Résumé de recherche : peut-on modifier son comportement financier en cinq minutes?
Mise à l’essai d’une courte intervention en matière d’endettement fondée sur le comportement
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No de cat. : FC5-105/2026F-PDF
ISBN : 978-0-660-99654-7
© Sa Majesté le Roi du chef du Canada représenté par le ministre des Finances du Canada, avril 2026.
Also available in English under the title: Research Brief: Can 5 Minutes Change Financial Behaviour?
Avant-propos
L’endettement par carte de crédit est une préoccupation croissante au Canada. Près de la moitié des Canadiennes et des Canadiens déclarent avoir reporté un solde sur leurs cartes de créditNote de bas de page 1 , souvent à des taux d’intérêt supérieurs à 20 %Note de bas de page 2 . La dette devient alors coûteuse et difficile à rembourser, ce qui pose des risques pour le bien-être financier des Canadiennes et des Canadiens.
Ce résumé de recherche présente les résultats d’une étude menée par l’Agence de la consommation en matière financière (ACFC) et des collaborateurs universitaires de l’Université Queen’s et de l’Université de Rochester. L’étude cherchait à déterminer si une courte intervention numérique pouvait aider les Canadiennes et les Canadiens à gérer plus efficacement leur endettement par carte de crédit. Les conclusions offrent des renseignements pratiques sur la façon dont des interventions ciblées et fondées sur le comportement peuvent influencer la prise de décision financière dans des contextes particuliers. Les résultats de l’étude peuvent aider autant les organisations que les particuliers, que leur but soit d’améliorer le bien-être financier des Canadiennes et des Canadiens ou le leur.
Ce travail constitue un élément de base du vaste programme de recherche et d’intervention de l’ACFC, qui vise à renforcer les données probantes sur ce qui soutient le bien-être financier des Canadiennes et des Canadiens. Ces renseignements peuvent être utiles à tout un éventail d’intervenants de l’écosystème financier qui cherchent à concevoir, à mettre à l’essai ou à peaufiner des outils et des approches pour soutenir les consommateurs, y compris les institutions financières, les développeurs de technologies financières, les employeurs, les organisations communautaires, les groupes de protection des consommateurs et les chercheurs.
Conception de l’étude
L’intervention de l’étude a été réalisée par l’intermédiaire de l’application pour un mode de vie sain Optimity et consistait en un court questionnaire avec des commentaires personnalisés et une invite à la planification. Plus de 25 000 Canadiennes et Canadiens ont répondu au sondage initial de l’étude. Les personnes ayant indiqué avoir reporté un solde sur leurs cartes de crédit au cours de l’année écoulée ont été réparties au hasard entre un groupe de contrôle et un groupe d’intervention.
Les participants du groupe d’intervention ont été invités à répondre à un bref questionnaire de cinq minutes . La participation était volontaire. Le questionnaire comportait des questions sur les stratégies et les principes de gestion de l’endettement. L’objectif était d’inciter les participants à adopter de meilleurs comportements en matière de remboursement des cartes de crédit.
Les chercheurs ont ensuite comparé les résultats des groupes d’intervention et de contrôle. Les participants ont effectué une évaluation de suivi dans une période de deux à six mois après l’intervention, afin de vérifier si le questionnaire avait donné lieu à des améliorations de leur niveau d’endettement par carte de crédit. Les chercheurs ont également examiné à quels participants l’intervention a le plus profité.
Cet essai contrôlé aléatoire fournit des données probantes importantes sur le potentiel que peuvent avoir de courtes interventions numériques pour aider les Canadiennes et les Canadiens à réduire leur endettement par carte de crédit.
Principales conclusions
Variations de l’endettement
Nous avons examiné les variations de l’endettement par carte de crédit de deux manières différentes.
