Allocution de la ministre Jane Philpott à la conférence Closing the GapThe Next 150: Reconciliation and Health

Discours

Hôtel Westin
11, promenade Colonel By
Ottawa (Ontario)
Le 7 avril 2018


TEL QUE PRONONCÉ

Bon après-midi. Merci beaucoup, Monika, de m’avoir invitée à me joindre à vous. Je suis fière d’être parmi vous et je vous remercie de votre aimable présentation. Je n'ai entendu que les deux derniers présentateurs, car j'ai manqué le début, mais j’ai appris par Twitter que Claudette Commanda a prononcé un mot d’ouverture à un certain moment de votre rassemblement. Je tiens à saluer Claudette; je ne crois pas l’avoir vue ici cet après-midi, mais je suis heureuse d’apprendre qu’elle a ouvert la séance d’aujourd’hui. Je veux reconnaître le peuple algonquin, ainsi que le fait que nous sommes réunis ici sur un territoire algonquin non cédé, et notre gratitude, ma gratitude d’être en mesure de nous rassembler à cet endroit.

Je me sens bien loin de certains d’entre vous et je vois beaucoup de sièges disponibles juste ici. Je sais que vous avez eu l’occasion de vous délier les bras en créant des œuvres d’art que vous avez sûrement aimées, mais si vous avez envie de vous étirer encore un peu plus et venir prendre place ici en avant, je pense à la conversation que Jessie nous a relatée, à propos de se réunir autour du feu et je me sens un peu comme le feu, alors que vous en êtes éloignés. Par conséquent, si vous vous trouvez à l’arrière et que vous désirez vous rapprocher pour que nous nous sentions plus près les uns des autres, votre présence me ferait chaud au cœur.

Je veux vraiment féliciter les organisateurs de cette conférence. C’est très important d’avoir l’occasion comme ça de discuter des enjeux qui sont si importants pour les peuples autochtones mais aussi pour les Canadiens et Canadiennes. Et je veux remercier de leur présence tous ceux qui sont venus de loin. C’est vraiment une occasion très importante.

Le travail de Upstream, c’est quelque chose que je suis depuis longtemps et je veux féliciter Monika et Ryan et tous les autres organisateurs qui ont travaillé pour avoir une conférence comme celle d’aujourd’hui.

Je tiens également à remercier sincèrement Jessie et Jordan, les deux présentateurs que j’ai eu l’occasion d’entendre, pour votre incroyable ouverture et pour votre partage. J’ai beaucoup appris de vos paroles. Comme Monika l’a dit, maintenant que je suis devenue une décideuse politique, je crois qu’il est plus important pour moi d’écouter plutôt que de parler. Et après avoir entendu les propos de Jessie, je me demande s'il y a vraiment quelque chose à ajouter.

Je vais donc aller de l’avant et faire mon exposé, mais je ne pense vraiment pas que je puisse ajouter beaucoup aux récits profonds que vous avez déjà entendus cet après-midi. Je ressens aujourd'hui probablement plus que d'habitude la fragilité de notre existence. Je ne sais pas, et je suis certaine que vous en avez déjà parlé cet après-midi, mais l’accident en Saskatchewan m’a fait sentir un peu à l’envers toute la journée. Évidemment, sans aucune mesure avec ce que ressentent les familles et les communautés de la Saskatchewan.

Mais lorsque nous entendons des récits comme ceux de Jessie et de Jordan, nous pensons au traumatisme incroyablement inexprimable que vivent ces familles et ces communautés en Saskatchewan, et nous pensons à la Nation Stoney-Nakota en Alberta qui a vécu ses propres tragédies au cours des derniers jours. De tels événements nous rappellent que nous ne savons jamais combien de jours il nous reste. Et je pense que cela doit nous motiver tous à poursuivre le travail vraiment, vraiment important que nous accomplissons actuellement.

