Le Programme d'identification des pertes militaires

Le Programme d’identification des pertes militaires permet d’identifier les restes d’ossements humains nouvellement découverts et les sépultures inconnues préexistantes de militaires canadiens:

  • de la Première Guerre mondiale
  • de la Seconde Guerre mondiale
  • des opérations des Nations Unies en Corée (conflit de Corée)

Lorsque des restes d’ossements humains sont découverts, le Programme tente d’identifier le militaire canadien à qui ils appartiennent afin de lui offrir une inhumation appropriée. Lorsque les recherches historiques suggèrent la présence des restes d’un canadien dans une sépulture de guerre sans nom, le Programme tente d’en confirmer l’identité et, en cas de réussite, demande une nouvelle pierre tombale avec le nom du militaire.

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Raison d’être

Le ministère de la Défense nationale a officiellement établi le Programme d’identification des pertes militaires en 2007 en raison du nombre croissant de découvertes de restes humains susceptibles d’appartenir à certains des plus de 27 000 Canadiens qui sont morts au cours de la Première et de la Seconde Guerre mondiale et des opérations des Nations Unies en Corée (guerre de Corée) et qui n’ont pas de sépulture connue. En 2019, le Programme a commencé à confirmer officiellement l’identification de sépultures « inconnues » en réponse à un nombre croissant de rapports de recherche basés sur des faits historiques et reçus de chercheurs externes.

Pendant les deux guerres mondiales et immédiatement après celles-ci, les unités d’enregistrement des sépultures du Canada et l’Imperial War Graves Commission, (maintenant appelée Commonwealth War Graves Commission (en anglais seulement)),, ont tenté d’identifier des soldats canadiens et de leur fournir une inhumation appropriée. À chaque fois qu’un membre du service n’a pas pu être identifié, il a été enterré et commémoré comme étant un soldat « inconnu ». Parallèlement, les membres du service sans sépulture connue étaient commémorés sur les monuments commémoratifs des disparus.

Les recherches actives en vue de retrouver les restes humains de soldats du Commonwealth ont cessé après 1921, mais les pays du Commonwealth continuent de s’efforcer d’identifier les restes humains de militaires portés disparus qui sont retrouvés de nos jours et d’identifier les militaires qui sont enterrés sous une pierre tombale de soldat « inconnu ». Au Canada, ce travail est confié aux responsables du Programme d’identification des pertes militaires.

Les enquêtes sur les sépultures « inconnues » commencent lorsque des chercheurs externes soumettent des rapports de recherche détaillés qui suggèrent l’identité d’une sépulture « inconnue » comme appartenant à un mort de guerre canadien. Le Programme d’identification des pertes militaires mène ensuite des recherches historiques approfondies pour confirmer les résultats et éventuellement identifier les restes dans la sépulture.

Lorsque l’enquête du Programme d’identification des pertes militaires est couronnée de succès, le soldat dont les restes humains ont été identifiés est inhumé avec un nom, par son unité et en présence de sa famille. Lorsque l’identification d’une sépulture « inconnue » est réussie, la pierre tombale est remplacée par une autre qui identifie pleinement la personne et une petite cérémonie de reconsécration est organisée.

Chaque cas présente des défis particuliers. Grâce aux nouvelles technologies et à un meilleur accès aux documents historiques, la capacité d’identifier les restes humains de militaires canadiens portés disparus continue de s’améliorer.

Depuis 2007, le Programme d’identification des pertes militaires a réussi à identifier les restes humains de 31 Canadiens, et cinq ensembles de restes humains ont été enterrés en tant que soldats inconnus dans des cas où l’identification n’a pas été possible. En outre, depuis 2019, le Programme a réussi à identifier la sépulture d’un Canadien.

Le Programme d’identification des pertes militaires favorise un solide sens de continuité et d’appartenance au sein des Forces armées canadiennes. Pour ces dernières, tenter d’associer un nom à chaque militaire canadien décédé disparu et dont les restes humains sont retrouvés constitue un objectif extrêmement important.

La L’égalité dans la mort

En tant que pays membre fondateur de l’Imperial War Graves Commission, respecte aujourd’hui les politiques de la Commonwealth War Graves Commission (en anglais seulement) (CWGC).

Dans le rapport final présentépar l'Imperial War Grave Commission en 1918 et signépar tous les membres du Commonwealth, le rapatriement des morts de la guerre faisait l'objet d'une opposition unanime. La politique ainsi établie s'inscrivait dans le sens de l'engagement envers le principe d'égalitéde traitement de tous les soldats morts à la guerre. Dans le rapport, il était dit que les cimetières de guerre « en terres étrangères constitueraient, pour les générations futures, le symbole du but commun, du dévouement commun et du sacrifice commun des militaires de tous grades » (traduction libre). Sir Robert Borden, premier ministre du Canada de 1911 à 1920, était un défenseur cléde la politique selon laquelle il était « tout à fait appropriéque, dans la mort, tous soient traités également » (traduction libre).