Tout d’abord, nous avons examiné la façon dont les participants décrivaient les variations de leur endettement au cours de la période visée par l’étude. Les participants devaient indiquer si leur endettement par carte de crédit était resté le même, s’il avait augmenté, diminué ou si leur dette avait été entièrement remboursée. Les résultats indiquent que l’intervention a permis d’améliorer les résultats en matière d’endettement par carte de crédit. Un nombre considérablement plus élevé de personnes du groupe d’intervention ont indiqué une amélioration de leur situation d’endettement par rapport aux personnes du groupe de contrôle. Cette amélioration s’explique par le fait que les participants ont indiqué avoir entièrement remboursé leur dette de carte de crédit au cours de la période visée par l’étude.
Figure 1 : Participants faisant état d’améliorations quant à leur endettement par carte de crédit
Figure 1 – Version textuelle
30,5 % des participants du groupe de contrôle ont fait état d’une amélioration de leur situation d’endettement par carte de crédit, 21,8 % déclarant « Ma dette a diminué » et 8,7 %, « Je n’ai plus de dettes ».
34 % des participants du groupe d’intervention ont fait état d’une amélioration de leur situation d’endettement par carte de crédit, 22 % déclarant « Ma dette a diminué » et 12 %, « Je n’ai plus de dettes ».
Deuxièmement, nous avons examiné les variations de l’endettement à l’aide des montants déclarés. Les participants devaient indiquer le montant de leur endettement par carte de crédit au début et à la fin de l’étude. Nous avons calculé les variations de leur endettement au fil du temps en fonction de ces rapports. Selon les résultats obtenus grâce à cette approche, les membres du groupe d’intervention ont réduit les soldes de leurs cartes de crédit de 35 % de plus que les membres du groupe de contrôle au cours de la période visée par l’étude. Ces résultats se sont maintenus, peu importe le niveau d’endettement initial des participants et le temps écoulé entre les questionnaires. Cela dit, dans la période de suivi de deux à six mois, les effets étaient encore plus marqués chez les participants dont les résultats avaient été mesurés peu de temps après le questionnaire d’intervention.
Ces résultats concordent avec ceux des recherches antérieures qui montrent que les changements de comportement découlant des interventions tendent à être plus importants sur des périodes plus courtesNote de bas de page 3 . Il est important de noter que les effets sont demeurés considérables même après avoir tenu compte du niveau d’endettement initial des participants, ce qui indique que les améliorations observées ne s’expliquent pas simplement par le fait que des soldes de départ plus faibles sont plus faciles à éliminer.
Comparaison hypothétique : Ali et Sam
Pour nous aider à mieux visualiser l’incidence de notre intervention, examinons le cas de deux personnes hypothétiques (Ali et Sam) qui commencent chacune avec une dette de 3 000 $. Selon les analyses de l’étudeFootnote 4 , voici ce que l’on pourrait s’attendre à voir si ces personnes se trouvaient dans les groupes de contrôle et d’intervention :
- Ali, dans le groupe de contrôle, aurait réduit sa dette à 845 $ au moment du suivi (de deux à six mois après le questionnaire).
- Sam, dans le groupe d’intervention, aurait réduit sa dette encore davantage, à 546 $.
La réduction de Sam est supérieure à celle d’Ali de 35 %. Cette différence peut être attribuée au fait que Sam a terminé l’intervention.
Il est important de noter que cet effet s’est maintenu même après avoir tenu compte du temps écoulé entre les questionnaires. Cet exemple met en évidence comment l’intervention a aidé les participants à faire des progrès plus importants dans la réduction de leur endettement.
Figure 2 : Comparaison hypothétique montrant l’incidence de l’intervention : réduction de l’endettement d’Ali et de Sam qui avaient une dette initiale de 3 000 $.
Qui a profité le plus de l’intervention
Même si l’intervention a eu une incidence positive globale, certains groupes au sein de l’échantillon de l’étude ont bénéficié d’avantages plus importants que d’autres. Par exemple, les participants de sexe féminin, ceux dont le revenu est plus élevé et moins variable, ceux qui ont un niveau de scolarité plus élevé, qui sont moins stressés financièrement ou qui ont une plus grande confiance dans la gestion de leurs dettes ont montré de plus grandes améliorations quant à leur endettement par carte de crédit à la suite de l’intervention. Avoir des connaissances financières préexistantes plus solides a amplifié les effets, ce qui suggère que l’intervention a fonctionné davantage comme une incitation comportementale que comme un outil d’apprentissage.
