Discours du greffier à l’atelier pour les nouveaux professionnels – Leaders au-delà de 150 ans 

Discours

L’allocution définitive fait foi
29 mai 2017

Merci de votre aimable présentation et merci à l’Institut d’administration publique du Canada pour l’organisation de cet événement. Je remercie également Claudette : Miigwetch. Claudette est une bonne amie de la fonction publique. Nos chemins se croisent souvent à de nombreux événements dans la région de la capitale nationale qui est indéniablement un territoire algonquin non cédé. C’est toujours plaisant de voir Claudette partir la journée du bon pied.

Je suis conscient de l’écart de temps qu’il y a entre vous et moi, alors que cette année, vous commencez votre carrière dans la fonction publique. J’ai fait le calcul pendant que j’étais en route et j’aurai 36 ans de service le mois prochain. J’ai commencé à travailler dans la fonction publique en juin 1981. S’il y avait eu une séance d’orientation cet été-là, mais il n’y en a pas eu, l’allocution aurait été prononcée par un vieil homme qui a commencé sa carrière sous Mackenzie King en 1945. Je me suis dit, wow, ça remonte loin.

Il s’en est passé des choses dans les 36 dernières années, le milieu de travail dans la fonction publique a beaucoup évolué, et mon Rapport annuel au premier ministre comprend de nombreux faits saillants. Je vous invite à consulter mon site Web et à lire le rapport et mes discours. J’ai prononcé des allocutions à l’intention de nombreux groupes au cours du mois dernier, dont la communauté des sous-ministres adjoints, la communauté des politiques, la communauté des RH et la communauté de la TI. Ce que j’avais à dire sur de nombreux sujets est très clair.

À des événements comme celui-ci, nous avons tendance à parler du changement dans le programme et des nouveautés et des différences à apporter, et aussi dans quelle mesure nous devons innover et aller de l’avant. Ce sont des faits, mais ils s’intègrent à une histoire fondée sur la continuité, et j’ai fait de mon mieux pour saisir ce concept dans le Rapport annuel au premier ministre.

Cette année, nous célébrons le 150anniversaire de la Confédération. Il est évident qu’il y avait des gens ici avant 1867, mais le Canada a 150 ans. Cela signifie aussi que la fonction publique célèbre ses 150 ans. La fonction publique était là dès le premier jour et a bien servi les Canadiens depuis 150 ans.

Il y a environ 100 ans, à peu près dans le temps de la Première Guerre mondiale, nous sommes passés d’une fonction publique où les emplois au bureau de poste et à la douane étaient accordés aux personnes qui avaient voté pour le parti élu à une fonction publique non partisane fondée sur le mérite. Depuis 100 ans, c’est le nouveau modèle adopté. Peu importe le gouvernement élu, peu importe le premier ministre en place, tous ont pu compter sur le soutien d’une fonction publique non partisane, professionnelle et fondée sur le mérite. Elle est là pour fournir les services dont les Canadiens ont besoin et donner des conseils aux hommes et femmes qui ont été élus pour prendre les décisions qui s’imposent dans la salle du Cabinet et au Parlement.

Peut-être l’avez-vous appris dans votre cours d’éducation civique à l’école secondaire ou certains ont-ils creusé pour en savoir plus. Ne tenez jamais la fonction publique pour acquise. Vous n’avez qu’à regarder partout dans le monde, la gouvernance et les institutions des pays autour de nous. C’est une fonction publique qui a très très bien servi le Canada en tant que partie relativement petite de l’économie mondiale et des structures de puissance mondiale. Il y a près de deux ans déjà, nous avons été capables de passer d’un gouvernement d’un parti élu à un autre gouvernement en 16 jours civils. Personne d’autre ne peut faire ça, et c’est un hommage au travail de la fonction publique.

Travailler dans l’intérêt du public demande d’avoir certaines valeurs. En milieu autochtone, on parle d’environ sept générations, mais dans la version fonction publique : nous sommes là pour rester. Notre raison d’être est les biens publics, les fonds publics, les intérêts publics et les ressources publiques, ce qui signifie que nous ne sommes pas Google ni Facebook. Nous sommes la fonction publique du Canada, et c’est un sujet qui me fait chaud au cœur, et dont je pourrais parler pendant des heures. Vous vous engagez à joindre cette économie qui se situe entre le secteur public et la fonction publique, et les hommes et les femmes qui se font élire pour prendre les décisions difficiles.

