Vidéo : REER et CELI: l'utilisation de l'éducation financière pour améliorer la prise de décision

Transcription

Pierre-Carl Michaud : Pendant que nous chargeons les diapositives, combien d’entre vous ont un régime enregistré d’épargne-retraite, un REÉR? Combien ont un CELI, un compte d’épargne libre d’impôt? Plusieurs d’entre vous, donc? Combien d’entre vous ont les deux? La majorité, OK, alors c’est ce dont nous allons parler aujourd’hui, de ces choix que nous faisons quand nous épargnons en contribuant à ces différents types de régimes.

Et naturellement, dans la population générale, beaucoup de personnes font aussi des contributions à ces régimes. Il est important de savoir que 100 milliards de dollars sont investis chaque année dans des REÉR et des CELI. De nos jours, les gens contribuent davantage aux CELI qu’aux REÉR, et ce même si le CELI est un outil d’épargne plus récent. C’est un choix important que nous avons à faire quand vient le temps d’épargner, principalement pour la retraite. Et c’est ce sur quoi nous nous attarderons aujourd’hui.

Comme vous vous en doutez, une compréhension de base du taux d’imposition marginal est essentielle pour savoir comment placer votre argent, soit dans un REÉR ou dans un CELI. Il y a d’autres considérations, mais l’une des plus importantes que vous avez prises, évidement, est que si devez payer beaucoup d’impôt aujourd’hui, vous devriez probablement utiliser un REÉR et économiser sur l’impôt à payer lorsque vous retirerez l’argent pour la retraite, bénéficiant alors de taux d’imposition marginaux inférieurs. Si le contraire est vrai, bien sûr, vous considéreriez probablement un CELI aux fins d’impôt.

Dans bien des cas, nous pensons aux taux d’imposition marginaux à la retraite comme étant plutôt bas que ceux qui nous sont imposés quand nous travaillons. Nous allons vous montrer dans un instant que ce n’est pas vrai et que c’est beaucoup plus compliqué qu’on peut le penser.

Voici un cas simple, celui d’un homme québécois âgé de 40 ans ayant un emploi. Nous utilisons une calculatrice que nous avons développée pour calculer le taux marginal réel, en prenant en compte la diversité des programmes offerts au Canada, les crédits d’impôt, etc. Vous voyez que nous avons essayé de faire correspondre le taux d’imposition marginal (inaudible) en fonction des différents niveaux de revenu, et vous pouvez constater que ce n’est pas toujours vrai que vous bénéficiez d’un taux d’imposition marginal plus bas à la retraite. Il s’agit donc d’un choix complexe, et il est important de bien comprendre ces choses.

Les erreurs d’aujourd’hui peuvent être très coûteuses plus tard. Nous avons examiné une série d’exemples et l’un d’entre eux démontre qu’avec une contribution de mille dollars à l’âge de 30 ans, pour le cas de personnes aux prises avec un taux élevé réel d’imposition marginale au moment de retirer un revenu pour la retraite, vous pourriez devoir vous contenter d’un tiers de ce que toucheriez avec un CELI si vous aviez choisi un REÉR. C’est beaucoup d’argent. Il y a beaucoup de messages qui circulent nous incitant à épargner, mais choisir la bonne méthode d’épargne est une considération très importante, et l’impôt à payer doit être au cœur de cette décision.

Dans ce projet, nous nous sommes intéressés à la façon dont les Canadiens font ces choix, et nous avons conçu une expérience pour comprendre comment les gens font le choix entre un CELI et un REÉR. Alors, nous avons demandé aux Canadiens. Delvenia est une compagnie basée ici, à Toronto, et nous avons fait une expérience en ligne avec 3 000 Canadiens pour en apprendre un peu plus à ce sujet. Dans le cadre de cette expérience où des gens doivent faire des choix, nous avons intégré une intervention d’éducation financière aléatoire. Ce n’est pas une vraie intervention d’étude du comportement des gens; nous allons regarder un peu comment ils font des choix dans le cadre d’une expérience, mais nous allons faire comme si nous étions dans la vraie vie, et qu’il s’agissait d’une intervention aléatoire, ce dont je vais parler dans les réponses que nous allons voir.

