Plan de gestion du fondule barré, population de Terre-Neuve, au Canada [finale] 2011 : Renseignements sur l'espèce

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Date de l'évaluation : Mai 2003

Nom commun (population) : Fondule barré (population de Terre-Neuve)

Nom scientifique : Fundulus diaphanus

Situation selon le COSEPAC : Espèce préoccupante

Justification de la désignation : La population est séparée des autres par un important obstacle aux déplacements, c.-à-d. 200 km d'océan. Les populations de Terre-Neuve ont une zone d'occupation très limitée. La possibilité d'une expansion de l'aire de répartition est limitée par des pentes escarpées ainsi que par des rapides et/ou des chutes infranchissables. La dégradation de l'habitat résultant d'une exploitation forestière proposée aurait une incidence négative sur les populations de certaines régions.

Existence au Canada : Terre-Neuve

Historique de la désignation du COSEPAC : Dernière évaluation fondée sur le rapport de situation mis à jour.

Le fondule barré fait partie de la famille des Fondulidés, qui comprend cinq genres et environ 48 espèces (Nelson, 1994). De toutes ces espèces, seules Fundulus diaphanus et F. heteroclitus (choquemort) habitent les eaux de Terre-Neuve (Scott et Crossman, 1964, 1973; Houston, 1990). Le fondule barré est constitué de deux sous-espèces : le fondule barré de l'Est, Fundulus diaphanus diaphanus (Lesueur), qu'on trouve à Terre-Neuve, et le fondule barré de l'Ouest (Chippett, 2003), F. diaphanus menona (Jordan et Copeland).

Chez le fondule barré, les flancs sont de couleur olive et présentent de nombreuses barres verticales, tandis que la région dorsale est d'une couleur foncée contrastante (voir l'illustration de la couverture). Chez les femelles, ces barres sont habituellement noires, minces et marquées. De plus, elles ne semblent pas couvrir toute la largeur du corps. Chez les mâles, par contre, les barres sont gris pâle, moins distinctes que chez les femelles et plus rapprochées. Les fondules adultes sont généralement petits; la longueur moyenne des mâles de la population de Terre-Neuve échantillonnés se situait entre 73,2 mm (étang Freshwater) et 91,9 mm (Loch Leven) (Chippett, 2004). Un spécimen prélevé dans le bassin hydrographique de la baie Indian mesurait 128 mm, probablement la plus grande longueur observée chez cette espèce (Chippett, 2003).

Le fondule barré vit jusqu'à un âge maximal de 4 ans. Il atteint la maturité à l'âge 1+, lorsqu'il mesure environ 60 mm (Carlander, 1969). Ce poisson fraye dans les plantes marines et la fécondation des oeufs est externe. Les femelles pondent des oeufs munis de filaments adhésifs, qui se fixent sur les végétaux. Dans le bassin hydrographique de la baie Indian, des fondules barrés présentant un comportement associé à la fraye ont été observés de la fin de juin au milieu d'août, alors que la température de l'eau se situait entre 19 oC et 23 oC (Chippett, 2003).

Tel qu'indiqué ci-dessus, il y a deux espèces de fondules dans les eaux de Terre-Neuve, soit le fondule barré (Fundulus diaphanus)et le choquemort (F. heteroclitus). De par leur taille et leur apparence, ces deux espèces sont très semblables et évoluent souvent ensemble par bancs. Par conséquent, il peut être difficile de les distinguer, ce qui risque d'occasionner des erreurs d'identification et de fausser les résultats des relevés et les données sur les populations.

Le fondule barré vit tout le long de la côte est de l'Amérique du Nord, depuis la Caroline du Sud jusque dans les provinces atlantiques du Canada. On le trouve aussi dans les états de New York et de la Pennsylvanie ainsi que dans le sud du Canada, dans la région des Grands Lacs, et encore plus à l'ouest, dans la rivière Yellowstone, dans l'est du Montana (Scott et Crossman, 1973; Houston, 1990). La population de fondules barrés de Terre-Neuve se trouve à l'extrême est de l'aire de répartition de l'espèce. Des documents attestent de la présence de fondules barrés en divers endroits de Terre-Neuve (Chippett, 2003) (annexe 3, fig. 1) qui sont concentrés pour la plupart sur les côtes sud et sud-ouest, sauf pour ce qui est du fragment de population présent dans le bassin versant de la baie Indian, au nord-est (Chippett, 2003). Des études génétiques révèlent que la population de fondules barrés de Terre-Neuve n'est pas différente, sur le plan génétique, des populations continentales de ce poisson (Chippett, 2004).

À Terre-Neuve, les populations de fondules barrés sont dispersées sur une vaste aire de répartition, mais dans leurs bassins hydrographiques respectifs, leur présence se limite souvent à des zones très confinées. D’après les populations représentatives échantillonnées (soit celles du bassin versant de la baie Indian, du loch Leven et de l’étang Freshwater), le fondule barré semble être localement abondant. Nous ne disposons pas de données multiannuelles à ce sujet, mais selon certaines estimations, plus de 20 000 individus forment la population du bassin Indian. Il n’y a pas d’estimations de l’effectif des autres populations (Chippett, 2003). D’autres renseignements sur les populations, notamment sur les captures par unité d’effort, sont présentés dans Chippett (2004).