En tant que greffier, je joue trois rôles clés. Je suis sous-ministre, comme mes collègues qui joindront le groupe. Je dirige un ministère où travaillent près de 900 personnes. Nous sommes le ministère qui soutient le premier ministre dans l’exercice ses fonctions, ce qui signifie que je relève directement du premier ministre, ce qui est assez cool. Le premier ministre est le ministre de la Jeunesse et le ministre des Affaires intergouvernementales. Le BCP agit également à titre de leader du gouvernement à la Chambre des communes et comme ministre des Institutions démocratiques. À ce poste, je ne suis qu’un sous-ministre classique qui essaye de faire tourner un ministère. Toutefois, c’est vraiment très intéressant de relever du premier ministre.

Je suis également le secrétaire au Cabinet. Environ la moitié du travail du Bureau du Conseil privé consiste à optimiser les heures passées au Cabinet. Le Cabinet c’est 30 hommes et femmes qui doivent prendre des décisions difficiles quant aux lois, aux politiques et aux programmes qu’ils souhaitent mettre en place. Ils ont cogné aux portes. Un mandat leur a été confié. Ils ont la légitimité démocratique. Ils ont le droit de prendre les décisions qu’ils désirent. Ce que nous tentons de faire, c’est de fournir le plus d’éléments de preuve et de faits, pour que les conversations soient productives, et de faire preuve de diligence raisonnable, de tenir compte des risques juridiques, des coûts et des incidences sur la politique étrangère, sur les relations fédérales, provinciales et territoriales et sur notre travail avec les Autochtones.

Si vous avez une réunion de trois heures par semaine au Cabinet lorsque la Chambre siège, vous devez passer environ 100 heures à revoir tous les sujets, de la politique en matière d’innovation en passant par les vétérans jusqu’aux négociations de l’ALENA. Optimiser ce temps demande beaucoup de travail, et c’est ce que nous faisons au Bureau du Conseil privé en tant que secrétaire au Cabinet. Cela signifie que j’ai une place réservée au coin de la table à chacune des réunions du Cabinet. J’ai assisté à environ 300 réunions dans les 10 dernières années, et ça aussi c’est très cool.

Voilà, j’ai assez parlé de moi. Vous voulez des conseils sur ce que vous pouvez faire en tant que nouveaux employés pour devenir des leaders dans la fonction publique?

La première chose, vous l’avez déjà accomplie, c’est de faire preuve d’engagement et de participer. Ne restez pas passif et ne soyez pas qu’un simple passager. Il existe plusieurs façons de modeler votre milieu de travail et votre communauté. Vous pourriez le faire par le biais de l’IAPC ou d’un groupe affinitaire, ou peut-être par le biais de la campagne de charité ou des syndicats. Il existe des groupes qui représentent toutes sortes de personnes que vous soyez un employé autochtone, un membre de la communauté LGBTQ2 ou du Réseau des jeunes.

Nous avons essayé de créer les ressources électroniques qui vous faciliteront la tâche. D’ici la fin de la semaine, vous devriez être inscrits à OutilsGC, dont je parle dans mon rapport, comme GCpédia et GCcollab. Ces outils servent à éliminer le cloisonnement et à veiller à ce que vous ayez accès à tout ce qui se passe dans la fonction publique. Ouvrez-vous un compte sur GCcampus, qui fait partie de l’École de la fonction publique du Canada; cette dernière a déterminé les cours et l’apprentissage appropriés à la fonction publique d’aujourd’hui, et les cours sont constamment mis à jour.

J’étais un jeune fonctionnaire qui participait à l’organisation des réunions du personnel. Je me portais volontaire pour être l’agent de surveillance des incendies sur mon étage. Je me suis impliqué dans un comité chargé de revoir la conception de l’espace de travail lorsque nous avons déménagé d’immeuble. Les façons de participer sont très nombreuses. Il faut simplement participer et rester engagé.

