Consultation sur la modification de la liste des espèces de la Loi sur les espèces en péril espèces terrestres 2012 : Résumés du COSEPAC

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La section qui suit présente un résumé des justifications de la désignation par le COSEPAC du statut d'espèces individuelles et leur biologie, les menaces, la répartition et d'autres informations. Pour une explication détaillée de la situation de conservation d'une espèce individuelle, veuillez vous référer au rapport du COSEPAC pour cette espèce, qui est aussi disponible sur le Registre public de la Loi sur les espèces en péril

ou contactez :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Les informations en texte pour chaque espèce ci-dessous sont prises directement des résumés du COSEPAC.


  1. Asile de l’Okanagan (Efferia okanagana)
  2. Baccharis à feuilles d’arroche (Baccharis halimifolia)
  3. Bécasseau roussâtre (Tryngites subruficollis)
  4. Bruant de Baird (Ammodramus bairdii)
  5. Buchloé faux-dactyle (Bouteloua dactyloides)
  6. Chien de prairie (Cynomys ludovicianus)
  7. Cryptanthe minuscule (Cryptantha minima)
  8. Dalée velue (Dalea villosa)
  9. Drave du Yukon (Draba yukonensis)
  10. Limace à grand manteau (Magnipelta mycophaga)
  11. Lophiolie dorée (Lophiola aurea)
  12. Nécrophore d’Amérique (Nicrophorus americanus)
  13. Ours grizzli, population de l’Ouest (Ursus arctos)
  14. Paruline à capuchon (Setophaga citrina)
  15. Paruline polyglotte de la sous-espèce virens (Icteria virens virens)
  16. Petit-duc des montagnes de la sous-espèce kennicottii (Megascops kennicottii kennicottii)
  17. Petit-duc des montagnes de la sous-espèce macfarlanei (Megascops kennicottii macfarlanei)
  18. Pica à collier (Ochotona collaris)
  19. Porte-queue de Behr (Satyrium behrii)
  20. Salamandre sombre du Nord, population carolinienne (Desmognathus fuscus)

Alberta

Colombie-Britannique

Île-du-Prince-Édouard

Manitoba

Nouveau-Brunswick

Nouvelle-Écosse

Nunavut

Ontario

Québec

Saskatchewan

Terre-Neuve-et-Labrador

Territoires du Nord-Ouest

Yukon


Photo: Asile de l'Okanagan

Nom scientifique
Efferia okanagana

Taxon
Arthropodes

Situation du COSEPAC
En voie de disparition

Aire de répartition canadienne
Colombie-Britannique

Justification de la désignation
Cette espèce endémique canadienne n’est présente que dans cinq localités dans une très petite zone du centre-sud de la Colombie-Britannique.

L’habitat de prairie de l’espèce est limité et continue de faire l’objet d’une dégradation. Les menaces comprennent l’introduction et la propagation des espèces envahissantes, les changements dans le régime des feux, la dérive de pesticides et l’utilisation sans restriction de véhicules tous terrains.

Description et importance de l’espèce sauvage
L’Efferia okanagana Cannings (nom commun de travail : asile de l’Okanagan) est une grosse mouche (jusqu’à environ 2 cm de longueur) de la famille des Asilidés (asiles) au corps brun hérissé de fortes soies. Chez les deux sexes, l’arrière des yeux est bordé d’une rangée de soies doré-orange vif. Chez le mâle, les pièces génitales à l’extrémité de l’abdomen sont bien développées et en forme de marteau, et les trois derniers segments visibles de l’abdomen sont blanc argenté. Chez la femelle, l’extrémité de l’abdomen est prolongée d’un ovipositeur allongé en forme de sabre. Aucune sous-espèce n’est connue. La larve et la nymphe sont inconnues.

Cet asile est important car il est l’un des grands invertébrés les plus remarquables de l’écosystème de purshie tridentée au Canada. Cet habitat est en grande partie menacé, et à ce jour, l’asile de l’Okanagan n’a été observé nulle part ailleurs au monde.

Répartition
L’aire de répartition mondiale connue de l’asile de l’Okanagan se limite à cinq localités (28 sites individuels) réparties de Kamloops au nord jusqu’à Oliver au sud dans les vallées de l’Okanagan et de la Thompson, dans le centre-sud de la Colombie-Britannique.

Carte illustrant l’aire de répartition mondiale et canadienne de l’asile de l’Okanagan. Sur une carte de base du sud la Colombie-Britannique, les endroits exacts où se trouve l'espèce sont représentés par des points noirs et les localités estimées sont représentées par des triangles verts. Les emplacements sont situés près de Kamloops, Vernon et Oliver.

Aire de répartition mondiale et canadienne de l’asile de l’Okanagan.

Source : Modifié à partir du Rapport de situation du COSEPAC, novembre 2011.

Habitat
L’asile de l’Okanagan semble confiné aux prairies sèches à sol graveleux ou sablo-loameux comportant habituellement des zones de sol dénudé parsemées de touffes d’agropyre. Dans le sud de la vallée de l’Okanagan, cet asile a été trouvé uniquement dans la steppe à purshie tridentée.

Biologie
Les asiles sont des prédateurs généralistes d’autres insectes, tant durant leur vie larvaire qu’à l’âge adulte. Des adultes de l’asile de l’Okanagan ont été observés capturant des cicadelles, des taupins, des mégachiles, des abeilles de la famille des Andrénidés, des fourmis, des microlépidoptères, des syrphes, des tipules et des asiles. Après avoir capturé une proie à l’aide de leurs pattes épineuses, les adultes insèrent leur robuste rostre dans le corps de celle-ci pour y injecter une certaine quantité de salive protéolytique paralysante, puis aspirent les tissus ainsi dissous.

Les femelles déposent leurs oeufs dans les glumes vides des inflorescences de purshie tridentée de l’année précédente. Comme la plupart des Asilidés, l’asile de l’Okanagan se nourrit probablement à l’état larvaire d’invertébrés vivant dans le sol comme des larves de coléoptères. Le développement larvaire est étalé sur un à deux ans. La nymphose a lieu au dernier printemps, et les adultes émergent à la fin d’avril ou au début de mai.

Des asiles de l’Okanagan ont été récoltés ou photographiés entre le 17 avril et le 18 juin. La plupart des observations ont été effectuées au cours des deuxième et troisième semaines de mai.

Taille et tendances des populations
La taille des populations n’a pas été estimée à ce jour. À l’échelle régionale, les populations sont réparties de façon irrégulière dans l’habitat favorable, et leur densité varie considérablement d’un site à l’autre. Dans les zones d’habitat propice, une recherche de 30 minutes peut se solder par la capture de jusqu’à 15 individus, mais le nombre de captures varie généralement entre 0 et 5. Bien qu’on ne dispose d’aucune information directe sur les tendances des populations, les tendances liées à la destruction de l’habitat donnent à croire que les populations sont en déclin. Dans la portion sud de l’aire de répartition de l’asile de l’Okanagan, la superficie de la steppe à purshie tridentée, principal habitat de l’espèce, s’est rétrécie des deux tiers depuis le début de la colonisation européenne.

Menaces et facteurs limitatifs
Les menaces qui pèsent sur l’asile de l’Okanagan incluent la perte d’habitat ou sa dégradation (développement, en particulier la conversion de l’habitat en vignobles; surpâturage par le bétail; dommages causés par les véhicules), les feux de végétation et les changements qui en résultent, les plantes envahissantes, le réchauffement climatique et les effets des pesticides.

On sait très peu de choses sur les facteurs limitatifs. Une corrélation apparente mais non mesurée a été relevée entre la présence de l’asile de l’Okanagan et celle de l’agropyre à épi en terrain graveleux. La nature bien drainée de ces sols ou certaines autres caractéristiques sont peut-être des facteurs limitatifs pour l’espèce durant sa vie larvaire souterraine. Les seuls sites de ponte connus sont les glumes vides de vieilles inflorescences de cette graminée. Les larves se nourrissent dans le sol de larves d’insectes, et la quantité de proies disponibles pourrait jouer un rôle limitatif. Les adultes sont des prédateurs généralistes opportunistes, et la disponibilité des proies ne semble pas limitative.

Protection, statuts et classifications
L’asile de l’Okanagan ne bénéficie d’aucune protection légale, mis à part la protection générale qui lui est accordée dans les parcs et autres aires protégées provinciales ou fédérales et sur les terres appartenant à des organisations de conservation non gouvernementales comme Nature Trust of BC. Les aires protégées les plus importantes où l’espèce a été observée sont l’aire protégée Lac du Bois Grasslands près de Kamloops, le parc provincial du Lac Kalamalka près de Vernon (BC Parks, British Columbia Park Act) et les terres appartenant à Nature Trust of BC, à Okanagan Falls et au lac Vaseux. Trois des cinq localités et la plupart des sites où l’espèce a été récoltée se trouvent dans la steppe à purshie tridentée, dans le sud de la vallée de l’Okanagan. Les terres appartenant au gouvernement ou à des organisations de conservation privées assurent la protection de 15 % de ce qui reste de cet habitat en Colombie-Britannique.

L’asile de l’Okanagan n’est pas classé par le Programme sur la situation générale des espèces au Canada. Il n’est coté ni à l’échelle mondiale par NatureServe ni à l’échelle provinciale par le Centre de données sur la conservation de la Colombie-Britannique.

Photo : Baccharis à feuilles d’arroche

Nom scientifique
Baccharis halimifolia

Taxon
Plantes vasculaires

Situation du COSEPAC
Menacée

Aire de répartition canadienne
Nouvelle-Écosse

Justification de la désignation
Cette espèce fait partie de la flore de la plaine côtière de l’Atlantique. Cet arbuste canadien rare et isolé est restreint à un habitat de marais salé très particulier dans le sud de la Nouvelle-Écosse. Son habitat côtier est en déclin en raison de l’augmentation de l’aménagement du littoral. De plus, les effets des changements climatiques, incluant l’élévation du niveau de la mer et l’augmentation et la fréquence des ondes de tempête, mèneront à la perte et à la dégradation de l’habitat et auront des répercussions sur les individus au cours des quelques prochaines décennies.

Description et importance de l’espèce sauvage
Le baccharis à feuilles d’arroche est une plante vivace arbustive de la famille des Astéracées qui pousse dans les marais salés. Au Canada, l’arbuste peut atteindre une hauteur de 1 à 3 mètres et perd ses feuilles en automne. Les feuilles sont vert-gris et alternes. Les fleurs mâles et femelles sont produites par des individus différents. L’arbuste fleurit vers la fin de l’été, et ses inflorescences de fleurs minuscules peuvent être très nombreuses chez les plus grands individus. Les fruits sont surmontés d’un pappus (aigrette) d’un blanc éclatant qui rend les individus femelles faciles à détecter à la fin de l’été et au début de l’automne.

Au Canada, le baccharis à feuilles d’arroche est une espèce rare, qui se rencontre dans une zone restreinte située à plus de 400 km de l’occurrence la plus proche, située dans le nord du Massachusetts. Le baccharis à feuilles d’arroche est la seule espèce de son genre et de sa sous-tribu à pousser à l’état indigène au Canada. L’arbuste est employé à des fins horticoles aux États-Unis. Certaines espèces du genre Baccharis renferment divers composés ayant des usages médicinaux, dont certains pourraient servir contre le cancer, mais les propriétés de ces composés ont été peu étudiées. Aux États-Unis, des premières nations auraient fait usage de certaines espèces pour le traitement de plaies et de blessures ainsi que comme antibactérien ou comme vomitif. Le baccharis à feuilles d’arroche a été introduit en Europe méditerranéenne et en Australie, où il est devenu une plante nuisible envahissante. Dans certains États des États-Unis, l’espèce est considérée comme une mauvaise herbe nuisible à l’agriculture.

Répartition
Le baccharis à feuilles d’arroche pousse à l’état indigène le long du golfe du Mexique et de la côte est des États-Unis, depuis l’État de Vera Cruz, au Mexique, jusqu’à la partie nord du Massachusetts.

Carte de l’aire de répartition canadienne du baccharis à feuilles d’arroche. Sur une carte de base de l'extrême sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, la répartition canadienne est illustrée par des points noirs, et identifiées par des toponymes désignant les sous-populations. Les occurrences sont situées autour de l'estuaire de la rivière Tusket et de la baie Lobster.

Aire de répartition canadienne du baccharis à feuilles d’arroche dans l’extrême sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, avec indication des toponymes désignant les sous-populations.

Source : Modifié à partir du Rapport de situation du COSEPAC, novembre 2011.

Dans le sud, vers l’intérieur des terres, l’espèce atteint l’Oklahoma, l’Arkansas, le Tennessee et le plateau du Piedmont, juste à l’est des Appalaches, mais une partie de cette répartition résulte d’une propagation postérieure à la colonisation européenne. L’arbuste pousse également à l’état indigène à Cuba et dans les Bahamas. Au Canada, toutes les occurrences sont situées dans une zone côtière de 25 km de largeur, dans l’extrême sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Comme ces populations sont dominées par de gros individus matures, l’espèce semble être présente depuis longtemps dans cette province.

Habitat
Aux États-Unis, le baccharis à feuilles d’arroche se rencontre dans divers types de milieux humides ou perturbés. Au Canada, il se rencontre uniquement en terrain dégagé, en bordure de marais salés bien développés, à l’intérieur de havres ou de baies lui conférant une certaine protection contre le vent et les vagues. L’arbuste pousse à l’intérieur ou à proximité de la zone de transition entre le marais salé et la forêt côtière, où la végétation est dominée par des plantes graminoïdes et des arbustes de 0,5 à 2 m de hauteur. Des facteurs climatiques limitent sans doute la zone d’occurrence de l’espèce. Les courants océaniques exercent un effet modérateur sur le climat de la zone côtière du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse et particulièrement sur la région de Yarmouth, où pousse le baccharis à feuilles d’arroche. Les hivers y sont les plus doux au Canada, si on exclut le sud de la Colombie-Britannique, et les températures y sont beaucoup plus douces que sur la côte du Maine, pourtant située à la même latitude.

Biologie
En Nouvelle-Écosse, le baccharis à feuilles d’arroche fleurit depuis la fin juillet jusqu’au milieu ou à la fin septembre. Les individus femelles peuvent produire jusqu’à un million de graines. À maturité, les akènes (fruits renfermant une seule graine) sont dispersés par l’eau et le vent, cette dispersion étant facilitée par le pappus qui reste fixé à l’akène. Les akènes arrivent à maturité vers la fin août ou en septembre, et la plupart sont dispersés avant la fin octobre. En Nouvelle-Écosse (mais non dans le sud des États-Unis), les feuilles tombent à la fin octobre ou en novembre, plus tard que chez la plupart des autres arbustes poussant dans les mêmes milieux.

L’établissement à partir de graines doit être rare en Nouvelle-Écosse, car les semis sont rarement observés. Par ailleurs, comme le tronc des gros individus peut atteindre 10 cm de diamètre, il doit s’agir de vieux arbustes. Les individus matures peuvent sans doute persister plusieurs dizaines d’années ou même davantage, car de nouvelles pousses se forment à leur base. L’arbuste peut également se propager par enracinement de branches basses. Le réservoir de semences du sol n’a sans doute pas un rôle important, car les graines ont une capacité de dormance limitée; elles peuvent cependant survivre au moins deux ans si elles sont enfouies.

Taille et tendances des populations
Le nombre total estimatif d’individus matures présents au Canada est de 2850, et la plupart des individus ont sans doute été répertoriés. Trois populations sont connues, outre l’individu poussant dans un site isolé à Pubnico-Ouest. Les trois populations sont divisées en 9 sous-populations, dont deux réunissent environ 88 % de l’effectif canadien total de l’espèce.
Les tendances des populations n’ont pas été étudiées, mais les populations sont probablement assez stables. Jusqu’à présent, le développement foncier a seulement eu un impact localisé et peu important, mais certains sites sont exposés à un développement en cours ou imminent, et ce facteur pourrait constituer une menace future pour les autres.

Facteurs limitatifs et menaces
La seule menace imminente pour le baccharis à feuilles d’arroche est la perte d’habitat due au développement foncier du littoral et principalement à la construction de chalets et de résidences. Ce développement se poursuit de manière intensive sur la côte atlantique de Nouvelle-Écosse depuis une trentaine d’années et a entraîné une hausse fulgurante de la valeur des terrains. Le baccharis à feuilles d’arroche pousse dans des milieux côtiers esthétiquement attrayants, et la plupart des occurrences se trouvent à quelques centaines de mètres de bonnes routes. Le fait que l’habitat se trouve en bordure de la forêt côtière expose particulièrement l’espèce au débroussaillage effectué par les propriétaires souhaitant avoir vue sur la mer ou accès à la mer. L’espèce est cependant relativement protégée du développement dans de nombreux sites, y compris ceux des deux plus grandes sous-populations, qui se trouvent sur des îlots à l’intérieur de marais salés, ce qui rend la construction d’un chemin d’accès coûteuse ou contraire aux règlements de protection de l’environnement.

La mort d’individus apparemment causée par une inondation en eau salée a été observée très localement, et la perte d’habitat due à l’élévation du niveau de la mer pourrait un jour constituer une menace. L’impact localisé du broutage par les bovins a également été observé dans un des sites.

L’extrême concentration de l’effectif canadien (environ 88 % du total) en deux groupes denses occupant en tout 11,5 ha fait en sorte que le développement foncier, l’élévation du niveau de la mer et les phénomènes de nature aléatoire risquent de réduire de manière substantielle l’effectif canadien total de l’espèce. S’il y a peu de recrutement à partir de graines, comme le laissent croire certaines observations, tout facteur pouvant détruire des individus matures constitue une menace particulièrement grave.

Protection, statuts et classements
Le baccharis à feuilles d’arroche ne jouit actuellement d’aucune protection juridique. Cependant, un rapport de situation provincial est en préparation, ce qui pourrait assurer à l’espèce une désignation à titre d’espèce en péril et une protection en vertu de la Nova Scotia Endangered Species Act. Aucune des populations canadiennes ne se trouve dans une zone protégée.

Selon l’organisme NatureServe, le baccharis à feuilles d’arroche est « non en péril » à l’échelle mondiale (G5) et à l’échelle des États-Unis (N5), mais gravement en péril à l’échelle du Canada (N1) et de la Nouvelle-Écosse (S1). Aux fins de la Situation générale des espèces au Canada, l’espèce est jugée « possiblement en péril », ce qui équivaut à la cote « rouge » du système de classement du ministère des Richesses naturelles de la Nouvelle-Écosse. Aux États-Unis, l’espèce est jugée rare uniquement au Rhode Island, où elle est cotée S2 (en péril), et en Pennsylvanie, où elle est cotée S3 (vulnérable) et officiellement désignée « rare ».

