L’honorable Scott Brison, président du Conseil du Trésor présentation à TEDxMoncton

Discours

14 avril, 2018


Note aux lecteurs

La vidéo suivante est disponible en Anglais seulement. Veuillez consulter la transcription ci-dessous pour la traduction française.

Transcription - Gouvernement démocratique. Est-ce qu'il y a une application pour ça? Scott Brison - TEDxMoncton

Vous vous êtes déjà demandé ce qui se passe après la mort?

Eh bien, au Canada, le gouvernement reçoit une télécopie.

Vous vous rappelez c'est quoi, n'est-ce pas, une télécopie?

En tous cas, moi j'ai deux filles jumelles et elles n'ont aucune idée c'est quoi une télécopie.

Mais elles connaissent bien les iPads.

L'autre jour, je leur faisais regarder La mélodie du bonheur - vous savez « Do Ré Mi » et « Au revoir » - sur mon iPad pendant que je leur préparais à déjeuner.

Après 30 secondes, j'entends soudainement « Pat' Patrouille, Pat' Patrouille. Dès qu'il y a une embrouille… »

Les filles avaient balayé Julie Andrews et l'avait remplacée par leur émission préférée.

Si Apple peut concevoir quelque chose de si intuitif que mes enfants de 4 ans peuvent trouver exactement ce qu'elles veulent en environ 30 secondes, pourquoi le gouvernement ne peut pas concevoir des sites internet que les adultes peuvent naviguer?

Après tout, le gouvernement existe pour améliorer la vie des gens.

Aujourd'hui, le numérique nous donne de meilleurs moyens que jamais pour y arriver.

Donc, avoir un gouvernement numérique, c'est plus que juste de bons services gouvernementaux.

Après plus de 20 ans de service public, je crois que le numérique a le potentiel d'aider à restaurer la confiance que les gens ont en leur gouvernement pour les servir, les écouter, les comprendre et répondre à leurs besoins.

Aujourd'hui plus que jamais, les entreprises et les gouvernements doivent comprendre leur objectif fondamental.

Sinon, ils perdront leur pertinence avant de s'en rendre compte.

Encore une fois, l'objectif du gouvernement est d'améliorer la vie des citoyens.

Vous vous souvenez de Blockbuster? Ils pensaient que l'objectif de leur entreprise était de mettre à votre disponibilité des vidéos dans un magasin de votre quartier.

Netflix a commencé par livrer des DVD à votre porte.

Mais Netflix comprenait que les deux entreprises étaient essentiellement dans le domaine du divertissement.

Et que les gens voulaient accès à leur divertissement au bout de leurs doigts, et ils se fichaient de savoir comment cela allait arriver.

Donc, quand la livraison numérique a changé la donne, Netflix était prêt.

Blockbuster n'était même pas sur le même terrain de jeu.

Nous ne pouvons pas être un gouvernement Blockbuster au service d'une population Netflix.

Le gouvernement - contrairement à Netflix - n'est pas une start-up.

Alors, comment pouvons-nous instaurer la mentalité des start-ups numériques au sein du gouvernement?

Eh bien, les succès débutent souvent par de gros échecs.

Le 1er octobre 2013, le gouvernement des États-Unis a lancé Obamacare.

Ce jour-là, 4,7 millions d'Américains ont essayé de s'inscrire sur healthcare.gov.

Seulement 6 personnes ont réussi.

C'était l'un des plus gros fiascos informatiques tout gouvernement confondu.

En réponse, le président Obama a adhéré au dicton qu'on ne devrait « Jamais gaspiller une bonne crise ».

Il a fondé une start-up numérique à l'intérieur du gouvernement des États-Unis.

18F et US Digital Government Services ont été formés - attirant certains des plus grands talents de Silicon Valley - non seulement pour résoudre les problèmes informatiques du gouvernement, mais aussi pour exploiter le numérique afin de mieux servir les citoyens.

Ce même modèle a été adopté par les gouvernements du Royaume-Uni, de l'Ontario et, au cours de la dernière année, par le gouvernement du Canada.

