Programme de rétablissement du chardon de Pitcher au Canada [version finale] : Habitat essentiel
Aux termes du paragraphe 2(1) de la Loi sur les espèces en péril (2002), l'habitat essentiel est « l'habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d'une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d'action élaboré à l'égard de l'espèce ». Dans un programme de rétablissement, l'habitat essentiel est défini dans la mesure du possible au moyen de la meilleure information disponible. En bout de ligne, on déterminera l'habitat essentiel convenable pour appuyer pleinement les objectifs liés à la population et à la répartition de l'espèce.
La section ci dessous présente neuf parcelles d'habitat essentiel pour le chardon de Pitcher trouvées à sept endroits dans l'ensemble de l'aire de répartition de l'espèce au Canada. Cela représente une contribution importante à l'atteinte des objectifs; toutefois, il faut trouver d'autres habitats essentiels. Des relevés récents financés par le programme sur les espèces en péril ont permis de trouver beaucoup plus de populations de chardons de Pitcher que prévu. En ce moment, nous n'avons pas l'information adéquate pour déterminer lesquelles de ces populations devraient voir leur habitat désigné essentiel, aux fins de l'atteinte des objectifs. Un calendrier des études, qui décrit les travaux requis pour achever la délimitation de l'habitat essentiel, est inclus plus loin dans le document. Entre-temps, la mise en œuvre des grandes stratégies et approches décrites dans le présent programme aideront à atteindre les objectifs liés à la population et à la répartition de l'espèce.
L'habitat essentiel contribue considérablement aux objectifs de rétablissement, et d'autres outils seront utilisés pour atteindre les objectifs décrits dans la section sur les stratégies et approches générales.
La Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition de l'Ontario prévoit la protection du chardon de Pitcher. Selon cette loi, nul ne doit endommager ou détruire les plants de chardon de Pitcher et nul ne doit prendre, collectionner, acheter, vendre ou échanger l'espèce. En tant qu'espèce en transition en vertu de la Loi, son habitat sera protégé jusqu'au 30 juin 2013 à moins qu'un règlement visant l'habitat de l'espèce n'entre en vigueur auparavant (Loi de 2007). L'habitat du chardon de Pitcher est également protégé en vertu de l'Énoncé de politiques provincial de la Loi sur l'aménagement du territoire de l'Ontario qui prévoit que les municipalités doivent interdire l'aménagement ou la modification d'un site qui constitue un important habitat pour une espèce en voie de disparition et menacée. D'autres lois peuvent également s'appliquer; par exemple, une personne qui utilise un véhicule sur les terres de la Couronne pourrait être accusée d'une infraction aux termes de la Loi sur les terres publiques de l'Ontario, si l'interdiction de circuler en véhicule est affichée. Selon la Loi sur les espèces en voie de disparition, les travaux ou les activités susceptibles de détruire ou d'endommager des espèces peuvent nécessiter l'obtention de permis.
Parcs Canada a cartographié l'habitat essentiel en collaboration avec Parcs Ontario et le ministère des Richesses naturelles de l'Ontario en avril 2010. La cartographie a été fondée sur les coordonnées prises sur le terrain au cours de la surveillance. Les données disponibles ont varié selon les sites. Trois sites avaient des points pour marquer les limites de l'habitat, deux sites avaient des coordonnées correspondant à des plantes individuelles, un site avait des coordonnées partielles pour les plantes et les limites, et un site n'avait qu'un point d'emplacement au centre de l'habitat. Les coordonnées ont été reportées sur l'imagerie Quickbird (six images satellites à une résolution de 60 centimètres et une période de juin 2005 à août 2008). Les polygones d'habitat essentiel ont été définis d'après les règles décrites ci dessus pour détecter les changements du substrat et le couvert forestier. La distance de 15 m dans les arbres du côté des terres a été déterminée à l'aide du SIG, à partir d'une ligne qui marque sur les images la fin de la dune dégagée.
