux, long et stressant. Aller en cour accroît généralement l’animosité entre les parents et réduit les chances de les voir un jour collaborer pour élever leurs enfants.

Le plan parental : l’outil de gestion de la coparentalité

Le plan parental est un document décrivant la manière dont les parents élèveront leurs enfants après la séparation ou le divorce. Conçu avec l’intérêt supérieur des enfants en tête, il explique : le partage de la garde; la prise des décisions concernant vos enfants; l’échange d’information et les communications au sujet de vos enfants; l’organisation des rendez-vous et des activités parascolaires de vos enfants; et le règlement de vos différends.

Il serait bon que vous parcouriez la présente section tout en consultant les guides de votre province ou territoire et de Justice Canada sur la question. Les documents suivants sont disponibles sur le site de Justice Canada :

  • Faire des plans – Guide sur les arrangements parentaux après la séparation ou le divorce : Ce guide propose des renseignements utiles sur le rôle des parents après la séparation et le divorce et la façon de décider des meilleurs arrangements parentaux pour les enfants. On y trouve aussi un glossaire des termes juridiques de la séparation et du divorce.
  • Liste de vérification pour les plans parentaux : Cette liste énumère les éléments dont il faut tenir compte au moment d’élaborer le plan parental.
  • Échantillon de clauses pour un plan parental : Cet outil donne aux parents des exemples de clauses à utiliser pour préparer un plan parental.
  • Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants – étape par étape : Ce guide renferme de l’information sur les moyens de s’entendre au sujet de la pension alimentaire.

(Voir « Section 11 – Ressources » pour en savoir davantage sur ces guides.)

Mettre sa douleur et sa colère de côté. Pour réussir, les coparents doivent accorder la priorité aux enfants, et seulement aux enfants. Il faut oublier le passé et à qui la faute et se préoccuper de la stabilité et du bien-être des enfants. Vos propres émotions – colère, rancune ou douleur – doivent passer en second, ce qui ne veut pas dire que vous avez tort de vous sentir ainsi ou que vos besoins ne comptent pas. Bien au contraire, le moment et l’endroit existent pour s’occuper de soi-même. (Voir « Section 2 – Prendre soin de soi, à l’intérieur comme à l’extérieur » pour de l’information et des outils pour vous aider à mieux vous sentir et à combler vos propres besoins.)

Tout commence par votre état d’esprit. Dites-vous que vous communiquez avec votre ex-conjoint dans le but le plus noble qui soit : le bien-être de vos enfants.

Devant l’apparente impossibilité de la coparentalité coopérative, la coparentalité en parallèle

Les parents qui se sentent dépassés par leurs propres sentiments de colère, de chagrin et de deuil trouveront parfois inconcevable d’avoir à discuter régulièrement et civilement avec leur ex-conjoint quant à la façon d’élever les enfants. S’il vous semble impossible à l’un ou l’autre ou aux deux de communiquer sans vous disputer ou vous crier des bêtises, mais que vous êtes des parents dévoués, vous pouvez élever vos enfants avec votre ex-conjoint en ayant un minimum de contacts avec celui-ci.

Cela s’appelle la « coparentalité en parallèle ».

Coparentalité en parallèle : Ce terme provient de la théorie du développement de l’enfant. Les bambins de moins de trois ans peuvent apprendre à jouer ensemble – dans une salle, un terrain de jeux ou un carré de sable – avant d’apprendre à jouer en collaborant et à s’échanger leurs jouets. Cela fonctionne tant et aussi longtemps qu’ils se laissent en paix et n’essaient pas de se piquer leurs jouets, de se lancer du sable ou d’interrompre autrement le jeu.

Cette méthode consiste à diviser les responsabilités des parents, qui élèvent les enfants assez indépendamment l’un de l’autre. Ils ne communiquent que de manière professionnelle et seulement s’il le faut tout en s’en tenant strictement aux enfants.

Dans certains cas et en reprenant leurs esprits, les parents parviennent à collaborer davantage. Mais d’autres continueront assez longtemps d’élever leurs enfants « en parallèle ». Sachez qu’il est important, quelle que soit votre méthode, de penser d’abord à vos enfants et de les tenir à l’écart des conflits parentaux. (Voir l’encadré Coparentalité coopérative et coparentalité en parallèle : comparaison.)

Coparentalité coopérative et coparentalité en parallèle : comparaison
Coopérative En parallèle
Les parents communiquent plus librement et directement sur de grosses et de petites questions. Les parents communiquent peu et par des moyens neutres tels que le courriel. Ils communiquent cependant en cas d’urgence touchant les enfants.
Les plans parentaux peuvent être souples et négociables. Les plans parentaux doivent être très précis et détaillés pour éviter les conflits et réduire la nécessité de communiquer.
Le transfert des enfants peut se faire directement. Le transfert se fait en terrain neutre, par exemple à l’école, à la garderie ou à une activité parascolaire (par exemple, un parent dépose l’enfant tandis que l’autre passe le prendre).
Les parents se consultent et discutent de leurs enfants. Les parents s’informent des enfants par courriel.
Les deux ménages sont capables de coopérer. Les deux ménages sont indépendants… « Voici ce qu’on fait chez maman; voici ce qu’on fait chez papa. » N’oubliez toutefois pas que les jeunes enfants sont heureux dans la routine.
Discuter des styles parentaux est possible. Discuter des styles parentaux est hors de question.
La communication peut être plus générale. Il n’est question que des enfants.
Les rencontres peuvent être informelles. Toute rencontre est organisée d’avance, d’une durée limitée et structurée et peut nécessiter la présence d’un tiers tel qu’un conseiller, un médiateur ou un coordonnateur parental.
Il n’est pas nécessaire de coucher les ententes sur papier. Il est préférable pour les parents de coucher clairement les décisions sur papier et de se les communiquer, par exemple par courriel, afin de pouvoir obtenir des éclaircissements et d’y donner leur aval.
Aucun tiers n’est requis. Il se peut qu’il faille l’intervention d’un tiers tel qu’un conseiller, un médiateur ou un coordonnateur parental pour s’assurer des changements ou résoudre les désaccords.
Les parents sont capables de parler en bien l’un de l’autre à l’enfant. Les parents ne parlent pas l’un de l’autre à l’enfant.
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