Je partage ce sentiment simplement parce que j’ai l’impression que je me présente à vous dans un état fragile et que vous ressentez peut-être un peu la même chose, en raison du traumatisme que nous avons tous connu, à mon avis, en nous imaginant dans ces horribles situations et en sachant qu’il y a des Canadiens qui souffrent vraiment énormément aujourd’hui. Donc, j’espère que cette fragilité incitera chacun d’entre nous à dire, dans les jours, les heures et les semaines que nous avons à notre disposition, agissons à partir de ce que nous avons appris aujourd’hui. Faisons en sorte de bien veiller à donner suite aux leçons que nous tirons des récits que nous entendons pour améliorer la vie des gens qui nous entourent et de ceux que nous avons l’occasion de côtoyer.

C’est pourquoi le travail d’Upstream est si important, parce que vous prenez le temps, nous prenons le temps, de réfléchir véritablement à la façon d’utiliser au mieux ces heures limitées à notre disposition et à comment vraiment tirer le meilleur de ressources qui ne sont pas illimitées. Je tiens donc à vous faire part aujourd’hui de certaines des choses que nous avons accomplies dans notre propre ministère. Et particulièrement aborder la question : à quoi voulons-nous que ressemblent les 150 prochaines années? Et comment nous réconcilier d’une manière qui prendra pas 150 ans pour y parvenir?

Je voulais commencer par une citation d’un article que certains d’entre vous ont peut-être lu dans le Globe & Mail il y a quelques jours, et non, il n’est pas signé Picard. Il y a quelques autres personnes qui écrivent pour le Globe & Mail. Celui-ci est d’un docteur Kevin Patterson, que je ne connais pas. Est-ce que quelqu’un connaît Kevin Patterson? Incroyable! Vous êtes chanceux! Il semble être quelqu’un d’une grande sagesse. J’ai donc été vraiment émue par son article il y a quelques jours, dans lequel il disait qu’il n’y avait pas de preuve plus claire et plus écrasante des inégalités dans la répartition de la richesse et des services sociaux au Canada, au détriment des peuples autochtones, que l’épidémie de tuberculose en cours dans l’Arctique.

Et il poursuivait dans cet excellent article en racontant l’histoire de quelques adolescents de notre pays morts au cours de la dernière année, l’un d’eux tout récemment, avec un diagnostic de tuberculose. Et il affirmait que la tuberculose est une expression de la pauvreté autant qu’une infection microbactérienne. C’est l’essence même du travail d’Upstream. Upstream nous dit que lorsque des adolescents canadiens meurent de la tuberculose, la cause n’est pas simplement bactérienne. La cause est la pénurie de personnel infirmier. La cause est la barrière linguistique, les délais causés par la météo, les difficultés d’évacuation des communautés éloignées et bien entendu certains des logements les plus surpeuplés au pays.

Et l’article du Dr Patterson décrit quelques foyers de l’Arctique. L'un de ceux qu'il décrit met en contexte six personnes. Eh bien, il raconte dans l'article qu'il y a souvent six personnes qui dorment par chambre. Et il parle d’une femme en particulier dans la communauté de Naujaat au Nunavut, qui a dit : « Ces temps-ci, j’en ai 20 ». Les gens dorment partout où ils peuvent trouver une place où se coucher, les chambres, la cuisine et le séjour.

Le Canada n’a clairement pas réussi à s’attaquer aux causes en amont de la tuberculose chez les peuples autochtones. Et le résultat est un taux d’incidence qui a peut-être déjà été mentionné lorsque vous avez parlé des données plus tôt aujourd’hui, mais nous savons que le taux de tuberculose chez les Inuit et dans l’Inuit Nunangat, la terre natale des Inuit, est plus de 300 fois supérieur au taux de tuberculose chez les non-Autochtones nés au Canada.