Photo : Bécasseau roussâtre

Nom scientifique
Tryngites subruficollis

Taxon
Oiseaux

Situation du COSEPAC
Préoccupante

Aire de répartition canadienne
Yukon, Territoires du Nord-Ouest, Nunavut, Colombie-Britannique, Alberta, Saskatchewan, Manitoba, Ontario, Québec

Justification de la désignation
L’Arctique canadien comporte environ 87 % de l’aire de nidification nord-américaine de cet oiseau de rivage et environ 75 % de la population mondiale. L’espèce était autrefois commune et peut-être même abondante historiquement, mais elle a connu un grave déclin découlant de la chasse intensive pratiquée à des fins commerciales à la fin des années 1800 et au début des années 1900. Dès les années 1920, elle aurait été sur le point de disparaître. La population s’est accrue depuis qu’il est interdit de chasser cet oiseau en Amérique du Nord, mais ses effectifs demeurent de loin inférieurs au nombre d’individus présents avant le début de la pratique de la chasse. Il y a des indications que la population a subi un déclin dans les dernières décennies, et de nombreuses organisations de conservation considèrent l’espèce préoccupante dans toute son aire de répartition. Toutefois, il est difficile de faire un suivi efficace de cette espèce, et les données nécessaires à l’estimation des tendances démographiques sont actuellement manquantes. Hors de la période de reproduction, la perte et la dégradation de son habitat de prairie spécialisé, tant dans ses aires d’hivernage en Amérique du Sud que le long de ses couloirs de migration, sont considérées comme présentant les menaces les plus graves.

Description et importance de l’espèce sauvage
Le Bécasseau roussâtre (Tryngites subruficollis) est un oiseau de rivage de taille moyenne à face et à dessous de couleur chamois, et à taches brunes ou noires sur les ailes et le dos. Il est le seul oiseau de rivage d’Amérique du Nord à avoir un mode d’accouplement de type lek, selon lequel les mâles se rassemblent et affichent un comportement de pariade pour la recherche de femelles.

Répartition
Le Bécasseau roussâtre niche dans les régions arctiques de l’est de la Russie, de l’Alaska, du Yukon et du centre-nord du Canada. Il passe l’hiver en Amérique du Sud, principalement en Argentine, au Brésil et en Uruguay. Environ 87 % de l’aire de répartition de l’espèce en Amérique du Nord se trouve au Canada, et l’oiseau niche sur le versant nord du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut, ainsi que dans l’archipel arctique canadien. Les adultes migrent vers le sud et l’aire d’hivernage en survolant l’intérieur de l’Amérique du Nord, alors que les jeunes ont tendance à se disperser jusqu’aux côtes de l’Atlantique et du Pacifique avant de se diriger vers le sud. La migration vers le nord et l’aire de reproduction est concentrée dans le centre des États-Unis et du Canada, une grande proportion de la population survolant l’Alberta et la Saskatchewan.

Carte illustrant l’aire de reproduction du Bécasseau roussâtre en Amérique du Nord. Sur une carte de base du Canada et de l'Alaska, la répartition est indiquée par une zone orange ombragée le long de la côte nord de l'Alaska aux États-Unis, la côte nord du Yukon, la côte nord des Territoires du Nord-Ouest sur le continent ainsi que sur plusieurs îles. L’espèce est aussi présente sur une petite zone de la partie continentale du nord-ouest du Nunavut, et sur plusieurs îles de l’Archipel Arctique.

Aire de reproduction du Bécasseau roussâtre en Amérique du Nord.

Source : Modifié à partir du Rapport de situation du COSEPAC, mai 2012 (carte réalisée par Jennie Rausch, Environnement Canada).

Habitat
L’aire de reproduction se trouve exclusivement dans des habitats de toundra. Durant la migration et durant l’hiver, le Bécasseau roussâtre occupe surtout les habitats de prairies. Avant l’établissement des Européens en Amérique du Nord, l’habitat de halte pour les individus migrateurs était principalement constitué de prairies à herbacées courtes indigènes qui étaient broutées par le bison. Or, la majeure partie de cet habitat est cultivé depuis ce temps. De nos jours, les oiseaux font halte principalement dans divers sites transformés par les humains, comme les champs cultivés, les terrains de golf, les pistes d’aéroports, les gazonnières et les pâturages broutés par les animaux d’élevage. Le Bécasseau roussâtre passe l’hiver principalement dans les pampas d’Amérique du Sud, où le broutement des animaux d’élevage contribue au maintien de la structure d’herbacées courtes que préfère l’oiseau. Les populations hivernantes occupent aussi souvent les environs des lagunes côtières.

Biologie
Les mâles et les femelles arrivent ensemble dans l’aire de reproduction de l’Arctique, de la fin de mai à la mi-juin. Les mâles affichent un comportement de pariade dans les territoires pour attirer les femelles. Les femelles n’ont qu’une nichée de quatre oeufs, et le nid est aménagé sur le sol. Au début de septembre, la plupart des individus s’envolent vers leur aire d’hivernage. Le régime alimentaire du Bécasseau roussâtre comprend des insectes terrestres et des araignées, des invertébrés aquatiques et des graines de végétaux.

Taille et tendances des populations
Selon l’estimation la plus récente, la population mondiale de Bécasseaux roussâtres compterait 56 000 oiseaux (plage : de 35 000 à 78 000 oiseaux). Environ 42 000 oiseaux se reproduiraient au Canada (plage : de 26 250 à 58 500 oiseaux), ce qui représente environ 75 % de la population mondiale de l’espèce. La population aurait déjà compté des centaines de milliers à des millions d’individus, avant qu’elle ne connaisse un déclin précipité associé à la chasse commerciale à la fin des années 1800 et au début des années 1900. Selon les observations récentes, le déclin de l’espèce s’est poursuivi au cours des dernières décennies, mais il n’existe aucune donnée de surveillance à long terme qui permette de vérifier cette apparente tendance.

Facteurs limitatifs et menaces
La perte d’habitat, la fragmentation et la dégradation de l’habitat constituent probablement les principales menaces pour les populations de Bécasseaux roussâtres. En Arctique, l’habitat de reproduction chevauche des zones d’exploitation minière, pétrolière ou gazière. Dans une grande partie du reste de l’habitat de migration et de l’habitat d’hivernage, les prairies indigènes ont pour la plupart disparu, et l’espèce occupe de nos jours des habitats transformés par les humains. L’utilisation régulière des terres cultivées par le Bécasseau roussâtre l’expose peut-être aux produits agrochimiques, alors que les changements dans les pratiques agricoles (p. ex. la modification des régimes de pâturages et les semis directs) peuvent faire diminuer la disponibilité de la nourriture et limiter l’habitat adéquat. De plus, l’élaboration de projets d’énergie éolienne le long de la voie migratoire d’Amérique du Nord pourrait avoir des répercussions négatives sur l’espèce.

Les changements climatiques peuvent avoir des impacts sur le Bécasseau roussâtre de plusieurs manières. L’avancée vers le nord de la végétation arbustive modifiera profondément son habitat de nidification dans la toundra. La hausse du niveau de la mer et l’augmentation des précipitations pourraient entraîner l’inondation de l’habitat côtier de l’espèce dans l’aire de reproduction et dans l’aire d’hivernage. Des tempêtes plus fréquentes et plus intenses pourraient faire augmenter le taux de mortalité des jeunes durant la migration le long de la côte atlantique. Il est prévu aussi que les changements climatiques causeront des sécheresses plus fréquentes et plus graves dans les prairies canadiennes et les grandes plaines des États-Unis, ce qui pourrait entraîner des répercussions négatives sur l’habitat de milieux humides et d’étangs saisonniers et mener à une réduction de la disponibilité de la nourriture durant la migration.

Protection, statuts et classifications
Au Canada, le Bécasseau roussâtre est protégé en vertu de la Loi de 1994 sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs du gouvernement fédéral. Il est considéré comme une « espèce quasi menacée » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et comme une « espèce préoccupante » sur le plan de la conservation par le U.S. Fish and Wildlife Service et le Plan canadien de conservation des oiseaux de rivage. Selon le plan de conservation des oiseaux de rivage des États-Unis, le Bécasseau roussâtre est une « espèce grandement en péril ». Au Canada, il est classé à l’échelle nationale comme une espèce sensible à la disparition ou la disparition du pays ou à la disparition de populations locales. Dans l’aire d’hivernage, il est considéré comme une « espèce menacée » en Argentine, une « espèce vulnérable » dans certaines parties du Brésil, une « espèce quasi menacée » au Paraguay, et une « espèce prioritaire » en Uruguay. Aucune des mesures de protection existantes ne s’étend à la conservation de l’habitat de l’espèce.

Photo : Bruant de Baird

Nom scientifique
Ammodramus bairdii

Taxon
Oiseaux

Situation du COSEPAC
Préoccupante

Aire de répartition canadienne
Alberta, Saskatchewan, Manitoba

Justification de la désignation
Le Canada comprend environ 60 % de la population reproductrice de cet oiseau chanteur des Prairies. Cette espèce était commune et peut-être même abondante historiquement. Elle a subi des déclins attribuables à la conversion agricole de son habitat de prairies naturelles à l’échelle des Grandes Plaines. Il existe de bonnes indications d’un déclin de la population dans les dernières décennies, mais comme il est difficile de faire un suivi efficace de l’espèce, l’information sur les tendances de la population à court terme est relativement pauvre. La perte et la dégradation de son habitat de prairie spécialisé dans les lieux de reproduction et d’hivernage constitueraient les menaces les plus importantes. Les indications d’un déclin de population à long terme associé à des menaces permanentes pesant sur l’habitat sont les raisons principales pour faire passer l’espèce du statut « non en péril » à celui d’« espèce préoccupante ».

Description et importance de l’espèce sauvage
Le Bruant de Baird est un passereau des prairies timide et discret, qui se distingue d’autres passereaux par la présence de deux étroites rayures ressemblant à une moustache sur les côtés de la tête lavée d’ocre ou de chamois et d’un collier de fines lignes noires sur la poitrine, ainsi que par son chant qui se termine habituellement par un trille musical grave. En tant qu’espèce des prairies du nord à aire de répartition restreinte, le Bruant de Baird constitue un précieux indicateur de l’état des prairies dans cette région.

Répartition
L’aire de reproduction du Bruant de Baird va du sud de l’Alberta et de la Saskatchewan jusqu’au sud-ouest du Manitoba, puis vers le sud, jusqu’au Montana, le Wyoming et le Dakota du Sud. Le Canada englobe environ 45 % de l’aire de reproduction de l’espèce et abrite une proportion encore plus grande de sa population mondiale. L’aire d’hivernage du Bruant de Baird s’étend du sud de l’Arizona, au Nouveau-Mexique et au Texas vers le sud jusqu’au centre-nord du Mexique.

Aire de nidification et aire d’hivernage du Bruant de Baird. Sur une carte de l'Amérique du Nord et Centrale, l'aire de nidification est une zone bleue qui coïncide avec les Grandes Plaines du Nord. Elle s'étend du nord du Dakota du Sud, inclut la plupart du Montana, le sud-ouest du Manitoba, le tiers sud de la Saskatchewan et s'étend en Alberta jusqu'aux Rocheuses à l'ouest et jusqu'à Edmonton au nord. L'aire d'hivernage est orange,  centrée dans le nord du Mexique et plonge dans le Texas et l'Arizona.

Aire de nidification et aire d’hivernage du Bruant de Baird.

Source : Modifié à partir de « Birds of North America Online (en anglais seulement) » maintenu par le Cornell Lab of Ornithology, Ithaca, NY.

Habitat
Le Bruant de Baird niche principalement dans de grandes étendues de la prairie mixte et de fétuque parsemées d’arbustes épars, où la hauteur de l’herbe est modérée et le sol présente un peu de litière. Des parcelles d’habitat non indigène peuvent parfois présenter ces caractéristiques, mais le succès de reproduction peut être faible dans certaines de ces parcelles, comme le foin cultivé et les terres agricoles. Plus de 75 % des prairies naturelles dans l’aire de nidification du Bruant de Baird ont été détruites depuis les années 1800 suite à leur conversion en terres agricoles. La destruction, la dégradation et la fragmentation de l’habitat se poursuivent dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce.

Biologie
Le Bruant de Baird se reproduit probablement au cours de sa première année de vie et il vit environ 3 ans. Il niche de la fin mai jusqu’à juillet, et élève 1,5 oisillon en moyenne durant ses une ou deux tentatives annuelles de reproduction. Environ la moitié des nids connaissent un échec, la plupart étant victimes d’une gamme d’oiseaux et de mammifères prédateurs. Le Bruant de Baird revient rarement au même endroit pour y nicher chaque année, choisissant plutôt de s’installer là où les conditions sont propices à la nidification.

Taille et tendances de la population
D’après des données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS), la population mondiale se chiffre à 1,2 million d’individus (± 50 %), dont 60 % nichent au Canada. Le BBS révèle, chez la population canadienne, un taux de déclin annuel moyen mais statistiquement non significatif de 2,0 % depuis 1970 (IC à 95 % : -4,5 à 0,6). Toutefois, parce que le Bruant de Baird semble modifier sa répartition au moment de la nidification en réponse aux régimes de précipitations, la combinaison des données à long terme du BBS pour le Canada et les États-Unis est considérée comme représentant une source plus appropriée des estimations des tendances de la population. Les données combinées donnent un taux de déclin statistiquement significatif de 25 % (IC à 95 % : -13 à -39) au cours de la dernière décennie.

Menaces et facteurs limitatifs
La destruction, la dégradation et la fragmentation de l’habitat, attribuables à divers facteurs, parmi lesquels l’extraction d’énergie devient particulièrement important récemment, constituent les principales menaces pesant sur le Bruant de Baird. La perturbation des processus naturels (résultant du broutage, du brûlage et de la sécheresse), les activités agricoles, le parasitisme des couvées par le Vacher à tête brune, les pesticides et les changements climatiques comptent parmi les autres menaces.

Protection, statuts et classifications
Le Bruant de Baird est protégé en vertu de la Loi de 1994 sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs adoptée par le Canada et les États-Unis et la Loi sur les espèces en voie de disparition du Manitoba. L’espèce est reconnue comme étant en péril à l’échelle de son aire de répartition selon plusieurs classifications non prévues par la loi; elle figure sur la liste nationale des espèces d’oiseaux dont la situation est jugée préoccupante aux États-Unis (Birds of Conservation Concern) et la liste de surveillance de Partenaires d’envol et de la Audubon Society. Divers programmes de conservation des prairies naturelles sont en place, mais moins de 25 % de la région des Prairies canadiennes est encore constituée de prairies naturelles et seulement 15 % des prairies naturelles dans l’ensemble de l’aire de répartition du Bruant de Baird est protégé.

Photo : Buchloé faux-dactyle

Spécimen mâle

Nom scientifique
Bouteloua dactyloides

Taxon
Plantes vasculaires

Situation du COSEPAC
Préoccupante

Aire de répartition canadienne
Saskatchewan, Manitoba

Justification de la désignation
Cette graminée est présente dans des zones restreintes de prairies reliques à herbes courtes dans le sud de la Saskatchewan et du Manitoba. Les menaces qui pèsent sur cette espèce comprennent l’exploitation de mines de charbon à ciel ouvert, les espèces exotiques envahissantes et la prolifération de la végétation ligneuse et de l’herbe haute qui étaient autrefois contrôlées par le broutage du bison et le feu. Cependant, des efforts de relevés récents ont permis d’accroître le nombre connu de populations et, par conséquent, l’espèce n’est plus menacée.

Description et importance de l’espèce
La buchloé faux-dactyle est une graminée vivace courte, à feuilles ayant tendance à s’enrouler, qui produit des stolons et forme ainsi de denses tapis. L’espèce est principalement dioïque, c’est-à-dire que les fleurs staminées (mâles) et les fleurs pistillées (femelles) se trouvent sur des individus différents. Les individus mâles ont des tiges grêles érigées, la plupart hautes de 6 à 12 cm, portant 1 à 3 épis longs d’environ 1 cm à épillets disposés tous du même côté de l’axe. Les individus femelles ont des tiges courtes, cachées par les feuilles et souvent couchées, portant des glomérules durs et épineux d’épillets à 1 fleur; le glomérule constitue l’unité de dispersion. Aux États-Unis, la buchloé faux-dactyle connaît une utilisation importante comme plante fourragère et comme gazon, parce qu’elle tolère bien la sécheresse.

Répartition
La buchloé faux-dactyle est répandue en Amérique du Nord. Son aire s’étend du centre du Mexique jusqu’à l’extrême sud des Prairies du Canada et couvre les prairies du Chihuahua et des Grandes Plaines des États-Unis. Au Canada, elle est présente dans le sud-est de la Saskatchewan et dans le sud-ouest du Manitoba, limites nord de son aire de répartition. L’effectif canadien de l’espèce équivaut à moins de 1 % de son effectif mondial.

Habitat
Au Canada, la buchloé faux-dactyle pousse dans les parcelles restantes de prairie à graminées courtes, en terrain sec, dans des sols argileux à argilo-loameux. On la trouve souvent sur le fond et les versants inférieurs de vallées peu profondes, en contrebas d’affleurements de schiste argileux, ou sur les replats situés à mi-hauteur de versants orientés au sud ou à l’ouest des vallées de la Souris et de la Blind. Elle ne pousse que là où la compétition graminées et autres herbacées plus hautes et plus compétitives est faible. Le pâturage et le piétinement modérés semblent favoriser le maintien de conditions propices à l’espèce.

Biologie
La buchloé faux-dactyle se reproduit par voie végétative (formation de denses tapis clonaux), et par voie sexuée (production des graines issues d’une pollinisation croisée assurée par le vent). Au Canada, la buchloé faux-dactyle fleurit au milieu de l’été et produit des graines entre la fin de juillet et la fin d’août. Les glomérules épineux, qui renferment les graines, sont dispersés par les herbivores et l’eau. L’espérance de vie des individus de un an est de 2,16 années, et la longévité maximale est de 35 années. On estime que la viabilité des graines est relativement longue, soit de 25 à 35 ans.

Aire de répartition canadienne du buchloé faux-dactyle. Sur une carte de base du sud-est de la Saskatchewan et du sud-ouest du Manitoba, le long de la frontière américaine, la répartition est indiquée par deux zones grises ombragées. Une est située près d’Estevan, en Saskatchewan, l'autre est juste au nord de la frontière américaine, à 25 km à l'est de la frontière entre le Manitoba et la Saskatchewan.

Aire de répartition canadienne de la buchloé faux-dactyle.

Source : Environnement Canada. 2007. Programme de rétablissement de la buchloé faux-dactyle (Buchloë dactyloides) au Canada. Série de Programmes de rétablissement de la Loi sur les espèces en péril. Environnement Canada, Ottawa, vi + 33 p.

Taille et tendances des populations
Il existe deux populations de buchloé faux-dactyle au Canada : une au Manitoba, au sud de Melita, dans les vallées de la Blind et de la Souris, et l’autre en Saskatchewan, à l’ouest d’Estevan, des deux côtés de la vallée de la Souris. Il est difficile de déterminer le nombre d’individus matures, car l’espèce forme de denses colonies clonales où les individus s’entrecroisent et ne peuvent donc pas être distingués les uns des autres; on ignore donc l’effectif total précis de l’espèce. Toutefois, grâce aux relevés et aux cartes détaillés réalisés depuis la dernière évaluation de l’espèce, en 2001, on sait aujourd’hui que l’effectif de la population canadienne de buchloé faux-dactyle est considérablement plus élevé que ce qui était indiqué dans le rapport de situation dernier. Ce changement n’est vraisemblablement pas attribuable à une augmentation massive de l’effectif au cours des 10 dernières années, mais plutôt aux activités de recherche insuffisantes menées pour la préparation du dernier rapport.

