La démocratie à l’ère numérique

Discours

Notes d’allocution pour l’honorable Karina Gould, ministre des Institutions démocratiques.

Ottawa, 9 novembre 2017.

Sous réserve de modifications. Ce discours a été traduit en conformité avec la Politique sur les langues officielles du gouvernement du Canada et révisé aux fins d’affichage et de distribution conformément à sa politique sur les communications.

Bonjour, Je vous remercie, Monsieur le maire, pour ce chaleureux accueil et de m’avoir invitée à vous adresser quelques mots. Je remercie la Chambre de commerce d’Ottawa et tous les partenaires de cette série de conférences de m’accueillir aujourd’hui. Je souhaite également souligner que nous nous trouvons sur le territoire traditionnel du peuple Algonquin, peuple étant parmi les premiers intendants de ce territoire.

C’est un plaisir d’être ici aujourd’hui pour vous parler de l’importance de la démocratie et du processus démocratique canadien.

J’ai décidé de vous entretenir ce matin de la démocratie à l’heure numérique. Je me suis rendu compte récemment que ma réflexion à ce sujet a évolué depuis que le premier ministre m’a nommée à ce poste, il y a de cela moins d’un an.

Je crois que cela est à l’image de la fulgurante évolution du domaine numérique et de notre compréhension de cet univers. En 2015, il y a à peine deux ans, personne ne songeait à la propagation de fausses nouvelles ou encore à l’utilisation des outils et des plateformes qu’offrent les médias sociaux pour coopter des messages et sentiments politiques. Pourtant, en 2016, c’est devenu une dure réalité. Voici donc la question que je ne cesse de me poser ainsi qu’à mon équipe : que nous réserve 2019 et comment pouvons-nous nous y préparer?

En tant que ministre des Institutions démocratiques, mon travail consiste à améliorer, renforcer et protéger la démocratie canadienne. J’accepte cette responsabilité avec beaucoup d’humilité; c’est une responsabilité qui touche tous les Canadiens et qui est la pierre d’assise de notre façon de faire les choses ici. Je crois fermement que l’efficacité de nos institutions démocratiques et la santé de notre démocratie sont ce qui caractérise le plus notre identité nationale.

Pourtant, nous n’avons pas pour habitude de parler beaucoup de démocratie au Canada, ni de nos valeurs démocratiques ou de nos rôles et de nos responsabilités de citoyens. Nous consacrons temps, argent et efforts à les promouvoir à l’étranger, et nous devrions continuer de le faire. Les événements de l’année qui s’achève ont mis en évidence l’importance qu’il faut y accorder dans nos conversations chez nous aussi.

Lors de la Journée internationale de la démocratie en septembre dernier, j’ai rendu visite à des élèves de dixième année du Lisgar Collegiate Institute, tout près d’ici. Voici une question que m’a posée presque d’entrée de jeu un étudiant qui espérait me mettre sur la sellette et vérifier ma légitimité. D’un sourire narquois, il m’a demandé : « Savez-vous ce que signifie véritablement le terme démocratie? ». J’étais contente qu’on pose la question, car cela m’a permis de revenir aux fondements du terme démocratie. Demos signifie peuple et kratia se traduit grosso modo par pouvoir ou force. Cela signifie littéralement le pouvoir du peuple. Bien que nous ayons beaucoup de moyens d’exercer ce pouvoir, le moyen le plus puissant dont nous disposons s’exerce le jour des élections.

À bien y penser, la cible des cyberattaques, tant internationales qu’intérieures, est l’électeur, car le citoyen est doté du plus grand pouvoir : celui de déterminer qui le gouverne.

J’ai souvent déclaré qu’une démocratie est forte à la mesure des citoyens qui la composent. La démocratie peut véritablement s’épanouir lorsque la société est au service des personnes qui la constituent, que divers points de vue y sont représentés et que ses citoyens estiment qu’ils peuvent participer à la vie démocratique.

En ma qualité de ministre des Institutions démocratiques, je vois mon rôle comme celui d’intendante des institutions et des traditions démocratiques du Canada. En cette époque où les valeurs et les traditions démocratiques sont au cœur du débat public, cela est particulièrement important, selon moi.

Par ailleurs, je crois que mon rôle de ministre est assorti de la responsabilité de promouvoir la démocratie au Canada et les occasions de rendre notre démocratie inclusive, afin que tous les Canadiens sentent qu’ils peuvent participer à la vie démocratique et y contribuer de manière significative.

Je continue de me demander quels seront les outils et les mécanismes dont ont besoin les citoyens pour exercer leur pouvoir démocratique à l’ère numérique.

Je suis d’avis que cette question est primordiale  aujourd’hui.