Et pour les Premières Nations, c’est plus de 40 fois plus élevé. Je n’ai donc pas besoin de vous dire que pour éliminer cette inégalité inexplicable, il faut davantage que la biomédecine. Il faut les éléments dont je sais que vous avez discuté. Il faut s’attaquer au logement, à l’éducation, aux routes, à l’infrastructure, à la réduction de la pauvreté et bien d’autres problèmes encore. Et lors de la Journée mondiale de la tuberculose cette année, j’ai eu le privilège de me joindre à Natan Obed, le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, qui, je l’ai appris, était ici avec vous plus tôt ce matin, et nous avons annoncé ensemble la cible canadienne pour l’éradication de la tuberculose dans l’Inuit Nunangat d’ici 2030, ainsi que notre engagement à réduire de 50 % le nombre de cas évolutifs d’ici 2025.

Nous n’atteindrons pas ces objectifs avec succès à moins de régler des enjeux comme celui du logement, à moins d’intervenir en amont. Et aussi reconnaître les taux de surpeuplement chez les Inuit et dans le Nunangat, qui sont élevés à un point tel que 52 % des foyers sont considérés comme surpeuplés. J’étais très heureuse que le budget de 2018 contienne des engagements à traiter ce problème, soit 400 millions de dollars pour le logement des Inuit et dans le Nunangat. On travaille actuellement à s’assurer que cette stratégie de logement, la planification de la façon dont le logement sera géré dans l’ensemble de la terre natale des Inuit, sera étroitement lié aux travaux du groupe de travail sur l’élimination de la tuberculose.

Mais j’avance que nous devons aller plus loin. Nous devons aller plus loin pour améliorer la santé pour les 150 prochaines années. Certains d’entre nous qui ont fait comme moi leurs études en médecine il y a des décennies ont beaucoup appris sur la biomédecine. Nous avons étudié la biologie moléculaire, la physique et la chimie organique et toutes ces choses qui, d’une façon ou d’une autre, vous amènent à vous demander s’il était vraiment nécessaire de les apprendre, mais qui nous ont appris à réfléchir. Et en cours de route, j’ai commencé à me familiariser avec les déterminants sociaux de la santé.

Je suis très heureuse de savoir que maintenant, la plupart des facultés de médecine font au moins une certaine place aux déterminants sociaux de la santé plus tôt dans les études. Mais je crois que nous devons aller au-delà des déterminants sociaux de la santé, que ce n’est pas vraiment assez en amont pour découvrir la pleine ampleur des causes des écarts dans les résultats en santé qui existent entre les Canadiens autochtones et les Canadiens non autochtones. Et l’une des descriptions les plus succinctes de la façon dont ces écarts se sont installés se trouve dans l’un des appels à l’action de la Commission de vérité et de réconciliation. Et je suis contente de savoir que vous avez beaucoup parlé de ces appels à l’action au cours de la dernière journée.

L’appel à l’action numéro 18 est celui qui m’interpelle le plus en matière de santé. Il nous demande d’inciter les gouvernements fédéral, provinciaux, territoriaux et autochtones à reconnaître que l’état actuel de la santé des Autochtones au Canada découle directement des politiques antérieures du gouvernement canadien, y compris les pensionnats. Et à reconnaître et mettre en œuvre les droits des peuples autochtones en matière de soins de santé, tels que définis dans le droit international, le droit constitutionnel et les traités.

Donc, ce que j’aime beaucoup de cet appel à l’action, c’est qu’en ma qualité de médecin, j’ai l’impression que l’évaluation complète de la situation s’exprime dans un seul principe. Je le lis comme une évaluation médicale. Je constate que l’on identifie une cause à un problème et que la cause est là avec le plan de traitement. Alors, quelle est la cause des écarts dans les résultats en santé qui sont cités dans cet appel à l’action numéro 18? C’est le fait que ces écarts découlent directement de politiques antérieures du gouvernement canadien.