Menaces et facteurs limitatifs
Les menaces potentielles pesant sur la buchloé faux-dactyle découlent davantage de la faible superficie et du caractère inhabituel des milieux occupés par l’espèce ainsi que du risque de transformation de ces milieux dans l’avenir que de son faible effectif au Canada. Ces menaces sont, par ordre d’importance, les mines de charbon à ciel ouvert, les espèces exotiques envahissantes, l’interruption des régimes naturels de perturbation (notamment liés au pâturage et aux incendies), l’inondation associée aux réservoirs et barrages, l’agriculture et la construction ou l’amélioration des routes.

Protection, statuts et classements
La buchloé faux-dactyle figure à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril, à titre d’espèce menacée. Au Manitoba, elle est considérée comme menacée et est protégée aux termes de la Loi sur les espèces en voie de disparition. En Saskatchewan, seule la petite population de buchloé faux-dactyle située dans la réserve écologique Buffalograss est protégée. NatureServe a attribué à l’espèce les cotes N1 (gravement en péril) au Canada et S1 (gravement en péril) au Manitoba et en Saskatchewan.

Nom scientifique
Cynomys ludovicianus

Taxon
Mammifères

Situation du COSEPAC
Menacée

Aire de répartition canadienne
Saskatchewan

Justification de la désignation
Ce petit mammifère est limité à une population relativement petite dans le sud de la Saskatchewan. Le changement de statut d’espèce préoccupante à espèce menacée est fondé principalement sur la menace de l’augmentation des sécheresses et la peste sylvatique, lesquelles pourraient causer d’importants déclins de populations si elles se produisent fréquemment. Les prédictions pointent vers une augmentation de la fréquence des sécheresses en raison des changements climatiques. La peste sylvatique a été enregistrée pour la première fois en 2010. Bien que la population canadienne se trouve dans une aire protégée, elle existe dans une petite zone et elle est isolée des autres populations, lesquelles sont toutes situées aux États-Unis.

Description et importance de l’espèce sauvage
Le chien de prairie est un rongeur fouisseur diurne qui vit en colonies. Son corps mesure entre 35 et 42 cm, ses pattes sont courtes, sa queue est noire à l’extrémité, ses oreilles sont petites et brunes à brun rougeâtre, et sa fourrure ventrale est blanc cassé.

Le chien de prairie, importante composante des écosystèmes indigènes des prairies à graminées courtes et mixtes, fournit un habitat de reproduction à deux espèces en voie de disparition, soit le Pluvier montagnard et la Chevêche des terriers. Il constitue aussi une proie importante de plusieurs espèces rares et en voie de disparition, notamment le putois d’Amérique (récemment réintroduit). La population canadienne de chiens de prairie est considérée comme une population locale distincte parce qu’elle est située dans la portion la plus septentrionale de l’aire de répartition de l’espèce en plus d’être isolée des populations aux États-Unis.

Répartition
Le chien de prairie se rencontre dans les prairies à graminées courtes et mixtes d’Amérique du Nord, depuis le nord du Mexique jusqu’en Saskatchewan, au Canada. L’espèce a disparu de la partie qui va de l’est du Texas vers l’est du Dakota du Nord. Dans les endroits où elle persiste, la zone d’occupation réelle est limitée, et les colonies sont essentiellement petites et isolées. Au Canada, la population se trouve dans la vallée du cours inférieur de la rivière Frenchman et les zones adjacentes du sud-ouest de la Saskatchewan. La population canadienne se répartit en 18 colonies, toutes proches les unes des autres (12 km²); les échanges entre colonies sont probables, et l’on considère que la population forme une seule unité désignable. Une seconde population, près d’Edmonton, en Alberta, est issue d’individus élevés en captivité qui se sont échappés; elle n’est donc pas traitée, conformément aux lignes directrices du COSEPAC.

Carte de la répartition des colonies de chiens de prairie au Canada. Sur une carte de base du sud de la Saskatchewan, les colonies sont illustrées par des taches noires dans la région de la vallée de la rivière Frenchman.

Répartition des colonies de chiens de prairie au Canada.

Source : Tuckwell, J., et T. Everest. 2009. Plan de gestion pour le chien de prairie (Cynomys ludovicianus) au Canada. Série des plans de gestion de la Loi sur les espèces en péril. Agence Parcs Canada, Ottawa, vii + 34 p.

Habitat
Le chien de prairie vit dans des prairies aux sols capables de soutenir des réseaux de terrier étendus. L’étendue spatiale des colonies de chiens de prairie tend à être stable en l’absence d’éclosions de peste sylvatique, et l’espèce peut occuper la même zone pendant de nombreuses années. Les colonies sont caractérisées par une végétation courte et de nombreux monticules de terre (souvent de 30 à 60 cm de haut) édifiés à l’entrée de chaque terrier.

Biologie
Le chien de prairie est herbivore, se nourrissant principalement d’herbes. Les individus vivent en groupes familiaux (coteries) composés de 1 mâle et de 2 à 4 femelles; 1 ou 2 petits âgés de 12 mois à 2 ans peuvent également être présents. Les coteries sont regroupées en colonies. Les individus âgés de plus de 2 ans s’accouplent en mars-avril, puis 2 à 6 petits naissent en mai. L’âge maximal consigné est de 5 ans pour les mâles et de 8 ans pour les femelles. Ce sont surtout les mâles de 12 mois à 2 ans qui se dispersent. Le chien de prairie hiberne 4 mois en hiver.

Taille et tendances de la population
La taille de la population canadienne de chiens de prairie n’est pas connue. Toutefois, en 2010, on a estimé la taille minimale à 6 165 à 9 360 individus matures en se fondant sur des données de dénombrements visuels ainsi que sur la superficie totale occupée par les colonies.

Les limites des colonies ont été cartographiées périodiquement depuis 1970 et tous les deux ans depuis 1992. La superficie des colonies varie de 0,6 à 172 ha, et la superficie totale occupée par les chiens de prairie au Canada a augmenté, passant d’un creux de 828,8 ha (8 km²) en 1992-1993 à un pic de 1 235,4 ha (12 km²) en 2009. Toutefois, comme la superficie des colonies n’est pas une bonne mesure de la densité des chiens de prairie, un accroissement de l’étendue des colonies n’indique pas nécessairement une hausse de la taille de la population.

Il est difficile de fournir une estimation ou de déterminer une tendance parce que la densité de chiens de prairie peut varier considérablement d’une colonie à l’autre et d’une année à l’autre. Des dénombrements visuels sont réalisés dans plusieurs colonies du parc national des Prairies du Canada depuis 1992; leurs résultats indiquent que la taille de la population de chiens de prairie subit des fluctuations à court terme importantes (d’un facteur de 4 en moyenne). Les variations des conditions de croissance et/ou les interactions avec d’autres facteurs, dont les sécheresses, contribueraient à ces fluctuations importantes. Différent indicateurs révèlent un déclin ces 10 dernières années, ou encore, que tout déclin n’est pas statistiquement significatif. De plus, les données démographiques incluent les juvéniles; or, les évaluations du COSEPAC sont fondées uniquement sur les adultes. Dans l’ensemble, la taille et les tendances de la population ne sont pas connues, mais sont sans doute stables, les baisses de la densité au sein des colonies semblant être compensées par la stabilisation ou l’augmentation de la superficie totale occupée par la population.

Menaces et facteurs limitatifs
La population canadienne représente une seule localité parce que deux menaces, soit la peste sylvatique épizootique et les sécheresses, peuvent perturber l’ensemble de la population sur une courte période. En 2010, on a trouvé au Canada un seul chien de prairie mort de la peste sylvatique. La peste est soupçonnée d’avoir causé la perte d’une petite colonie de 4 ha située à plus de 10 km de l’endroit où l’individu mort a été trouvé. En 2011, des petits ont été aperçus à l’endroit où le cas de peste avait été répertorié, ce qui donne à penser qu’il ne s’agissait pas d’une éclosion épizootique puisque de nombreuses colonies voisines n’ont pas disparu. Les sécheresses limitent la production de nourriture et expliquent probablement les fluctuations des niveaux de population. Les sécheresses sont un phénomène naturel, mais on prévoit que leur fréquence augmentera.

La récente (2009) réintroduction du putois d’Amérique a exposé les chiens de prairie à un prédateur qu’il n’avait pas rencontré depuis 70 ans, et la résilience de la population canadienne à la peste sylvatique et à la prédation par le putois n’est pas claire. L’impact du putois d’Amérique sur le chien de prairie est surveillé, mais aucun résultat n’était disponible au moment de la rédaction du présent rapport.

La plupart des autres menaces sont mineures, principalement parce que les activités menées au sein de la zone réglementée protégée qui abrite les colonies sont restreintes. L’expansion de la population au-delà de la zone actuelle serait nécessaire pour que l’espèce se rétablisse et que le COSEPAC retire sa désignation, mais les menaces nombreuses à l’extérieur de la zone réglementée rendent peu probable l’expansion.

Protection, statuts et classements
En novembre 2000, le COSEPAC avait évalué le chien de prairie, qui figure actuellement à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral, parmi les espèces préoccupantes. Un plan de gestion a été achevé en 2009. Cinquante-neuf pour cent de la superficie occupée par les colonies se trouve dans le parc national des Prairies et est protégée aux termes de la Loi sur les parcs nationaux du Canada.

En Saskatchewan, les chiens de prairie sont protégés par la Wildlife Act de la Saskatchewan, qui interdit de les tuer, de les blesser ou de les harceler sans permis. La Wildlife Habitat Protection Act de la Saskatchewan protège leur habitat situé sur des terres publiques. Les colonies de chiens de prairie sont protégées dans la zone réglementée de 2007, qui fait partie de l’habitat essentiel du putois d’Amérique et de la Chevêche des terriers. Des permis de lutte contre les chiens de prairie peuvent être délivrés par le ministère de l’Environnement de la Saskatchewan (Saskatchewan Ministry of Environment) si les colonies s’étendent au-delà des limites de 2007. Jusqu’à maintenant, un permis a été délivré chaque année.

Photo : Cryptanthe minuscule

Nom scientifique
Cryptantha minima

Taxon
Plantes vasculaires

Situation du COSEPAC
Menacée

Aire de répartition canadienne
Alberta, Saskatchewan

Justification de la désignation
Au Canada, cette petite plante herbacée annuelle se limite à une petite zone d’habitat de prairie dans le sud-est de l’Alberta et le sud-ouest de la Saskatchewan. Bien qu’un plus grand effort de recherche ait permis de constater que l’aire de répartition et la taille des populations sont plus grandes, l’espèce demeure menacée par le développement résidentiel et industriel, les activités agricoles, les régimes hydrologiques altérés et par l’absence de feux et de pâturage permettant ainsi l’empiètement de la végétation concurrente, telles que les espèces envahissantes. L’étendue et la qualité de l’habitat de l’espèce continuent de diminuer et l’espèce est exposée à des fluctuations extrêmes dans la taille des populations, augmentant sa vulnérabilité.

Description et importance de l’espèce sauvage
La cryptanthe minuscule est une petite plante annuelle aux tiges et aux feuilles garnies de poils raides qui produit de petites fleurs blanches à centre jaune. Les populations du Canada sont les occurrences situées le plus au nord de l’aire de répartition de l’espèce, et, comme elles sont séparées des populations du sud, elles pourraient présenter une variabilité génétique d’un type unique qui pourrait contribuer à des adaptations et à la persistance à long terme de l’espèce.

Répartition
La cryptanthe minuscule est originaire de l’Amérique du Nord. Au Canada, elle est associée à des bassins hydrographiques, essentiellement la vallée de la rivière Saskatchewan Sud, dans la moitié est de l’Alberta et dans l’ouest de la Saskatchewan. On la trouve aussi dans le cours inférieur des rivières Red Deer et Bow et près des rivières Oldman et Lost, en Alberta, et près de la rivière Red Deer en Saskatchewan. Hors du Canada, la zone d’occurrence la plus proche est une collection historique située à Great Falls, au Montana, soit à environ à 200 km de la population de l’Alberta la plus au sud, qui se trouve à Onefour. L’aire de répartition de la cryptanthe minuscul au Canada représente moins de 1 % de l’aire totale de l’espèce.

Carte illustrant la répartition de la cryptanthe minuscule au Canada. Sur une carte de base du sud de l'Alberta et de la Saskatchewan, les sites existants sont affichés par des points noirs le long de la rivière Saskatchewan Sud, dans la région de Medicine Hat.

Répartition de la cryptanthe minuscule au Canada.

Source : Modifié à partir du Rapport de situation du COSEPAC, mai 2012.

Habitat
La cryptanthe minuscule pousse dans un rayon d’environ cinq kilomètres des bassins hydrographiques, généralement en terrain élevé plat ou onduleux au sol sableux et dans les dunes près des replats des vallées, sur les versants des vallées d’une inclinaison pouvant atteindre 50 % et sur les terrasses sans inclinaison ou à faible inclinaison du fond des vallées, plus particulièrement dans les lobes de méandres où les crues perturbent plus souvent le milieu. Pour qu’elle s’établisse, il lui faut un lieu où n’abonde pas la litière et où au moins 10 % du sol est nu. La perturbation périodique du sol par le vent, l’eau, l’érosion ou les animaux est nécessaire pour dégager des espaces dans la végétation où les graines pourront germer et les plantules s’établir. Toutefois, les lieux exposés à de fortes perturbations à répétition tels que les terrains en pente soumis à une érosion active, les dunes et les bancs de sable, ne semblent pas convenir à la cryptanthe minuscule.

Photo : Habitat de la cryptanthe minuscule.

Habitat de la cryptanthe minuscule.

Biologie
La cryptanthe minuscule est une espèce annuelle dont la plus grande partie du cycle vital est à l’état de graine. Dépourvue de mécanisme de dormance, cette espèce peut toutefois avoir une phase de dormance conditionnelle, la germination des graines dépendant de la température et de l’humidité. La proportion de graines constituant le réservoir de semences du sol et la période de viabilité des graines sont encore inconnues.

Les graines de la cryptanthe minuscule sont probablement dispersées par un mécanisme passif, la plupart tombant près de la plante mère. Il est aussi possible qu’elles soient dispersées par les animaux, le vent et l’eau. Cette espèce ne se reproduit pas par voie asexuée.

Taille et tendances des populations
Au Canada, on dénombre 25 populations existantes de cryptanthe minuscule, soit 22 en Alberta, deux en Saskatchewan et une dans une zone qui s’étend de part et d’autre de la limite du territoire entre l’Alberta et la Saskatchewan. Il se peut qu’une troisième population ait été mal identifiée en Saskatchewan ou qu’elle soit disparue. En raison du cycle vital annuel de la cryptanthe minuscule, de l’époque où les relevés sont effectués durant la saison de végétation et du petit nombre de relevés qui ont été repris dans les populations connues, il est impossible d’étudier à fond les tendances de la population de cette espèce.

Facteurs limitatifs et menaces
Le manque d’habitat est un facteur limitatif. Parmi les menaces signalées figurent la destruction et la détérioration de l’habitat causées par la construction résidentielle et l’exploration pétrolière et gazière. L’agriculture et l’extraction de sable et de gravier font aussi partie des menaces recensées. À ces éléments s’ajoute le changement des processus naturels dû à la modification des régimes hydrologiques et à l’absence de broutage et de feux, à l’envahissement par des espèces exotiques et aux effets du changement climatique.

Protection, statuts et classements
La cryptanthe minuscule figure sur la liste des espèces en voie de disparition de l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril du Canada. Elle est aussi considérée en voie de disparition au sens des lois sur les espèces en péril de l’Alberta et de la Saskatchewan, les deux provinces du Canada où elle pousse.

Une grande partie de la population canadienne se trouve dans la Réserve nationale de la faune de la base des Forces canadiennes (BFC) Suffield où une protection est assurée par la loi, mais elle est menacée par l’exploration et l’exploitation pétrolière qui y ont actuellement cours.

Photo : Dalée velue

Nom scientifique
Dalea villosa

Taxon
Plantes vasculaires

Situation du COSEPAC
Préoccupante

Aire de répartition canadienne
Saskatchewan, Manitoba

Justification de la désignation
Une légumineuse herbacée vivace qui vit dans les paysages de dunes des prairies du centre-sud de la Saskatchewan et du sud-ouest du Manitoba. Les menaces qui pèsent sur l’étendue et la qualité de l’habitat se poursuivent, incluant l’absence de feux, permettant ainsi l’empiètement de la végétation concurrente, les espèces végétales exotiques envahissantes, le trafic lié aux activités récréatives, l’extraction de sable ainsi qu’un déclin général dans l’habitat sablonneux et ouvert. Toutefois, un plus grand effort d’échantillonnage a permis de constater que la taille de la population est plus importante. Par conséquent, le niveau de risque est maintenant jugé comme étant nettement plus faible.

Description et importance de l’espèce
La dalée velue (Dalea villosa) appartient à la famille des Fabacées (Légumineuses). Il s’agit d’une plante vivace possédant une racine pivotante et une souche ligneuses. La dalée velue est une espèce spécialiste des milieux dunaires et une légumineuse; elle fixe l’azote dans le sol de ces milieux, qui seraient relativement pauvres en nutriments sans l’apport de l’espèce. Aux États-Unis, la dalée velue est utilisée en horticulture.

Répartition
La dalée velue ne se rencontre que dans la région des grandes plaines de l’Amérique du Nord. Au Canada son aire s’étend du centre-sud de la Saskatchewan au sud-ouest du Manitoba. Aux États-Unis, l’aire s’étend jusqu’au Nouveau-Mexique, au Texas et au Michigan. À l’intérieur de son aire de répartition canadienne, l’espèce n’est présente que dans les milieux sableux et les complexes dunaires; sa répartition se limite donc à ce type de milieux. L’espèce a été observée dans les régions de Mortlach/Caron et des dunes de Dundurn, en Saskatchewan, ainsi que dans les régions de Lauder, de Routledge, de Carberry, de Treesbank et des dunes de Portage, au Manitoba.

Carte illustrant les occurrences canadiennes de la dalée velue. Sur une carte de base de la Saskatchewan et du Manitoba, les sites où l’espèce est présente sont représentés par des points noirs et les sites où elle est disparue sont représentés par des triangles gris.

Occurrences canadiennes de la dalée velue.

Source : Modifié à partir du Rapport de situation du COSEPAC, novembre 2011.

Habitat
La dalée velue pousse surtout dans les sables non fixés et les creux de déflation, mais aussi dans les sables partiellement fixés. Son habitat comprend généralement du sable nu ou du sable mobile, notamment dans les anciens deltas de lacs glaciaires formés il y a 10 000 à 17 000 ans, qui étaient à cette époque reliés par une série de lacs glaciaires ainsi que par leurs déversoirs.

Biologie
La dalée velue est une espèce de saison chaude qui est bien adaptée aux milieux secs. Les fleurs, qui apparaissent de juillet à août, sont pollinisées par des insectes. Les graines, produites à la fin août et en septembre, sont dispersées par le vent, les rongeurs et les cerfs. Les cerfs sont les principaux brouteurs consommant la dalée velue, et les moutons sont les brouteurs domestiques constituant la plus grande menace pour l’espèce.

