Rapport d’évaluation écologique préalable sur le sulfonate de perfluorooctane, ses sels et ses précurseurs : résumé


Sommaire

Le sulfonate de perfluorooctane (SPFO) est un composé chimique d'origine anthropique pour lequel aucune source naturelle n'est connue. À notre connaissance, il n'y a au Canada aucune installation fabricant des composés d'alkyle perfluorés (APF), notamment de SPFO. Environ 600 tonnes de APF ont été importées au Canada entre 1997 et 2000. Bien que le SPFO ne représente qu'une toute petite partie de cette quantité (moins de 2 %), le SPFO et ses précurseurs comptaient pour environ 43 % de celle-ci. Ces produits servent principalement à la fabrication d'agents hydrofuges, oléofuges et antisalissures, ainsi qu'à divers traitements appliqués sur les papiers et d'autres surfaces comme les tapis et les moquettes, les tissus, le rembourrage et les emballages alimentaires, et à la fabrication de produits chimiques spécialisés comme les mousses extinctrices, les fluides hydrauliques, les détachants de moquettes, les agents tensioactifs pour les mines et les puits de pétrole, et d'autres formulations spéciales. Dans l'environnement canadien, l'exposition à ces composés est vraisemblablement due au rejet, à la transformation et au transport du SPFO et de ses précurseurs dans les effluents et les émissions fugitives d'usines d'autres pays dans le monde, ainsi qu'aux rejets d'effluents d'eaux usées industrielles et municipales.

Le SPFO résiste à l'hydrolyse, à la photolyse, à la dégradation microbienne et à la métabolisation par les vertébrés. On a décelé la présence du SPFO chez des poissons, des espèces fauniques du monde entier et de l'hémisphère Nord, notamment dans la faune canadienne à de grandes distances des sources connues et des usines, ce qui indique que le SPFO et ses précurseurs sont sujets au transport à grande distance. Les concentrations maximales hépatiques du biote dans des régions éloignées de l'Arctique canadien sont, par exemple : vison (20 µg.kg-1), plongeon huard (26 µg.kg-1), phoque annelé (37 µg.kg-1), omble de fontaine (50 µg.kg-1), renard arctique (1 400 µg.kg-1) et ours blanc (plus de 4 000 µg.kg-1).

Contrairement à beaucoup d'autres polluants organiques persistants, certains composés perfluorés, par exemple le SPFO, sont présents sous forme d'ions dans l'environnement, et leur partitionnement se fait de préférence en protéines du foie et du sang plutôt que dans les lipides. Donc, il se peut que le potentiel de bioaccumulation du SPFO ne soit pas lié à des mécanismes typiques associés à la bioaccumulation dans les tissus riches en lipides. Pour déterminer si des substances comme le SPFO sont bioaccumulables, il faut faire preuve de prudence en appliquant des critères de bioaccumulation numériques comme ceux énoncés dans la Politique de gestion des substances toxiques (PGST) du gouvernement du Canada et dans le Règlement sur la persistance et la bioaccumulation de la LCPE (1999). Ces critères numériques sont calculés à partir des données sur la bioaccumulation chez les espèces aquatiques, pour des substances dont le partitionnement se fait de préférence dans les lipides.

On a rapporté des facteurs de bioconcentration (FBC) à l'équilibre estimés du SPFO de 1 100 (carcasse), de 5 400 (foie) et de 4 300 (sang) chez la truite arc-en-ciel juvénile. Les valeurs correspondantes des rapports d'accumulation de 12 jours étaient de 690 (carcasse), de 3 100 (sang) et de 2 900 (foie) chez la truite arc-en-ciel juvénile. On a calculé des facteurs de bioaccumulation (FBAc) compris entre 274 et 41 600 pour le foie de poisson de 23 espèces différentes capturées au Japon. Après un déversement accidentel de mousse extinctrice, les facteurs de bioaccumulation calculés étaient compris entre 6 300 et 125 000. Les FBC estimés pour les précurseurs N-EtFOSEA et N-MeFOSEA étaient de 5 543 et de 26 000, respectivement. On a établi l'existence de variations notables interspécifiques pour la demi-vie d'élimination du SPFO dans le biote : 15 jours (poissons), 100 jours (rats), 200 jours (singes) et plusieurs années (humains). L'élimination par les branchies, qui joue un rôle important chez les poissons, ne s'applique ni aux oiseaux, ni aux mammifères terrestres (p. ex. le vison, l'ours blanc, le renard arctique), ni aux mammifères marins (p. ex. les phoques et les baleines). Trois études semblent indiquer que le SPFO se bioamplifie dans les chaînes alimentaires des Grands Lacs et de l'Arctique. Dans l'étude de Kannan et al. (2005a) portant sur la chaîne trophique eau - algues - moule zébrée, - gobie arrondi, - achigan à petite bouche, - pygargue à tête blanche, on a calculé des facteurs de bioamplification (FBAm) de 10 à 20 pour le vison ou le pygargue à tête blanche. Dans l'étude de Martin et al. (2004b) portant sur des chaînes trophiques d'invertébrés benthiques ou pélagiques - trois poissons fourrage, - un poisson prédateur du niveau supérieur (touladi), on a obtenu un FBAm pour plusieurs niveaux trophiques de 5,88. Tomy et al. (2004) étaient d'avis que le SPFO se bioamplifie dans toute la chaîne trophique marine de l'Arctique. On a calculé le FBAm du SPFO pour le niveau trophique, notamment pour les chaînons morse - palourde (4,6); narval- morue (7,2); bélouga - morue (8,4); bélouga - sébaste (4,0); mouette tridactyle - morue (5,1), goéland bourgmestre - morue (9,0) et morue - zooplancton (0,4). Même si les FBC et les FBAc en milieu aquatique sont inférieurs à 5 000, pour les FBC et les FBAc en laboratoire et sur place, de même que pour les FBAm sur place (oiseaux et espèces aquatiques), le poids de la preuve indique que le SPFO est une substance bioaccumulable.

Selon les résultats d'essais de toxicité disponibles, on a déterminé les concentrations sans effet observé estimées pour des poissons, des oiseaux (foie et sérum) et des espèces fauniques (0,491µg.L-1, 0,609 µg.g-1, 0,873 µg.mL-1 et 0.408 µg.g-1, respectivement). Les quotients de risque obtenus pour les poissons, une gamme d'espèces aviaires (foie et sérum) et des espèces fauniques étaient de 0,25, 0,002 à 2,92, 0,43 à 2,54 et 9,2, respectivement. Donc, chez certaines espèces fauniques (p. ex. l'ours blanc, les espèces aviaires), les concentrations actuelles de SPFO pourraient être voisines des concentrations produisant des effets, ou égales à celles-ci, et ces espèces pourraient subir des effets nocifs à cause de leur exposition à ce polluant.

Pour l'évaluation, on utilise une approche fondée sur le poids de la preuve afin de déterminer la persistance, la bioaccumulation, l'étendue de l'occurrence et les concentrations de SPFO dans l'environnement et le biote (notamment dans les régions éloignées du Canada), ainsi que pour les analyses de quotient de risque. Selon les données disponibles, on a conclu que le SPFO, ses sels et ses précurseurs pénètrent dans l'environnement dans des quantités ou des concentrations, ou dans des conditions, qui ont ou qui peuvent avoir un effet nocif immédiat ou à long terme sur l'environnement ou sur la diversité biologique. De plus, ces mêmes données ont permis de conclure que le SPFO et ses sels sont persistants, et le poids de la preuve permet également de conclure qu'ils sont bioaccumulables.

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