Nous allons essayer d’enseigner les définitions les REÉR et les CELI. C’est une très courte vidéo que nous avons, en fait, empruntée à Desjardins, avec leur permission, dans laquelle on nous parle des taux d’imposition marginaux. C’est très, très simple. Ensuite, nous allons leur présenter une deuxième vidéo. Pour certaines de ces personnes, il y aura une deuxième intervention. Elles vont en apprendre un peu plus sur la récupération fiscale et certaines dispositions du système de revenu de retraite, et nous n’allons pas les amener à penser au départ que ces choses, vous savez, favoriseraient les CELI au détriment des REÉR, mais nous allons simplement essayer d’être neutres et dire aux gens que s’ils prévoient recevoir certaines de ces prestations, il serait peut-être important de prêter attention aux taux d’imposition marginaux parce que cela pourrait avoir une conséquence réelle.

Alors, nous avons étudié les effets de cette connaissance des taux. Alors, la première chose que nous mesurons après cette intervention, c’est la connaissance que les gens ont des REÉR et des CELI. Et nous avons aussi regardé la qualité des choix offerts, et c’est un point important auquel nous avons fait allusion, l’épargne n’est pas toujours la meilleure idée. Ce n’est pas toujours la meilleure option. Donc, avoir un bon point de comparaison où, dans le cadre de l’expérience, nous pouvons dire que si nous augmentons ce résultat, cela signifie nécessairement que nous avons augmenté le bien-être ou la qualité des choix.

Alors, quel est le contexte? Des particuliers reçoivent un crédit d’impôt remboursable inattendu, ils sont obligés d’investir dans un REÉR ou un CELI, ils ont suffisamment de droits de cotisation, ils doivent prendre leur retraite vers l’âge de 70 ans, et nous précisons tous les gains possibles, de sorte qu’il n’y a aucune incertitude quant à ce qu’ils peuvent obtenir. Et, nous leur donnons des représentations visuelles, et ici je n’ai pas reproduit la saisie d’écran, mais nous leur donnons en plus des représentations visuelles pour les taux d’imposition marginaux. Nous ne leur disons pas quel sera leur taux d’imposition marginal, juste une idée de ce que devraient être les barèmes. Et ensuite, nous leur demandons lequel ils vont choisir.

Nous répétons six fois par répondant et le montant et le rendement changent chaque fois aléatoirement afin de pouvoir examiner à la fois les répondants croisés et ceux qui ne le sont pas, pour voir si la qualité des choix change. Alors, nous avons un contrôle sans intervention. Nous avons un premier traitement où nous ne montrons que la vidéo de Desjardins qui leur dit en gros ce que sont ces produits, puis le deuxième traitement qui leur donne plus d’information sur l’évaluation des ressources.

Maintenant, quel est l’effet de l’intervention seulement sur la connaissance : la première chose que je veux souligner, c’est que le pourcentage de personnes qui savent si les cotisations sont déductibles ou non dans un REÉR est relativement faible; 65 % -- 64 % des répondants le savent. L’imposition sur les retraits d’un REÉR; 67 % ont eu la bonne réponse. Nos déclarations de revenus; 45 % des répondants les comprennent. Heureusement pour nous, une fois que nous avons examiné un ensemble de choses, il y a des gens qui n’ont pas eu la bonne réponse, mais nous ne ciblons pas ces résultats dans le cadre de l’intervention. Alors, c’est un bon test placebo parce que nos interventions n’auront en fait aucun effet sur ces comportements. Mais, si vous regardez l’effet de ces deux interventions, qui sont très courtes, d’une minute chacune, il y a une augmentation de 14 points du pourcentage du nombre de bonnes réponses à savoir si les cotisations sont déductibles; 14 % sur l’impôt au moment des retraits et, dans l’ensemble, il y a eu une augmentation de 7 % des connaissances sur ces questions. Donc, la connaissance augmente effectivement avec ce placebo; il y a moyen de la contrôler.

