Programme de rétablissement du chardon de Hill au Canada [finale] 2011 : Habitat essentiel

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Aux termes du paragraphe 2(1) de la Loi sur les espèces en péril (L.C. 2002, ch. 29), l'habitat essentiel est « l'habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d'une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d'action élaboré à l'égard de l'espèce ». Un programme de rétablissement précise l'habitat essentiel dans la mesure du possible, d'après les meilleurs renseignements disponibles. En dernier ressort, suffisamment d'habitat essentiel sera désigné pour répondre entièrement aux objectifs liés aux populations et à la répartition.

L'habitat essentiel du chardon de Hill a été défini, et son étendue dans le cadre du présent programme de rétablissement contribue à une large part des cibles décrites aux objectifs 1 et 2 (section 2.2), mais ne respecte pas entièrement ces objectifs. Au total, 90 polygones d'habitat essentiel ont été recensés dans 17 sites appartenant à la région de Manitoulin (38), à la péninsule Bruce (40) et au parc provincial de Wasaga Beach (12). L'indice de zone d'occupation de cet habitat essentiel cartographié est de 56 km2, et la zone d'occurrence s'étend sur 9 150 km2. Conformément à l'objectif 2, l'habitat essentiel est aussi cartographié pour chacune des quatre grandes régions où l'on trouve l'espèce. En désignant ainsi l'habitat essentiel, on contribue de façon importante à l'atteinte des objectifs de rétablissement, sans compter que d'autres outils seront utilisés à cette fin, comme il en a été question à la section 2.3 (Stratégies et méthodes générales de rétablissement).

On a déterminé l'habitat essentiel du chardon de Hill à partir des données actuelles sur l'habitat de l'espèce. Les enregistrements confirmés dans la péninsule Bruce et à Wasaga Beach ainsi que dans les parcs provinciaux et sur les terres publiques5 et terres privées d'organisations environnementales non gouvernementales de la région de Manitoulin ont tous été utilisés aux fins de la représentation cartographique.

5 Une terre publique est une terre qui appartient à la province de l'Ontario. Les utilisations acceptables d'une terre publique varient selon les régions, mais peuvent inclure les activités récréatives, la chasse, l'exploitation forestière, l'exploitation minière ou d'autres utilisations, et peuvent nécessiter l'obtention de permis ou de licences, dans certains cas.

Le chardon de Hill vit dans des parcelles de terrain dégagées et non boisées où poussent divers types de végétation, ou encore dans des clairières, à l'intérieur de forêts au stade pionnier (selon les observations sur le terrain de nombreux chercheurs, dont Reschke et coll., 1999; Brownell et Riley, 2000; Jalava, 2004-2008; Jones, 2004-2008; North-South Environmental, 2005; les données sur la communauté de végétation fournies par les chercheurs susmentionnés figurent dans les dossiers du CIPN). Selon la classification écologique des terres de l'Ontario (CET) (Lee et coll., 1998), au Canada, on trouve cet habitat essentiel au sein des types de communauté de végétation suivants :

Région de la péninsule Bruce et de l'île Manitoulin

ALO1-3
Prairie rocheuse sèche fraîche dégagée dominée par le schizachyrium à balais
ALO1-4
Prairie rocheuse sèche fraîche dégagée dominée par le danthonie à épi
ALS1-1
Alvar arbustif dominé par le genévrier commun
ALS1-2
Alvar arbustif dominé par des arbustes nains de genévrier horizontal et de potentille frutescente
ALS1-3
Alvar arbustif dominé par des conifères chétifs et l'iris lacustre
ALT1-3
Alvar arborescent dominé par le thuya occidental et le pin gris
ALT1-4
Alvar arborescent dominé par le pin gris, le thuya occidental et l'épinette blanche

Wasaga Beach

TPW1
Région boisée et sèche à herbes hautes dominée par le chêne noir (rouge) et le pin blanc
TPO1-1
Prairie à herbes hautes et terre stérile sablonneuse dégagée sèches
FOC1-2
Forêt de conifères sèche fraîche dominée par le pin blanc et le pin rouge
FOM2-1
Forêt mixte sèche fraîche dominée par le pin blanc et le chêne rouge
Prairie culturelle/Prairie à herbes hautes sèche



Ces types de communauté ont souvent des limites distinctes, et passent d'endroits dégagés (propice) à forêts, milieux humides ou prairies culturelles (tous non propices). Ainsi, il est assez facile de repérer, sur le terrain, les zones où l'on trouve des parcelles d'habitat essentiel, et relativement facile de les représenter sur carte (méthodologie ci dessous). Tous les sites d'alvar connus de la péninsule Bruce et de Wasaga Beach ont récemment été cartographiés en détail à partir de données sur le terrain et d'observations par imagerie satellitaire compilées pendant plus de 15 ans (North-South Environmental Inc., 2005; Jalava, 2008a).