Mon deuxième point peut sembler bizarre, mais c’est vrai : il faut faire preuve de souplesse en ce qui concerne son cheminement de carrière. Il ne faut pas établir des objectifs où vous devez avoir atteint tel poste d’ici telle date. Ça n’arrivera pas. Laissez‑vous porter par le courant. Si vous suivez le travail qui vous intéresse, si vous vous appuyez sur des mentors et des gens de qui vous pouvez apprendre, vous allez vous frayer un chemin. Et ce chemin vous mènera dans des parties de la fonction publique que vous n’aviez même pas imaginées. Vous pouvez faire vos débuts dans le secteur des politiques et finir par adorer la gestion et la prestation de service; ou encore vous pouvez commencer dans les services et aboutir en communications, et ainsi de suite.

C’est bien là le grand avantage d’une fonction publique comptant 300 organisations : nous faisons de tout. Nous avons des chefs cuisiniers, nous avons des astronautes, nous avons des gardiens de phare, des avocats, des comptables, des spécialistes politiques, et la liste ne s’arrête pas là. Si vous êtes motivés, vous avez la possibilité d’emprunter différentes voies et de choisir votre propre cheminement de carrière. Aucun responsable ne vous surveille individuellement. Nous faisons de notre mieux pour renforcer les portefeuilles et les collectivités du mieux que nous pouvons, et pour veiller à ce que nous ayons une base solide, mais c’est vraiment à vous de prendre les rênes de votre carrière. Ne vous inquiétez pas si vous n’êtes pas sous‑ministre à 40 ans. Ceux qui s’en font trop avec ça s’épuisent. C’est bien meilleur pour vous de simplement rentrer au travail tous les matins et faire votre travail avec minutie.

Je vous encourage à prendre des risques. Si ce n’est pas un problème pour vous de vous déplacer, et que vous n’avez pas d’hypothèque à payer, d’enfants à reconduire au soccer ou un conjoint qui doit rester ici pour son travail, ce qui peut réduire votre capacité de vous déraciner : Déménagez! Tentez votre chance, acceptez une affectation en région ou participez à une micromission. Allez voir s’il est possible d’obtenir un poste à l’étranger. Les obligations vous garderont en place, et vous verrez qu’il devient de plus en plus cher chaque année de déménager de région. Vous avez la chance de profiter du fait que nous sommes présents dans toutes les provinces, tous les territoires et dans bon nombre de pays partout dans le monde. Le meilleur temps pour faire ça, c’est dans la vingtaine et la trentaine. Nous offrons toutes sortes de rôles dans une multitude d’endroits.

Quelles sont les compétences qui sont utiles? Bien franchement, ce sont celles qui sont là depuis toujours. Apprendre à programmer dans un langage de codage particulier, c’est formidable, certes, mais j’ai appris Fortran à l’université, et on ne peut pas dire que c’est super utile en ce moment, sauf dans les ministères qui utilisent encore des ordinateurs centraux. La technologie va évoluer; par contre, ce qui ne changera pas, c’est la gestion de temps. On ne peut pas tout lire. On ne peut pas être partout. On ne peut pas assister à toutes les réunions. Si vous essayez, ça va vous achever. Vous devez faire des choix et utiliser votre temps judicieusement. Vous devez faire attention : tirer le plus possible de votre journée est encore plus important que le nombre d’heures que vous travaillez.

Certaines des personnes pour qui j’ai travaillé étaient simplement des génies de la gestion de temps. Elles arrivaient au travail à une heure raisonnable, partaient à une raisonnable et amenaient leurs enfants jouer au soccer. Elles savaient comment en faire plus en une journée. Rappelez‑vous qu’il est possible d’enseigner comment bien gérer son temps, et qu’il est possible de l’apprendre; ce n’est pas qu’une question d’intuition.

C’est aussi important de pouvoir communiquer dans les deux langues officielles. Si vous avez de la difficulté avec votre langue seconde, travaillez‑y. La fonction publique est une institution bilingue qui représente tous les Canadiens, et ce dans les deux langues. Il y a des cours en ligne et des possibilités dans vos ministères. Il y a aussi des groupes d’apprentissage entre collègues, mais les compétences qui font progresser les gens sont plutôt simples. Il est très important de pouvoir prendre une matière complexe et de l’expliquer verbalement. Vous avez souvent un cinq minutes avant une réunion pour communiquer à quelqu’un l’essentiel de ce dont vous allez discuter. L’important, c’est de savoir résumer, c’est de prendre quelque chose de complexe et de l’expliquer simplement. Si vous faites le contraire, vous allez rencontrer des difficultés. Ce que veulent les ministres, les députés et beaucoup d’autres, c’est quelqu’un qui est capable d’expliquer clairement les compromis, les choix, les implications et les justifications. Les compétences en communications verbales et écrites sont parmi les compétences les plus importantes auxquelles je peux penser.

