Programme de rétablissement de la bartramie à feuilles dressées au Canada [proposition] 2011 : Rétablissement

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Le Groupe de travail national sur le rétablissement (2004) définit ainsi le terme rétablissement : « restauration d'une espèce à un niveau de population viable et autosuffisant, pouvant résister à des événements stochastiques et à d'autres variables environnementales de nature non catastrophique ». Par contre, dans Environnement Canada et al. (2004), le rétablissement d'une espèce est défini comme étant toute augmentation de ses chances de persister à long terme à l'état sauvage. Dans le cas de la bartramie à feuilles dressées, il se peut que le rétablissement dépende de notre capacité d'assurer la survie des populations actuelles et d'éliminer les menaces qui pèsent sur elles.

Comme pour de nombreuses autres espèces de plantes rares qui sont associées aux chênaies de Garry, nous n'avons pas suffisamment d'information sur la répartition historique de la bartramie à feuilles dressées. Rien n'indique que cette espèce a déjà été abondante ou répandue près des côtes de Colombie-Britannique. Par conséquent, pour assurer le rétablissement du Bartramia stricta, il faut s'attacher d'abord et avant tout à augmenter ses chances de persister à long terme à l'état sauvage. Pour que les efforts de rétablissement portent fruit, il faudra faire des recherches, prendre des mesures de gestion et de protection de l'habitat et assurer la surveillance à long terme des populations. Dans la plupart des cas, il faudra réaliser des études et des essais plus approfondis pour déterminer si les obstacles au rétablissement des populations actuelles sont surmontables. Il se peut qu'il faille réévaluer la faisabilité écologique et technique du rétablissement une fois que des recherches plus poussées auront été menées. Le tableau 2 présente une évaluation des critères de faisabilité technique et biologique du rétablissement de l'espèce.

Même si la biologie et l'écologie de l'espèce sont encore mal comprises, les observations réalisées sur le terrain donnent à penser que le recrutement s'effectue de façon régulière, du moins à la station de Nanaimo. De plus, les populations semblent assez importantes pour être autosuffisantes. Par conséquent, le degré de viabilité de la population est actuellement considéré comme moyen.

À la lumière de ce que nous savons sur les populations actuelles, le rétablissement est réalisable. Les chances de rétablissement pourraient s'accroître encore davantage si d'autres populations plus importantes étaient découvertes dans des secteurs qui n'ont pas encore été soumis à des recherches rigoureuses ou qui n'ont jamais été étudiés.

Tableau 2.Faisabilité technique et biologique du rétablissement de la bartramie à feuilles dressées; critères tirés d'Environnement Canada et al. (2005)
Critères de faisabilité
1. Y a-t-il actuellement des individus reproducteurs permettant d'augmenter le taux de croissance de la population ou son effectif? OUI
2. Existe-t-il suffisamment d'habitat pouvant abriter l'espèce, ou peut-on en créer par des mesures d'aménagement ou de remise en état? OUI
3. Les menaces appréciables pesant sur l'espèce ou son habitat peuvent-elles être évitées ou atténuées grâce à des mesures de rétablissement? OUI
4. Les techniques de rétablissement nécessaires existent-elles, et leur efficacité a-t-elle été démontrée? OUI

Protéger[2] les populations actuelles de bartramie à feuilles dressées et en maintenir l'effectif.


2L'espèce peut être protégée par divers mécanismes : accords d'intendance volontaires, conventions de conservation, vente de terres privées par des propriétaires consentants, création d'aires protégées sur des terres de l'État et mesures législatives ou autres mesures de protection sur des terres du gouvernement fédéral, du gouvernement provincial ou d'une administration locale.

  1. Assurer la protection des populations actuelles et de leur habitat en travaillant de concert avec les propriétaires fonciers.
  2. Déterminer la gravité des menaces qui pèsent ou qui pourraient peser sur l'espèce et son habitat.