Le rapatriement des restes humains s'opposait aussi à l'esprit dans lequel la France, la Belgique, l'Italie, la Grèce et bien d'autres pays offraient des terrains où les morts de la guerre pourraient reposer pour toujours.

Après la Seconde Guerre mondiale, les pays où les combats s'étaient déroulés ont de nouveau offert des terrains pour établir des cimetières de guerre.

En juillet 1970, le Canada a modifiésa politique allant à l'encontre du rapatriement des soldats morts à la guerre. Ainsi, les dépouilles des membres du personnel des Forces armées canadiennes tués outre-mer après 1970 ont étérapatriées au Canada. Toutefois, le Canada continue de respecter la politique antérieure de non-rapatriement en ce qui concerne les restes humains des militaires qui ont perdu la vie au cours d'opérations menées avant 1970.

Processus d’identification

Le processus d'identification des pertes militaires suppose le recours à diverses disciplines, notamment l'histoire, l'archéologie, l'anthropologie, les sciences de laboratoire, l'odontologie médico-légale, la généalogie, et la conservation des artéfacts.

Dans le cadre du Programme d'identification des pertes militaires, on tente d'identifier tous les restes humains canadiens qui ont été découverts. Malheureusement, certaines limites peuvent empêcher de parvenir à l'identification. Si les recherches historiques et les preuves matérielles ne permettent pas d'établir de liens entre les restes humains et une époque, un lieu ou une unitémilitaire précise, les candidats peuvent alors se compter pas centaines, voire par milliers.

Lorsque des restes humains ne peuvent être identifies, ceux-ci sont inhumés comme étant ceux d’un soldat inconnu ou d’un soldat canadien inconnu. Comme les restes humains inhumés dans un cimetière avec une pierre tombale de la Commonwealth War Graves Commission CWGC (en anglais seulement) ne peuvent pas être exhumés, le Programme d’identification des pertes militaires recueille tous les renseignements disponibles (y compris des profils d’ADN) dans l’espoir que des éléments de preuve qui pourraient être découverts dans l’avenir permettront d’identifier un soldat déjà inhumé. Dans une telle éventualité, la pierre tombale serait remplacée.

Simultanément, le Programme d’identification des pertes militaires tente d’identifier les morts de guerre canadiens qui ont déjà été enterrés mais qui n’ont pas été identifiés après les guerres. Ces cas sont basés sur des éléments identificateurs partiels sur la pierre tombale tels que le grade, la date du décès ou l’unité militaire, puis sont appuyés par des documents d’archives tels que les journaux de guerre, les dossiers du personnel, la correspondance et les rapports de concentration et d’exhumation. Malheureusement, les preuves historiques ne sont pas toujours suffisantes pour une sépulture. Lorsqu’une d’entre-elle ne peut être identifiée, la pierre tombale n’est pas changée, mais le dossier est conservé au cas où de nouvelles preuves seraient découvertes.

Découverte de restes humains

On trouve des restes d’ossements humains au cours de projets de construction, de travaux routiers, de fouilles archéologiques et d’activités agricoles, en particulier près des champs de bataille connus. Souvent, des artéfacts sont retrouvés auprès des restes humains et servent de preuves matérielles dans nos enquêtes.

Les artéfacts militaires comprennent notamment des identificateurs personnels (plaques d'identitéet articles portant le numéro matricule), des insignes (boutons ou insignes permettant d'identifier une unitéou un escadron) et de l'équipement militaire donnant des preuves sur la nationalitéde la personne dont les restes ont ététrouvés et sur l'époque de son décès.

On trouve parfois, avec les restes humains, des articles personnels, comme des bagues ou des montres, qui peuvent fournir des indices sur l'identitédu militaire.

Recherche historique

Le lieu de la découverte et les artéfacts retrouvés sur place permettent aux historiens de la Direction – Histoire et patrimoine de cerner le contexte historique des événements ayant mené au décès du soldat en service.

En se basant sur ces événements, les historiens sont en mesure de déterminer l’unité du militaire mort en service ou l’appareil à bord duquel il servait. Ils délimitent le nombre de candidats à partir des listes de militaires disparus, des registres des services des sépultures, des dossiers du personnel et des journaux de guerre des unités. Des renseignements médicaux et biologiques sont recueillis sur chaque candidat et transmis à l’anthropologue judiciaire.

Analyse anthropologique

Chaque ensemble de restes humains est examinéau moyen de méthodes anthropologiques. L'analyse anthropologique permet de produire un profil biologique de l'individu : sexe, âge au moment du décès, ascendance, taille, pathologie (présence de maladie) et trauma (blessure).

Le profil biologique est ensuite comparé à la liste des candidats établie par l’historien, comparaison qui permettra de réduire cette liste en fonction de l’âge au moment du décès et de la taille. Les renseignements médicaux et biologiques sur les militaires qui ont été recueillis au cours de la recherche historique peuvent aussi aider à réduire le nombre de candidats.