Les autres seraient les compétences en relations interpersonnelles. J’ai vu beaucoup de carrières prometteuses dérailler en raison d’un manque d’entregent, je parle d’un manque d’aptitude à travailler avec des collègues, à superviser et à donner de la rétroaction ou encore d’une incapacité à gérer des questions difficiles de sorte à les refiler simplement aux échelons supérieurs.

Le manque de compétences en relations interpersonnelles peut mettre fin à votre carrière. Je ne peux pas vous garantir qu’avoir de l’entregent vous portera au sommet, mais c’est très important. Sur le plan de la gestion des gens, je suis un bien meilleur fonctionnaire aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Il y aura toujours du travail à faire, et je l’ai indiqué dans mon rapport, que l’on parle de s’attaquer au harcèlement, à la discrimination, à la santé mentale ou au bien‑être en milieu de travail. Un manque d’entregent mettra fin à votre carrière ou, du moins, la limitera. Soyez aimables avec les autres, faites preuve de respect. Ce sont simplement des valeurs traditionnelles qui ont passé l’épreuve du temps, et elles comptent vraiment.

Prenez soin de vous‑même. Vous ne pouvez pas simplement vous fier à ce que vous savez aujourd’hui. Vous ne pouvez pas passer tout votre temps à travailler. Vous êtes une personne à part entière, et c’est ce que vous apportez au travail et ce que vous montrez à vos collègues. Vous devez commencer à penser à votre santé et à votre résilience. À mesure que vous vieillissez, ça devient plus exigent à faire. Vous devriez être en mesure d’investir une partie de votre salaire dans quelque chose qui vous fait plaisir, que ce soit un abonnement à un gym, un entraîneur personnel ou encore un exerciseur, qui ne sert pas seulement à accrocher ses chemises. En fait, il faut investir en soi. Ce magnifique cerveau que vous vous efforcez de remplir ne pourra pas vous aider si votre corps vous laisse tomber ou si vous avez le moral à plat. Prenez soin de vous et soyez résilient.

Souvenez‑vous bien : vous n’êtes pas dans le secteur privé. Il y a beaucoup de choses que le secteur privé fait très bien, mais il n’est pas redevable devant le Parlement. Les travailleurs du privé n’ont pas à composer avec 17 agents du Parlement qui leur disent constamment ce qu’ils pourraient faire mieux, et ne sont pas sous la loupe des médias, comme c’est le cas pour nous. C’est le compromis que nous acceptons. Nous avons des ministres responsables de chaque sou dépensé. Nous gérons les fonds publics. Nous gérons les biens publics qui appartiennent aux Canadiens de toutes les générations. Nous voulons aider les gouvernements à se sortir de cette mentalité de gérer les enjeux avec une vision à court terme, et à passer outre le gazouillis du jour. Ce que nous voulons, c’est qu’ils pensent à où ils seront dans 5, 10 ou 50 ans. Cela signifie de toujours alléger la pression qui repose sur les politiciens. C’est ce que nous faisons, et ce n’est pas le cas dans de nombreux pays. Ailleurs, ils se contentent de mettre en poste un nouveau haut fonctionnaire de la couleur du parti du jour, et chaque changement de gouvernement s’accompagne de perturbations massives.

Les gouvernements qui se sont succédé au Canada ont été bien servis par notre système au fil des ans. C’est un énorme avantage pour le Canada.

Il faut travailler fort, et rien ne devrait être tenu pour acquis. Nous avons vu des systèmes de gouvernance s’effondrer dans d’autres pays, on pourrait faire le tour du globe. Ne tenez jamais notre système de gouvernement pour acquis. Ce sont la gouvernance et le leadership de la fonction publique pour les générations à venir qui vous sont confiés. Vous avez la chance d’avoir devant vous un groupe de leaders impressionnants pour vous en parler plus en détail et partager leurs réflexions.

La continuité des valeurs, la continuité des rôles et la constante évolution de notre façon de travailler, voilà certains des points que je voulais souligner aujourd’hui.

Merci beaucoup.


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