Ces startups comprennent le potentiel du numérique…

  1. Pour permettre aux gens de façonner leurs services à leurs besoins.  Dans le monde numérique, on appelle cela « centré sur l'utilisateur ».
  2. Pour expérimenter, et tester de nouvelles solutions, et ainsi, d'apprendre au fur et à mesure.  C'est ce que les technos appellent agile ou itératif.
  3. Pour profiter du partage d'information.  Dans le cas du numérique, plus vous partager, plus vous en profitez.  Ce qu'on appelle les données ouvertes et les sources ouvertes.

Commençons avec les gens.

Nous pouvons maintenant offrir des services qui s'adaptent à vos besoins à chaque fois que vous les utilisez.

Amazon n'a pas simplement pris le processus d'achat d'un livre et le déplacer en ligne.

Ils ont exploité la puissance de l'information numérique afin d'améliorer l'expérience de leurs clients.

C'est comme ça que vous obtenez des recommandations personnalisées en fonction de vos derniers achats, ou ceux d'acheteurs similaires.

C'est un exemple des façons dont le numérique peut ajouter une valeur réelle à la relation utilisateur-fournisseur.

Bien réussi, le numérique devrait aider les citoyens à façonner leurs services gouvernementaux.

Chaque fois que vous interagissez avec votre gouvernement, il devrait être en mesure d'apprendre comment ses services peuvent mieux répondre à vos besoins.

Pensez-y. Pourquoi ne pouvez-vous pas obtenir la même qualité de service lorsque vous renouvelez votre passeport que lorsque vous achetez un produit d'Amazon?

Voici un exemple où un petit changement de la part du gouvernement peut avoir un grand impact.

L'an dernier, les Canadiens ont fait près de 100 000 demandes officielles de renseignements – des demandes d'accès à l'information – auprès du gouvernement du Canada.

Près de la moitié de toutes ces demandes d'information provenaient de personnes qui vérifiaient l'état de leur demande d'immigration.

Parmi eux, plusieurs voulaient simplement confirmer que le gouvernement avait bien reçu leur demande.

Solution? Ajouter un code-barres sur les applications pour que les demandeurs soient automatiquement informés par SMS ou par e-mail lorsque leur application était reçue.

Voilà un petit changement qui fait une grande différence pour bien des gens.

Maintenant, imaginez, dans un avenir rapproché, une application numérique sécurisée avec laquelle les gens peuvent non seulement s'informer sur les politiques d'immigration canadienne, mais aussi remplir leur demande et suivre l'ensemble du processus en ligne, tout comme s'ils suivaient une livraison d'Amazon.

Donc, comparativement à cette grande vision de l'avenir, le projet de code à barres peut sembler mineur, mais en fait, il s'agit d'une nouvelle façon de faire les choses pour le gouvernement.

Mais les startups le font tout le temps: commencer petit, réévaluer et s'adapter.

Les startups savent que le numérique vous permet de construire un prototype, de le mettre entre les mains des utilisateurs - et ensuite de faire des changements en fonction de leurs expériences.

Le troisième secret des startups et avec lequel les gouvernements ont particulièrement de la misère, c'est de travailler dans un environnement ouvert.

L'ouverture par défaut est probablement la composante la plus puissante du numérique pour revigorer la relation entre le gouvernement et les citoyens.

Qui dans cette salle pense que sa vie a été améliorée, aujourd'hui-même, par des données ouvertes du gouvernement?

Si vous avez vérifié votre application météo, ou si vous avez googlé une destination, vous avez utilisé le pouvoir des données ouvertes du gouvernement. C'est ce qui alimente ces applications.

Maintenant, ce qui a un énorme potentiel, c'est lorsqu'on combine les données ouvertes avec des logiciels libres, et que des gens compétents, à l'intérieur et à l'extérieur du gouvernement partage ces données, leurs idées et leurs outils – tout ça, en temps réel - avec l'objectif commun d'améliorer la vie des gens.

Ce pouvoir de collaboration n'était même pas imaginable il y a quelques années.

Maintenant, avant qu'on puisse vraiment adopter cette mentalité numérique, nous devons éliminer certains mythes qui nous retiennent.  Ce sont nos obstacles sur la voie du numérique.