Parcs Canada a cartographié l'habitat essentiel de la péninsule Bruce et du parc provincial de Wasaga Beach en octobre 2009, et celui de la région de Manitoulin en avril 2010, en collaboration avec des employés de Parcs Ontario, du ministère des Richesses naturelles de l'Ontario, d'Ontario Nature et de Conservation de la nature Canada, suivant la méthodologie suivante :

Les levés manquants pour compléter l'inventaire (tel que déterminé par l'équipe de rétablissement) et pour soutenir la détermination de l'habitat essentiel ont été pris de 2004 à 2009 (Jalava, 2004-2008; Jones, 2004 2008). Toutes les données relatives à l'occurrence du chardon de Hill dans la péninsule Bruce, le parc provincial de Wasaga Beach et les aires protégées de la région de Manitoulin ont été recueillies à partir des sources disponibles (plus particulièrement les bases de données du CIPN et du parc national de la Péninsule Bruce et les résultats des activités de surveillance réalisés à Wasaga Beach). Ces données ont été examinées de près et mises à jour par Parcs Canada en octobre 2009 et en avril 2010. Seules celles comportant des coordonnées prises au sol à l'aide d'un GPS ou montrant des localités cartographiées de façon très précise sur le terrain à l'aide de photographies aériennes ont été utilisées. Les données sans coordonnées GPS, non cartographiées sur représentation aérienne ou satellite et n'illustrant que vaguement les emplacements n'ont pas été utilisées dans la détermination de l'habitat essentiel. Dans presque tous les cas, des observations géoréférencées plus récentes étaient disponibles et ont remplacé ces données.

Péninsule Bruce et Wasaga Beach: Toutes les données relatives à l'occurrence du chardon de Hill dans la péninsule Bruce (à l'exception des terres des Premières nations) et dans le parc provincial de Wasaga Beach ont été tracées numériquement sur des orthophotographies prises en 2006, et dont la résolution est de 30 cm (Projet d'orthophotographie du Sud-Ouest de l'Ontario, 2006). Les polygones des communautés d'alvars propices cartographiés par Jalava (2008a) y ont ensuite été superposés. Dans la plupart des cas, même si l'on ne disposait que d'une simple coordonnée UTM du centroïde, les données recueillies sur le terrain ont permis de déterminer si les plants étaient dispersés dans la communauté de végétation.

Région de Manitoulin: Toutes les données relatives à l'occurrence dans les aires protégées ont été superposées sur des images satellites générées par Quickbird (six images satellites d'une résolution de 60 cm prises entre les mois de juin 2005 et d'août 2008). De plus, les cartes représentées sur papier (observations sur le terrain inédites de l'IACI, 1995 et 1996, bases de données du CIPN) ont été scannées et superposées sur les images satellites pour montrer les emplacements cartographiés sur le terrain. Une fois encore, on a pu compter sur les données recueillies sur le terrain pour déterminer si les occurrences étaient isolées ou si les individus s'étaient dispersés.

Aire de répartition canadienne en entier: L'espèce pousse à la lisière des forêts et dans les espaces dégagés où le substrat et d'autres facteurs sont propices. La fluctuation de certains de ces facteurs peut faire en sorte que la taille de la population croît et décroît. Par conséquent, il faut inclure une certaine distance radiale autour des individus dans la détermination de l'habitat essentiel (pour permettre la dispersion et l'expansion de la population et fournir un abri et un habitat de lisière). Un groupe de travail appartenant à l'équipe de rétablissement et travaillant sur le terrain a établi que pour prévenir toute répercussion sur l'expansion des populations et de l'habitat, il fallait préserver une parcelle de terrain d'un rayon de 30 mètres autour des individus. À l'aide d'un système d'information géographique, un cercle de 30 mètres de rayon a été tracé autour de tous les points d'occurrence isolée. Les cercles qui se chevauchaient ont été joints pour former un polygone. Les cercles situés à moins de 30 mètres de distance ont été joints dans les cas où les terres avoisinantes contenaient une parcelle d'habitat essentiel. Dans les cas où on a fourni un centroïde pour une population connue de plus de 50 individus, où l'emplacement de chacun des individus n'était pas connu et où le rayon de la parcelle d'habitat propice était supérieur à 30 mètres, toute la superficie d'habitat propice a été désignée habitat essentiel.