Au cours de l’analyse anthropologique, des échantillons d’os et/ou de dents sont recueillis et amenés au Canada pour mener au besoin une analyse de l’ADN ou des isotopes stables.

Odontologie médico-légale

Les membres de l'Équipe d'intervention en odontologie médico-légale des Forces canadiennes, qui relève du Corps dentaire royal canadien, appuient régulièrement le Programme d'identification des pertes militaires. La dentition et la mâchoire d'un individu peuvent comporter des caractéristiques uniques et être utilisées pour identifier des restes humains. Si des fiches dentaires sont accessibles, les odontologistes judiciaires sont en mesure de faire des comparaisons qui peuvent mener à l'identification.

Analyse des isotopes stables

L’analyse des isotopes stables peut être utilisée pour réduire le nombre de candidats en révélant où le militaire a passé son enfance en fonction de la composition chimique de l’émail de ses dents. En effet, au cours de la vie, le corps emmagasine de l’oxygène provenant de l’eau et de la nourriture. La quantité d’isotopes d’oxygène absorbés variera selon la région géographique. Étant donné que les valeurs de ces isotopes d’oxygène ont été consignées dans une base de données mondiale, on peut se fonder sur celles-ci pour déterminer à quel endroit une personne a vécu.

Les isotopes d’oxygène sont intégrés dans l’émail des dents au cours de son développement. Comme la composition chimique de l’émail des dents ne se transforme pas au cours d’une vie, l’analyse des dents peut fournir des renseignements géographiques sur les premières années de vie d’un individu.

La recherche historique peut permettre de déterminer où chaque candidat a vécu, y compris son lieu de naissance. Cette information est ensuite comparée aux résultats de l'analyse de laboratoire afin de réduire le nombre de candidats.

Recherche généalogique

Le Programme d’identification des pertes militaires a recours à la recherche généalogique pour trouver des membres de la famille des militaires portés disparus, qui sont aptes et disposés à fournir un échantillon d’ADN. La participation des membres de la famille à une enquête est à titre volontaire.

Test d’ADN

L’analyse de l’ADN est utilisée pour identifier les restes d’ossements humains et exclure certains candidats. Les échantillons d’ADN recueillis sur les restes d’ossements humains sont comparés aux échantillons fournis par des membres de la famille afin de voir si les profils génétiques proviennent de la même lignée familiale.

Dans le cadre du Programme d’identification des pertes militaires, on utilise habituellement l’ADN mitochondrial (ADNmt) pour identifier les restes humains, car cet ADN est transmis intact de la mère à l’enfant. L’ADNmt survit bien et demeure très stable sur un grand nombre de générations, mais cette stabilité peut aussi mener à des profils similaires chez des personnes qui ne sont pas étroitement apparentées, ce qui peut parfois créer de faux positifs. Malgré ses limites, l’ADNmt est un outil très utile qui peut aider à établir les liens de parenté remontant à de nombreuses générations.

Dans le Programme d'identification des pertes militaires, on a aussi recours à un type d'ADN nucléaire appeléchromosome Y- séquences courtes répétées en tandem (Y-STR). L'ADN Y-STR est transmis de père en fils et est génétiquement stable, mais il ne survit pas bien sur les restes d'ossements humains. Malheureusement, certains échantillons prélevés sur les restes humains ne fournissent pas d'ADN Y-STR pouvant être utiliséaux fins de comparaison, ce qui signifie qu'on ne peut pas toujours se servir de cette méthode.

Les deux types d'ADN sont des moyens très fiables d'exclure certains candidats. En se servant d'un type d'ADN ou des deux dans une enquête pour essayer d'identifier les restes humains, on peut inclure le candidat comme étant de la même lignée et/ou exclure d'autres candidats.

Conservation des artéfacts

L’Institut canadien de conservation fournit des services de conservation au Programme d'identification des pertes militaires. Un certain nombre d'artéfacts, notamment des plaques d'identité, ont ététraités et restaurés par l'Institut. Dans certains cas, les artéfacts restaurés se sont révélés indispensables à l'identification des restes humains.

Les articles personnels sont remis au plus proche parent et constituent des souvenirs au moyen desquels la famille peut se rappeler le soldat mort au combat.

Comment pouvez-vous nous aider?

Si l’un de vos parents a été porté disparu au cours des initiatives canadiennes dans les guerres du XXe siècle et que vous aimeriez nous fournir vos coordonnées, nous vous invitons à vous inscrire auprès du Programme d’identification des pertes militaires. Une fois que des parents sont inscrits, il est possible qu’on communique avec eux pour obtenir des renseignements familiaux supplémentaires. Les détails personnels ne seront pas divulgués ni utilisés à d’autres fins que l’identification de soldats canadiens portés disparus à moins qu’une autorisation expresse n’ait été accordée.

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