Appel à l’action pour les intervenants de la littératie financière
- Intégrer des interventions numériques dans l’éducation financière : intégrer de courtes interventions fondées sur le comportement dans les programmes de littératie financière afin de renforcer les comportements clés tels que le remboursement des dettes.
- Appliquer les résultats dans tous les secteurs : utiliser les renseignements de cette étude pour orienter des outils et des services financiers au sein du gouvernement, du secteur et des organisations communautaires.
- Comprendre ce qui oriente l’incidence : des recherches supplémentaires sont nécessaires pour découvrir comment les interventions numériques influencent le comportement, que ce soit par des rappels, une prépondérance accrue ou un renforcement de la confiance.
- Concevoir pour les populations vulnérables financièrement : adapter les interventions aux besoins des personnes ayant un plus faible revenu, un stress financier plus élevé ou des connaissances financières limitées, en utilisant des formats inclusifs comme soutien.
- Utiliser une optique d’analyse comparative entre les sexes plus (ACS+) : examiner comment les facteurs identitaires influent sur l’engagement et les résultats des interventions numériques, afin de renforcer les stratégies financières fondées sur l’équité.
- Favoriser une mobilisation opportune et continue : envisager de mettre à l’essai des interventions périodiques ou de renforcement afin de maintenir l’élan et d’aider les participants à en tirer profit sur de plus longues périodes.
- Poursuivre l’élaboration de la base de données probantes : soutenir et mener des recherches supplémentaires pour préciser les stratégies numériques, évaluer les résultats à long terme et veiller à ce que les interventions soient à la fois inclusives et efficaces.
- Présenter des idées pour renforcer l’apprentissage collectif : rendre compte des résultats afin d’aider les membres de l’écosystème financier à apprendre les uns des autres et à faire progresser les efforts en matière de littératie financière fondés sur des données probantes.
Travailler avec l’ACFC pour accroître l’incidence
L’ACFC souhaite travailler avec les intervenants de l’ensemble de l’écosystème financier qui veulent adapter, mettre à l’essai et mettre à l’échelle cette intervention (ou des approches semblables) dans le cadre d’efforts plus vastes visant à améliorer les résultats financiers des Canadiennes et des Canadiens. Les résultats de cette étude visent à éclairer l’élaboration d’une approche nationale mieux coordonnée pour aider les Canadiennes et les Canadiens à gérer leurs dettes et à renforcer leur résilience financière.
Les organisations qui souhaitent collaborer avec l’ACFC dans le cadre de futures initiatives de mise à l’échelle ou de mise en œuvre sont invitées à communiquer avec nous à l’adresse [fcac.research‑recherche.acfc@fcac‑acfc.gc.ca].
Conclusion
- De brèves interventions numériques peuvent être efficaces : un simple questionnaire numérique de cinq minutes a aidé les participants du groupe d’intervention à réduire leur endettement par carte de crédit de 35 % de plus que celui du groupe de contrôle.
- Le choix du moment importe : le questionnaire d’intervention a été le plus efficace lorsque les participants ont été évalués peu de temps après l’avoir rempli. Cette observation concorde avec celles d’autres recherches qui indiquent que les effets des interventions s’estompent souvent avec le tempsNote de bas de page 5 . Dans l’ensemble, ces résultats soulignent l’importance d’une mobilisation opportune pour soutenir les progrès financiers.
- Des approches sur mesure sont essentielles : bien que l’intervention ait été efficace pour les participants qui étaient bien placés pour rembourser leurs soldes, différentes stratégies sont nécessaires pour aider ceux qui éprouvent des difficultés financières plus importantes. Ce travail souligne l’importance d’adapter les ressources aux capacités et aux besoins particuliers des différents publics afin d’accroître l’incidence.