Voici l'approche générale recommandée pour le rétablissement de cette espèce :

  1. Protéger les populations actuelles par des activités d'intendance et d'autres mécanismes;
  2. Faire des recherches sur les menaces auxquelles pourrait être exposé l'habitat de chacune des populations connues;
  3. Mener des recherches scientifiques sur les populations connues, notamment en évaluant à nouveau leurs attributs, leurs besoins écologiques et les caractéristiques de leur habitat, et mettre en place un programme de surveillance dans les stations connues;
  4. Répertorier les parcelles d'habitat propice à l'espèce et consigner des données sur les nouvelles populations recensées (coordonnées UTM), déterminer le régime foncier des terrains visés et protéger les populations grâce à diverses activités d'intendance et d'autres mécanismes;
  5. Réaliser des travaux de sensibilisation et de vulgarisation.

Il faudra confirmer ou évaluer les mesures de protection en place pour le Bartramia stricta (surtout dans la station de l'île Lasqueti) et recueillir de l'information plus détaillée sur les menaces qui guettent l'espèce, en particulier les plantes envahissantes. Même si nous connaissons déjà certains attributs de l'habitat, il sera important de recueillir d'autres données pour être en mesure de faire une description complète de l'habitat essentiel. Il est recommandé de procéder à un inventaire détaillé des chênaies de Garry et des falaises exposées le long de la côte sud-ouest de la Colombie-Britannique. W.B. Schofield et ses étudiants ont fait beaucoup de recherches bryologiques dans la région. Cependant, la plupart de leurs travaux étaient de portée générale; ils ont prélevé différents échantillons de mousses sur un vaste territoire, sans se concentrer sur une espèce ou un milieu en particulier. Le tableau 3 présente un résumé des travaux de recherche et de gestion à entreprendre pour atteindre les objectifs du rétablissement.

Tableau 3. Tableau de la planification du rétablissement
Priorité Obj. no Approche/ stratégie générale Menaces visées Mesures proposées Résultats attendus
Élevée I Protéger les populations actuelles Disparition et dégradation de l'habitat propice; empiètement d'autres espèces
  • Examiner les mesures de protection en place, s'il y en a
  • Désigner l'habitat essentiel
  • Renseigner les propriétaires fonciers sur la présence de l'espèce et l'importance de protéger l'habitat
  • Sécurisation des populations et de l'habitat
  • Sensibilisation accrue du public et obtention d'un meilleur soutien pour la protection et le rétablissement de l'espèce
Moyenne II Étudier les menaces possibles Disparition et dégradation de l'habitat propice; empiètement d'autres espèces
  • Étudier et répertorier les menaces qui pèsent sur l'habitat de chacune des populations connues
  • Définir et décrire chaque population et son habitat
  • Information détaillée sur les lieux qui servent d'habitat à l'espèce
  • Données sur l'effectif et l'habitat
  • Liste des lieux à protéger et à surveiller en vertu de la LEP
  • Information précise sur l'habitat et les menaces
Moyenne II Étudier les menaces possibles Disparition et dégradation de l'habitat propice; empiètement d'autres espèces
  • Étudier l'effectif et l'état de santé des populations, de même que les changements démographiques survenus depuis le premier relevé, et consigner les données recueillies
  • Élaborer et mettre en place un protocole de surveillance normalisé
  • Présenter un compte rendu annuel des activités de surveillance et évaluer tous les cinq ans les tendances qui se dessinent dans les populations, la zone d'occupation et l'état de l'habitat
  • Transmettre toutes les données au CDC de la province
  • Données sur l'effectif, l'état reproducteur et la santé des populations
  • Données détaillées sur les attributs de l'habitat
  • Surveillance régulière et normalisée des populations et de leur habitat
  • Résumé annuel des résultats du programme de surveillance
  • Évaluation de la situation des populations et des effets des mesures de rétablissement
Faible I Réaliser un inventaire
  • Dresser la liste des secteurs à recenser
  • Faire l'inventaire des nouveaux secteurs
  • Nouvelles populations à protéger
  • Données nouvelles sur les menaces, l'écologie et les populations