Voici certaines des caractéristiques biophysiques de l'habitat essentiel du chardon de Hill au Canada :

Au total, 90 polygones d'habitat essentiel couvrant ensemble 41 hectares répartis dans 17 sites, sont présentés dans ce document. Certains sites comptent plus d'un polygone. L'emplacement général des polygones d'habitat essentiel fournis à l'annexe D est illustré aux figures 3, 4 et 5 à l'aide de cartes détaillées. Les fichiers de forme provenant du SIG et concernant tous les polygones d'habitat essentiel sont tenus à jour par le gouvernement fédéral.

Les paragraphes qui suivent donnent des exemples d'activités susceptibles de détruire l'habitat essentiel du chardon de Hill et précisent les caractéristiques ou propriétés de l'habitat susceptibles de disparaître. Ces activités peuvent s'avérer destructrices dans toutes les parties de l'habitat essentiel, parce qu'elles peuvent endommager ou détruire les plants de chardon de Hill ainsi que le substrat nécessaire à leur croissance, introduire la compétition ou interrompre les processus naturels qui permettent de maintenir l'habitat.

Activités qui détruisent ou font disparaître la végétation herbacée indigène

• Construction de chalets, de maisons et d'allées dans des parcelles d'habitat essentiel
• Construction de routes dans l'habitat essentiel
• Exploitation de carrières de calcaire/dolomie ou enlèvement de matériaux de surface comme des roches
• Défrichement
• Utilisation de parcelles d'habitat essentiel comme aire de dépôt ou route d'accès pendant l'exploitation de forêts avoisinantes

Activités qui perturbent le sol extrêmement mince

• Utilisation de machinerie lourde dans l'habitat essentiel
• Utilisation de VTT ou de vélos de montagne hors sentier

Activités qui réduisent la présence des espèces indigènes par l'introduction d'espèces exotiques ou potentiellement envahissantes

• Dépôt par camion de terre de remplissage, de stériles terreux et de gravier
• Utilisation de VTT hors sentier (vecteur pour les mauvaises herbes)
• Ensemencement de pelouses ou plantation d'espèces non indigènes
• Plantation d'arbres de toute sorte
• Broutage par le bétail
• Distribution de foin aux troupeaux dans l'habitat essentiel

Activités qui écrasent et endommagent la végétation et le sol

• Randonnées pédestres hors sentier
• Camping, y compris l'installation d'une tente, d'un foyer ou d'une latrine sur des parcelles d'habitat essentiel
• Utilisation hors sentier de l'habitat essentiel par de grands groupes pour des événements

Dans plusieurs situations, l'utilisation des sentiers profite au chardon de Hill, parce que la perturbation de la lumière empêche d'autres végétaux de pousser. Les seuils à partir desquels l'utilisation des sentiers peut devenir néfaste plutôt que bénéfique n'ont pas été établis. On pense donc qu'en général, l'utilisation des sentiers et des routes existants dans l'habitat essentiel peut se poursuivre. Les gestionnaires des terres sont les mieux placés pour décider, au cas par cas, du point au-delà duquel l'utilisation des sentiers peut devenir nuisible et l'adoption de mesures de protection sera nécessaire.

Le présent programme inclut une description d'une partie de l'habitat essentiel du Chardon de Hill. On procédera plus tard à l'identification de l'habitat essentiel ailleurs dans l'aire de répartition du Chardon de Hill s'il s'avère nécessaire d'atteindre les objectifs liés aux populations et à la répartition ou si le degré de risque touchant l'espèce s'accroît. Le tableau 3 décrit les études nécessaires pour désigner et cartographier d'autres habitats essentiels.

Tableau 3: Calendrier des études

Description de l'activité Résultat/Raison d'être Échéancier
Mise à jour des données d'occurrences et de la cartographie pour le reste des emplacements de l'étude sur les alvars de 1995-1996 afin qu'elles répondent aux normes courantes en matière d'habitat essentiel. Des données d'occurrences et une cartographie complètes et courantes permettent la création de polygones précis d'habitat essentiel pour le reste des populations de la région de Manitoulin. 2013. L'activité pourrait être jumelée au travail sur le terrain effectué dans le cadre de la mise à jour du Rapport de situation du COSEPAC dû en 2014.
Désigner des parcelles d'habitat essentiel afin d'atteindre les objectifs liés aux populations et à la répartition. Atteindre les objectifs en matière de rétablissement. Au besoin
Figure 4. Emplacement général des polygones d'habitat essentiel dans la péninsule Bruce.

Figure 4. Emplacement général des polygones d'habitat essentiel dans la péninsule Bruce.