En voici trois.

Premièrement  - Que le numérique est moins sécurisé que l'analogique.

Deuxièmement - Que les citoyens préfèrent les centres de service physiques.

Troisièmement, que les services numériques délaisseront les citoyens à faible revenu.

Le mythe n ° 1, c'est que l'information numérique est moins sécurisée que l'analogique, ce qui rend les gens nerveux à l'idée de l'utiliser.

Ce mythe ne correspond pas avec le fait que 90% des Canadiens font déjà leurs impôts en ligne et que 68% des Canadiens font «la plupart» de leurs transactions bancaires par des moyens numériques.

Vous avez déjà entendu parler de l'Estonie? Selon The New Yorker, en 30 ans, ce pays est passé d'un état soviétique à la «République Numérique».

Tout le monde là-bas a une carte d'identité numérique gouvernementale, et ils peuvent l'utiliser partout.

Si un employé du gouvernement vérifie votre dossier numérique, vous êtes averti par message-texte ou par courriel. Le fonctionnaire qui regarde votre dossier doit avoir une raison légitime.

Sinon, il sera sanctionné. Il pourrait perdre son travail ou faire face à des accusations criminelles.

Pensez-y: À quand remonte la dernière fois qu'un employé du gouvernement a vérifié votre dossier?

En réalité, vous n'en avez aucune idée.

Le deuxième mythe, c'est que les Canadiens préfèrent les points de services physiques. Si c'était vrai, Blockbuster serait encore en affaires, et Netflix n'aurait pas 7 millions de clients canadiens.

Étroitement lié à ce mythe est celui que les aînés n'aiment pas vraiment le numérique.

C'est peut-être vrai pour mon père de 94 ans, mais par contre, il n'a pas non plus réussi à maîtriser le four à micro-ondes.

Mes beaux-parents, eux, ont dans les soixante-dix ans, et ils utilisent les services bancaires en ligne, le courriel, les textos, Facetime avec leurs petits-enfants, et ils magasinent en ligne (souvent pour Rose et Claire).

Ils sont trop habitués à vivre dans un monde numérique pour penser à conduire à un bureau du gouvernement pendant les heures normales de bureau, prendre un numéro, et attendre. Et ils ne veulent certainement pas passer leur temps au téléphone avec la p'tite musique du gouvernement.

Mais laissez-moi vous parler de M. Esmond Alcock, qui vit en Saskatchewan. Il a 108 ans. L'homme le plus âgé au Canada.

Il a récemment fêté son anniversaire, mais son fils de 78 ans, Dale, n'a pas pu y assister.

Mais, ne vous inquiétez pas ... ils se sont quand même parlés sur FaceTime.

En fait, ils se retrouvent sur Facetime tous les jours.

Le mythe n ° 3, c'est que les Canadiens vulnérables ou les citoyens à faible revenu n'ont rien à gagner du numérique.

En réalité, il y a 24 millions d'utilisateurs de téléphones intelligents au Canada, et ça continue d'augmenter à chaque année. Si vous sortez les enfants du mix, c'est à peu près tout le monde.

Il y a le wifi gratuit dans les cafés, les restaurants à service rapide, les bibliothèques, les centres commerciaux, les centres pour personnes âgées, les refuges pour sans-abris; beaucoup plus d'endroits que ce que le gouvernement pourrait offrir.

En plus, le principal point de contact entre le gouvernement et les citoyens, c'est au moyen d'une adresse physique - votre adresse de domicile.

Eh bien devinez quoi? Si vous êtes employé de façon précaire, vous êtes très possiblement logé de façon précaire aussi. Et si vous faites du couch surfing, vous n'avez pas vraiment d'adresse physique.

Mais vous avez probablement une adresse numérique - un numéro de cellulaire ou un courriel qui vous accompagne pendant des années, peut-être même toute votre vie.

J'avancerais même l'argument que ce sont nos plus vulnérables qui peuvent bénéficier le plus du numérique.

Laissez-moi vous donner un exemple.