Voici les critères employés pour l'évaluation des progrès accomplis dans l'atteinte des buts et des objectifs du présent programme de rétablissement :

  1. L'espèce et l'habitat sont protégés par des activités d'intendance et d'autres mécanismes dans toutes les localités connues.
  2. Tous les intervenants sont renseignés sur l'importance de l'espèce, et, le cas échéant, de l'information pertinente a été fournie au public.
  3. Les menaces pour la survie et le rétablissement de l'espèce sont connues et atténuées.
  4. Un programme de surveillance a été mis en place et mesure les valeurs critiques qui favorisent la survie et le rétablissement de cette espèce de mousse.
  5. Un inventaire des parcelles d'habitat propice à l'espèce dans son aire de répartition naturelle a été réalisé. Le cas échéant, les coordonnées UTM des nouvelles populations découvertes ont été consignées, le régime foncier des terrains concernés a été déterminé, et la protection de ces populations est assurée par diverses activités d'intendance et d'autres mécanismes.

Pour l'instant, l'habitat essentiel, au sens de la Loi sur les espèces en péril (Environnement Canada, 2004), n'a pas été proposé à des fins de désignation.

Même si nous savons beaucoup de choses sur les besoins en matière d'habitat de l'espèce, il faudra réaliser d'autres travaux plus concluants avant de pouvoir proposer officiellement des parcelles comme habitat essentiel. Il est prévu que l'habitat essentiel sera proposé dans un ou plusieurs plans d'action qui seront élaborés une fois franchies les étapes suivantes : 1) consultation des propriétaires fonciers et des organismes touchés et élaboration d'activités d'intendance possibles en collaboration avec eux; 2) achèvement des études requises pour quantifier l'habitat et les besoins spatiaux de l'espèce. La section qui suit présente un calendrier des études à réaliser pour désigner l'habitat essentiel.

L'habitat essentiel sera désigné à l'étape de l'élaboration des plans d'action. L'habitat propice à l'espèce comprend généralement des parois, des crevasses et des corniches d'affleurements rocheux ainsi que de minces couches de terre dégagées et de sol caillouteux sur des pentes douces situées au pied d'affleurements rocheux qui ont tendance à suinter en hiver et au printemps. En Colombie-Britannique, ces milieux se rencontrent sur des pentes relativement dégagées, sèches et chaudes qui sont orientées vers le sud. Ils sont situés à l'intérieur de chênaies de Garry (dominées par le Quercus garryana) ou d'écosystèmes associés, sous climat de type méditerranéen. Une définition plus complète de l'habitat essentiel proposé qui intègre également l'habitat possible sera fournie à une date ultérieure, à l'étape de l'élaboration des plans d'action.

Il est recommandé d'inclure dans le plan d'action (sous réserve de ressources suffisantes) une étude qui portera sur les attributs suivants :

Il reste encore à faire l'inventaire des milieux propices à l'espèce dans toute son aire de répartition en Colombie-Britannique, même si certains secteurs ont déjà été rigoureusement étudiés par des bryologues. Belland (1997) mentionne que, au fil des ans, les mousses ont été relativement bien recensées dans au moins 10 chênaies de Garry (celles de Colwood, de Royal Oak, du cap William, du lac Thetis, du mont Tolmie, de Clovelly Terrace et de la colline Mary, toutes près de Victoria, ainsi que celles du mont Maxwell, à l'île Saltspring, du mont Tzuhalem, près de Duncan, et de la colline Nanoose). Cependant, il convient de faire des recherches dans d'autres secteurs encore non étudiés qui pourraient servir d'habitat à l'espèce. De plus, il faut faire un nouvel inventaire de certains secteurs déjà étudiés pour y chercher le Bartramia stricta et d'autres bryophytes rares, dont l'Entosthodon fascicularis. Le tableau 4 propose un calendrier pour la réalisation de ces études.