Dans les dunes, l'habitat du chardon de Pitcher se compose d'une série de zones différentes de végétation, plus ou moins parallèles au bord de l'eau, à partir du lac et jusque dans les terres en direction de la forêt. Le chardon de Pitcher ne se trouve généralement pas sur le pourtour immédiat de l'eau, dans l'estran mouillé actif. La quantité de végétation présente dans ces zones change graduellement et passe du sable presque dénudé et dégagé à proximité de l'eau au sable recouvert de parcelles de petits arbustes et arbres vers l'intérieur des terres. Le chardon de Pitcher peut se trouver dans toutes ces zones.
La limite avant de l'habitat essentiel varie et peut commencer à la limite de l'eau ou dans le secteur de la plage mouillé, même si ces conditions varient selon le type de plage frontale (se reporter aux figures 3 à 10). Les limites latérales de l'habitat essentiel sont très différentes du sable dégagé et s'en distinguent par la terre, le substrat, le gravier ou les cailloux où les processus dunaires ne se produisent pas parce qu'il n'y a pas de sable. Étant donné que la transition des dunes à d'autres substrats se fait habituellement de manière très abrupte aux frontières latérales, une zone de transition à cet endroit de l'habitat essentiel n'est habituellement pas nécessaire. À l'occasion, dans les très grands habitats où le chardon de Pitcher n'occupe que de petites zones, les limites de l'habitat essentiel n'ont pas été fixées afin de laisser suffisamment de place à la dispersion et à la colonisation dans de nouvelles zones. Les limites de l'habitat essentiel comprennent alors la zone voisine suivante la plus proche, propice à la dispersion.
Presque tous les sites de chardon de Pitcher sont bordés par la forêt ou des terrains boisés derrière les dunes. La distance de l'habitat essentiel va de la limite arrière de la dune dégagée jusqu'aux arbres et dépend des types d'arbres et de la morphologie, de la densité du peuplement et d'autres variables déterminées par les experts sur le terrain. Pour déterminer l'habitat essentiel, on calcule une distance de 15 mètres à l'intérieur des terres à partir du point où les arbres commencent à couvrir 60 % ou plus du sol.
L'habitat du chardon de Pitcher est dynamique, le substrat se déplace et le couvert de végétation change. Pour cette raison, la zone requise pour l'habitat essentiel peut également changer et il est donc proposé de réévaluer tous les 10 ans la pertinence des limites de l'habitat essentiel, ce qui correspondrait également au cycle d'évaluation du COSEPAC.
Les neuf parcelles d'habitat essentiel ont été délimitées de la manière suivante. Elles sont indiquées sur la carte de positionnement (figure 2) et plus en détail sur les cartes qui suivent (figures 3 à 10).
Figure 2. Carte des emplacements de l'habitat essentiel en Ontario
Figure 3. Parc national Pukaskwa : anse Hattie, plage Middle
Figure 4. Parc national Pukaskwa : baie Oiseau, plage Creek
Figure 5. Région de l'île Manitoulin : grande île Duck, pointe Desert
Figure 6. Région de l'île Manitoulin : grande île Duck, baie Horseshoe
Figure 7. Région du lac Huron Sud : parc provincial Inverhuron : zone arrière de la dune
Nota : L'expression « aires protégées » utilisée dans les cartes de l'habitat essentiel n'a aucun rapport avec les exigences de la LEP en matière de protection.
Figure 8. Région du lac Huron Sud : parc provincial Inverhuron : population du nord
Nota : L'expression « aires protégées » utilisée dans les cartes de l'habitat essentiel n'a aucun rapport avec les exigences de la LEP en matière de protection.
Figure 9. Région du lac Huron Sud : parc provincial The Pinery : zone avant de la dune
Nota : L'expression « aires protégées » utilisée dans les cartes de l'habitat essentiel n'a aucun rapport avec les exigences de la LEP en matière de protection.
Figure 10. Région du lac Huron Sud : parc provincial The Pinery : populations du sud
Nota : L'expression « aires protégées » utilisée dans les cartes de l'habitat essentiel n'a aucun rapport avec les exigences de la LEP en matière de protection.
Parcs Canada tient à jour des fichiers de forme SIG pour toutes les parcelles d'habitat essentiel. La raison d'être de chacune des limites de chaque site est expliquée en détail dans un document distinct de Parcs Canada, Section des espèces en péril, Ottawa (Parcs Canada, 2010).
