La vidéoconférence : un outil vital dans le Grand Nord
Aider les délinquants et leurs familles à guérir
Au Nunavut, territoire de plus de deux millions de kilomètres carrés dans le Grand Nord du Canada, on compte environ 37 000 personnes vivant dans 25 communautés petites et éloignées, accessibles uniquement par avion. La famille et les amis représentent tout dans le Nord : ils sont votre survie, votre subsistance et votre soutien dans les bons moments comme dans les moments difficiles.
Pour de nombreux délinquants inuits purgeant une peine dans un établissement du sud du pays, en raison du manque d’installations fédérales au Nunavut, le maintien de cette bouée de secours représente un défi. À maintes reprises, la recherche montre que la famille et le soutien communautaire font partie des facteurs les plus importants afin de réduire les taux de récidive (la tendance relative aux récidives). Mais les visites de la famille et des amis sont rares en raison du coût et de la distance. En outre, la connectivité numérique dans le Nord du Canada est embryonnaire : la bande passante est étroite, le service Internet est parfois inconstant et peu de familles ont des téléphones cellulaires. Les personnes peuvent toujours communiquer par lettre ou ligne terrestre, mais le lien irremplaçable avec la personne est perdu.
Le territoire du Nunavut mis en évidence en bleu sur une carte du Canada.
Combler l’écart lié aux communications
« À titre d’unique agent de libération conditionnelle au Nunavut, je devais être créatif afin de trouver des solutions pour aider les délinquants », affirme Hamza Al-Baghdadi, responsable des agents de libération conditionnelle pour le Bureau de libération conditionnelle du Nunavut, du Service correctionnel du Canada, à Iqaluit. La proposition de Hamza visait à mettre en relation les délinquants incarcérés dans des maisons de transition ou des pénitenciers dans le sud avec leurs familles et des appuis communautaires dans tout le territoire au moyen de la vidéoconférence.
Services partagés Canada (SPC), qui appuie les besoins de technologie de l’information des ministères fédéraux, a fourni l’équipement de vidéoconférence et la liaison de réseau pour le Bureau de libération conditionnelle du Nunavut. Par la suite, les familles ont pu utiliser l’équipement des centres de santé et des centres de services sociaux à proximité de leur domicile afin de se connecter aux établissements dans le sud ou au bureau d’Iqaluit.
Raj Thuppal, sous-ministre adjoint de la Direction générale des réseaux et des utilisateurs de SPC, fait écho à la voix de Hamza relativement aux exigences particulières rattachées aux bureaux dans le Nord.
« Nous devons penser différemment au moment de fournir des services là-bas, observe-t-il. Il n’y a pas de câble qui va au Nunavut, alors nous comptons sur les communications par satellite, lesquelles ont une bande passante beaucoup plus étroite. Mais nous avons l’expertise pour configurer les services afin qu’ils satisfassent aux exigences en matière de téléconférences. Ça fonctionne très bien pour eux. »
« Ce qui compte réellement pour que ce programme fonctionne, affirme Hamza, ce sont les partenariats. » Le Bureau de libération conditionnelle du Nunavut fait le pont entre le Service correctionnel du Canada et les autorités fédérales et territoriales, en prenant les dispositions pour tous les rendez-vous de vidéoconférences et en communiquant avec les familles relativement aux endroits, aux dates et aux heures.
Un chemin vers la guérison et la réintegration
L’installation de vidéoconférence à Iqaluit a également ouvert la porte aux possibilités de justice réparatrice. Les délinquants obtiennent souvent une libération conditionnelle à Iqaluit avant de retourner dans leur communauté. Les téléconférences, avec l’appui des spécialistes en santé mentale, permettent de faciliter le retour à la maison.
« La réintégration fructueuse des délinquants dans leur communauté d’origine est cruciale pour la sécurité publique, explique Hamza. Le programme de vidéoconférence peut offrir des moyens aux délinquants de réparer leurs torts auprès de leurs victimes de manière sécuritaire et contrôlée. Il donne aussi aux délinquants et aux victimes l’occasion d’entamer un dialogue avant une réintégration éventuelle. Il s’agit d’une approche proactive. »
Aujourd’hui, le programme de vidéoconférence pour les délinquants et les familles tient entre 40 et 50 séances au cours de chaque année financière. Bien qu’il soit trop tôt pour produire des statistiques sur les récidives et leur lien possible avec le programme, la preuve empirique est prometteuse. L’incidence sur les familles est peut-être la preuve la plus évidente de la réussite du programme.
« Il est commun de voir des larmes de joie dans la salle de conférence, affirme Hamza. L’année dernière, un délinquant condamné à perpétuité n’avait pas vu sa famille depuis plus de 10 ans, et nous avons pu les mettre en lien grâce à ce programme et avec l’aide de SPC. »
Un détenu et sa famille participent à une vidéoconférence.