Maintenant, les deuxièmes choix. Sans intervention, vous pouvez le voir sur la troisième ligne du premier groupe de résultats. On m’a dit que ce tableau allait être un gâchis quand je l’ai présenté, je n’ai pas eu le temps de faire un beau tableau, alors soyez un peu indulgents. Mais, en gros, les résultats sont peu significatifs. Si vous regardez la catégorie sans intervention, les gens ont eu la bonne réponse dans 50 % des cas. Alors, s’ils avaient décidé de faire un choix en jouant à pile ou face, ils auraient eu à peu près les mêmes résultats.

Quand nous avons fait l’intervention avec seulement la vidéo, le nombre de bonnes réponses a augmenté, mais pas de beaucoup. Quand nous avons utilisé la vidéo et la diapositive, ils ont augmenté de beaucoup, et la diapositive portait sur les ressources disponibles. Et nous avons une augmentation de 6 %, et comme l’intervention n’est pas dispendieuse, je trouve que ce sont de bons résultats en termes d’amélioration de la qualité des choix.

Mais, en tant qu’économistes, bien sûr, nous pouvons faire beaucoup plus. Nous avons mesuré les préférences avant l’intervention, à l’aide d’une expérience incitative pour mesurer à la fois les préférences intertemporelles et l’aversion au risque, puis nous avons examiné les choix optimaux, également en fonction des préférences des gens et nous avons obtenu à peu près le même résultat. Donc, que nous utilisions seulement des taux d’imposition marginaux ou des règles décisionnelles plus complexes, nous obtenons de meilleurs choix.

Alors, quels sont donc les enseignements à retirer de cette expérience jusqu’ici, parce que nous voulons faire beaucoup plus avec ces données? Bien, la première chose, et nous le savions probablement déjà, mais il est bon de le confirmer, est que la connaissance du CELI et du REÉR est limitée, et ce, malgré le fait que nous cotisons environ 100 milliards de dollars par année dans ces régimes.

Les choix sont presque aléatoires sans intervention; cela devrait être préoccupant parce que nous avons vu que ces erreurs peuvent être importantes lorsque vous ne choisissez pas les bons produits. Donc, vous pouvez épargner beaucoup pour la retraite, faire un effort énorme, réduire votre consommation actuelle, et quand même vous retrouver avec un très mauvais rendement de vos épargnes.

Une courte intervention à caractère éducatif a permis d’augmenter de 10 % la qualité des choix. Et je veux maintenant mettre l’accent sur la mesure. Nous avons pu élaborer une mesure de la qualité en menant l’expérience de telle sorte que nous ayons un bon facteur contre-factuel pour ce qui devrait être le choix optimal, et c’est très important.

La répartition aléatoire a été la clé de l’évaluation. Bien sûr, beaucoup de gens du milieu universitaire comprennent que pour publier ce genre de travaux, vous devez utiliser une répartition aléatoire. Beaucoup de gens sur le terrain le savent aussi, mais très souvent, on voit beaucoup d’évaluations où ces choses ne sont pas faites. Et c’est très important pour la crédibilité de l’évaluation des effets d’une intervention.

Et cela pourrait jouer un rôle dans le débat sur la question à savoir si l’éducation financière fonctionne ou non. Dans certains cas, lorsque les évaluations sont effectuées à l’aide de méthodes qui permettent maintenant d’estimer réellement l’effet de ces interventions, lorsque nous n’avons pas de résultats clairs à mesurer, que nous mesurons la qualité, il se peut que nous n’obtenions rien, mais ce n’est pas nécessairement une conclusion qui nous laisse croire que l’éducation ne fonctionne pas.

Je vais m’arrêter ici. Je veux juste remercier quelques collaborateurs des HEC qui ont travaillé sur ce projet. Merci.

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