Activités qui perturbent ou détruisent la végétation stabilisatrice, ce qui entraîne l'érosion, les creux de déflation et l'enfouissement :
- utilisation de véhicules, de VTT et de motoneiges sur les dunes et les plages supérieures de l'habitat essentiel, à l'extérieur des droits de passage désignés dans les infrastructures existantes;
- piétinement, coupe ou enlèvement de la végétation indigène des prairies de dunes;
- camping sauvage dans l'habitat essentiel;
- utilisation d'équipement lourd n'importe où dans l'habitat essentiel;
- exploitation ou enlèvement du sable, utilisation d'un bouteur sur le sable;
- râtelage ou « nettoyage » de la végétation de la plage.
Activités qui réduisent la présence d'espèces indigènes et introduisent des espèces exotiques, ce qui mène à la dégradation de l'habitat convenable au chardon de Pitcher :
- transport de terre de remplissage ou de terre végétale;
- ensemencement de pelouse ou plantation d'espèces non indigènes;
- plantation d'arbres;
- broutage par le bétail.
Activités qui peuvent modifier les processus dunaires dynamiques, perturber l'action des vagues, nuire aux régimes de dépôt naturel du sable ou perturber le débit des sédiments littoraux :
- construction d'épis, d'ouvrages longitudinaux, de revêtements ou d'autres structures fixes lorsque l'habitat essentiel comprend des zones à proximité du rivage;
- construction ou installation de structures, par exemple des maisons, des chalets, des saunas, des garages ou des remises de jardin, des allées, des surfaces dures, des installations temporaires d'amarrage, etc.;
- construction de trottoirs ou utilisation de clôtures de neige;
- construction de chemins sur les dunes.
Les seuils de tolérance, en ce qui concerne les activités susmentionnées, n'ont pas été déterminés et il peut falloir approfondir les recherches à ces égards. Comme les seuils peuvent varier, il est recommandé de traiter, dans les plans directeurs, de la question de l'utilisation des dunes à des fins récréatives.
Certaines activités peuvent influencer l'habitat essentiel du chardon de Pitcher, tandis que d'autres pourront ne rien y changer. La plupart des activités humaines peuvent se poursuivre (à moins d'interdiction contraire) dans la partie aux abords des lacs (plage de sable mouillé) de l'habitat essentiel, avant la végétation dunaire, mais pas sur celle-ci, car elles ne sont pas susceptibles, dans cette zone, de nuire à la végétation ou aux processus des dunes. On peut aussi autoriser la construction d'une route d'accès sur les dunes vers un secteur de plage, en particulier si cette route peut réduire les dommages causés par l'utilisation récréative. Finalement, on reconnaît que la rive comporte, à de nombreux endroits, un droit de passage public. Ce droit de passage peut se poursuivre lorsque des chemins ou des voies ont été prévus pour la circulation des véhicules et que des panneaux de signalisation ou des obstacles indiquent leur emplacement. On veut de cette manière autoriser les déplacements dans les zones désignées du droit de passage seulement et éviter toute autre utilisation de véhicules ailleurs dans l'habitat essentiel.
Il faut par ailleurs signaler qu'il peut y avoir des cas où des activités dans la zone de plage de sable mouillé ou dans le droit de passage du rivage peuvent nuire à d'autres espèces (p. ex., le pluvier siffleur menacé qui niche sur les dunes) et pour cette raison, ces activités peuvent être interdites dans l'habitat du chardon de Pitcher pour d'autres considérations. Les trottoirs ou les clôtures à neige peuvent être bénéfiques ou nuisibles aux processus des dunes, selon la situation locale et leur emplacement.
L'enlèvement d'espèces envahissantes, par exemple le roseau commun (Phragmites australis), peut s'imposer pour maintenir et protéger l'habitat. Il peut donc falloir enlever le roseau commun pour protéger efficacement l'habitat essentiel. Il faudra cependant évaluer les méthodes à utiliser pour enlever les roseaux avant de procéder pour s'assurer que le chardon de Pitcher, l'habitat des dunes ou une autre espèce importante n'en subissent pas le contrecoup.