Quand j’en ai parlé auparavant dans les médias sociaux et ailleurs, tout le monde s’est dit, bien sûr, typique d’un politicien, elle blâme l’ancien gouvernement. Eh bien, permettez-moi de remettre les pendules à l’heure. C’est le résultat de politiques antérieures du gouvernement du Canada et elles n’ont pas toutes changé. Quelques-unes ont changé, mais bon nombre de ces politiques discriminatoires qui ont entraîné les écarts dans les résultats en santé demeurent en place et il reste beaucoup à faire.

Mais cet appel à l’action intègre également un plan de traitement. Il nous dit ce que nous devons faire, que combler ces écarts nécessite la reconnaissance et la mise en œuvre des droits. Ainsi, les statistiques déplorables dont vous avez discuté aujourd’hui ont leurs racines dans les lois, les politiques et les pratiques opérationnelles du pays. Nous savons que depuis des générations, les membres des Premières Nations, les Inuit et les Métis se sont vu refuser des droits. On leur a refusé le droit à l’autodétermination et on les a soumis à des lois, des politiques et des pratiques fondées sur la domination et l’assimilation.

Je tiens à illustrer ce fait, l’importance de la reconnaissance des droits, en examinant un enjeu très précis que je vous soupçonne d’avoir déjà abordé un peu, et c’est la question de la protection de l’enfance. Vous savez peut­être que l’une des politiques identifiées dans l’appel à l’action 18 est la politique relative aux pensionnats indiens. Et les effets, comme je suis certaine que vous en avez discuté, de cette politique particulière sur les individus, les familles et les communautés victimes de cette forme de génocide culturel continueront d’être ressentis pendant des générations.

Mais beaucoup ont fait valoir que l'héritage des pensionnats indiens survit sous une autre forme. Le rapport final de la Commission de vérité et de réconciliation mentionne expressément ce qui suit : « les pensionnats ont fermé leurs portes, mais les foyers d’accueil existent encore et nos enfants nous sont encore arrachés. Les services de protection de l’enfance du Canada ne font que poursuivre le processus d’assimilation entamé sous le régime des pensionnats indiens. » Fin de citation.

Les experts ont relevé que le traumatisme causé par les pensionnats indiens était bien sûr en partie lié aux sévices physiques et aux abus sexuels des enfants, mais aussi en grande partie au démantèlement des familles et des foyers, et vous en avez entendu parler aujourd’hui dans les récits qui ont été partagés. Comme vous le savez, des enfants de parfois cinq ans à peine ont été retirés de leur communauté et séparés de leur langue, de leurs terres et de leurs traditions. Cependant, des traumatismes très semblables se poursuivent aujourd’hui et se traduisent par la surreprésentation des enfants autochtones dans le système de protection de l’enfance.

Les données de 2016 nous indiquent que 7,7 % des enfants canadiens de 0 à 14 ans sont autochtones; pourtant, ils représentent plus de 52 % de l’ensemble des enfants placés en famille d’accueil dans un foyer privé. Il s’agit de l’une des grandes priorités de notre nouveau ministère. Je crains que les 150 prochaines années ne soient pas saines pour les enfants et les familles autochtones, à moins de changer l’approche à l’égard de la protection de l’enfance. Il faut passer d’une approche qui accorde un incitatif financier à l’appréhension des enfants à une approche réparatrice qui prévient des taux élevés d’appréhension des enfants et qui favorise un élément important et essentiel, soit l’attachement des enfants à leurs familles nourricières, leurs collectivités et leur propre culture.

Et nous avons pris plusieurs mesures à cette fin. L’une de mes premières actions quand je suis devenue responsable de ce nouveau portefeuille a été de convoquer, en janvier, une réunion sur le bien-être des enfants autochtones, où nous avons réuni des membres des Premières Nations, des Inuit et des Métis de partout au pays. Et à cette occasion, nous avons énoncé certains engagements du gouvernement fédéral, six points d’action. Je vous encourage à les consulter et à nous tenir redevables de ces six points d’action.