Taille et tendances des populations
La plus grande population connue, située dans la région de Dundurn, compte environ 110 000 individus. Les sites des régions de Mortlach/ Caron (Saskatchewan), Shilo/Treesbanks (Manitoba) et Lauder/Routledge (Manitoba) hébergent tous des populations de l’ordre de 10 000 individus. De plus, on trouve dans les dunes de Portage (Manitoba) une petite population d’environ 2 000 individus. L’effectif total de l’espèce au Canada est évalué à environ 145 000 individus. Il est difficile de dégager des tendances à l’heure actuelle, car la plupart de ces populations ont été découvertes au cours des 10 dernières années.

Facteurs limitatifs et menaces
La plus grave menace pesant sur la dalée velue est la stabilisation des dunes, qui est causée en partie par des changements survenus dans certains processus écologiques, notamment la suppression des incendies et la perturbation des régimes naturels de pâturage, ainsi que par l’introduction et la propagation d’espèces envahissantes. De nombreux sites situés dans le sud de l’aire canadienne ont été envahis par l’euphorbe ésule, et le brome inerme et l’agropyre à crête constituent une menace dans certains sites. En outre, des espèces envahissantes peuvent être introduites par l’entremise du foin donné aux cerfs. Les activités récréatives constituent une menace; on croit que des véhicules tout-terrain et des randonneurs pédestres circulant hors sentier ont écrasé des plantes. De plus, vu la nature des milieux occupés par la dalée velue, l’extraction de sable a entraîné la perte totale de certaines parties de l’habitat et probablement du réservoir de semences qu’elles hébergeaient.

Protection, statuts et classements
La dalée velue figure à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP), à titre d’espèce menacée (5 juin 2003). En Saskatchewan, l’espèce est protégée aux termes de la Wildlife Act depuis 1999. Au Manitoba, la dalée velue jouit d’une protection sur tout le territoire de la province depuis juillet 2007, aux termes de la Loi sur les espèces en voie de disparition. L’espèce est également protégée dans le parc provincial Spruce Woods aux termes de la Loi sur les parcs provinciaux. En Saskatchewan, une partie de la population des dunes de Dundurn est protégée, puisqu’elle est située dans le terrain du Détachement Dundurn de la 17e Escadre, où l’accès du public est restreint.

Un programme de rétablissement avec désignation de l’habitat essentiel est en cours d’élaboration. En Saskatchewan, la dalée velue fait l’objet de recommandations dans le document Activity Restriction Guidelines. Des recommandations concernant les populations de dalée velue situées sur les terres fédérales figurent dans les Lignes directrices relatives aux marges de recul d’activité pour les espèces de plantes en péril dans les Prairies.

À l’échelle mondiale, la dalée velue ainsi que sa variété typique ont reçu la cote G5T5 (espèce non en péril). Au Canada, l’espèce est classée N2N3 (en péril à vulnérable). Elle a reçu la cote S1 (gravement en péril) en Saskatchewan et la cote S2S3 (en péril à vulnérable) au Manitoba (NatureServe, 2011). La dalée velue ne figure pas sur la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN.

Aucune cote de conservation n’a été attribuée à la dalée velue à l’échelle des États-Unis et de 11 des États où elle est présente. Elle a été classée S1 (gravement en péril) au Montana et au Wyoming et S2 (en péril) au Wisconsin.

Photo : Drave du Yukon

Nom scientifique
Draba yukonensis

Taxon
Plantes vasculaires

Situation du COSEPAC
En voie de disparition

Aire de répartition canadienne
Yukon

Justification de la désignation
Cette petite moutarde herbacée est limitée à l’échelle mondiale à un complexe de prés dans le sud-ouest du Yukon, elle ne se trouve à aucun autre endroit sur Terre. Le complexe de prés est menacé par les activités industrielles, la proximité des zones d’habitation humaine, les espèces envahissantes ainsi que le piétinement par les humains et l’empiètement par la forêt. On prévoit que l’utilisation des prés par les humains augmentera, et l’empiètement par des espèces ligneuses en raison de la succession naturelle entraîne un déclin de l’habitat convenable.

Description et importance de l’espèce sauvage
La drave du Yukon (Draba yukonensis) est une petite plante de la famille de la moutarde qui possède des feuilles non dentées couvertes de poils distinctifs raides et non fourchus. Les plantes individuelles sont munies d’une petite racine pivotante, d’une ou de plusieurs rosettes de feuilles couchées sur le sol et d’une ou de plusieurs tiges florifères. Les fleurs sont petites, blanches et portent quatre pétales. D’autres espèces de drave dans la région, y compris la drave lancéolée (Draba cana Rydberg), se distinguent facilement de la drave du Yukon, Draba yukonensis. La drave du Yukon est une espèce endémique au Canada dont l’aire de répartition est extrêmement restreinte, se limitant à des reliefs sableux inhabituels.

Répartition
Le Draba yukonensis a été retrouvé uniquement dans trois prés d’un seul complexe de prés dans la vallée de la rivière Dezadeash au sud-ouest du Yukon, malgré de nombreuses recherches effectuées ailleurs. Ce site fait partie du territoire traditionnel des Premières nations Champagne et Aishihik et couvre une superficie de moins de 36 hectares.

Carte illustrant l’aire de répartition mondiale du pica à collier et les localités du prélèvement des spécimens et des observations sur le terrain au Canada. Sur une carte de base montrant le coin nord-ouest de la Colombie-Britannique, le Yukon, une petite portion de l'ouest des Territoires du Nord-Ouest et de l'est de l'Alaska, l'emplacement des collections de spécimens et des observations sur le terrain au Canada sont illustrées par des points noirs et sont parsemés à l’intérieur de la zone d’occurrence au Canada. La zone d'occurrence au Canada est illustrée par des lignes hachurées, et s'étend de l'extrême nord de la Colombie-Britannique, comprend la plupart du Yukon et le sud-ouest des Territoires du Nord-Ouest. La répartition actuelle mondiale est délimitée par une ligne verte et s'étend à travers le sud-est de l'Alaska.

Aire de répartition canadienne de la drave du Yukon dans le contexte du coin sud-ouest du Territoire du Yukon.

Source : Modifié à partir du Rapport de situation du COSEPAC, novembre 2011.

Habitat
Le Draba yukonensis croît sur les prés presque plats et bien drainés, et ses colonies sont souvent les plus denses aux sommets des basses crêtes, des saillies, des bermes et des monticules utilisés par les spermophiles arctiques. Ces prés, qui se trouvent à l’ombre pluviométrique créée par la chaîne de montagnes SaintElias, sont soumis à des conditions venteuses, à des températures hivernales froides et uniquement à de faibles précipitations de neige et de pluie. Ces prés sont situés sur d’anciennes rives et flèches de sable formées par le lac glaciaire Alsek, créé par un glacier en crue qui a bloqué la rivière Alsek. Le lac aurait été drainé aux environs de 1852, laissant derrière lui seulement quelques reliefs sableux isolés qui demeurent encore sans arbres et sans arbustes. On estime qu’au cours du récent millénaire, plusieurs épidodes semblables d’inondation et de drainage auraient contribué à l’existence continue d’un habitat convenable pour le Draba yukonensis.

Biologie
De nombreux aspects de la biologie du Draba yukonensis demeurent incertains; toutefois, l’étude de son habitat et d’espèces apparentées peut nous en apprendre beaucoup sur cette plante. Le Draba yukonensis semble être une plante bisanuelle qui survit occasionnellement plus de deux ans. L’espèce semble aussi bien tolérer les conditions sèches et la lumière solaire directe, mais être intolérante aux conditions de température plus chaudes résultant de l’exposition au sud. La capacité de dispersion des graines de Draba yukonensis est vraisemblablement fort limitée en raison de l’absence d’adaptations évidentes favorisant leur dispersion sur de longues distances. Des dommages causés par de petits mammifères et insectes herbivores ont été observés.

Taille et tendances des populations
Il n’existe qu’une seule population connue de Draba yukonensis sur le site type, et elle est répartie inégalement entre trois prés adjacents. Alors que ces prés sont entourés d’un petit nombre de prés semblables, la dispersion vers ces derniers n’a pas été détectée. Les limites de la dispersion et le manque de disponibilité d’habitat rendent peu probable la colonisation de nouveaux sites.

La taille de la population subit des fluctuations extrêmes et peut varier sur un cycle de deux ans, les individus tendant à être plus nombreux au cours des années paires qu’au cours des années impaires. Seulement 109 individus ont été dénombrés en 2009, tandis que 5 358 l’ont été en 2010 dans un sous-ensemble des prés inhabités. En 2010, la population a été estimée entre 32 500 et 88 200 individus. De meilleures données sur la taille et les tendances des populations sont requises.

Menaces et facteurs limitatifs
Plusieurs risques menacent cette population, y compris l’expansion des routes pour accéder aux concessions minières, la circulation accrue à travers les prés pour l’exploitation minière, l’exploitation forestière, les activités récréatives, l’extraction de gravier et l’expansion potentielle des lotissements résidentiels adjacents. Les espèces de plantes envahissantes bien adaptées aux prés occupés par Draba yukonensis se répandent rapidement au Yukon et pourraient présenter une menace supplémentaire. La rareté d’habitat convenable dans l’aire de répartition de la dispersion naturelle, l’aire de répartition restreinte et les fluctuations extrêmes de la population constituent des facteurs limitatifs très graves.

Protection, statuts et classifications
Le Draba yukonensis ne bénéficie d’aucune protection juridique au Canada. Les cotes de conservation attribuée par NatureServe pour le Draba yukonensis à l’échelle mondiale, nationale et infranationale sont « Gravement en péril » (G1, N1 et S1 respectivement). Bien que tout son habitat occupé soit situé dans le Refuge faunique Kluane, l’espèce n’est pas protégée contre la majorité des utilisations du sol par l’être humain. Une petite partie de l’habitat potentiel est protégée dans le parc national Kluane, mais à ce jour aucune plante n’a été découverte dans le parc en dépit de recherches répétées.

Photo : Limace à grand manteau

Nom scientifique
Magnipelta mycophaga

Taxon
Mollusques

Situation du COSEPAC
Préoccupante

Aire de répartition canadienne
Colombie-Britannique

Justification de la désignation
Cette limace de grande taille, qui mesure jusqu’à 80 mm de longueur, est endémique à la région correspondant au nord du bassin du Columbia, dans l’ouest de l’Amérique du Nord. Environ la moitié de l’aire de répartition mondiale de l’espèce s’étend jusque dans le sud-est de la Colombie-Britannique. L’espèce se trouve dans un certain nombre de parcelles d’habitat largement séparées et elle est confinée aux endroits frais et humides dans les forêts de conifères qui poussent en moyenne ou haute altitude. Bien que des centaines de sites aient été fouillés pour trouver des limaces et des escargots terrestres dans l’aire de répartition de cette limace, principalement au cours de la dernière décennie, il n’existe, en date de novembre 2010, que 13 mentions de celle-ci au Canada. Depuis les années 1960, son habitat est devenu de plus en plus fragmenté. Le nombre et la variété des menaces incluant la coupe forestière, l’aménagement et les activités à des fins récréatives, les incendies de forêt et les changements dans les régimes d’humidité causés par les changements climatiques, augmentent le niveau de risque.

Description et importance de l’espèce sauvage
La limace à grand manteau est le seul membre du genre Magnipelta. Il s’agit d’une limace de grande taille, qui mesure jusqu’à 80 mm de longueur. Sa caractéristique la plus remarquable est son grand manteau, qui couvre presque complètement le dos. Le corps brun havane porte des taches noires irrégulières, et chaque bord du manteau présente une rayure noire irrégulière. L’espèce est endémique au nord du bassin du Columbia et aux montagnes adjacentes, région qui abrite de nombreux végétaux et animaux uniques.

Répartition
La limace à grand manteau est présente dans le sud-est de la Colombie-Britannique, le nord-ouest du Montana, le nord de l’Idaho et l’extrême nord-est de l’État de Washington. Environ la moitié de l’aire de répartition mondiale de l’espèce se trouve en Colombie-Britannique; le reste se trouve principalement dans le Montana. En Colombie-Britannique, l’aire de répartition de l’espèce s’étend depuis la frontière canado-américaine jusqu’au parc provincial de Wells Gray et depuis les environs de Trail jusqu’à Fernie. Elle englobe certaines portions des Rocheuses, des monts Columbia (chaînes de Purcell, Selkirk et Monashee) et des hautes terres de Shuswap.

Carte illustrant l’aire de répartition canadienne de la limace à grand manteau. Sur une carte de base du sud de la Colombie-Britannique et d’une bande mince de l'ouest de l'Alberta, les mentions sont représentées par des points noirs situés en majorité dans le sud-est de la Colombie-Britannique, près de Fernie, Castlegar, Creston, Revelstoke et au nord de Kamloops.

Aire de répartition canadienne de la limace à grand manteau, d’après les mentions de 1992 à 2010.

Source : Modifié à partir du Rapport de situation du COSEPAC, mai 2012.

La répartition de l’espèce semble extrêmement éparse dans la vaste aire de répartition, et correspond peut-être à la disponibilité des milieux humides adéquats et à la faible capacité de dispersion des limaces. En date de novembre 2010, il n’existe que 13 mentions de l’espèce provenant de sites épars, qu’on attribue à 9 populations. On a fouillé des centaines de sites, principalement pendant la dernière décennie, en vue d’y trouver des limaces et des escargots terrestres.

Habitat
La limace à grand manteau occupe les forêts de conifères qui poussent à altitude moyenne à élevée et a besoin de conditions fraîches et humides. En Colombie-Britannique, l’espèce a été trouvée dans la zone biogéoclimatique intérieure à thuya et pruche et dans la zone biogéoclimatique à épinette d’Engelmann et à sapin subalpin, à des altitudes de 800 à 2 060 m. Les limaces vivent dans des microsites très humides, qui abritent souvent une végétation herbacée abondante telle que celle trouvée dans les couloirs d’avalanche et les zones d’éclaboussement des ruisseaux en cascade, mais on les rencontre aussi sur le parterre forestier, dans des zones ombragées sous le couvert forestier. Les limaces sont souvent associées à des troncs d’arbres en décomposition et à d’autres gros débris ligneux. Par temps humide, on les observe également sous des roches, dans des talus stables.

Depuis 1960, l’aire de répartition de la limace à grand manteau se fragmente de plus en plus sous l’effet de l’exploitation forestière, de l’agriculture, de l’élevage du bétail, de l’exploitation minière, des aménagements hydroélectriques, de la création de corridors de transport et de la conversion des terres en zones résidentielles. Des superficies considérables de forêts à altitude moyenne à élevée sont encore intactes grâce à l’existence d’un réseau de zones protégées et de l’inaccessibilité des terrains, mais l’exploitation forestière et les autres activités d’extraction des ressources continuent à s’étendre dans les forêts à haute altitude.

Biologie
On en sait très peu sur le cycle vital de la limace à grand manteau. L’espèce est hermaphrodite, c’est-à-dire qu’elle possède les organes reproducteurs femelles et mâles, mais l’échange de sperme entre individus, plutôt que l’autofécondation, est probablement la norme, comme chez la plupart des autres limaces. Les limaces pondent des oeufs et peuvent vivre plus de 1 an; on ne sait pas si elles sont en mesure de se reproduire dans leur première année de vie, mais l’on croit que cela est possible. Elles sont actives en conditions humides, du printemps à l’automne, et semblent préférer des températures de substrat de 12 à 15 °C. Les besoins en micromilieux frais et humides confinent probablement l’aire de répartition de l’espèce dans le paysage et augmentent la vulnérabilité de cette dernière aux activités humaines qui altèrent les caractéristiques hydrologiques ou les microclimats du parterre forestier. À l’instar d’autres gastéropodes terrestres, l’espèce devrait avoir une faible capacité de dispersion.

La limace à grand manteau manifeste un comportement inhabituel lorsqu’elle est perturbée. En effet, quand elle est provoquée, elle a tendance à déployer son grand manteau, telles des ailes. Ce comportement effraie peut-être le prédateur ou exagère la taille de la limace, dissuadant ainsi ce dernier à l’avaler.

Photo : Habitat de la limace à grand manteau.

Habitat de la limace à grand manteau.

Taille et tendances des populations
Il n’existe aucune estimation de la taille ou des tendances des populations. Il n’existe que 13 mentions de l’espèce en Colombie-Britannique, ce qui représente seulement 15 individus (1992 à 2010). De nouveaux sites continuent d’être trouvés grâce aux activités de recherche accrues. Toutefois, il est évident que la répartition de l’espèce est extrêmement irrégulière, et ce, même dans l’habitat apparemment adéquat. Certaines parcelles d’habitat sont petites, ce qui soulève des questions quant à la viabilité des populations. Les six sites qui abritaient autrefois l’espèce ont été visités en 2010; l’espèce n’a été vue que près de l’un d’entre eux, mais aussi dans deux nouveaux sites intercalaires. Étant donné la répartition éparse de l’espèce dans le paysage, sa faible capacité de dispersion et la distribution éparse des parcelles d’habitat humide adéquat, il est très probable que des populations ont disparu au cours du siècle dernier et continuent de disparaître à cause de la dégradation de l’habitat.

Menaces et facteurs limitatifs
Dans les sites connus, l’espèce est menacée par l’exploitation forestière, les activités et développements humains, les incendies de forêt et les changements climatiques. La portée des coupes forestières est très grande dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce, et cinq des dix sites occupés se trouvent sur des terres forestières. L’exploitation forestière altère les régimes de température et d’humidité du parterre forestier et peut perturber ou détruire des parcelles d’habitat. Les chemins forestiers accroissent l’accès à l’arrière-pays, notamment aux véhicules hors route, qui compactent le sol et peuvent détruire des parcelles d’habitat utilisées par les limaces. Les activités et développements récréatifs tels que l’aménagement de pentes de ski sont localisés, mais prennent de l’expansion dans l’aire de répartition de l’espèce. La construction d’infrastructures et l’utilisation intensive à des fins récréatives peuvent causer le compactage du sol et endommager la végétation du sous-étage, menaçant ainsi l’habitat de la limace à grand manteau. Enfin, l’extraction du charbon à ciel ouvert s’étend dans la portion sud-est de l’aire de répartition canadienne de l’espèce.

La fréquence et l’étendue des incendies de forêt devraient augmenter avec les changements climatiques et les infestations du dendroctone du pin ponderosa qui balayent toute la zone intérieure de la Colombie-Britannique. Les gastéropodes terrestres sont réputées être sensibles aux incendies, qui peuvent détruire l’habitat et décimer les populations, mais la capacité de la limace à grand manteau de survivre aux feux et à persister dans les zones brûlées n’est pas connue. La mortalité accrue résultant des effets toxiques des produits chimiques ignifuges est également une menace potentielle. On prévoit que les changements climatiques déplaceront l’habitat et les écosystèmes au cours des prochaines décennies. Les espèces habitant des milieux à plus haute altitude, comme la limace à grand manteau, peuvent être particulièrement vulnérables aux déplacements de l’habitat et des écosystèmes le long de gradients altitudinaux, mais l’ampleur de tels effets est incertaine.