Tableau 3. Calendrier des études visant à délimiter l'habitat essentiel
| Description de l'activité | Résultat attendu | Échéance |
|---|---|---|
| Mettre à jour les données sur les occurrences et la cartographie pour tous les sites restants de la région de Manitoulin, selon les normes actuelles sur l'habitat essentiel. | L'ensemble de données actuelles sur les occurrences et la cartographie est complété, ce qui permet la création de polygones d'habitat essentiel précis pour toutes les populations restantes de la région de Manitoulin. | Automne 2012 |
| Délimiter les parcelles d'habitat essentiel pour répondre aux objectifs liés à la population et à la répartition de l'espèce. | La quantité d'habitats essentiels et leur répartition, nécessaires pour atteindre les objectifs de rétablissement, sont cartographiées. | Automne 2013 |
Études génétiques : L'étude réalisée par Coleman (2007a) n'englobait pas les populations du lac Huron Sud ni celles des États Unis. Il faut mieux connaître les liens génétiques entre les populations du lac Huron Sud et de la région de Manitoulin, du lac Supérieur et des États Unis. L'analyse génétique peut aider à planifier le rétablissement en déterminant plus clairement les menaces que posent l'isolement et l'importance de la conservation des occurrences individuelles, ce qui pourrait aider à déterminer où obtenir des semences si la réintroduction est justifiée.
Mise à jour du classement : Il faut mettre à jour le classement de la viabilité des éléments d'occurrences relativement aux occurrences de chardon de Pitcher pour orienter les efforts de rétablissement et établir des priorités parmi les efforts de conservation. La plupart des classements sont maintenant désuets.
Analyses de la viabilité des populations : Des analyses de la viabilité des populations de chardon de Pitcher pourraient être réalisées à la fois à l'échelle des populations et à celle du paysage (Bell et coll., 2002). Pour ce faire, il faut mieux comprendre la dynamique des populations de chardon de Pitcher en Ontario. Les analyses de la viabilité des populations pourraient servir à évaluer les effets des menaces et peuvent être utiles pour mesurer les efforts de rétablissement.
Réintroduction : Il faut élaborer un protocole pertinent de réintroduction et de rétablissement, en particulier pour les populations du lac Huron Sud où les réintroductions antérieures ne semblent pas avoir donné des résultats à long terme. Il faut connaître les causes de la disparition initiale des sites avant de réintroduire l'espèce.
L'évaluation des progrès du rétablissement du chardon de Pitcher se fera cinq ans après la publication définitive du présent programme de rétablissement dans le Registre public des espèces en péril et tous les cinq ans par la suite, conformément à la LEP (art. 46). La réussite de la mise en œuvre du programme de rétablissement sera évaluée en fonction des objectifs liés aux populations et à la répartition (tableau 4).
Tableau 4 : Mesures du rendement pour l'évaluation des progrès du rétablissement du chardon de Pitcher
| Région | Objectif lié aux populations et à la répartition | Mesures du rendement |
|---|---|---|
| Parc national Pukaskwa | Maintien et protection des deux populations existantes aux emplacements actuels. Rétablissement de la population à un site choisi. |
La surveillance montre que les populations de la baie Oiseau et de l'anse Hattie sont stables, et le rétablissement a commencé en 2015. |
| Maintien ou accroissement des populations. | Les tailles des populations régionales (trois sites) totalisent environ 800 individus en 2015. | |
| Augmentations ou fluctuations naturelles des populations, sans déclin supérieur à 30 %. | La surveillance montre que toutes les populations ont augmenté ou ont fluctué en 2015. | |
| Manitoulin | Maintien et protection des 25 populations actuelles. | Existence de 25 sites en 2015; (aucune perte de site sans établissement simultané de nouveaux sites). |
| Atténuation des menaces qui pèsent sur les populations en déclin afin que ces dernières augmentent, restent stables ou fluctuent, sans déclin supérieur à 30 %. | Les menaces ont été atténuées à six sites de petite superficie où les populations déclinent et ces dernières se sont stabilisées en 2020. | |
| Régions du lac Huron Sud | Maintien et protection des trois populations actuelles. | Les trois sites existent en 2015 (aucune perte de site). Les populations sont stables ou à la hausse. Aucune disparition d'habitat convenable. |
Au moins un plan d'action sera achevé d'ici décembre 2015.