J’ai également été ravie que nous ayons pu nous assurer que les ressources financières ne constituent pas un obstacle à la réforme de la protection de l’enfance. Nous avons pris un engagement de 1,4 milliard de dollars dans le budget de 2018 pour voir à la protection de l’enfance. Nous avons également indiqué très clairement que nous assumerons les coûts réels des organismes de services de protection de l’enfance des Premières Nations, en conformité avec les ordonnances du Tribunal des droits de la personne.

J’ai passé trois jours à Winnipeg la semaine dernière et j’ai rencontré divers groupes à propos de cette question précise. Lundi soir, j’ai pu rencontrer des familles dont les enfants avaient été appréhendés, mais qui dans bien des cas avaient été réunies. Et le First Nations Family Advocate Office du Manitoba a réussi à ramener 270 enfants à leur famille ces dernières années, et il croit pouvoir éventuellement réunir 300 autres enfants avec leur famille dans les six prochains mois.

J’ai rencontré beaucoup de ces parents et enfants et j’ai entendu leurs témoignages sur l’impact des politiques et des approches discriminatoires en matière de protection de l’enfance qui existent actuellement. J'ai également entendu parler des conséquences moins connues de l'appréhension des enfants, qui nous ont encore été communiquées dans un récent article de presse, cette fois par le National Post, qui parle des taux de suicide élevés chez les parents dont les enfants leur ont été enlevés.

Vous avez déjà entendu aujourd’hui des récits qui, je crois, expriment le traumatisme des familles déchirées, mais à cette rencontre, j’ai connu des gens comme Laura, dont certains d’entre vous m’ont peut-être déjà entendu parler. Elle est une femme qui a elle-même grandi sous la protection de l’enfance et qui est devenue enceinte à l’âge de 16 ans. Et comme elle était elle-même placée, son bébé a été immédiatement appréhendé alors qu’elle avait 16 ans. Elle a connu une deuxième et une troisième grossesse et, dans chaque cas, son dossier a été signalé parce qu’elle avait auparavant eu un enfant qui lui avait été enlevé et donc ses bébés lui ont été retirés automatiquement.

Elle s’est présentée au First Nations Family Advocate Office lors de sa quatrième grossesse pour demander une chose toute simple. Elle a dit tout ce que je veux, c’est pouvoir passer une journée avec mon bébé. Je ne veux pas savoir qu’ils attendent de l’autre côté de la porte pendant que j’accouche pour me prendre mon bébé, pourriez-vous m’aider à passer une journée avec mon enfant. Elle a eu ce bébé il y a quelques mois et, malheureusement, l’Office n'a pu intervenir et son bébé lui a été enlevé à la naissance.

Je l’ai rencontrée la semaine dernière et je suis heureuse de pouvoir vous dire qu’elle a fait des progrès et que le Family Advocate Office a fait des progrès avec elle. Elle a maintenant pu visiter quelques fois son bébé et elle est très près d’en arriver au point où elle espère être réunie avec son quatrième enfant. C’est une femme que le système a vouée à l’échec dès le départ, qui avait tout contre elle, et qui s’est fait refuser son unique requête de continuer à garder le lien avec l’enfant.

J'ai aussi rencontré un jeune couple avec leurs quatre enfants qui m'ont raconté leur histoire tragique, alors qu'ils vivaient loin de la ville et qu'un de leurs cinq enfants à cette époque s’était étouffé. Et en raison des délais qu’il a fallu pour que quelqu’un fasse parvenir une ambulance à l’endroit où ils vivaient afin d’emmener l’enfant à l’hôpital, leur bambin est mort d’asphyxie après s’être étouffé.

Mais pour en ajouter davantage, il a été décidé de ne pas soutenir cette famille et lui fournir le genre d’accompagnement des personnes en deuil dont elle avait besoin, mais plutôt de lui retirer les quatre autres enfants. Comme s’il s’agissait d’une solution de reconnaître qu’il ne pourrait pas exister de moyen réparateur de découvrir ce qui s’est réellement passé et si cette famille était réellement ou pas en mesure de prendre soin de ces quatre enfants. Heureusement, encore grâce au travail du Family Advocate Office, ils ont retrouvé leurs quatre enfants, de jeunes enfants magnifiques que j’ai eu l’occasion de rencontrer.