Protection, statuts et classements
La limace à grand manteau ne bénéficie ni d’une protection ni d’un statut officiels aux termes de la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral, de la Wildlife Act de la Colombie-Britannique ou d’autres lois. NatureServe attribue les cotes suivantes : cote mondiale : G3 – vulnérable; cote nationale aux États-Unis : N3 – vulnérable; cote nationale au Canada : N2N3 – en péril à vulnérable; cote subnationale en Idaho : SNR – non évaluée; cote subnationale dans le Montana : S1S3 – gravement en péril à vulnérable; cote subnationale dans l’État de Washington : S2 – en péril; cote subnationale en Colombie-Britannique : S2S3 – en péril à vulnérable. En outre, l’espèce est inscrite sur la liste bleue provinciale des espèces en péril (en cours de réévaluation).

L’espèce a été observée dans le parc national du Canada du Mont-Revelstoke et dans deux parcs provinciaux (Wells Gray et Stagleap), de même que dans une aire protégée appartenant à Conservation de la nature Canada. Les sites connus restants se trouvent sur des terres forestières privées ou provinciales, ou sur la propriété de centres de villégiature privés.

Photo : Lophiolie dorée

Nom scientifique
Lophiola aurea

Taxon
Plantes vasculaires

Situation du COSEPAC
Préoccupante

Aire de répartition canadienne
Nouvelle-Écosse

Justification de la désignation
Au Canada, cette plante de la plaine côtière de l’Atlantique se trouve seulement en Nouvelle-Écosse dans quelques rivages lacustres et terres humides. La population canadienne se reproduit principalement par voie végétative et est génétiquement distincte et géographiquement isolée des plus proches populations au New Jersey à 800 km au sud. Les révisions apportées aux critères d’évaluation du COSEPAC depuis la dernière évaluation de l’espèce explique, en partie, le changement du statut de risque. De récents relevés plus intensifs ont aussi permis de déterminer que la population est plus grande qu’on le croyait. Toutefois, l’espèce est exposée à des menaces persistantes découlant du développement et de la modification de l’habitat.

Description et importance de l’espèce
La lophiolie dorée (Lophiola aurea) est une herbacée vivace de la famille des Hémodoracées. Les feuilles vert-bleu linéaires, dressées, principalement disposées en rosette basilaire, se forment à partir d’un rhizome. Les tiges se terminent par une inflorescence solitaire pourvue d’une pubescence blanche laineuse. Les fleurs sont jaunes et se transforment en capsules rondes renfermant de nombreuses graines.

La lophiolie dorée est la seule espèce d’un genre qui se reconnaît facilement, est peu commune à l’échelle mondiale et possède une très petite aire de répartition. Dans le sud de la Nouvelle-Écosse, elle pousse aux côtés d’un grand nombre d’autres espèces elles aussi éloignées de leur aire de répartition principale, située plus au sud dans la plaine côtière de l’Atlantique. Beaucoup de ces espèces sont rares au Canada, notamment la lachnanthe de Caroline et le scirpe de Long. Comparativement à ces autres espèces, l’aire de répartition canadienne de la lophiolie dorée est particulièrement éloignée du reste de son aire de répartition. En effet, les populations de Nouvelle-Écosse se trouvent à plus de 800 km des autres populations connues, situées au New Jersey.

Répartition
Aux États-Unis, la lophiolie dorée est endémique à la plaine côtière du golfe du Mexique et de l’Atlantique. Elle est présente depuis la Louisiane jusqu’à la Géorgie ainsi qu’en Caroline du Nord, au Delaware (où elle est disparue) et au New Jersey. Au Canada, les neuf populations (dont sept populations connues existantes) sont limitées à deux régions du sud de la Nouvelle-Écosse.

Carte illustrant l’aire de répartition canadienne de la lophiolie dorée. Sur une carte de base du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, les localités sont identifiées par des points rouges. Les flèches indiquent les sites où on présume que l’espèce est disparue et les sites où l’espèce est potentiellement disparue. La plupart des emplacements sont dans le nord du comté de Queens, quelques-uns se trouvent dans le comté de Digby, le long de la baie Sainte-Marie et dans le comté de Lunenburg, au nord du lac Molega.

Aire de répartition canadienne de la lophiolie dorée. Les flèches indiquent les sites où on présume que l’espèce est disparue et les sites où l’espèce est potentiellement disparue.

Source : Modifié à partir du Rapport de situation du COSEPAC, mai 2012.

Habitat
Au Canada, la lophiolie dorée se rencontre sur les berges de lacs et les tourbières dominées par les graminoïdes. L’espèce privilégie les milieux acides pauvres en éléments nutritifs où des perturbations telles que les inondations, les vagues et l’érosion par la glace empêchent les espèces compétitives de dominer. Dans les lacs, l’espèce pousse généralement en substrat tourbeux, mais aussi parfois sur une mince couche organique posée sur du sable, du gravier, des galets ou un substratum rocheux. Ailleurs, la lophiolie dorée pousse principalement en sol acide humide, dans les tourbières, les pocosins (tourbières d’eau douce à sols sableux et tourbeux épais), les savanes humides et les pinèdes claires. On la retrouve aussi à l’occasion dans les sites perturbés par l’humain situés à proximité de ces milieux humides, comme les fossés en bordure des routes.

Biologie
La lophiolie dorée peut se propager sur de longues distances au moyen de rhizomes et de stolons. Au Canada, l’espèce fleurit en août et septembre. On ne dispose pas de renseignements sur le réservoir de semences, mais il est possible qu’il en existe un, vu les fluctuations subies par les milieux riverains qui hébergent l’espèce. Aucun semis n’a été observé au Canada, mais peu d’efforts ont été consacrés à leur recherche. On estime que la durée d’une génération est de 3 à 5 années, et selon des observations faites sur le terrain, les rosettes issues de la reproduction végétative mettent vraisemblablement plusieurs années avant d’être capables de se reproduire par voie végétative. Les individus clonaux semblent avoir le potentiel de vivre pendant de très longues périodes (de l’ordre de dizaines d’années).

Taille et tendances des populations
La population canadienne totale comprend des centaines de milliers de rosettes, mais le nombre d’individus génétiquement distincts est certainement beaucoup moins élevé. Les populations des lacs Ponhook (y compris le Petit lac Ponhook) et Shingle comprennent environ 93 % des quelque 75 localités connues. Il est presque certain que les populations de ces lacs subissent un lent déclin, en raison de l’aménagement des rives. Il existe plusieurs centaines de chalets et d’habitations autour de ces lacs, dont un grand nombre a été construit au cours des 15 dernières années. À l’heure actuelle, au maximum environ 6 % des rives de ces lacs ont été aménagés. L’aménagement a donc probablement entraîné une diminution de l’effectif de moins de 6 %, puisque cette activité n’élimine pas nécessairement les plantes.

Les autres populations existantes sont relativement peu menacées, et leur effectif est sans doute demeuré stable au cours des 15 dernières années. Toutefois, dans le passé, la population de Tiddville a subi des perturbations qui ont entraîné un déclin majeur de son effectif. La population de l’île Brier n’a pas été observée depuis 1985, et on présume qu’elle est disparue en raison de la modification de son habitat. La population de Sandy Cove, signalée pour la dernière fois en 1949, existe peut-être encore, mais aucun autre relevé n’a été effectué dans cette région par la suite.

Menaces et facteurs limitatifs
L’aménagement des rives constitue la plus grave menace pesant sur les populations de lophiolie dorée. Cette menace a été quelque peu atténuée par la création d’une réserve naturelle provinciale.

Parmi les autres menaces potentielles futures, on compte l’eutrophisation, les espèces envahissantes et l’extraction de tourbe. La gestion du niveau d’eau, associée à l’aménagement de barrages sur les lacs et au drainage des tourbières, l’extraction de terre à diatomées et la circulation de véhicules tout-terrain constituaient des menaces dans le passé, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Protection, statuts et classements
En 2000, la lophiolie dorée a été désignée espèce menacée (« threatened ») en vertu de la Loi sur les espèces en péril fédérale et de l’Endangered Species Act de la Nouvelle-Écosse. NatureServe lui a attribué une cote de G4 (apparemment non en péril) à l’échelle mondiale. En Nouvelle-Écosse et au Canada, la situation générale de l’espèce est jugée « en péril », et NatureServe Canada lui a attribué les cotes S2 et N2 (en péril). Elle a aussi été inscrite sur la liste rouge du ministère des Ressources naturelles de la Nouvelle-Écosse. Aux États-Unis, l’espèce a été signalée dans sept États, dont cinq où elle est rare ou disparue, et a reçu la cote N4? (apparemment non en péril).

Environ 25 % des occurrences du lac Ponhook (qui correspondent à environ 10 % de la population canadienne) sont situées sur des terres de la Couronne, à l’intérieur de la réserve naturelle du lac Ponhook, ce qui leur confère une protection aux termes de la Special Places Protection Act de la Nouvelle-Écosse. En outre, environ 25 % des sites hébergeant l’espèce au lac Shingle (qui englobent environ 10 % de la population canadienne) sont situés sur des terres de la Couronne et sont donc à l’abri du développement.

Illustration : Nécrophore d’Amérique

Nom scientifique
Nicrophorus americanus

Taxon
Arthropodes

Situation du COSEPAC
Disparue du pays

Aire de répartition canadienne
Ontario, Québec

Justification de la désignation
Il y a suffisamment d’information pour indiquer qu’aucun individu de cette espèce sauvage n’existe encore au Canada. Cette information comprend : (1) que ce grand insecte remarquable et reconnaissable n’a pas été observé depuis 39 générations; (2) qu’il n’a pas été observé malgré le décuplement du nombre d’entomologistes de terrain et une estimation de 300 000 nuits de piégeage général où au moins une partie de ce piégeage auraient dû mené à la capture de cette espèce, ainsi que des études sur les coléoptères nécrophages qui n’ont pas permis de révéler sa présence; (3) que cet insecte attiré par la lumière n’a pas encore été vu dans des milliers de pièges lumineux; (4) qu’une récente recherche dirigée dans la zone générale où l’espèce a été observée les dernières fois il y a 60 ans et 39 ans n’ont pas permis de trouver l’espèce.

Information sur l’espèce
Le nécrophore d’Amérique est un coléoptère nécrophage de la famille des Silphidés. Il s’agit d’une espèce distincte – aucune sous-espèce ni aucune forme différentes n’ont été proposées pour cette espèce. Le nécrophore d’Amérique est l’un des plus spectaculaires coléoptères du Canada en raison de sa grande taille et de la présence de marques orange brillant sur son dos noir.

Répartition
L’espèce est présente seulement en Amérique du Nord, où son aire de répartition historique s’étendait du Nebraska et du Dakota du Sud vers l’est jusqu’à la côte atlantique, et du sud de l’Ontario vers le sud jusqu’au Texas. Aux États-Unis, l’espèce a été signalée dans 35 États, mais elle est considérée comme existante dans seulement 9 États – où elle est désignée en voie de disparition. Au Canada, elle est définitivement présente seulement en Ontario, bien que toutes les mentions soient historiques, la plus récente récolte ayant été effectuée en 1972. Des mentions provenant de la Nouvelle-Écosse et du Québec sont considérées comme des erreurs, et aucune information n’a été trouvée en ce qui concerne la mention au Manitoba.

Il semble très peu probable que le nécrophore d’Amérique ait été présent mais que sa présence n’ait pas été documentée ailleurs dans son aire de répartition au cours des vingt-cinq dernières années. La recolonisation naturelle par l’espèce dans son ancienne aire de répartition au Canada semble très peu probable aussi. L’espèce pourrait être réintroduite à partir de populations des États-Unis dans le cadre de programmes d’élevage en captivité.

Aire de répartition actuelle et historique nord-américaine du nécrophore d'Amérique. Sur une carte de l'Amérique du Nord, l'aire de répartition historique est une zone grise qui couvre la majorité des États à l'est du Nebraska et inclut le sud-ouest de l'Ontario. La répartition actuelle est seulement aux États-Unis. Un emplacement est situé au Nebraska et au Dakota du Sud, un dans l'Oklahoma, l'Arkansas, le Kansas, le Missouri et le Texas et un troisième est une population réintroduite au Massachusetts.

Aire de répartition actuelle et historique nord-américaine du nécrophore d’Amérique.

Source : Modifié à partir du Rapport de situation du COSEPAC, novembre 2011.

Habitat
L’espèce a besoin de sols humifères ou loameux bien drainés et ne présentant pas d’obstacles au creusage afin qu’elle puisse rapidement creuser la chambre d’incubation dans laquelle elle pond ses oeufs. Dans l’est de l’Amérique du Nord, les sols de ce type se trouvent principalement dans les forêts de feuillus primaires et non perturbées. Du côté ouest de l’aire de répartition, de tels sols sont aussi disponibles dans les écotypes de prairies. À ce jour, il n’existe aucun consensus à savoir si le nécrophore d’Amérique est une espèce obligatoire de certains types d’habitat particuliers.

Biologie
L’espèce n’a qu’une génération par année, et un individu ne vit qu’entre l’été de sa naissance et sa mort l’année suivante. Chaque individu ne se reproduit habituellement qu’une seule fois. Après avoir émergé du sol, à la fin de l’été ou au début de l’automne de l’année de ponte, l’adulte ténéral commence à se nourrir et peut-être à rechercher des possibilités de reproduction. Durant l’automne de sa première année, il s’enfouit dans le sol pour y passer l’hiver. Au printemps, l’adulte émerge encore du sol pour se nourrir et entreprendre la recherche en soirée d’une carcasse d’incubation convenable.

Chez les nécrophores (genre Nicrophorus), tant le mâle que la femelle prend soin des petits et ce, à un degré exceptionnel pour des coléoptères. La reproduction dépend entièrement de la disponibilité des carcasses, qui peuvent être enfouies de manière à ce que les larves puissent être nourries. Les carcasses de vertébrés de toute sorte sont employées, mais ce sont probablement les carcasses d’oisillons et de rongeurs qui sont les plus souvent utilisées. Le nécrophore d’Amérique utilise des carcasses de taille plus grande que ses congénères de petite taille. Lorsqu’une carcasse convenable est repérée, l’individu ou le couple fera alors compétition aux autres insectes nécrophages pour prendre possession de la carcasse jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul couple. Pour trouver un sol propice au creusage, il arrive que les nécrophores déplacent la carcasse sur une distance allant jusqu’à un mètre; la carcasse est ensuite enterrée avant l’aube.

Le nécrophore d’Amérique ne migre pas, et ses déplacements sont limités. Cependant, il parcourt de plus grandes distances et traverse probablement un plus grand nombre de types d’habitat que ses congénères (espèces du même genre) de petite taille. Les adultes entament leurs activités saisonnières lorsque la température dépasse 15 °C. Ils sont crépusculaires et nocturnes, et généralement actifs d’avril à septembre.

Taille et tendances des populations
L’espèce est considérée comme disparue du Canada et de tous les États américains limitrophes du Canada. Il est estimé que la population isolée actuelle de l’île Block (Rhode Island) contient moins de 1 000 individus et que chacune des deux populations de l’ouest des États-Unis contient un nombre d’individus inconnu, quoique certainement beaucoup plus grand.

Facteurs limitatifs et menaces
Une discussion en cours porte sur la ou les causes du déclin de l’aire de répartition et de l’abondance du nécrophore d’Amérique. Plusieurs hypothèses ont été formulées à ce sujet (Sikes et Raithel, 2002), mais bon nombre d’entre elles sont peu convaincantes en raison de l’absence apparente de répercussions sur les congénères à comportement et exigences semblables. Il semble peu probable qu’un seul facteur soit responsable du déclin de l’espèce.

Les impacts directs sur le nécrophore d’Amérique seraient les suivants : l’utilisation d’éclairage artificiel, qui peut influer sur le comportement de l’espèce; les nécrophores adultes errant sur les routes et qui y sont tués; et la mortalité attribuable à l’utilisation d’insecticides. Des maladies spécifiques au nécrophore d’Amérique ont été considérées, mais rien n’indique qu’il s’agisse d’un facteur limitatif probable.

La prédation aurait probablement contribué au déclin, étant donné l’augmentation des prédateurs appropriés dans l’aire de répartition de l’espèce, mais on ne pense pas qu’il s’agisse de la cause principale du déclin soit de l’espèce, soit des carcasses d’incubation dont elle a besoin. L’augmentation du nombre de chiens et de chats domestiques en liberté, qui font partie des prédateurs et qui dérangent probablement les nécrophores à la recherche de carcasses, pourrait être une des causes du déclin.

La réduction du nombre de carcasses d’incubation pourrait être l’une des principales causes du déclin, car on pense qu’elle est liée à la réduction des populations des espèces de taille appropriée pouvant servir de carcasses d’incubation et à la compétition accrue d’autres espèces nécrophages et des congénères plus abondants. La réduction de l’utilisation des décharges de déchets de viande et l’abandon de l’utilisation de poissons entiers comme engrais ont aussi entraîné la diminution des ressources en charognes disponibles pour les nécrophores.

L’altération et la fragmentation de l’habitat sont généralement considérées comme les principales causes du déclin. La fragmentation de l’habitat force les nécrophores à traverser des milieux non propices et des routes. Le développement d’un sous-étage dense dans les zones déboisées rend plus difficile l’enfouissement de carcasses d’incubation et fait donc augmenter la vulnérabilité à la prédation du couple de nécrophores.

Importance de l’espèce
L’espèce constitue une ressource riche lorsqu’on veut étudier le comportement, notamment parce qu’elle fait partie de l’un des rares groupes d’insectes qui prend soin des jeunes. Étant reconnue comme ayant subi un déclin extraordinaire et vraisemblablement lié aux activités humaines, elle peut être instructive en ce qui concerne les impacts des humains sur des espèces d’invertébrés et d’autres sujets écologiques. En tant que représentant de la mégafaune des invertébrés affichant un comportement intriguant, le nécrophore d’Amérique peut servir à sensibiliser le public à la situation critique d’organismes moins connus.

Protection actuelle et autres désignations de statut
À l’échelle mondiale, le nécrophore d’Amérique est désigné comme gravement menacé d’extinction sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), d’après une réduction des populations de ≥ 90 % et un déclin de la zone d’occupation et de la zone d’occurrence. En août 1989, l’espèce a été désignée par le gouvernement fédéral des États-Unis comme espèce en voie de disparition en vertu de la Endangered Species Act des États-Unis, d’après le déclin marqué de l’espèce et sa disparition de presque toute l’aire de répartition historique. NatureServe a désigné l’espèce comme en péril à l’échelle mondiale. Le nécrophore d’Amérique n’a pas encore fait l’objet d’une évaluation aux termes des protocoles concernant la situation générale des espèces au Canada.