Figure 5. Emplacement général des polygones d'habitat essentiel dans la région de Manitoulin.

Figure 5. Emplacement général des polygones d'habitat essentiel dans la région de Manitoulin.

Figure 6. Emplacement général des polygones d'habitat essentiel à Wasaga Beach.

Figure 6. Emplacement général des polygones d'habitat essentiel à Wasaga Beach.

L'habitat essentiel du chardon de Hill est réparti sur un total de 17 sites se trouvant, en totalité ou en partie, dans des aires protégées6 (parcs national, parc provincial, propriétés appartenant à des organisations environnementales non gouvernementales ou terres publiques fédérales ou provinciales). On compte neuf de ces sites dans la péninsule Bruce, sept dans la région de Manitoulin et un à Wasaga Beach, dans le comté de Simcoe. Certains sites abritent plusieurs polygones d'habitat essentiel. La superficie totale de l'habitat essentiel du chardon de Hill, qui est réparti en 90 polygones à l'intérieur d'aires protégées, s'élève à 41 hectares (18 dans la péninsule Bruce, 15 dans la région de Manitoulin et 8 à Wasaga Beach). Les sites ainsi que leur propriétaire sont énumérés ci dessous, selon les quatre principales régions où ils se trouvent.

• Brinkman's Corner (ministère des Travaux publics)
• Parc national de la Péninsule Bruce
• Propriété Clarke - havre Baptist (Fondation du patrimoine ontarien; Fiducie du patrimoine ontarien)
• Route Dorcas Bay (terre publique)
• ZINS du havre de Johnston - pointe Pine Tree (terre publique)
• Parc provincial du havre de Johnston - pointe Pine Tree (parc national de la Péninsule Bruce)
• Île Lyal (Ontario Nature)
• Propriété Rover (Conservation de la nature Canada)
• Propriété Williams - havre Baptist (Escarpment Biosphere Conservancy)

• Réserve de terres sous conservation de la baie de Mac
• Réserve naturelle provinciale de la baie Misery
• Réserve naturelle de la baie Quarry (Ontario Nature)
• Parc provincial Queen Elizabeth-Queen Mother M'nidoo M'nissing

• Île Greene (terre publique)
• Île Cockburn, baie Wagosh (Conservation de la nature Canada)
• Île Western Duck (terre publique)

• Parc provincial de Wasaga Beach

6 L'expression « aires protégées » utilisée dans les cartes de l'habitat essentiel n'a aucun rapport avec les exigences de la LEP en matière de protection.

L'évaluation des progrès accomplis en regard des objectifs de rétablissement du chardon de Hill sera entreprise cinq ans après la publication finale du présent programme de rétablissement dans le Registre public des espèces en péril, puis tous les cinq ans, comme le prévoit l'article 46 de la LEP. On évaluera la réussite du rétablissement du chardon de Hill en comparant aux objectifs associés à la population et à sa répartition l'information obtenue grâce à la surveillance et au contrôle (tableau 4).

Tableau 4: Mesure des progrès dans le rétablissement du chardon de Hill

Critère No de l'objectif visé Échéance de l'évaluation (nombre d'années après la publication du programme de rétablissement)
Mise en œuvre d'un programme de surveillance dans tous les sites prioritaires 1, 2 3
Début de la mise en place de certaines formes de protection de l'habitat (gestion du parc axée sur la protection, etc.) 1, 2 5
Achèvement de l'évaluation des menaces et étude de solutions possibles pour les contrer 1, 2 3
Début de la mise en œuvre de mesures pour atténuer les menaces, p. ex. installation de barrières pour empêcher la circulation des VTT ou le piétinement par les visiteurs 1, 2 2
Élaboration d'une stratégie de communication visant plusieurs espèces pour la péninsule Bruce et la région de Manitoulin, diffusion d'information sur les pratiques d'intendance aux propriétaires fonciers 1, 2 5 (SC)
5+ (info. - diffusion externe)
Début d'un dialogue avec les Premières nations, les municipalités et les propriétaires de carrières concernant les possibilités d'intendance 1, 2 3
Aucun déclin continu du nombre total d'individus matures 1 Mesuré sur 10 ans ou trois générations*
Maintien des populations dans chacune des quatre principales régions 2 Mesuré sur 10 ans ou trois générations*

* Cet échéancier a été établi selon les critères d'évaluation du COSEPAC pour éviter les anomalies qui pourraient survenir sur une période plus courte.

Un ou plusieurs plans d'action seront élaborés d'ici décembre 2015.



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Détails de la page

2022-02-24