Le fondule barré est euryhalin. C'est un nageur relativement médiocre, dont les vitesses natatoires soutenues ou de pointe sont limitées (Blair Adams, écologue régional, ministère des Ressources naturelles, comm. pers.). Ses habitats de prédilection sont les lacs et les parties des rivières ou autres cours d'eau où le courant est faible (Fritz et Garside, 1974, 1975), ainsi que les zones estuariennes tranquilles (Blair Adams, écologue régional, ministère des Ressources naturelles, comm. pers.). Les fondules barrés sont le plus souvent observés dans les eaux peu profondes, calmes et claires des lacs et des étangs au substrat vaseux ou sablonneux présentant un fort contenu détritique et une abondante végétation aquatique submergée (Trautman, 1957; Scott et Crossman, 1964, 1973; Houston, 1990). Il ressort d'examens qualitatifs des lacs dans lesquels l'espèce est présente à Terre-Neuve que ces lacs sont conformes à la description des habitats du fondule barré qu'on trouve ailleurs. Une description quantitative et qualitative exhaustive des habitats du fondule barré qui ont été échantillonnés à Terre-Neuve est présentée dans Chippett (2004). Des observations plus récentes révèlent que le fondule barré utilise peut-être plus l'habitat estuarien de Terre-Neuve qu'on le croyait précédemment (Chuck Bourgeois, chef de section, Salmonidés, MPO, Région de Terre-Neuve et du Labrador, comm. pers.).

Le fondule barré peut trouver de quoi s'alimenter à tous les niveaux de l'écosystème (Keast et Webb, 1966), mais en général, il se nourrit d'organismes benthiques et dans une moindre mesure d'insectes volants (Chippett, 2003; Scott et Crossman, 1973). Lorsqu'il abonde localement, le fondule barré peut être une nourriture importante pour les poissons et oiseaux piscivores. à Terre-Neuve, il constitue un important poisson fourrage pour de plus grands poissons comme l'omble de fontaine (Salvelinus fontinalis), le saumon atlantique (Salmo salar), l'anguille d'Amérique (Anguilla rostrata), la truite brune (Salmo trutta) et la truite arc-en-ciel (Onchoryncus mykiss). Il est aussi la proie du Martin-pêcheur d'Amérique (Megaceryle alcyon) et du Grand Harle (Mergus merganser) (White, 1953,1957; Scott et Crossman, 1973).

La répartition du fondule barré à Terre-Neuve est fragmentée; par conséquent, l'interaction entre ses divers groupes est rare ou inexistante. De ce fait, on peut penser que la population de fondules barrés de Terre-Neuve est particulièrement vulnérable aux phénomènes catastrophiques de longue durée ou aux perturbations localisées. L'espèce semble toutefois présenter des taux de reproduction très élevés et un temps de doublement de la population relativement court (Jones et coll., 2008). Cela porte à croire qu'elle peut résister aux perturbations de courte durée ou à des phénomènes catastrophiques, comme les mortalités dues à la chaleur ou à la glace (Blair Adams, écologue régional, ministère des Ressources naturelles, comm. pers.).

Des contraintes, comme la forte pente de certains cours d'eau, et d'autres obstacles physiques (naturels ou d'origine anthropique) nuisent à la migration vers les eaux intérieures et l'accès à d'autres habitats propices. On pense que les habitats propices au fondule barré, de par leur type de substrat et leur végétation aquatique, sont abondants à Terre-Neuve (en particulier dans le centre de l'île), mais qu'ils sont peut-être inaccessibles à l'espèce en raison de ces voies de migration difficiles. Toutefois, dans certains endroits où la répartition du fondule barré est limitée à un ou deux lacs (comme dans le bassin versant de la baie Indian), on n'a observé aucun signe de la présence de fondules barrés dans l'habitat propice abondant que représentent les lacs adjacents reliés par des cours d'eau très praticables (Chippett, 2003).

Le fondule barré se trouve souvent dans les estuaires, dont il utilise à la fois les habitats saumâtres et les habitats entièrement marins. Sa présence en ces lieux dénote une certaine capacité de dispersion et de migration entre les bassins versants et les eaux qui longent la côte (Blair Adams, écologue régional, ministère des Ressources naturelles, comm. pers.). Chippett (2003) pense que l'espèce n'est pas parvenue à bien se disperser dans les bassins versants à cause de la présence sur sa route de longues étendues d'eau libre, où la prédation par les grands poissons serait notablement plus élevée que dans les eaux herbeuses peu profondes.

Dans son rapport de 2003, le COSEPAC indique que les facteurs limitatifs suggérés, comme les faibles températures de l'eau et l'insuffisance d'habitat (Gibson et coll., 1984; Houston, 1990), ne sont probablement pas contraignants pour le fondule barré dans l'île de Terre-Neuve. Des signes de fraye ont été observés dans la baie Indian à des températures de 19-23 oC, fourchette de températures qu'on trouve dans la majeure partie de l'île (Chippett, 2003). Chippett (2004) indique que l'habitat propice à l'espèce, de par le type de substrat et la végétation aquatique, est disponible et facilement utilisable dans la plupart des régions de Terre-Neuve. Toutefois, si l'habitat d'eau douce est abondant, il manque de connectivité et cela influe sur la répartition de l'espèce (Chuck Bourgeois, chef de section, Salmonidés, MPO, Région de Terre-Neuve et du Labrador, comm. pers.). Le fondule barré peut se déplacer le long de la côte, mais sa capacité de peupler bien des bassins hydrographiques dépend de la vitesse de l'eau dans la partie inférieure des cours d'eau et de la présence d'un habitat propice dans les estuaires. Or, peu nombreux sont les estuaires de la côte de Terre-Neuve qui présentent une faible vitesse de courant, de la végétation et un fond détritique. La rareté de ces conditions peut donc être un facteur limitatif pour l'espèce (Chuck Bourgeois, chef de section, Salmonidés, MPO, Région de Terre-Neuve et du Labrador, comm. pers.).

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2022-02-24