Photo : Ours grizzli - Population de l’Ouest

Nom scientifique
Ursus arctos

Taxon
Mammifères

Situation du COSEPAC
Préoccupante

Aire de répartition canadienne
Yukon, Territoires du Nord-Ouest, Nunavut, Colombie- Britannique, Alberta, Saskatchewan, Manitoba

Justification de la désignation
L’aire de répartition mondiale de ce gros carnivore a diminué de plus de 50 % depuis les années 1800, l’Ouest canadien représentant un noyau important de l’aire de répartition actuelle en Amérique du Nord. Espèce généraliste en matière d’habitat, sa répartition et son abondance en l’absence d’humains reposent en grande partie sur la productivité de l’habitat et les saisons. L’espèce est extrêmement sensible aux perturbations anthropiques et est exposée à un risque de mortalité élevé dans les zones d’activités humaines et là où des routes favorisent l’accès. Les estimations de population dans la majeure partie de l’aire de répartition sont extrêmement incertaines; la population canadienne est estimée à 26 000 individus, mais le nombre d’individus matures est incertain et pourrait être près de 10 000. Bien qu’il n’y ait pas de preuve d’un déclin dans la population globale au cours des 20 dernières années et qu’un nombre croissant de mentions indique une certaine expansion de l’aire de répartition de l’espèce dans le nord, un nombre de populations dans l’étendue sud de l’aire de répartition en Alberta et dans le sud de la Colombie-Britannique sont en déclin et il y a des préoccupations relativement aux taux de mortalité non durables dans ces régions et dans des parties du Yukon. Il y a de fortes indications de fragmentation génétique dans les parties sud de son aire de répartition, où certaines populations sont de plus en plus isolées et sujettes à une stochasticité démographique. Leur mauvais état dans certaines parties de l’aire de répartition, conjugué à leur taux de reproduction naturellement faible, aux pressions croissantes découlant de l’extraction des ressources et aux impacts cumulatifs dans les parties actuellement intactes de l’aire de répartition, intensifient les préoccupations à l’égard de cette espèce si ces pressions ne sont pas renversées avec succès.

Description et importance de l’espèce sauvage
L’ours grizzli (Ursus arctos) serait issu d’Asie et aurait migré en Amérique du Nord il y a de 50 000 à 100 000 ans. Animal congénère de l’ours brun qui vit encore en Europe et en Asie, cet ursidé de grande taille atteint au Canada un poids de 100 à 150 kg dans le cas des femelles adultes et de 180 à 270 kg dans celui des mâles adultes. Le grizzli possède un crâne lourd de forme concave, une dentition caractéristique à la fois d’un prédateur et d’un herbivore (de grandes canines et des molaires pour broyer), un corps robuste, des pattes antérieures se terminant par de longues griffes ainsi que de puissants muscles dont il se sert pour creuser et qui lui donnent sa bosse caractéristique au-dessus des épaules. La couleur du pelage va du blond au presque noir, en passant par différents tons de brun, et l’extrémité des poils prend parfois une couleur argentée qui donne à l’animal une apparence grisonnante.

Dans les cultures occidentales et les cultures autochtones, le grizzli est un animal bien connu, révéré et parfois redouté. Il est souvent considéré comme une espèce phare ou une espèce parapluie pour l’élaboration de plans de conservation. Rares sont les mammifères qui incarnent la nature sauvage canadienne aux yeux d’un aussi grand nombre de personnes que le grizzli. L’espèce interagit directement avec les humains, cause des conflits perçus et réels au sujet des biens et peut mettre des vies humaines en péril. Même s’il est rarement chassé, cet animal représente un trophée très prisé. Le grizzli peut aussi occuper une place importante dans la chasse de subsistance chez certains groupes autochtones, à des fins tant alimentaires que culturelles.

Répartition
Le grizzli se rencontre au Canada, aux États-Unis, en Europe et en Asie. Sa présence est attestée par des mentions provenant de quelque 48 pays. De nombreuses populations eurasiennes sont insulaires, petites et en voie de disparition.

Tous les grizzlis encore vivants appartiennent à la population « de l’Ouest » (dont l’aire de répartition englobe la Colombie-Britannique, l’ouest de l’Alberta, le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest, la partie continentale du Nunavut et certaines parties du sud-ouest de l’archipel arctique canadien, le nord de la Saskatchewan et le nord-est du Manitoba). Cette population occupe un territoire dont la superficie est estimée à 2,98 x 106 km². Les mentions indiquent une certaine expansion de la répartition du grizzli vers le nord et vers l’est dans les Territoires du Nord-Ouest, au Nunavut, dans le nord de la Saskatchewan et dans le nord du Manitoba, mais, en raison de l’absence de relevés systématiques permettant de suivre l’occupation au fil des ans, il est impossible de quantifier ces tendances. La population des Prairies, que le COSEPAC tenait antérieurement pour indépendante, est maintenant considérée comme ayant fait partie de la population de l’Ouest. Celle de l’Ungava, qui formait une unité distincte dans le nord du Québec et au Labrador à l’époque de la colonisation par les Européens, n’était pas reconnue par le COSEPAC avant le présent rapport.

Habitat
L’ours grizzli est une espèce généraliste du point de vue de l’habitat. Il se rencontre aussi bien au niveau de la mer que dans la zone alpine. L’espèce occupe des milieux divers : forêt pluviale côtière tempérée, toundra alpine, versant de montagne, forêt boréale de terrain élevé, taïga, prairie aride à la lisière des Prairies et dans le centre de la Colombie-Britannique et toundra arctique. L’association à l’habitat varie largement en fonction des saisons et dépend généralement de la végétation locale ainsi que des concentrations de proies. Dans les régions montagneuses, le grizzli entreprend parfois des migrations saisonnières en altitude.

Limites de la répartition actuelle et historique de l’ours grizzly en Amérique du Nord. Sur une carte de l’Amérique du Nord et Centrale, l’espèce est présente en grand nombre le long de la côte de l'Alaska. La densité diminue plus on s'éloigne de la côte, avec des nombres moyens dans les zones montagneuses de la C-B, et en Alaska et au YT. La distribution est en expansion dans les TN-O, au NU et au nord du MB. L’espèce est disparue de la plupart des provinces des prairies, du Mexique et des États-Unis.

Limites approximatives de la répartition actuelle et historique (c.-à-d. XIXe siècle) de l’ours grizzly en Amérique du Nord, avec contours de densité relative.

Source : Modifié à partir du Rapport de situation du COSEPAC, mai 2012 (carte réalisée par P. McLoughlin).

Biologie
Espèce omnivore, le grizzli est bien adapté pour creuser, déraciner, brouter et chasser. Dans certaines régions, il devient un prédateur efficace de plusieurs espèces d’ongulés telles que l’orignal, le wapiti et le caribou. Les ours de la côte du Pacifique se nourrissent abondamment de saumon pendant la période de la fraye, tandis que ceux de l’Arctique cherchent leur nourriture le long du littoral, où il leur arrive de trouver des carcasses de baleine et de phoque ou même de chasser le phoque. Le grizzli peut aussi se nourrir de bétail et de déchets lorsqu’il y a accès. D’ordinaire, les femelles mettent bas pour la première fois à l’âge de 6 ans. Les portées peuvent compter de un à trois oursons, et l’intervalle entre les mises bas est généralement de trois à quatre ans. L’espèce vit naturellement de 20 à 30 ans. Le grizzli a un vaste domaine vital qui atteint en moyenne 1 800 km² chez les mâles et 700 km² chez les femelles; cependant, la superficie du domaine vital varie grandement d’une région à l’autre et traduit un rapport inverse avec la productivité de l’habitat. Le grizzli passe l’hiver dans une tanière et hiberne (reste dans un état de dormance) pendant une période pouvant aller jusqu’à sept mois, selon la latitude. Les oursons naissent dans la tanière en janvier ou en février.

Taille et tendances des populations
À l’échelle mondiale, l’aire de répartition du grizzli a diminué d’environ 50 % depuis le milieu du XIXe siècle. L’espèce a perdu 98 % de son territoire dans les 48 États contigus des États-Unis. À la fin du XIXe ou au début du XXe siècle, elle avait disparu d’une bonne partie des milieux arides du centre-sud de la Colombie-Britannique, des provinces des Prairies (Alberta, Saskatchewan et Manitoba) et de la région de l’Ungava, au Québec et au Labrador. L’effectif de la population de l’Ouest est actuellement estimé à environ 26 000 bêtes, dont quelque 11 500 sont des individus matures. Cependant, les estimations relatives à l’effectif et aux tendances démographiques sont incertaines au Canada, et elles reposent largement sur des opinions de spécialistes ou sur des données estimatives concernant des territoires restreints qui sont transposées à des régions géographiques plus larges. C’est la Colombie-Britannique qui compte le plus grand nombre de grizzlis, soit quelque 15 000 individus. Voici les estimations d’effectif les plus récentes : de 6 000 à 7 000 au Yukon, de 3 500 à 4 000 dans les Territoires du Nord-Ouest, 700 en Alberta et de 1 500 à 2 000 au Nunavut. Quelques grizzlis occupent aujourd’hui la toundra du nord-est du Manitoba. Les effectifs historiques pour le Canada sont inconnus, mais ils étaient certainement supérieurs à ce qu’ils sont aujourd’hui. Dans l’ensemble, la population de l’Ouest est probablement stable depuis 1990, année du premier inventaire national complet, malgré des déclins en Alberta et peut-être aussi dans le sud de la Colombie-Britannique et dans certaines régions du Yukon. En revanche, l’aire de répartition du grizzli semble s’agrandir dans les Territoires du Nord-Ouest, au Nunavut, en Saskatchewan et au Manitoba. Les données sur la population de l’Ouest et sur ses tendances démographiques ne sont accessibles qu’à partir de 1990.

Facteurs limitatifs et menaces
En l’absence d’interférence humaine, la densité des grizzlis est largement tributaire de la productivité de l’habitat (nourriture). Cependant, la mortalité anthropique exerce une grande influence sur l’étendue de la zone d’occupation et reflète une perte de fonctionnalité de l’habitat dans la majeure partie de l’aire de répartition de l’espèce. En général, les ours évitent les humains et affichent des taux de mortalité supérieurs à proximité d’éléments anthropiques tels que des routes et des lotissements résidentiels. L’activité humaine entraîne la fragmentation et l’isolement des unités démographiques, à tel point que la dynamique des populations peut devenir tributaire de la stochasticité dans la survie et la reproduction avant tout autre facteur, ce qui accroît les risques de disparition à l’échelle locale. Les populations de la Colombie-Britannique, du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut font l’objet d’une chasse légale, et toutes les regions appuient ou reconnaissent officiellement le droit des Premières Nations, des Métis et des Inuits à la chasse de subsistance. La mortalité anthropique est attribuable à la chasse légale, aux mesures de protection de la vie humaine et des biens, au braconnage ainsi qu’aux collisions routières et ferroviaires. La mortalité anthropique non documentée demeure un problème important pour les gestionnaires. Indépendamment des sources, l’ensemble des données sur la mortalité d’origine humaine semblent indiquer une population stable de grizzlis à l’échelle de l’UD de l’Ouest; toutefois, à l’échelle locale (en Alberta, dans le sud de la Colombie-Britannique et dans certaines régions du Yukon), les tendances récentes de la mortalité indiquent des déclins réels ou soupçonnés. À de fortes densités, il se peut que la croissance de la population soit limitée non seulement par la nourriture, mais aussi par la prédation ou les conflits intraspécifiques. Les impacts du changement climatique sur la superficie de l’habitat disponible et les effets connexes sur l’abondance de la nourriture saisonnière n’ont pas encore été quantifiés. Les mécanismes hypothétiques sont variés et flous, et les effets nets prévus, incertains.

Protection, statut et classements
En Colombie-Britannique, au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, la législation sur la faune fait du grizzli une espèce de « gros gibier ». L’espèce n’a pas de statut légal particulier au Manitoba, au Québec ainsi qu’à Terre-Neuve-et-Labrador, si ce n’est celui qui est accordé de manière générale à la faune. En Alberta, la population de grizzlis a récemment été inscrite sur la liste des espèces menacées (Threatened) de la Wildlife Act (juin 2010), ce qui a donné lieu à une interdiction de chasser cette espèce dans la province. Dans le rapport Espèces sauvages 2010 : La situation générale des espèces au Canada, le grizzli a été classé Sensible, ce qui correspond à la même cote qu’en 2005. En Colombie-Britannique, au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, ce même rapport a attribué la cote Sensible au grizzli. En Alberta, l’espèce a reçu la cote Possiblement en péril en 2010, alors que, en Saskatchewan et au Manitoba, elle est considérée comme disparue. La cote attribuée dans le rapport Espèces sauvages 2010 pour Terre-Neuve-et-Labrador était Non évalué. Aucune cote n’a été donnée pour les grizzlis du Québec. Environ 7,1 % de l’aire de répartition actuellement occupée par le grizzli au Canada est classé « protégé » contre l’activité humaine (à des degrés divers) par le gouvernement fédéral, les gouvernements provinciaux ou les gouvernements territoriaux.

Photo : Paruline à capuchon

Nom scientifique
Setophaga citrina

Taxon
Oiseaux

Situation du COSEPAC
Non en péril

Aire de répartition canadienne
Ontario

Justification de la désignation
Au Canada, l’aire de répartition et l’abondance de cet oiseau nichant en forêt ont considérablement augmenté depuis la dernière évaluation de l’espèce. L’espèce a également connu une importante augmentation à long terme de son abondance dans la partie principale de son aire de répartition aux États-Unis et, par conséquent, il existe donc une possibilité d’immigration de source externe. Cependant, la dégradation de l’habitat dans les sites de reproduction, ainsi que la perte et la dégradation de l’habitat dans les haltes migratoires et les aires d’hivernage, sont des menaces potentielles.

Description et importance de l’espèce sauvage
La Paruline à capuchon, petit oiseau chanteur jaune, est facile à identifier en raison de son plumage saisissant et de ses vocalisations. Le mâle adulte se distingue par son capuchon noir caractéristique; chez la femelle adulte, le capuchon noir est plus petit ou absent.

Répartition
La Paruline à capuchon est un oiseau migrateur qui migre sur de grandes distances, qui niche dans l’est de l’Amérique du Nord et qui hiverne au Mexique, en Amérique centrale et dans les Caraïbes. Durant au moins 40 ans, l’aire de nidification de l’espèce s’est étendue vers le nord. L’aire de répartition canadienne est limitée au sud de l’Ontario, où l’oiseau est considéré comme une espèce nicheuse rare ou peu commune à l’échelle locale.

Aire de nidification et aire d’hivernage de la Paruline à capuchon. Sur une carte de l'Amérique du Nord et Centrale, l'aire de reproduction est une zone bleue à l'ouest du Mississippi, jusqu'à l'Océan Atlantique, au golfe du Mexique au sud et au sud-ouest de l'Ontario au nord. L'aire d'hivernage, en orange, suit la côte nord de l'Amérique Centrale, du Mexique au Panama et inclut Cuba, Porto Rico et les Iles Vierges Britanniques. Des points d'interrogation illustrent deux localités non confirmées au Panama.

Aire de nidification et aire d’hivernage de la Paruline à capuchon.

Source : Modifié à partir de “Birds of North America Online (en anglais seulement) maintenu par le Cornell Lab of Ornithology, Ithaca, NY.

Habitat
La Paruline à capuchon niche habituellement dans des arbustes associés à de petites trouées du couvert forestier dans de grandes parcelles (> 100 ha) de forêts feuillues ou de forêts mixtes matures. Après l’exploitation sélective des forêts, il est possible de trouver des densités élevées de parulines, car de nombreux arbres matures subsistent. Dans l’aire d’hivernage, il existe une forte ségrégation sexuelle pour ce qui est de l’habitat, les mâles préférant les forêts à couvert fermé et les femelles, les arbustaies ouvertes.

Biologie
Ce passereau insectivore commence à nicher à l’âge de 1 an. La Paruline à capuchon pond habituellement 3 ou 4 oeufs dans un nid en forme de coupe, à 1 mètre du sol, et le nid est souvent parasité par le Vacher à tête brune. Le taux de prédation des nids est élevé (p. ex. en Ontario, de 30 à 50 % des nids sont pillés). Néanmoins, l’espèce réussit souvent à élever deux couvées jusqu’à l’envol au cours d’une même saison de nidification (en Ontario, du début de mai jusqu’en septembre). La Paruline à capuchon retourne rarement nicher au site natal, et les adultes présentent une fidélité assez grande aux sites de nidification et aux sites d’hivernage. L’espérance de vie de l’espèce est courte, et l’âge moyen des adultes nicheurs est d’environ 2 à 3 ans.

Taille et tendances des populations
Les données provenant de l’ensemble des sources indiquent une tendance constante à une forte augmentation de l’abondance et de la répartition de la population de Parulines à capuchon au Canada. La population canadienne est actuellement estimée à 1 000 à 2 000 oiseaux nicheurs (ce qui équivaut à beaucoup moins que 1 % de la population mondiale). L’Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario (OBBA) révèle une forte augmentation de la population, les indices de nidification étant passés de 21 parcelles d’atlas (blocs de relevés de 10 km²) avec indices de nidification durant les années 1981-1985, à 81 parcelles avec indices de nidification durant les années 2001-2005, bien que l’effort consenti aux recherches ait été relativement plus grand durant les travaux du deuxième atlas.

Les recherches ciblées dans les localités de nidification confirmée et possible menées dans le sud de l’Ontario en 1997, 1998, 2002 et 2007 ont aussi documenté l’augmentation en cours de la taille de la population, du nombre de sites occupés et de l’étendue de l’aire de nidification. Les relevés de 1997 ont permis de repérer 88 mâles territoriaux, alors que les relevés de 2007 en ont mentionné au moins 436 à 89 sites. Les relevés couvraient la plupart des superficies d’habitat occupé ou potentiellement occupé dans le sud de l’Ontario.

Menaces et facteurs limitatifs
Vu l’augmentation constatée de la population de Parulines à capuchon au Canada, la disponibilité de l’habitat ne semble pas constituer présentement un facteur limitatif. Les changements climatiques semblent représenter un important facteur limitatif de l’expansion de l’aire de répartition observée. Les résultats de certaines études menées en Ontario indiquent une productivité faible et donnent à penser que certaines régions pourraient être des puits écologiques. Cependant, selon certains indices, la population de Parulines à capuchon serait très dynamique et caractérisée par un fort taux d’immigration et d’émigration en fonction de la qualité de l’habitat. Considérant qu’il existe actuellement une réserve d’habitat adéquat, il est probable que la population de Parulines à capuchon continuera à être stable, ou à augmenter. La perte d’habitat et la dégradation de l’habitat aux haltes migratoires et dans l’aire d’hivernage constituent des menaces possibles pour l’espèce, mais leur importance demeure inconnue.

Protection, statuts et classifications
La Paruline à capuchon est protégée en vertu de la Loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs au Canada et aux États-Unis. L’espèce a été évaluée par le COSEPAC en 1993 et en 2000, puis a été désignée espèce menacée lors de l’entrée en vigueur en 2003 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral. Elle est aussi désignée espèce préoccupante en vertu de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario. L’espèce est classée dans la catégorie non en péril à l’échelle mondiale par BirdLife International (préoccupation mineure) et NatureServe (G5).

L’ébauche actuelle du programme de rétablissement de l’espèce précise l’existence de 56 sites en Ontario comprenant des superficies d’habitat essentiel, la superficie totale d’habitat essentiel étant d’environ 9 000 ha. Aucune des superficies d’habitat essentiel proposée n’est située sur des terres fédérales. Plus de la moitié des sites se trouvent sur des terres publiques, occupées pour la plupart par des forêts aménagées qui ne sont pas officiellement protégées.