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’a jamais été aussi facile de s’impliquer qu’aujourd’hui, parce que la technologie numérique nous offre de plus en plus de possibilités d’établir des liens et de nous affirmer. Pourtant, comme nous le savons tous, ces mêmes outils peuvent aussi servir à des fins moins nobles. C’est une des grandes contradictions de notre ère numérique : malgré qu’on puisse accéder à plus d’information que jamais auparavant, on peut être moins informé et moins enclin à s’impliquer. Comment changer ça? Comment tirer le meilleur de ce que l’ère de l’information a de mieux à offrir et l’utiliser à bon escient?

Sur le plan pratique, l’ère numérique actuelle facilitera beaucoup cet échange d’information, et notre culture numérique stimule en partie ce désir d’information. Nous pouvons transmettre cette information sur le Web à la population canadienne en un clin d’œil. Cette ère numérique, qui offre aux Canadiens de si nombreuses possibilités de s’engager et d’apprendre, a conditionné les gens à rechercher ces possibilités. Il s’agit là, peut-être, d’un exemple très modeste de ce que voulait dire Marshall McLuhan quand il a affirmé que nous façonnons nos outils, et nos outils nous façonnent à leur tour.

Dans notre monde numérique, ces outils peuvent servir à rassembler les gens et à unir les Canadiens pour tenir un débat démocratique. Cependant, entre des mains malveillantes, ils peuvent aussi nous diviser et nuire à la démocratie. Nous savons tous qu’il y en a qui cherchent à miner ou à porter atteinte à la démocratie. Je peux vous assurer que notre gouvernement est prêt à tout pour empêcher que cela ne se produise.

La sécurité et la protection des Canadiens est une des priorités du gouvernement, et cela doit comprendre la protection de notre système démocratique. Certes, les Canadiens votent aujourd’hui munis d’un crayon et d’un bout de papier, et les votes sont comptés à la main. Mais songez à l’importance du courrier électronique, des réseaux sociaux, des sites Internet sur lesquels nous comptons, et à l’information que nous sauvegardons en ligne.

Un volet important de mon mandat consiste à piloter les efforts du gouvernement du Canada pour protéger le processus démocratique contre les cyberattaques. Partout dans le monde se trouvent des acteurs étrangers qui tentent d’influencer le processus démocratique. Des cas fort médiatisés ont eu lieu notamment aux États-Unis, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni.

La démocratie repose sur la fiabilité du processus et sur la fiabilité du résultat. Nous savons tous que des personnes dans le monde pourraient tenter de fragiliser la démocratie canadienne ou d’y porter préjudice. Soyez assurés que le gouvernement du Canada prend de telles menaces au sérieux et qu’il est déterminé à tout mettre en œuvre pour les prévenir.

Nous devons aux Canadiens d’être proactifs. Voilà pourquoi j’ai demandé au Centre de la sécurité des télécommunications, plus tôt cette année, d’analyser le risque actuel de cyberattaques et d’un éventuel piratage du processus démocratique du Canada et de rendre publics les résultats d’une telle analyse.

Ce rapport, qui est le premier du genre à être rendu public, peut être consulté en ligne. Même si, selon les constatations du rapport, rien n’indique que des états nations aient eu recours aux capacités cybernétiques pour cibler le Canada, des tendances inquiétantes se profilent à l’horizon.

Le Centre a conclu que le nombre et la sophistication des activités menaçantes en ligne au Canada augmenteront « très probablement », ce qui est en partie attribuable aux nombreuses cybercapacités efficaces accessibles au public qui ne coûtent pas cher et qui sont faciles à utiliser. J’examine actuellement la Loi électorale du Canada afin qu’elle soit adaptée aux besoins et à la nouvelle dynamique de l’ère numérique.

Cela dit, la solution doit procéder d’un partenariat entre le gouvernement, les médias, les médias sociaux et les citoyens. Nous avons tous un rôle à jouer pour assurer la résilience de la démocratie canadienne.

Chaque personne ici présente a sans doute vécu une expérience de participation à notre démocratie. La participation à la démocratie a lieu de bien des façons, que ce soit en faisant du porte-à-porte pour faire élire un candidat, en signant une pétition, en participant à la table de dîner à une discussion sur les politiques publiques ou en  contribuant à une discussion politique en ligne. J’ai eu l’expérience fort intime de frapper à une porte et de me retrouver face à face à quelqu’un à qui je demandais de me faire confiance en votant pour moi.

Les Canadiens savent que ces efforts sont essentiels. Ils savent aussi qu’il faut du respect, du dévouement, de l’ardeur au travail et de la coopération pour renforcer et protéger notre système de gouvernance.

Il n’a jamais été plus facile qu’aujourd’hui de s’impliquer. Les technologies numériques, comme les plateformes de médias sociaux, nous habilitent et nous donnent d’innombrables possibilités d’établir des liens.