Pendant des années, le gouvernement fédéral a tenté de stimuler l'adoption du Bon d'études canadien.

Ces pour initier des épargnes d'études pour l'éducation postsecondaire chez les familles à faible revenu.

C'est de l'argent gratuit de la part du gouvernement!

Mais on estime qu'environ deux tiers des personnes admissibles n'en profitent pas, ce qui laisse environ un milliard de dollars sur la table.

Avec le numérique, nous pouvons inciter les familles qui reçoivent la Prestation canadienne pour enfants - qui a permis à 300 000 enfants de sortir de la pauvreté - de réclamer le Bon d'études canadien.

*

Alors à quoi ressemble cet avenir numérique?

Tout d'abord, les salons funéraires canadiens ne devraient plus avoir à envoyer de télécopies au gouvernement quand quelqu'un décède.

Numériser les notifications de décès, c'est le genre de chose qui est envisageable à court terme.

Mais ... je pense qu'on peut viser plus haut.

Je pense qu'on peut espérer fournir d'excellents services numériques aux citoyens… pendant qu'ils sont encore en vie.

À vrai dire, le gouvernement numérique peut sauver des vies et on le fait déjà.

Le gouvernement a développé un réseau de partage d'information publique à travers le monde pour aider à prévoir et à se préparer aux épidémies de maladies infectieuses.

En partageant toutes sortes de données - des archives, sur les urgences d'hôpitaux, et les conditions météorologiques - nous pouvons communiquer les risques au public et prendre des mesures plus rapidement pour sauver des vies.

Ici, au Canada, nous utilisons l'intelligence artificielle pour sauver des vies.

Nous utilisons des publications publiques sur les médias sociaux pour détecter les risques de santé potentiels que peuvent présenter des jouets d'enfants.

Si les parents commencent à se plaindre en ligne de certains jouets, Santé Canada peut détecter la tendance et faire un suivi auprès du fabricant avant même qu'une plainte officielle ne soit déposée.

Bon. Nous avons parlé de l'utilisation du  numérique en fin de vie, et nous avons parlé du numérique pour sauver des vies. Mais qu'en est-il du potentiel du numérique pour améliorer vos vies?

En Estonie, les citoyens sont inscrits automatiquement aux services et aux bénéfices auxquels ils ont droit, sans avoir à s'inscrire.

Au Danemark et au Royaume-Uni, la déclaration d'impôt de chaque individu est remplie automatiquement. Une fois par année, vous recevez un courriel vous indiquant comment votre déclaration a été calculée. Si vous avez un problème, vous pouvez la modifier par la suite, mais si ça va, vous pouvez l'approuver instantanément. Imaginez payer vos impôts en quelques minutes, à partir de votre téléphone, pendant que vous êtes dans l'autobus en route vers le travail.

Parfois, quand je parle du potentiel du gouvernement numérique pour rétablir la relation du gouvernement avec les citoyens, des collègues me demandent: «Penses-tu vraiment qu'on peut y arriver? »

Pour moi, c'est comme si on me demandait : « Penses-tu vraiment qu'on peut arriver à respirer… ».

En 2018, ou bien on est numérique ou on est mort.

Si une entreprise ne parvient pas à prendre le virage numérique, elle fait faillite.

Si un gouvernement ne parvient pas à prendre le virage numérique, il est déconnecté.

Si les citoyens ne sont pas bien servis par leur gouvernement, ils perdent confiance en leur gouvernement - tous les gouvernements.

Si les gens perdent confiance en leur gouvernement pour réaliser les petites tâches, comment peuvent-ils leur faire confiance pour faire les grandes choses?

Imaginez un futur numérique où les temps d'attentes sont révolus, où vous n'avez même pas besoin de vous inscrire à un service.  Ça se fait automatiquement. Un avenir où de jeunes esprits brillants pourront puiser dans les données du gouvernement pour sauver des vies, alimenter de nouvelles entreprises, et offrir des services qu'on imagine pas encore.  Tout ça, sur le bout de vos doigts.

Le gouvernement est là pour améliorer la vie des gens.

En 2018, on devrait trouver une application pour y arriver.

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