Photo : Paruline polyglotte de la sous-espèce virens

Nom scientifique
Icteria virens virens

Taxon
Oiseaux

Situation du COSEPAC
En voie de disparition

Aire de répartition canadienne
Ontario

Justification de la désignation
Cette sous-espèce est associée spécifiquement aux habitats composés de fourrés arbustifs et se trouve à la limite nord de son aire de répartition au Canada. Sa population dans le sud de l’Ontario est distribuée localement et très petite. Depuis la production du dernier rapport de situation, la population de l’Ontario a fait l’objet de déclins, en raison de la perte d’habitat. Le potentiel d’une immigration de source externe a également été réduit de façon considérable, car le déclin des populations est observé dans la majeure partie du nord-est de l’aire de répartition de cette sous-espèce.

Description et importance de l’espèce sauvage
La Paruline polyglotte est une grande paruline. Le dessus du corps est vert olive, et le menton, la gorge et la poitrine sont jaune citron. Les sous-caudales et le ventre sont blancs. Le bec est plutôt épais, la queue est longue et arrondie, et les ailes sont arrondies. La face est grisâtre avec des lores noirs et des cercles blancs marqués autour des yeux. Il existe deux sous-espèces de Paruline polyglotte – l’I. v. auricollis dans la moitié ouest de l’Amérique du Nord et l’I. v. virens dans la moitié est de l’Amérique du Nord. Durant la période de nidification, la Paruline polyglotte a un chant caractéristique, qui se compose de sifflements répétés alternant avec des gloussements et des claquements criards et de doux croassements. La Paruline polyglotte est une espèce emblématique des arbustaies de début de succession; dans l’ensemble de l’Amérique du Nord, les membres de la guilde connaissent un déclin.

Répartition
La Paruline polyglotte niche en Amérique du Nord, au sud de la forêt boréale. La sous-espèce auricollis (de l’ouest) niche du sud de la Colombie-Britannique, de l’Alberta et de la Saskatchewan, vers le sud de manière discontinue jusque dans le nord du Mexique. Elle est présente aussi loin à l’est que dans l’ouest du Nebraska, l’ouest du Kansas et le centre du Texas. La sous-espèce virens (de l’est) niche du centre-est des grandes plaines et de l’est du Texas vers l’est, et vers le nord jusque dans le sud-ouest de l’Ontario. Les parulines hivernent dans les basses terres de l’est et de l’ouest du Mexique et jusqu’en Amérique centrale, dans l’ouest du Panama.

Aire de nidification de la Paruline polyglotte (sous-espèce virens) selon l'Atlas des oiseaux nicheurs de l'Ontario, 2001 2005. Sur une carte du sud-ouest de l'Ontario, des carrés identifient la nidification confirmée (rouge), probable (orange) et possible (jaune). Les points noirs montrent les sites où elle a été trouvée dans le 1er atlas (1981 1985), pas dans le 2ième (2001 2005); les points jaunes, dans le 2ième atlas seulement. Les sites se situent au sud de Kitchener, sauf un le long du lac Huron.

Aire de nidification de la Paruline polyglotte (sous-espèce virens) dans le sud de l’Ontario, établie selon les données de l’Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario pour la période 2001-2005. Les points noirs montrent les endroits où l’espèce a été signalée dans le premier atlas (1981-1985) mais pas dans le deuxième (2001-2005).

Source : Modifié à partir de Cadman, M.D., D.A. Sutherland, G.G. Beck, D. Lepage et A.R. Couturier (éd.). 2010. Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario, 2001-2005. Études d’Oiseaux Canada, Environnement Canada, Ontario Field Ornithologists, Ministère des Richesses naturelles de l’Ontario et Ontario Nature, Toronto, xxii + 706 p.

Au Canada, trois populations sont considérées comme des unités désignables distinctes : la population des montagnes du Sud d’I. v. auricollis (Colombie-Britannique), la population des Prairies d’I. v. auricollis (Alberta et Saskatchewan) et la population d’I. v. virens (Ontario).

Habitat
La Paruline polyglotte est une espèce associée spécifiquement aux habitats composés d’arbustes, qui fréquente les arbustaies riveraines et denses dans l’ouest de l’Amérique du Nord et les arbustaies de début de succession dans l’est de l’Amérique du Nord. En Colombie-Britannique, les superficies d’habitat riverain où vivent les parulines ont diminué de 87 %. Cependant, en ce qui concerne la population des Prairies, il est possible que les superficies d’habitat augmentent en Saskatchewan en raison du stade arbustif de la succession. En Ontario, les superficies d’habitat ont diminué depuis le début des années 1960 à cause de la transformation des terres et de la succession naturelle.

Biologie
Les nids sont situés près du sol dans les arbustes denses. Les femelles tenteront jusqu’à trois couvées dans une même période de nidification si les premières tentatives ont échoué. Les territoires sont souvent concentrés, ce qui donne à penser que les parulines vivent en colonies peu structurées. En Colombie-Britannique, l’I. v. auricollis montre une certaine fidélité aux sites de nidification. En Ontario, certains sites de nidification sont occupés régulièrement, mais la plupart des autres ne sont occupés au mieux que durant quelques années.

Taille et tendances des populations
En Colombie-Britannique, selon l’estimation la plus récente, on compte 152 couples d’I. v. auricollis. Selon certaines indications, les effectifs dans la province ont connu un déclin par comparaison aux niveaux historiques. En Saskatchewan et en Alberta, l’aire de répartition de la sous-espèce a pris de l’expansion de manière substantielle vers le nord au XXe siècle. La population des Prairies a été relativement stable depuis les années 1980, bien qu’elle ait pu augmenter depuis en Saskatchewan. En Alberta, les effectifs sont estimés à 900 à 1 000 couples, alors qu’en Saskatchewan, ils sont estimés à 530 couples. Dans l’ensemble, on estime que les effectifs d’I. v. auricollis au Canada se situent entre 1 582 et 1 682 couples. Dans l’ouest, les effectifs des États américains adjacents semblent relativement stables.

En ce qui concerne la sous-espèce I. v. virens, moins de 42 couples ont été signalés en Ontario. Jusqu’à très récemment, le bastion provincial se trouvait au parc national de la Pointe-Pelée et à l’île Pelée, mais ce n’est plus le cas. Les effectifs en Ontario ont connu un déclin d’environ 33 % en 10 ans. La sous-espèce I. v. virens connaît depuis longtemps d’importants déclins dans tous les États adjacents à l’Ontario, et son aire de répartition diminue dans presque tout le nord-est. Par conséquent, la possibilité d’une future immigration de source externe pour la population de l’Ontario est faible et de plus en plus faible.

Facteurs limitatifs et menaces
En Colombie-Britannique, la perte de superficies d’habitat causée par l’urbanisation et l’agriculture (jumelée à des projets de barrages hydroélectriques qui détruiraient l’habitat de nidification riverain), l’entretien et la construction des routes, la prédation par des prédateurs introduits, le parasitisme des couvées par les vachers, l’utilisation de pesticides et les collisions avec des véhicules et des structures constituent les menaces les plus importantes pour la population des montagnes du Sud d’I. v. auricollis. Même si les effectifs de la population des Prairies d’I. v. auricollis ont augmenté en Saskatchewan en raison de la succession naturelle en zones riveraines, certaines superficies d’habitat ont disparu à cause de la construction de réservoirs. En Alberta, le pâturage intensif du bétail et la construction de barrages sur les cours d’eau peuvent affecter certains sites. Pour la population de l’Ontario de la sous-espèce virens, les principales menaces sont la perte de superficies d’habitat adéquat résultant de la transformation des terres (agriculture et urbanisation) et les changements dans les superficies d’habitat adéquat attribuables à la succession naturelle.

Protection, statuts et classifications
Au Canada, la Paruline polyglotte, ses nids et ses oeufs sont protégés en vertu de la Loi sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs. En Amérique du Nord, l’espèce est considérée comme « non en péril » en raison de sa vaste aire de répartition et de sa population relativement stable dans l’ensemble. En Colombie-Britannique, la population des montagnes du Sud est protégée aux termes de la Loi sur les espèces en péril (LEP) à titre d’espèce en voie de disparition. La population des Prairies en Alberta et en Saskatchewan est considérée comme étant « non en péril ». Dans les États de l’ouest des États-Unis qui sont frontaliers du Canada, la Paruline polyglotte est classée comme « vulnérable » dans l’État de Washington et comme « non en péril » en Idaho et au Montana. En Ontario, la sous-espèce virens est désignée comme « préoccupante » en vertu de la LEP et connaît un déclin marqué dans la majeure partie de son aire de nidification du nord-est, y compris dans tous les États frontaliers de l’Ontario.

Photo : Petit-duc des montagnes – de la sous-espèce kennicottii et de la sous-espèce macfarlanei

Petit-duc des montagnes de la sous-espèce macfarlanei.

Nom scientifique
Megascops kennicottii kennicottii; Megascops kennicottii macfarlanei

Taxon
Oiseaux

Situation du COSEPAC
Menacée (sous-espèce kennicottii et sous-espèce macfarlanei)

Aire de répartition canadienne
Colombie-Britannique (sous-espèce kennicottii et sous-espèce macfarlanei)

Justification de la désignation

Sous-espèce kennicottii :
Ce petit strigidé a subi un grave déclin dans la portion sud de son aire de répartition dans la région du Metro Vancouver, de Victoria et des îles Gulf, d’où il a presque disparu au cours des 10 à 15 dernières années. Selon les déclins observés en Alaska, il a probablement aussi connu un déclin dans la partie nord de son aire de répartition, mais l’ampleur de ce déclin est inconnue. La population serait relativement petite (moins de 10 000 adultes), et fait face à des menaces persistantes, incluant la prédation par des populations nouvellement établies de Chouettes rayées et l’enlèvement des arbres morts et des chicots, qui lui servent de sites de nidification et de perchoirs.

Sous-espèce macfarlanei :
La population canadienne de ce strigidé est petite, comptant entre 350 et 500 adultes, mais selon de récents travaux de relevé, ce nombre est plus élevé et l’espèce a une plus grande aire de répartition dans le sud de la Colombie-Britannique qu’estimé auparavant. La population est apparemment stable depuis les 10 dernières années, mais elle fait face à des menaces persistantes, attribuables en particulier à la perte d’arbres matures nécessaires aux sites de nidification et comme perchoirs. La perte de ces arbres est associée à l’expansion urbaine et agricole ainsi qu’à la dégradation des régions boisées riveraines.

Description et importance de l’espèce sauvage
Le Petit-duc des montagnes, Western Screech-Owl en anglais, est l’une des deux espèces du genre Megascops présentes au Canada. Ce petit hibou à aigrettes bien développées a les yeux jaunes. Les deux sexes sont semblables. On compte deux sous-espèces distinctes au Canada : la sous-espèce kennicottii, le long de la côte du Pacifique, et la sous-espèce macfarlanei, dans les vallées de la partie sud de la région intérieure de la Colombie-Britannique.

Répartition
Le Petit-duc des montagnes vit à basse altitude dans les forêts côtières du Pacifique et dans les vallées de la région s’étendant du sud de l’intérieur de la Colombie-Britannique jusqu’au nord-ouest du Mexique, vers le sud. Au Canada, le Petit-duc des montagnes est présent dans la zone côtière de la Colombie-Britannique (sauf dans l’archipel Haida Gwaii) et dans les vallées du sud de la Colombie-Britannique, depuis Lillooet, Kamloops, Lumby, Slocan, Creston et Cranbrook jusqu’à la frontière des États-Unis au sud.

Habitat
La sous-espèce kennicottii est présente dans diverses forêts conifériennes et mixtes, mais est souvent associée aux zones riveraines où l’on trouve des érables à grandes feuilles ou des peupliers de l’Ouest. La sous-espèce macfarlanei est fortement associée aux boisés riverains dominés par le peuplier de l’Ouest, le bouleau fontinal ou le peuplier faux-tremble, habituellement situés dans une matrice de forêts conifériennes sèches dominées par le pin ponderosa ou le douglas de Menzies. Les deux sous-espèces nichent dans les cavités naturelles des arbres, dans des trous creusés par des pics de grande taille ou dans des nichoirs appropriés.

Aire de répartition du Petit-duc des montagnes en Colombie-Britannique. L’aire de répartition de la sous-espèce de l’intérieur, M. k. macfarlanei, est illustrée en noir le long de plusieurs rivières entre Pemberton et Cranbrook, au sud de Kamloops. L’aire de répartition de la sous-espèce de la zone côtière, M. k. kennicottii, est illustrée en rouge tout le long de la côte de la province et le long des côtes de l'île de Vancouver.

Aire de répartition du Petit-duc des montagnes en Colombie-Britannique. L’aire de répartition de la sous-espèce de l’intérieur, M. k. macfarlanei, est illustrée en noir, tandis que celle de la sous-espèce de la zone côtière, M. k. kennicottii, est illustrée en rouge.

Source : Modifié à partir du Rapport de situation du COSEPAC, mai 2012.

Biologie
Le Petit-duc des montagnes est une espèce non migratrice. Les couples défendent leur territoire toute l’année. Ces hiboux sont des prédateurs généralistes, qui se nourrissent principalement de petits mammifères et de gros insectes, mais aussi de petits oiseaux, de poissons, de grenouilles et de limaces. Les jeunes s’éloignent de leur territoire natal à la fin de l’été.

Taille et tendances des populations
Les populations de la sous-espèce kennicottii du sud-ouest de la Colombie-Britannique et plus particulièrement de la région du Metro Vancouver et de Victoria, ont pratiquement disparu au cours des 10 à 15 dernières années. Les populations du nord de l’île de Vancouver semblent relativement en santé, mais on ne connaît pas les tendances à long terme. La sous-espèce a sans doute aussi décliné dans les forêts côtières du centre et du nord; l’ampleur de ce déclin est toutefois inconnue. Les populations de la sous-espèce macfarlanei ont probablement diminué tout au long des années 1900 en raison de la perte d’habitat, mais on croit qu’elles sont aujourd’hui relativement stables ou que leur déclin est très lent. La sous-espèce kennicottii est mal connue au Canada. On estime ses effectifs à environ 1 500 à 3 000 individus. La sous-espèce macfarlanei est moins abondante, ses effectifs se chiffrant probablement à 350 à 500 individus.

Menaces et facteurs limitatifs
La perte d’habitat constitue la principale menace pour la sous-espèce macfarlanei et a sans doute également affecté la sous-espèce kennicottii. La prédation par une nouvelle-venue, la Chouette rayée, serait la première cause des déclins significatifs de population de la sous-espèce kennicottii observés dans la partie sud de la zone côtière.

Protection, statuts et classifications
La sous-espèce macfarlanei est inscrite sur la liste des espèces en voie de disparition de la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral; la sous-espèce kennicottii a été désignée « préoccupante » dans le cadre des évaluations du COSEPAC réalisées en mai 2002. En Colombie-Britannique, l’espèce et ses nids actifs sont protégés contre les dommages directs en vertu de la Wildlife Act; la sous-espèce macfarlanei figure sur la liste rouge de la Colombie-Britannique (espèces potentiellement menacées ou en voie de disparition) et la sous-espèce kennicottii figure sur la liste bleue (espèces préoccupantes).

Photo : Pica à collier

Nom scientifique
Ochotona collaris

Taxon
Mammifères

Situation du COSEPAC
Préoccupante

Aire de répartition canadienne
Yukon, Territoires du Nord-Ouest, Colombie-Britannique

Justification de la désignation
Cette petite espèce apparentée au lapin est une relique béringienne qui est restreinte aux talus d’éboulis dans les zones alpines dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique, dans le Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest. Cette région comprend plus de la moitié de l’aire de répartition mondiale de l’espèce et subit des changements liés au climat dans l’habitat, la température et les précipitations à une vitesse plus élevée que partout ailleurs au Canada. Une sensibilité démontrée à la variabilité du climat, associée à une faible capacité de dispersion et à la nature naturellement fragmentée de ses populations augmentent la vulnérabilité de ce petit mammifère aux changements climatiques. L’espèce est bien étudiée dans une partie très limitée de son aire de répartition, cependant l’information de base sur les tendances démographiques à l’échelle de l’aire de répartition ainsi qu’une compréhension claire de l’étendue et de la gravité des répercussions climatiques sur l’espèce et son habitat dans les prochaines décennies sont limitées. Toutefois, la meilleure information disponible suggère que l’espèce peut être particulièrement sensible à un changement climatique, incluant des augmentations concomitantes dans la variabilité des précipitations, menant ainsi à une diminution de la disponibilité de l’habitat. Le potentiel de répercussions négatives des changements climatiques sur la persistance de l’espèce à long terme est important.

Description et importance de l’espèce sauvage
Le pica à collier (Ochotona collaris) est un petit (~ 160 g) lagomorphe non grégaire des milieux alpins. C’est l’une des deux espèces de pica présentes en Amérique du Nord, avec le pica d’Amérique (O. princeps). Le pica à collier est de couleur gris terne, avec des plaques gris pâle sur la nuque et les épaules qui forment un collier incomplet autour du cou. Il n’y a aucun dimorphisme évident entre les sexes. Les picas sont considérés comme des indicateurs des changements climatiques en raison de leur sensibilité avérée aux régimes climatiques.

Répartition
Au Canada, le pica à collier est surtout présent dans les régions montagneuses du Yukon, et son aire de répartition s’étend jusque dans le nord de la Colombie-Britannique et dans les Territoires du Nord-Ouest, à l’ouest du fleuve Mackenzie. À l’extérieur du Canada, on le trouve dans le sud et le centre de l’Alaska. Au Canada, le pica à collier compte une unité désignable.

Habitat
Le pica à collier habite principalement les champs rocheux alpins (talus d’éboulis) entrecoupés de prairies. L’association talus-prairies lui permet de s’alimenter (prairie) et de s’abriter des prédateurs et des conditions météorologiques défavorables (talus). Le pica à collier limite ses déplacements aux parcelles de talus et se tient généralement à moins de 10 m du bord des talus lorsqu’il part en quête de nourriture dans les prairies. Les densités de population sont généralement plus élevées sur les pentes sud, probablement parce que la production primaire y est plus élevée.

Aire de répartition mondiale du pica à collier. Carte de base du coin nord-ouest de la Colombie-Britannique et le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et l'Alaska à proximité. Les spécimens et observations au Canada sont illustrés par des points noirs, la zone d'occurrence au Canada par des hachures au nord de la Colombie-Britannique, dans le Yukon et le sud-ouest des Territoires du Nord-Ouest. La répartition mondiale actuelle est délimitée par une ligne verte et s'étend jusqu’au sud-est de l'Alaska.

Aire de répartition mondiale du pica à collier (c.-à-d. zone d’occurrence estimée) et localités du prélèvement des spécimens et des observations sur le terrain au Canada (Yukon et Colombie-Britannique).

Source : Modifié à partir du Rapport de situation du COSEPAC, novembre 2011.