Une autre histoire que je partagerai avec vous est celle d’une famille réunifiée, dont l’une des membres m’a dit : « Ma joie est tempérée par ce qui est arrivé à ma sœur la semaine dernière. » Et encore une fois, c'était une jeune femme qui avait grandi dans un foyer d’accueil. Sa sœur et elle avaient toutes deux grandi dans le système de placement en famille d’accueil et les enfants de sa sœur venaient tout juste de lui être enlevés. Et elle a dit que sa sœur ne pouvait pas supporter ce qui s’était passé, qu’elle avait pris une surdose et qu’elle était morte par suicide.

Des traumatismes incroyables qui se manifestent en 2018 et sont associés à des politiques, des lois, des pratiques, et que nous laissons se perpétuer et traumatiser ces personnes et leurs familles pour le reste de leur vie.

Mardi la semaine dernière, j’ai participé au sommet de la Nation métisse sur la protection de l’enfance et j’ai eu le privilège d’animer un panel de sept jeunes qui étaient passés par le système de protection de l’enfance et dont certains avaient vécu dans des dizaines de familles d’accueil. Leurs témoignages étaient poignants et douloureux, mais leur résilience était tout à fait remarquable. Et le message était sans équivoque. Comme vous l’avez entendu, l’approche actuelle ne vient pas en aide aux familles et a de graves conséquences pour la santé et le bien-être d’innombrables Canadiens.

Le lendemain, j'ai eu une autre réunion critique sur la protection de l’enfance. Et ici, je reviens à la reconnaissance des droits. J’ai rencontré les grands chefs de l’Assemblée des chefs du Manitoba, le MKO, qui regroupe l’organisation des chefs du Nord et l’organisation des chefs du Sud. C’est dans le contexte d’une province qui compte environ 12 000 enfants placés en famille d’accueil, dont 90 % sont des Autochtones, où l’Assemblée des chefs du Manitoba rapporte qu’en 2016, plus de 400 bébés ont été appréhendés à la naissance.

Alors, quelle était la demande des grands chefs? Reconnaissez nos droits. Ils ont dit : « Nous avons le droit de donner naissance à nos enfants, de les élever, de leur enseigner et de les protéger dans leur propre culture. » Ces droits sont clairs. Où la CVR dit-elle que ces droits sont énoncés? En droit international, en droit constitutionnel et dans les traités. La voie vers la santé, la sécurité et la guérison commence par la reconnaissance et la mise en œuvre des droits inhérents issus de traités. En septembre dernier, le premier ministre, devant l’Assemblée générale des Nations Unies, a reconnu que l’incapacité des gouvernements successifs à respecter le droit des peuples autochtones au Canada est la grande honte du Canada.

Et le 14 février de cette année, il a pris la parole à la Chambre des communes et a déclaré que le Canada établirait, en partenariat intégral avec les Premières Nations, les Inuit et les Métis, un cadre législatif pour la reconnaissance et la mise en œuvre des droits des Autochtones. Nous ne réglerons pas définitivement la question des résultats en santé ni celle des grands écarts socioéconomiques qui existent entre les peuples autochtones et non autochtones au Canada sans reconnaître et mettre en œuvre les droits inhérents ancestraux et issus de traités.

Permettez-moi de lire les articles 3 et 4 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. « Les peuples autochtones ont le droit à l’autodétermination. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel. Les peuples autochtones, dans l’exercice de leur droit à l’autodétermination, ont le droit d’être autonomes et de s’administrer eux-mêmes pour tout ce qui touche à leurs affaires intérieures et locales, ainsi que de disposer des moyens de financer leurs activités autonomes. » L’autodétermination, l’autonomie, la liberté de poursuivre  son propre développement économique, social et culturel, voilà les déterminants les plus fondamentaux de la santé et du bien-être.