Tableau 4. Calendrier des études visant à désigner l'habitat essentiel de la bartramie à feuilles dressées
Étude Année d'achèvement
Attributs de l'habitat 2010
Inventaire des autres secteurs susceptibles de servir d'habitat 2010
Nouvel inventaire des secteurs déjà étudiés 2010

Le propriétaire des terrains de la colline Nanoose et de la colline Mary (le MDN) est conscient de la présence du Bartramia stricta et d'autres espèces végétales en péril sur ses terrains, et il a pris des mesures pour en protéger l'habitat. Le MDN a entrepris volontairement diverses activités d'intendance, par exemple des mesures pour contrôler l'accès aux parcelles d'habitat, pour préserver la structure de l'habitat et pour surveiller les populations. L'accès à la propriété de la baie Nanoose est limité : le terrain a été clôturé, l'accès y est contrôlé et des panneaux signalent que l'entrée est interdite. La colline Mary se trouve elle aussi sur une propriété dont l'accès est limité par des panneaux interdisant toute intrusion.

Nous ne possédons aucune information sur les mesures de protection en place pour les populations de l'île Lasqueti ou de la baie Pedder. La situation doit être évaluée.

Approche axée sur l'intendance
Loi sur les espèces en péril (LEP) précise que « les activités d'intendance visant la conservation des espèces sauvages et de leur habitat devraient bénéficier de l'appui voulu » et que « tous les Canadiens ont un rôle à jouer dans la conservation des espèces sauvages, notamment en ce qui a trait à la prévention de leur disparition du pays ou de la planète ». Dans l'accord bilatéral sur les espèces en péril conclu par la Colombie-Britannique et le Canada, il est mentionné que « l'intendance par les propriétaires de terres et de plans d'eau, ainsi que par leurs utilisateurs, est essentielle afin d'éviter que des espèces ne deviennent en péril et pour protéger et rétablir les espèces qui sont en péril » et que « des mesures coopératives et volontaires sont les premières approches pour assurer la protection et le rétablissement des espèces en péril ».

Intendance sur les terres privées
Il se peut que certaines terres privées servent d'habitat à cette espèce. Comme dans le cas des autres espèces en péril présentes sur des propriétés privées, l'intendance représente la clé de leur conservation et de leur rétablissement. Pour protéger un grand nombre d'espèces en péril en Colombie-Britannique, les propriétaires fonciers devront lancer des initiatives volontaires pour contribuer à préserver des portions d'écosystèmes naturels qui servent d'habitat à ces espèces. L'intendance peut prendre de nombreuses formes, par exemple : adoption de lignes directrices ou de pratiques de gestion exemplaires à l'appui des espèces en péril; protection volontaire d'importantes parcelles d'habitat se trouvant sur des propriétés privées; création de conventions de conservation liées aux titres de propriété; don d'une partie ou de la totalité d'un terrain afin de garantir la protection de certains écosystèmes ou de certaines espèces en péril et vente de terrains à des fins de conservation. Certains organismes gouvernementaux et non gouvernementaux sont parvenus par ces moyens à assurer la conservation de terres dans la province.

Les premières étapes du programme de rétablissement ne devraient pas avoir d'impact sur les autres espèces ou sur les processus écologiques. Il se peut que certaines mesures, telles que le maintien et la création d'aires protégées, soient avantageuses pour d'autres espèces; ces effets seront évalués au fur et à mesure. La station de la colline Nanoose sert d'habitat à au moins deux espèces de mousses désignées par le COSEPAC et protégées par la LEP : l'Entosthodon fascicularis et le Syntrichia laevipila.

Les incidences socioéconomiques du programme de rétablissement varient de faibles à moyennes. D'autres incidences seront explorées en collaboration avec les propriétaires et les gestionnaires fonciers à l'étape de l'élaboration du ou des plans d'action.

Le présent programme de rétablissement gagnerait à être intégré aux travaux de conservation en cours dans la région. Il s'inscrit dans les efforts que déploie l'Équipe de rétablissement des écosystèmes du chêne de Garry pour rétablir les espèces en péril.

Le plan d'action sera prêt au plus tard le 31 décembre 2009.

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2022-02-24