Biologie
Le pica à collier est un herbivore généraliste qui procède à deux collectes de nourriture durant l’été. La première est consommée immédiatement, alors que la deuxième est conservée dans un « garde-manger » à l’intérieur du talus pour être consommée durant l’hiver. Le pica défend un territoire individuel (d’un rayon d’environ 15-25 m) et est polygame. Il atteint la maturité sexuelle après son premier hiver et, après une période de gestation de 30 jours, la femelle donne naissance à 3 ou 4 petits dans un nid installé dans le talus. La majorité des mises bas ont lieu à la mi-juin. Les jeunes sortent pour la première fois de la tanière 30 jours après leur naissance et se dispersent au bout de quelques jours. Ils atteignent presque leur taille adulte au cours du premier été, puis doivent établir un territoire et se constituer un garde-manger avant l’hiver. Les adultes se montrent très fidèles à leur territoire une fois qu’il est établi.

On a associé d’une part, le taux de survie annuelle et, d’autre part, les conditions hivernales et le moment au printemps où le petit mammifère commence à constituer son garde-manger pour l’hiver. Le principal prédateur du pica à collier est l’hermine; le renard roux et les oiseaux de proie sont des prédateurs occasionnels. Le pica vit rarement plus de quatre ans, et la durée d’une génération est d’un peu plus de deux ans.

Taille et tendances des populations
Une étude des populations de picas à collier d’un seul site de l’écorégion chaînon Ruby, dans le sud-ouest du Yukon, a révélé que la taille des populations fluctue considérablement au fil du temps. Bien qu’on ne dispose d’aucune autre donnée empirique sur la taille et les tendances des populations ailleurs, et qu’il n’existe presque pas de relevés ciblés pour l’espèce, on croit que le pica à collier est toutefois largement répandu et qu’il peut être abondant à l’échelle locale dans son aire de répartition.

Facteurs limitatifs et menaces
Vu l’éloignement de l’aire de répartition du pica à collier au Canada, l’habitat et les effectifs de l’espèce ont connu très peu de perturbations directes, et on s’attend à ce que la situation demeure la même au cours des prochaines décennies. La principale menace qui plane sur les populations de picas à collier est probablement le réchauffement climatique, dont les effets se font déjà sentir dans la région nordique que fréquente le pica et qui est caractérisée par un climat subarctique sec. Les disparitions locales du pica d’Amérique et l’avancée en altitude de son aire de répartition ont été documentées pour l’intérieur du Grand Bassin des États-Unis, mais on ne sait pas dans quelle mesure ces données s’appliquent au pica à collier, puisqu’il faut tenir compte de certaines différences dans l’habitat des deux espèces et d’autres incertitudes. Les risques les plus probables pour la pérennité du pica à collier sont liés aux effets directs des conditions météorologiques, de température et d’humidité, ainsi qu’aux changements qui surviennent dans l’habitat. Les conditions de survie idéales pour le pica à collier sont des conditions fraîches et sèches; un changement dans l’une ou l’autre direction (c.-à-d. hausse des températures ou temps froid et humide) expose l’espèce à la mort. Certaines pertes d’habitat alpin adéquat peuvent survenir en raison a) de changements dans la composition spécifique des communautés végétales alpines; b) de l’avancée de la limite des arbres; c) parce que le climat devient physiologiquement intolérable pour l’espèce. Une perte d’habitat alpin augmenterait la distance entre les parcelles propices au pica, réduisant probablement le flux génétique, l’immigration de source externe et la persistance de l’espèce à l’échelle régionale.

Protection, statuts et classifications
Le pica à collier n’est pas désigné actuellement en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du Canada, de l’Endangered Species Act des États-Unis et de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. L’Union internationale pour la conservation de la nature attribue au pica à collier la désignation « faible risque ou préoccupation mineure ». Les cotes attribuées à l’espèce par NatureServe sont « non en péril à l’échelle mondiale » (G5), « non en péril à l’échelle nationale » au Canada et aux États-Unis, et « non en péril » en Alaska. En ce qui concerne le programme sur la situation générale des espèces au Canada, le pica à collier est désigné « sensible » (Sensitive) dans les Territoires du Nord-Ouest. La cote provisoire pour le Yukon et la Colombie-Britannique est passée de « non en péril » en 2005 à « sensible » (Sensitive) en 2010 et, à l’échelle nationale, le pica à collier est désigné « sensible » (Sensitive).

Photo : Porte-queue de Behr

Nom scientifique
Satyrium behrii

Taxon
Arthropodes

Situation du COSEPAC
En voie de disparition

Aire de répartition canadienne
Colombie-Britannique

Justification de la désignation
Ce petit papillon est restreint à un habitat de purshie tridentée en Colombie-Britannique, un habitat dont l’étendue a diminué considérablement au cours du dernier siècle et qui continue d’être menacé par les changements de l’utilisation des terres (conversion à la viticulture, développement résidentiel et commercial) et par l’impact des feux. Il se disperse rarement sur une distance de plus de 120 m et persiste dans de petits fragments d’habitat isolés, dont la superficie et la qualité continuent de diminuer. D’importantes fluctuations annuelles de la taille de la population, telles que documentées pour la plus grande population canadienne, augmentent la vulnérabilité de l’espèce et remettent en question sa viabilité à long terme.

Description et importance de l’espèce sauvage
Le porte-queue de Behr (Satyrium behrii) est un petit papillon diurne (envergure de 2,5 à 2,9 cm) de la famille des Lycénidés. Sur le dessus, les ailes antérieures et postérieures sont d’un brun-orange jaunâtre riche et largement marginées de noir. Une seule sous-espèce est présente au Canada.

La plante hôte larvaire du porte-queue de Behr est la purshie tridentée, espèce emblématique au Canada utilisée par les organismes de conservation comme symbole pour souligner l’importance de protéger les communautés végétales et prairies qui lui sont associées dans la région de l’Okanagan. Les papillons diurnes (considérés dans leur ensemble) et la purshie tridentée occupent une place particulière dans la culture des Premières nations. La purshie tridentée a également une incidence importante sur la gestion des espèces sauvages et le pâturage du bétail.

Répartition
Au Canada, le porte-queue de Behr est confiné au centre-sud de la Colombie-Britannique, de Penticton au nord à Osoyoos au sud. Il se rencontre à faible altitude (280 – 760 m au-dessus du niveau de la mer) dans des communautés végétales à purshie tridentée des deux côtés de la vallée de l’Okanagan-Sud. La zone d’occupation de l’espèce est inférieure à 12 km².

Photo : Carte illustrant l’aire de répartition canadienne du porte-queue de Behr. Sur une carte de base du centre-sud de la Colombie-Britannique, la distribution est illustrée par une bande grise dans la vallée de l'Okanagan. Elle s'étend des deux côtés de la vallée, à partir de la frontière du Canada et des États-Unis près d'Osoyoos, dans le sud, jusqu’à Penticton au nord.

Aire de répartition canadienne du porte-queue de Behr.

Source : Modifié à partir du Rapport de situation du COSEPAC, mai 2012 (avec l’autorisation d’Orville Dyer).

Habitat
Le porte-queue de Behr est associé principalement à la communauté végétale à purshie-tridentée/stipe comateuse. Les attributs de l’habitat importants pour l’espèce incluent la présence de communautés végétales à purshie tridentée de plus de 30 ans, d’un couvert arborescent clairsemé dominé par le pin ponderosa (utilisé par les adultes comme refuge durant les périodes de conditions météorologiques défavorables et de températures diurnes extrêmes et comme site de repos durant la nuit) et de mares boueuses (où les adultes peuvent se désaltérer et combler leurs besoins en sels minéraux).

Biologie
Le porte-queue de Behr a une seule génération par année. La période de vol s’étend du milieu de mai à la fin de juillet et atteint son point culminant au milieu de juin. Les oeufs sont déposés individuellement sur les feuilles et les branches de la plante hôte et éclosent au début du printemps suivant. Le développement larvaire s’étend de la fin de mars à la fin de mai. La chrysalide est formée à la fin du printemps sur les tiges de la plante hôte. La vie nymphale dure environ deux semaines. Le porte-queue de Behr ne migre pas. Les adultes semblent présenter une capacité de dispersion limitée et s’éloigne peu de leur habitat de purshie tridentée. D’après des études menées sur le terrain dans la vallée de l’Okanagan-Sud, les adultes se dispersent en moyenne sur une distance de 80 à 120 m, selon les conditions météorologiques printanières. La dispersion maximale observée s’élevait à 1,2 km.

Taille et tendances des populations
Des analyses donnent à croire que même la plus importante population connue a peu de chance de se maintenir à long terme. Les populations existantes sont fragmentées et séparées les unes des autres par des zones d’habitat non propice d’une superficie généralement supérieure à la capacité de dispersion de l’espèce.

Les données disponibles relatives aux tendances de l’habitat font état d’un important déclin tant quantitatif que qualitatif des communautés végétales à purshie tridentée au cours des 200 dernières années. Selon les plus récents relevés (2009), la communauté végétale à purshie tridentée/stipe comateuse ne couvre plus qu’une superficie de 3 217 ha dans la vallée de l’Okanagan-Sud, soit environ le tiers de sa superficie historique (1800).

Facteurs limitatifs et menaces
Le porte-queue de Behr est exposé à de nombreuses menaces qui, pour la plupart, sont associées à la conversion et à la fragmentation de son habitat. Le principal facteur limitatif pour l’espèce est la disponibilité de plantes hôtes plus âgées de grande qualité. La disponibilité des plantes nectarifères est également un facteur limitatif pour les adultes, dont la trompe ne leur permet pas d’atteindre le nectar des fleurs d’espèces à corolle profonde.

Protection actuelle ou autres désignations de statut
Le porte-queue de Behr est protégé en vertu de la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral, de la Loi sur les espèces sauvages au Canada, de la British Columbia Park Act et de l’Ecological Reserves Act. Il figure également parmi les espèces dont l’inscription à titre d’espèce sauvage désignée a été recommandée aux termes des Forest and Range Practices Act, Wildlife Act et Wildlife Amendment Act de la Colombie-Britannique.

Le porte-queue de Behr est protégé en vertu de la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral, de la Loi sur les espèces sauvages au Canada, de la British Columbia Park Act et de l’Ecological Reserves Act. Il figure également parmi les espèces dont l’inscription à titre d’espèce sauvage désignée a été recommandée aux termes des Forest and Range Practices Act, Wildlife Act et Wildlife Amendment Act de la Colombie-Britannique.

Photo : Salamandre sombre du nord – Population carolinienne

Nom scientifique
Desmognathus fuscus

Taxon
Amphibiens

Situation du COSEPAC
En voie de disparition

Aire de répartition canadienne
Ontario

Justification de la désignation
Cette espèce est restreinte à un petit ruisseau soutenu par le suintement des eaux souterraines sur la pente raide d’une gorge vulnérable à l’érosion, au dépôt atmosphérique de polluants et à l’acidification de l’habitat. La population est petite et vulnérable à la stochasticité écologique, démographique et génétique.

Description et importance de l’espèce sauvage
La salamandre sombre du Nord (Desmognathus fuscus) appartient à la famille des Pléthodontidés (salamandres sans poumons). En règle générale, le corps de l’adulte est brunâtre et porte une rayure dorsale claire qui continue jusqu’à la première portion de la queue. Il est parsemé de mouchetures foncées concentrées sur les flancs, lesquelles deviennent blanches ou grises sur la surface ventrale.

Les individus âgés sont plutôt d’un brun foncé ou noir uniforme. Dans les premières étapes de leur vie, les individus ont cinq à huit paires de taches dorsales. Chez l’adulte et la larve, les pattes postérieures sont plus grosses que les pattes antérieures et une ligne pâle s’étend de l’oeil jusqu’à l’arrière de la mâchoire. La salamandre sombre du Nord est la représentante de son genre la plus répandue au Canada.

Répartition
La salamandre sombre du Nord est répartie dans l’ensemble des régions montagneuses de l’est de l’Amérique du Nord. La répartition canadienne représente environ 5 % de l’aire de répartition mondiale et comprend une petite zone dans la gorge de la Niagara, en Ontario, trois grandes zones au Québec (les piémonts des Adirondacks, les contreforts des Appalaches et la rive nord du fleuve Saint-Laurent) ainsi que des zones isolées dans le sud du Nouveau-Brunswick. Dans son aire de répartition, la salamandre sombre du Nord est généralement présente de façon discontinue dans les petits ruisseaux de haute altitude, dans les milieux forestiers. Il y a deux unités désignables (UD), l’UD carolinienne en Ontario, et l’UD du Québec et du Nouveau-Brunswick.

Aire de répartition de la salamandre sombre du Nord au Canada. Sur une carte du Nouveau-Brunswick, du sud est de l'Ontario et du Québec, du nord-est des États-Unis, la répartition est montrée par des points bleus. La population du Québec et Nouveau-Brunswick est située près de Covey Hill, Québec, le long de la chaîne des Appalaches, dans le sud du Québec et du Nouveau-Brunswick, et sur la rive ouest/nord du Saint-Laurent. La population carolinienne est identifiée par un point près de St-Catharines, Ontario.

Aire de répartition de la salamandre sombre du Nord au Canada.

Source : Modifié à partir du Rapport de situation du COSEPAC, mai 2012.

Habitat
La salamandre sombre du Nord habite à proximité des sources, des suintements et des petits affluents de ruisseaux d’amont à eau claire dans les milieux forestiers. Elle se cache sous divers abris (pierres, troncs d’arbres, litière de mousse ou de feuilles) ou dans les refuges souterrains frais près de la bordure des ruisseaux. Elle se nourrit le long de la rive des cours d’eau, le plus souvent dans l’habitat terrestre. La femelle niche habituellement dans les micromilieux cryptiques, près de la source d’un cours d’eau où le sol est saturé. Les larves sont strictement aquatiques et restent dans les interstices entre les roches du lit des ruisseaux durant leur développement. En hiver, les larves demeurent dans les eaux courantes peu profondes, tandis que les adultes se retirent dans les refuges souterrains où l’eau s’écoule de façon continue. La disponibilité et la qualité de l’habitat sont optimales dans les bassins hydrographiques non perturbés où le couvert forestier est abondant.

Biologie
Le cycle vital de la salamandre sombre du Nord est biphasique : il comporte un stade larvaire aquatique de 7 à 16 mois suivi d’un stade adulte semi-aquatique. L’espèce atteint la maturité sexuelle à 3 ou 4 ans. L’accouplement a lieu au printemps ou à l’automne, et la femelle pond chaque année à la fin du printemps et en été. La fécondité augmente avec la taille corporelle, et le nombre d’oeufs varie entre 8 et 45 selon la région géographique. La femelle demeure avec ses oeufs jusqu’à l’éclosion, soit 45 à 60 jours après la ponte. La durée de vie maximale est d’environ 10 ans.

La salamandre sombre du Nord est particulièrement vulnérable à la perte d’eau et est plus active la nuit. La menace de dessiccation limite la dispersion de l’espèce par voie terrestre. Les déplacements se font principalement le long du chenal des cours d’eau, généralement à quelques mètres du bord de l’eau. Le domaine vital de l’adulte est petit (0,1 m² à 3,6 m²). L’espèce se nourrit d’invertébrés aquatiques et terrestres au gré des possibilités. Elle est dépourvue de mécanismes de défense contre les prédateurs, mais elle peut s’autoamputer la queue. Les principaux prédateurs de la salamandre sombre du Nord sont les poissons, les serpents, les écrevisses, les oiseaux, les petits mammifères et les grosses salamandres. Il arrive, quoique rarement, qu’il y ait hybridation entre la salamandre sombre du Nord et la salamandre sombre des montagnes.

Taille et tendances des populations
Malgré les importantes initiatives d’échantillonnages effectués dans certaines parties de l’aire de répartition canadienne de l’espèce, les données actuelles ne permettent pas d’estimation fiable de la taille ou de la tendance des populations. En Ontario, l’espèce est confinée à une petite localité dans la gorge de la Niagara. Les estimations semblent indiquer que la population de l’Ontario compte probablement moins de 250 adultes. L’espèce est répandue au Québec et au Nouveau-Brunswick, bien que les densités locales soient généralement faibles. Dans chaque province, six nouvelles populations ont été découvertes ces dernières années grâce à l’intensification des recherches ciblées. Par conséquent, la superficie de la zone d’occurrence a légèrement augmenté, mais cette augmentation est liée à l’intensification des activités de recherche plutôt qu’à la croissance des populations ou à l’établissement de nouvelles populations. Par ailleurs, certaines populations semblent avoir disparu.

Menaces et facteurs limitatifs
Au Canada, les changements de l’approvisionnement en eau et de la qualité de l’eau occasionnés par les activités humaines sont les principales menaces à la survie de la salamandre sombre du Nord. La baisse de l’approvisionnement en eau souterraine dans l’habitat de l’espèce peut être catastrophique pour les populations locales. L’augmentation artificielle des volumes d’eau rejetés dans certaines zones perturbe aussi probablement les populations de salamandres et réduit les micromilieux adéquats. Les eaux de ruissellement des zones urbaines, industrielles et agricoles peuvent contaminer les eaux souterraines et les courants d’eau. La contamination par les métaux lourds provenant des dépôts atmosphériques est sans doute responsable de la disparition de l’espèce de l’Acadia National Park dans le Maine. L’acidification des ruisseaux est aussi un facteur préoccupant pour l’espèce, car près de 40 % des ruisseaux de montagne dans le sud des Appalaches montrent des signes d’acidification.

La récolte de bois, les parcs éoliens et l’urbanisation des bassins hydrographiques réduisent l’approvisionnement en eau, la qualité de l’eau et la disponibilité des micromilieux. L’envasement compte parmi les effets négatifs les plus importants de la récolte de bois, car les interstices utilisés par la salamandre pour se nourrir, s’abriter, nicher et hiverner s’en trouvent perdus. À l’échelle du bassin hydrographique, l’urbanisation a entraîné la disparition de l’espèce du parc national du mont Saint-Hilaire (Québec) et d’autres zones. L’introduction de poissons prédateurs, en particulier l’omble de fontaine, représente une menace pour l’espèce.

Protection, statuts et classifications
En Ontario, la salamandre sombre du Nord est désignée en voie de disparition et est protégée en vertu de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition. Au Québec, elle sera probablement désignée menacée ou vulnérable par le gouvernement provincial. Néanmoins, la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (L.R.Q., c. C-61.1) de la province interdit la collecte, l’achat, la vente ou la garde en captivité de spécimens. L’article 22 de la Loi sur la qualité de l’environnement de la province (L.R.Q., c. Q-2) prévoit la protection contre la dégradation non réglementée de la qualité de l’environnement. Selon l’évaluation de la situation générale des espèces au Canada, la salamandre sombre du Nord est désignée sensible au Nouveau-Brunswick. Elle est protégée en vertu de la Loi sur le poisson et la faune du Nouveau-Brunswick, laquelle interdit la mise en captivité, la détention en captivité, la vente, le commerce ou l’achat de tout animal de la faune sans l’autorisation du ministre.

Actuellement, près du quart des sites où la salamandre sombre du Nord est présente au Canada sont en sécurité dans des aires protégées et des aires visées par des ententes relatives à la propriété. Plus de 75 % des observations de l’espèce ne sont rattachées à aucun type d’habitat protégé.

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2022-02-24