Les peuples autochtones ont besoin de ce qui a été recommandé pour eux dans le cadre de la Commission royale sur les peuples autochtones il y a plus de 20 ans. Ainsi, en 1996, la Commission énonçait les trois choses dont les peuples autochtones ont besoin. Premièrement, ils ont besoin de contrôle sur leur propre vie. Deuxièmement, les peuples autochtones ont besoin de terres, de ressources et de gouvernements choisis par eux pour reconstruire l’ordre social, économique et politique. Et en troisième lieu, les peuples autochtones ont besoin de temps, d’espace et de respect de la part du Canada pour guérir leur esprit et revitaliser leurs cultures.

Le chemin emprunté dans le passé est marqué par le déni des droits inhérents et issus de traités des peuples autochtones. La voie à suivre nous oblige tous à reconnaître et à mettre en œuvre ces droits, ce qui m’amène au dernier sujet que j’aborderai brièvement au sujet des 150 prochaines années. Il s’agit de la façon dont nous appuyons l’autodétermination et la santé. Je sais que bon nombre d’entre vous ont pu observer la prestation des services de santé pour les Premières Nations dans les réserves. Dans certaines parties du pays, vous savez que ces services ne fonctionnent généralement pas dans le cadre de systèmes de santé coordonnés. Il s’agit plutôt de l’extension d’un ensemble disparate de politiques qui ont évolué au fil des ans et qui affichent des degrés de réussite variables en lien avec des systèmes provinciaux hors réserve.

Par conséquent, en s’appuyant sur la reconnaissance des droits, renforcée par un investissement essentiel dans les déterminants sociaux de la santé, je crois que la voie à suivre pour améliorer les résultats en santé des peuples autochtones doit comprendre des systèmes de santé de grande qualité et culturellement adaptés, qui respectent le savoir autochtone, sont ancrés dans les soins primaires et sont administrés sous la direction et le contrôle des peuples autochtones.

La First Nations Health Authority de Colombie-Britannique en est un exemple. Depuis 2013, l’organisme gère les services de santé des Premières Nations de la Colombie-Britannique grâce à une structure de gouvernance unique. C’est à cela que ressemble l’autodétermination dans le secteur de la santé. L’amélioration des résultats en santé des Premières Nations de la Colombie-Britannique témoigne du succès de cette démarche.

En juillet de l’an dernier, le Canada et l’Ontario signaient une entente avec la Nation Nishnawbe Aski, qui représente les 49 Nations du Nord de l’Ontario, pour transformer les soins de santé grâce à l’élaboration d’un système de santé conçu et mis en œuvre par les Premières Nations. Le processus est dicté par la détermination des dirigeants de la Nation Nishnawbe Aski, qui ont recruté l'ancien chef national Ovide Mercredi pour guider leur travail. Et plus récemment, lorsque j’étais à Winnipeg la semaine dernière, j’ai signé un protocole d’entente avec la grande chef Sheila North de Manitoba Keewatinowi Okimakanak en vue de créer une autorité de la santé des Premières Nations du Nord du Manitoba.

Ce ne sont là que quelques exemples de ce que la reconnaissance et la mise en œuvre des droits peuvent signifier. Nous avons encore beaucoup plus de travail à accomplir en ce qui concerne la santé et la réconciliation au cours des 150 prochaines années. L’amélioration des résultats en santé des peuples autochtones, comme vous le savez, est un impératif social et économique pour le Canada, mais, plus important encore, nous savons que c’est également un impératif moral. Je tiens à vous assurer aujourd’hui de l’engagement inébranlable du gouvernement du Canada à l’égard de la reconnaissance et de la mise en œuvre des droits des Autochtones dans la quête de la justice et de la santé pour tous. Thank you very much. Meegwetch. Merci. Nakournek.

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2018-04-13