Toutefois, nous savons tous que les mêmes technologies numériques peuvent servir à des fins moins nobles comme celles de propager en ligne de fausses nouvelles, qu’insèrent dans la discussion publique des personnes se faisant passer pour des sources d’information fiables.

De fausses nouvelles ou une campagne de désinformation bien maquillées peuvent miner la confiance du public dans la fiabilité des médias traditionnels. La compréhension du public concernant de grands enjeux peut s’en trouver faussée.

Nous savons aussi que l’utilisation d’algorithmes stratégiques peut déterminer l’information à laquelle nous avons accès et les médias que nous consultons. Ce phénomène a donné lieu à la « bulle de filtres ». Une telle bulle de filtres se crée lorsque les algorithmes d’un moteur de recherche d’une plateforme en ligne produisent des résultats en fonction de l’utilisateur et de son historique de recherche. Ces résultats correspondent à nos préférences, valeurs et croyances et créent une chambre de résonance de points de vue similaires.

L’activiste Eli Pariser a très bien saisi ce phénomène lorsqu’il a déclaré : « il est plus facile que jamais d’entendre seulement ce qu’on veut entendre. Cela ne fait pas de nous de bons citoyens. »

Dans un monde où l’information est façonnée pour vous, quel rôle et quels outils avez-vous, en tant que citoyen, pour déterminer les renseignements que vous consultez et la manière dont vous vous en servez?

Nous limitons grandement notre capacité à devenir des citoyens critiques et impliqués en ne nous exposons pas à des points de vue différents. Une vision du monde qui reste étroite ou qui n’est pas remise en question nous empêche de prendre part à la vie démocratique de manière éclairée et sensée. Cela ne peut, à la fin, que nuire à la démocratie, et c’est précisément pour cela que nous devons continuer à nous interroger sur ce que nous pouvons faire, comme citoyens, pour être résilients dans cette ère numérique.

Pour être des participants à part entière, les citoyens doivent avoir le bon vocabulaire et la bonne littératie démocratiques. La citoyenneté active à l’ère numérique l’exige, et nous devons comprendre par quels moyens nous pouvons aider les Canadiens à s’y retrouver dans un tel contexte. Que signifie être un citoyen dans notre démocratie? Quelles obligations ont les citoyens de s’informer et d’avoir la capacité d’exiger que leur gouvernement rende des comptes?

En tant que citoyens, nous devons remettre en question nos propres opinions en consultant diverses sources d’information. Avec un peu d’effort, nous pouvons accéder aux médias de divers pays, à des blogues de groupes d’intérêt et à bien d’autres sources qui produisent de l’information fiable et transparente.

Nous avons tous le pouvoir de contribuer à notre démocratie et nous pouvons y parvenir par de petits gestes concrets au quotidien. Il faut d’abord prendre la décision de regarder de manière critique l’information que nous consultons. Par exemple, lorsque vous regardez votre fil de nouvelles et que vous voyez un article ou un mème intriguant, prenez le temps de vous demander si le contenu en est véridique avant de le transmettre à quelqu’un d’autre. Une recherche rapide vous indiquera si une nouvelle a été reprise dans plus d’un média et vous aidera à discerner si la teneur en est exacte.

Les médias sociaux, en tant que nouveaux arbitres de l’information, ont aussi un rôle à jouer. Même s’ils font des efforts pour assurer la transparence publicitaire et pour prendre des mesures de ciblage, ils doivent remettre en cause leurs politiques internes à savoir qui voit quelle information et de quelle manière cela influence notre discours démocratique. Je crois que nous commençons à peine à comprendre ce phénomène et à discuter de ses répercussions.

Comme citoyens, c’est la nature de notre réaction à ces enjeux qui détermine la santé de notre démocratie. Il importe, quand nous posons notre regard sur l’avenir, de continuer à nous remettre en question et de rester mobilisé et informé dans notre société qui évolue sans cesse.

Nous devons nous poser de graves questions. Comment pouvons-nous, en tant de chefs de file dans nos collectivités, nous adapter aux transformations et aux attentes de l’ère numérique? Que pouvons-nous faire pour empêcher l’information trompeuse de former nos opinions? De quelle manière les gouvernements, le secteur privé, les médias et les plateformes en ligne peuvent-ils collaborer pour améliorer la façon dont nous nous mobilisons en tant que citoyens et pour engager un sain dialogue sur les questions qui nous tiennent le plus à cœur?

Voici quelques-unes des questions dont je suis saisie en tant que ministre des Institutions démocratiques. Sur ce, je vous invite à me présenter vos questions et commentaires.

Je vous remercie de m’avoir donné la présente occasion.


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