Jour J : L’Aviation royale du Canada et l’Air Defence of Great Britain
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Article de nouvelles / Le 4 juin 2019
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Par le major (retraité) William March
Le 6 juin 2019 marquera le 75e anniversaire du jour J, l’invasion de la Normandie par les Alliés.
L’opération, qui s’est révélée un succès, a constitué un tournant dans la Seconde Guerre mondiale.
Après la défaite de la Luftwaffe pendant la bataille d’Angleterre, les forces aériennes alliées se sont concentrées sur la campagne de bombardement et les préparatifs de l’invasion de la France.
Le Fighter Command (Commandement des opérations de chasse) a donc dû céder le commandement d’environ la moitié de ses escadrons à la 2nd Tactical Air Force (Deuxième force aérienne tactique) nouvellement formée. La réorganisation des effectifs qui en a découlé a toutefois permis au Fighter Command d’assumer le commandement de plusieurs unités terrestres et d’acquérir le titre d’Air Defence of Great Britain (Défense aérienne de la Grande-Bretagne), ou ADGB, le 15 novembre 1943. Ce nouveau commandement, dirigé par le maréchal de l’Air Roderic Hill, comptait 28 escadrons de chasseurs de jour, neuf escadrons de chasseurs de nuit, deux escadrons de harcèlement et quatre escadrons de sauvetage aérien et maritime.
Parmi ces 43 escadrons, deux étaient canadiens : le 406e Escadron, qui faisait partie du 10e Groupe, et le 418e Escadron, qui relevait du 11e Groupe.
Les unités relevant du maréchal de l’Air Hill avaient trois tâches. Elles devaient d’abord et avant tout défendre l’Angleterre contre les aéronefs allemands. Ensuite, elles devaient empêcher les aéronefs ennemis d’effectuer des vols de reconnaissance au-dessus des zones d’étape établies en Grande-Bretagne en vue de l’invasion. Enfin, elles devaient assurer la défense contre la plus récente arme de l’arsenal allemand : la bombe volante V1. En juin 1944, la menace éventuelle que représentaient les V1 ne s’était toujours pas concrétisée, de sorte que la plupart des escadrons alliés ont dû composer avec une Luftwaffe affaiblie, mais toujours forte. Le jour J, les aéronefs de l’ADGB ont affronté l’ennemi, ont survolé la zone d’atterrissage et ont pénétré en profondeur en France occupée.
Des deux unités canadiennes mentionnées précédemment, c’est le 406e Escadron qui a été le moins actif le jour J. Aux commandes de leur Mosquito, les aviateurs de cet escadron de chasseurs de nuit ont effectué un grand nombre de sorties tout au long du mois de juin, assurant une protection pendant des opérations de sauvetage aérien et maritime, menant des patrouilles de nuit au-dessus de la Manche et, à l’occasion, accomplissant des missions de harcèlement en Normandie. Dans la soirée du 6 juin 1944, tous les aéronefs disponibles effectuaient des patrouilles au-dessus de la Manche; ils n’ont toutefois rencontré aucun avion ennemi.
Ce n’est que le lendemain que le 406e Escadron a remporté sa première et unique victoire aérienne de la campagne. Deux de ses aviateurs ont rencontré un bombardier bimoteur Dornier 217 près de l’aérodrome de Morlaix, en Normandie. Le sous-lieutenant d’aviation R. L. Green, pilote, et A. W. Hillyer, navigateur de la Royal Air Force (RAF), sont parvenus à s’approcher à 70 mètres de l’ennemi avant d’ouvrir le feu. Les deux moteurs de l’aéronef allemand se sont enflammés après que celui-ci eut essuyé deux courtes rafales des armes formidables du Mosquito. Quelques secondes plus tard, l’appareil a explosé et s’est écrasé en mer.
L’autre escadron canadien qui relevait de l’ADGB a toutefois compensé le manque d’activité de son unité sœur par la destruction de pas moins de cinq avions ennemis, quatre d’entre eux ayant été abattus par un seul équipage. Le 418e Escadron, unité de harcèlement de nuit, a déployé le plus grand effort possible : 16 de ses aéronefs se sont envolés au cours des dernières heures du jour J. On avait confié à l’escadron une mission de harcèlement qui visait à attaquer les aérodromes allemands et à intercepter les aéronefs ennemis au moment où ils décollaient ou atterrissaient. Ce soir-là, tous les aéronefs de l’unité ont fait des patrouilles de type « flower », c’est-à-dire que les pilotes devaient concentrer leurs efforts sur les bases de chasseurs de nuit allemands afin de soutenir les bombardiers alliés.
Le capitaine d’aviation D. A. MacFadyen, pilote, et le lieutenant d’aviation J. D. Wright, navigateur, se trouvaient près de Coulommiers, à l’est de Paris, lorsqu’ils ont aperçu un aéronef de transport Ju-52. Donnant l’assaut, ils ont décidé d’attaquer l’avion de derrière, par le bas, et n’étaient plus qu’à quelques mètres de lui lorsqu’ils ont ouvert le feu. Le Ju-52 s’est enflammé, a brusquement piqué du nez et s’est disloqué avant de s’écraser au sol.
Non loin de là, près de Châteaudun, au sud-ouest de la capitale française, deux autres aviateurs du 418e Escadron, le capitaine d’aviation S. Cotterill, pilote, et le sergent R. H. McKenna, navigateur de la RAF, ont rencontré un autre Ju-52 qui volait à une altitude d’environ 250 mètres. Après s’être approchés de l’avion ennemi, ils ont tiré un premier une première rafale qui a touché le moteur et l’aile bâbord. Le pilote allemand a perdu la maîtrise de son appareil, qui s’est écrasé près d’un aérodrome.
Le capitaine d’aviation Cotterill et le sergent McKenna se sont ensuite dirigés vers Orléans à la recherche de nouvelles cibles; les deux hommes n’ont pas été déçus. À leur arrivée, ils ont découvert que l’aérodrome près d’Orléans était bien éclairé et que plusieurs avions allemands, dont les feux de navigation étaient allumés, effectuaient des manœuvres pour atterrir. Avec précaution, les deux hommes se sont approchés d’un autre Ju-52, l’ont atteint à l’aide de quelques projectiles tirés avec précision. L’avion ennemi s’est enflammé avant de s’écraser. Se rendant alors compte qu’un chasseur allié se trouvait dans les parages, les pilotes allemands qui se trouvaient à proximité ont tenté de fuir, mais ils n’ont remporté que peu de succès. Guidé par le sergent McKenna, le capitaine d’aviation Cotterill a jeté son dévolu sur un chasseur de nuit Ju-188, l’abattant en plein vol. Dans un ciel soudainement désert, les aviateurs du 418e Escadron ont décidé de poursuivre leur assaut et se sont redirigés vers l’aérodrome en vue de l’attaquer. À peine avaient-ils terminé cette tâche qu’ils ont aperçu un autre Ju-52 qui tentait d’atterrir. Ils ont rapidement détruit l’avion ennemi.
L’ensemble de ces interventions, de la détection du premier aéronef ennemi à la destruction du quatrième, n’a pris qu’un peu plus de 20 minutes. Les escadrons de l’ARC affectés à l’ADGB ont ainsi déployé des efforts extraordinaires.